POINSINET
Nous reproduisons, pour que notre réimpression soit complète, l'appendice aux Mémoires de Monnet qui a pour titre Les Mystifications du sieur T... (Poinsinet). La plupart de ces mystifications sont d'un goût assez peu délicat, et à voir comment en ce temps-là se divertissaient les gens d'esprit, on se demande comment devaient s'amuser les autres.
Tel qu'il est cet opuscule a l'avantage de faire mieux connaître les mœurs littéraires .du xviuu siècle, dans ce qu'elles eurent de moins confraternel et de moins élégant. D'ailleurs le personnage qu'elles mettent en scène présente quelque intérêt et sa comédie du Cercle, évocation heureuse du spirituel et médisant papotage des salons, est une manière de chef-d'œuvre.
Les Poinsinet fuient longtemps attachés à la maison du duc d'Orléans.
L'un d'eux, Pierre Poinsinet, premier valet de garde-robe de Monsieur, avait épousé, le S février 1718, Madeleine-Victoire Chapard, fille d'un premier valet de garde-robe de Mgr le duc d'Orléans, et qui devint elle-même peu après femme de chambre du futur roi Louis XV.
De ce mariage naquit à Fontainebleau, en 1735, Antoine-Alexis-Henri Poinsinet, notre héros, qu'on appela plus tard, pour le distinguer d'un de ses cousins, littérateur comme lui, Poinsinet le jeune, le petit Poinsinet ou Poinsinet le mystifié.
11 débuta dans la carrière dramatique en 1731, à dix-huit, ans par une pièce intitulée Totinet, jouée le 23 février à la foire Saint-Germain et qu'il écrivit en collaboration avec le sieur de Portelance, un des auteurs les plus siffles de cette époque (1). Totinet, qui réussit peu, était une
(1) Totinet, parodie de Titon et TiAurore, par P. et P. (Poinsinet et Portelance) Paris, Vu Delormel, 1753.
Saint-Germain une parodie, sous forme de parade et intitulée Gille garçon peintre, ^amoureux t-et rival. En voici d'après Desboulmiers (i) le scénario.
« Cassandre, peintre subalterne, établi dans un faubourg de Paris), devient amouieux d'un modèle qui doit lui servir à peindre une enseigne. Gille, son garçon, est son rival, et il s'entend avec Colombine, servante et ancien modèle de Cassandre. Ce dernier s'enivre en peignant, et dans son iviesse il se passionne pour le mannequin qui est dans son atelier, .croyant y reconnaître les traits de sa déesse. »
Le Borde, valet de chambre du Roi (on trouve beaucoup de valets de chambre dans l'histoire de Poinsinet) avait fait la musique de cette parade un peu naïve. On l'apprécia plus que les paroles, et cette mauvaise chance suivit, comme nous le verrons, le malheureux auteur dramatique dans presque toute sa carrière.
L'Écosseuse (2), parodie de V Ecossais de Voltaire, n'eut en 1760 que quelques représentations devant un public qui semblait s'ennuyer beaucoup et ne pas être là pour son plaisir. Les Petits Philosophes, parodie des Philosophes, de Pahssot, jouée au mois de juillet de la même année, n'eurent pas une destinée plus'heureuse que VEcosseuse.
Sancho Pança dans son île (3), en 1762, ne réussit, à la Comédie- Italienne (8 juillet) que grâce à la musique de Philidor, et l'année suivante, la musique de Vanmalder ne sauva pas la Bagarre '4) f 1 o février).
L'année 1764 fut, au point de vue dramatique, meilleure pour Poinsinet. Elle marque l'apogée de son talent ou plutôt elle marque l'époque où fut représentée la seule pièce de lui qui ait vraiment de la valeur.
Le Sorcier, comédie lyrique mêlée d'ariettes, en deux actes (musique de Philidor1 jouée aux Italiens le 2 janvier, avait assez bien réussi, en dépit de l'anecdote, probablement inventée de toutes pièces, que racontent les anecdotes dramatiques (5).
« On prétend qu'un Spectateur montrant trop d'empressement pour voir celui à qui il était redevable du plaisir qu'il venait d'éprouver, avait été averti plusieurs fois de modéier ses transports par la sentinelle qui
(i) Histoire du Théâtre de l'Opéra-Comiquc. Paris, 17Ô9, II, 351.
(2) Poinsinet eut comme collaborateurs Anseaume et Davesnes.
(3) Opéra boudon en un acte.
(4) Opéra bouffon en un acte, joué comme Sancho Pança a la Comédie-Italienne
(5) T. II. p. 1S8.