‹ Mémoires de Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foireChapitre 20 sur 36 · JÉRÔME · texte numérisé non relu

JÉRÔME

On ne pêche dans l'eau claire Qu' du fretin et du barbillon :

C'est ce qui fait qu' les gens d'affaire Pèchent en eau trouble; et v'ià le bon, Ils attrapent la magnière D'endormir le gros poisson.

Cadet.

Une beauté riche et fière N' trouvant aucun parti bon, Tombit, toute la première, Dans les filets d'un Gascon;

table

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l'ingénieux naturel de Sans Regret, et de l'inimitable naïveté de Nicaise. Tous les Spectateurs riaient à ces tableaux, parce que tout ce qui est vrai ou dans la nature a droit de nous plaire, et que tout ce qui est plaisant en soi nous lait rire. Personne, avant ni après Vadé, n'a si bien saisi ces deux points. On pourrait même ajouter que le Vaudeville, cet enfant de la franchise et de la gaieté nationale, est mort avec ce Poète naïf, de la même épidémie qui mine toujours la grande Musique française, etc.

Dans la dernière de ces deux Foires, il y eut encore deux pièces qui attirèrent beaucoup de monde, le Diable a quatre (i), et le Mariage par escalade (2). La première était la traduction d'une petite pièce que j'avais vu jouer à Londres, au Théâtre de M. Garrick, sous le titre de Devil topay, ou la Double Métamorphose. C'est par là que M. Sedaine commença à faire connaître ses talents pour le Théâtre. Il fit la Prose et les Vers de cette pièce, à l'exception de quelques Ariettes qui furent parodiées par M. Baurans (3). La seconde était un petit Drame comique de

(1) Le "Diable à quatre ou la Double {Métamorphose, opéra-comique en trois actes mêlé? d'ariettes, par Sedaine (foire Saint-Laurent, 19 août 1756). Cette pièce était tirée d'une comédie anglaise qui avait déjà été traduite par Claude- Pierre Patu, avocat au Parlement. Elle se trouve dans son recueil en dejx volumes de pièces du théâtre anglais.

Comme le remarque Monnet, le "Diable à quatre a été le début au théâtre de Sedaine, qui n'était connu jusqu'alors que par YEpître à mon habit.

(2) Opéra-comique en un acte, par Favart (foire Saint-Laurent, 1 1 septembre

« Cet opéi a-comique, fait à l'occasion de la prise de Port -Mahon, n'avait été composé que pour une fête que M"'fc la marquise de Moncon^eil donna a M. le Maréchal de Richelieu a son retour de Mir.orque. 11 fut trouvé si agréable que l'auteur le fit jouer en public, imprimer, et même le dédia à M'"'' de Monconseil. » Anecdotes dramatiques.

(3) Auteur des paroles françaises de la Servante Maîtresse. (M.) Baurans, ré à Toulouse vers 1710 et mort en 1764, donna en 1754 la Servante Maîtresse, et, en 1755, au Théâtre-Italien également, le Maître de {Musique, traduction libre et en vers des deux pièces jouées sous le même titre à l'Opéra, en 1752.

Baurans fit imprimer sa Servante {Maîtresse et la dédia a M"* Favart à qui il adressa ce quatrain :

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et Compagnie, avec mon Théâtre, mon Magasin, les décorations, les habits, etc., etc., et un privilège de trois années, moyennant 83000 livres.

Comme je n'avais eu que par tolérance du Bureau de la Ville la permission de faire représenter les Trocqueurs et le Peintre amoureux de son modèle, le Sieur Corby, moyennant une somme de 6000 livres et la grande protection dont il jouissait, fit comprendre dans son nouveau privilège, le droit de faire représenter sur son Théâtre, telles pièces de Musique, de ce genre, qu'il jugerait à propos. Il en usa avec avantage aux Foires de Saint- Germain et de Saint-Laurent 1758. Deux ans après, par la même protection, il fit passer ce Spectacle aux Comédiens Italiens moyennant 40000 livres de remboursement et une pension viagère de 8000 livres dont 4000 réversibles, après sa mort, sur la tête de sa femme. Les 83000 livres que j'avais reçus furent employés, moitié à payer les dettes provenant des grandes dépenses que j'avais été obligé de faire dans le cours de mon

lecteur, des grivoiseries supplémentaires, oc ... Un Savoyard décrotteur, dit Collé, qui a substitué des cochonneries de la Halle z'a des gravelures agréables qui ont le ton de tout le monde. Le Ciel l'en a puni, car z'il n'a point de grâce pour ce crime-là. 11 a fait fortune, banqueroute, et z'est devenu fou. La première lettre de son nom est Corbie. » (Anecdote extraite d'un manu5crit autographe de Collé dans le "Dictionnaire des Ouvrages anonymes, de Barbier, t. 111, Î15).

C'est au mois de juin 1770 qu'il devint fou. Favart a raconté dans quelle circonstances :

« Corbi, dit-il, attaché particulièrement à M. le duc de Choiseul, et mari de la femme de chambre de Mme la duchesse de Grammont, se présenta à la porte du spectacle, le premier jour de la représentation de Persée.awec plusieurs dames de sa compagnie, qu'il voulut faire entrer, de préférence à une autre compagnie de dames, conduite par un seigneur étranger de la plus haute distinction. Pour prix de son obstination, Corbi fut traité sans ménagement par ce seigneur, qui le menaça de lui faire donner des coups de canne. Soit que cette aventure ait causé une révolution subite dans les fibres délicates du cerveau de Corbi, ou que ses idées de grandeur mal entendues lui eussent déjà fait perdre la tête, dès ce moment il est devenu fou, et à tel point, que M. le duc de Choiseul, malgré les faveurs dont il le comblait, s'est cru obligé de le faire mettre à Charenton. Là, Corbi, très content, prend sa cage pour un palais, se croyant contrôleur général, et ministre d'Etat chargé de négociations secrètes pour la Russie. » {Mémoires et Correspondance de Favart (Lettre au comte de Durazzo, le 10 juin 1770).

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Des gens de lettres connus, et des gens du monde, dont plusieurs se sont acquis de la réputation dans ce genre, ont bien voulu m'aider dans mon travail pour le choix et les corrections. Au moyen de ces différents secours, et par la perfection où l'on a porté la Typographie dans cet Ouvrage, je crois pouvoir assurer qu'il fait un des plus beaux Livres et des plus soignés qui soient sortis de nos Presses. Cette collection qui, sous le titre d'anthologie Française, qu'elle justifie bien, est considérée des gens de goût comme le plus agréable monument de la gaieté nationale et de notre Poésie chantante, a eu tout le succès que j'en pouvais espérer. Mon objet étant donc rempli de ce côté-là, et d'ailleurs ayant renoncé à toute espèce d'entreprises, je projetai un voyage à Londres, uniquement pour mon plaisir. Pendant trois mois que j'y restai, je fis toutes mes observations sur les Spectacles et les amusements de cette grande Ville ; et peut-être ne serontelles pas déplacées à la suite de ces Mémoires.

Londres, plus grand et plus peuplé que Paris, doit produire un concours plus nombreux aux Spectacles, quoiqu'on y soit dans l'usage de fermer, pendant l'Eté, les deux grands Théâtres de Comédie (1), parce qu'alors toute la Noblesse et les gens aisés sont retirés à la Campagne.

L'Opéra a presque toujours été gouverné par de grands Seigneurs qui s'y sont ruinés. Le peu de connaissance qu'ils ont ordinairement des différentes parties que doit embrasser une direction de ce genre, leurs faiblesses pour les femmes de Spectacle, ainsi que pour les complaisants, pour les ignorants de toute espèce, et les gens intéressés à les tromper, qui s'emparent d'eux à Londres, comme ailleurs, font qu'ils n'ont souvent guère moins nui au progrès des talents qu'ils devaient procurer, qu'à leur propre fortune.

Pendant l'Hiver, il y a des Bals et des Concerts, et ces der-

(1) Tfrury-Lanc et Convent-Garden.

cM. Garrick, si célèbre par ses talents, son goût, son intelligence, etc., dirige le premier.

cM. Colman, Auteur de plusieurs pièces de Théâtre, conduit le second. (M.)

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niers se font par souscription. Tout nouvellement une compagnie de gens riches a faire construire, dans un des plus beaux quartiers de Londres, une espèce de Tantbèon pour donner, pendant trois mois de l'Hiver, des Concerts et des Bals. Ce Panthéon est divisé en trois parties : savoir, un grand Salon ovale en colonnade au rez-de-chaussée (i), une Galerie au premier étage (2) qui répète la colonnade du grand Salon, et plusieurs Salles avec des buffets pratiqués dans les souterrains pour la distribution des raffraîchissements.

Pour donner une légère idée de la beauté de cet Edifice, toutes les Colonnes, et la plus grande partie de l'intérieur, sont en stuc imitant les plus beaux marbres d'Italie; les Statues, les Peintures, et les Ornements de tout genre n'y sont pas épargnés.

Le Plan de la Souscription pour l'entrée du Panthéon a été d'abord envoyé aux Pairesses, c'est-à-dire, aux femmes des Pairs de la Grande-Bretagne, pour leur déférer le choix des Souscripteurs.

La Souscription est de six louis par mois; elle donne douze billets d'entrée pour une personne seulement.

Le Panthéon s'ouvre à sept heures du soir, trois fois la semaine, le Lundi, le Mercredi et le Samedi. Tous les jeux de hasard en usage parmi les Anglais, y sont permis. Il y a un Maître de cérémonie, avec des appointements, pour entretenir l'ordre et la décence (3).

(1) Précédé de beaux Péristyles et Vestibules. (M.

(2) Attenant cette Galerie il y a deux grandes Pièces magnitiquement ornées, l'une pour le jeu, et l'autre pour danser les danses Françaises. (M.)

(3) Pour remplacer le Waux-hall d'hiver, démoli en 1784, on construisit en 1786 dans l'angle formé par la rue Saint-Thomas du Louvre et la nouvelle rue de Chartres, une salle de bal et de concert imitée de celle dont Monnet vient de parler et qu'on appela aussi le Panthéon.

C'était un très beau bâtiment, surmonté d'une toiture de fer (ce qui constituait alors une nouveauté) et qui contenait une galerie de 20 mètres de long qui aboutissait à un grand salon ovale, où on donnait des bals, des ballets et des concerts. D'autres galeries droites ou circulaires conduisaient à ce salon autour duquel il y avait de larges promenoirs.

« 11 serait difficile, assure Thiéry dans son Guide du Voyageur à Paris, publié

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« ment il me reconnaîtra bien. Car tout le temps qu'il a resté « dans ma boutique, il n'a cessé de me regarder, et de me faire « des questions ». Le voisin lui répliqua : « Est-ce que vous ne » connaissez pas Foot? » L'Apothicaire surpris qui craignait de se voir jouer, courut après lui et le pria avec instance de revenir à sa maison, attendu qu'il avait une chose importante à lui communiquer. Aussitôt qu'il l'eut ramené, il se jetta à ses genoux, en lui disant : « Je sais qui vous êtes, et par la dé- « marche que vous venez de faire chez moi, j'ai tout lieu de « croire que votre dessein est de m'exposer sur votre Théâtre. » Si vous le faites, je suis le plus malheureux des hommes, et « vous me ferez manquer le mariage de ma fille avec un Membre » du Parlement qui doit incessamment l'épouser ». Il ajouta, qu'il pouvait lui imposer telle somme qu'il jugerait à propos, pour n'être point joué. Foot, après avoir rêvé un instant, lui répondit, du plus grand sang-froid, et avec la commisération la plus marquée : « Monsieur, votre situation me touche: elle m'in- « téresse même et m'embarrasse encore plus. Je ne vous ca- « cherai pas que vous êtes le principal sujet de la pièce avec « laquelle je compte faire, dans huit jours, l'ouverture de mon « Spectacle. J'ai fait pour cela une dépense extraordinaire en « décorations, en habits, etc. On n'abandonne pas aisément « une pièce qui comporte un caractère aussi riche, aussi plai- « sant, aussi connu qu'est le vôtre ». Quelques offres et quelques supplications que put faire le pauvre homme à Foot, la pièce fut jouée et eut le plus grand succès.

Pour terminer, sans prévention, sur les Spectacles de ces deux Villes rivales, Londres et Paris : ceux de Londres sont certainement bien inférieurs aux nôtres, par les pièces et par les Acteurs (i). La Comédie-Française et la Comédie-Italienne, dans deux genres très différents, peuvent être considérées comme les meilleurs et les plus agréables Spectacles de l'Europe.

(1) J'excepte toujours €M. Garrkk, qui, par la supériorité des talents et l'inépuisable variété dont le fond est dans son génie, est hors de comparaison. (M.)

L'Opéra Français, avec ses défauts, doit encore avoir la préférence sur l'Opéra Italien, soit par le mérite de la danse, des chœurs, des décorations, du brillant et du goût des habillements, soit par le jeu même des Acteurs. On peut en juger par l'Opéra de Castor et Pollux (1), que l'on représente actuellement.

Les Opéras Italiens consistent dans une ou deux belles Scènes au plus, et dans trois ou quatre Ariettes, chantées sans doute avec beaucoup d'art. Les Acteurs savent tous la musique; ils ont la voix presque toujours juste, et souvent très belle; mais en général ils sont sans action, sans grâces et sans noblesse. Le jugement que j'ose porter ici sur l'Opéra Italien, m'a été confirmé par ceux que j'ai vu représenter à Londres, et par des Amateurs qui ont vu tous les Théâtres d'Italie.

Les premières places à l'Opéra de Londres se paient 12 livres, et 6 livres aux Comédies; le reste à proportion. Quand on entre après le tioisième Acte aux Comédies, on ne paie que la moitié du prix. Les Spectacles commencent à six heures du soir et finissent souvent à onze.

Par un usage pratiqué de tout temps en Angleterre, les Demoiselles entretenues sont exclues des premières Loges. C'est un défaut de politesse que les nôtres ont à reprocher à leurs mœurs, et dans lequel, on ne voit que trop, que nous sommes bien éloignés de tomber.

Les Spectacles de Londres ne sont point assujettis au quart des pauvres comme ceux de Paris; mais ils donnent volontairement, et souvent, des représentations au profit des vieux Comédiens et des gens dans l'infortune.

Quant au produit des spectacles Anglais, par les notes que j'ai eu soin de me procurer sur cet article, je crois pouvoir assurer que la recette des Théâtres de Londres peut aller, en général, à trois millions, chaque année; et celle des Spectacles

(1) Castor et Pollux, tragédie lyrique en cinq actes, avec un prologue, par Bernard, musique de Rameau. Joué pour la première fois à l'Opéra le 24 octobre 1737. repris au mois de décembre 1753 avec des changements et sans prologue.

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