CHAPITRE XIII
AUTRE SOUPER MAGIQUE, OU PAR UN MOYEN AUSSI SIMPLE QUE LE PRECEDENT, P... EST PRIS PAR TOUTE LA COMPAGNIE POUR MADEMOISELLE C. . . (i)
Le mot donné aux domestiques, le Magicien arrive avec P..., lui fait mettre bas dans l'antichambre son inutile culotte, lui donne la main, et l'introduit dans la salle d'assemblée.
Tout le monde se lève avec empressement ; on remercie le Magicien de la bonne fortune qu'il procure à la compagnie, en amenant Mlle C... P..., persuadé que réellement il paraît à tous les yeux sous les traits de la célèbre Actrice, se prête, autant qu'il est en son pouvoir, à la représenter dignement.
On lui fait le plus grand accueil ; il s'entend débiter maintes galanteries, jusqu'à des déclarations même; il en reçoit quelques-unes avec dignité, les autres avec moins de rigueur. On le prie de vouloir bien déclamer quelques Scènes d'une Tragédie nouvelle qui faisait alors l'entretien des cercles. Il se prête à tout ce qu'on désire. On ne se lasse point de se récrier sur sa complaisance ; on lui en fait mille excuses. La salle retentit d'applaudissements, et P... eut peut-être alors renoncé bien volontiers à son sexe, pour jouir de toute la gloire de l'Actrice dont il croyait porter le masque.
(i) Clairon.
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d'opérer l'effet qu'on s'en était promis, fut au contraire un stimulant qui ne fit qu'irriter davantage les désirs effrénés du petit homme ; mais son Cabaliste s'était fait fort de les satisfaire, et rien ne lui paraissait difficile pour un homme qui le rendait invisible, Cuvette, Actrice, etc.
Le Magicien, un peu déconcerté de l'incontinence du petit satyre, lui ordonna de passer dans une chambre voisine, et d'y attendre son retour. Il fit part à la Compagnie de l'embarras où le mettait la fougue amoureuse du petit libertin. La Dame qu'il convoitait frémit de l'effet inattendu de ses charmes ; mais un des convives s'offrit de la représenter et d'éteindre bientôt ses feux. Il se hâta de s'habiller en femme, et n'eut pas de peine à passer pour l'objet de la belle passion conçue si soudainement par le petit homme. La chose était d'autant plus facile, qu'il n'y avait point de lumière dans la chambre où l'amoureux P... attendait sa bonne fortune ; mais au défaut de lumière, il s'y trouvait par hasard une grande baignoire remplie d'eau, pour l'usage du Maître de la maison qui devait se baigner le lendemain.
Le travestissement fait, le Magicien, suivi de la fausse femelle, passa dans la chambre obscure, et ne dit à P... que ces mots : « Tenez mon ami, je vous la livre.» P... s'élance aussitôt sur sa proie, en homme qui ne pouvait plus attendre. L'homme déguisé, las de se défendre, l'enlève, d'un bras vigoureux, de toute sa hauteur, et le laisse retomber dans la baignoire.
Dans son effroi, le malheureux petit homme crut avoir été précipité du ciel au fond d'un abîme. Ses petits cheveux étaient hérissés sur sa tête. Il resta quelques moments comme aliéné. Le Magicien lui représenta qu'il s'était attiré, malgré lui, ce châtiment par son incontinence. « Mon pouvoir, ajouta-t-il, vient des « Sylphes, et le mouvement brutal que vous avez ressenti est « l'ouvrage d'un Gnome jaloux de la protection dont je vous « honore. C'est pour cela que je vous exhortais d'abord à « vaincre vos désirs, et que je vous ai fait boire le salutaire « breuvage auquel vous avez trouvé un goût détestable que par