‹ Mémoires de Jean WoolmanChapitre 2 sur 4 · SCO AN RE NT TR RS CPR · texte numérisé non relu

SCO AN RE NT TR RS CPR

* Luc. xiii, 23 - 30. ** Apoc. ill, 20 - 22.

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devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes dans leurs mains, et attribuant leur salut à Dieu et à l’Agneau *. » Si, d’après ces principes, nous apprécions le caractère de ceux qui font profession du christianisme, nous aurons souvent lieu de porter un jugement différent de celui de la multitude. D'un côté, les prétentions les plus spécieuses, qui ne sont pas fondées sur l'opération de Jésus-Christ dans le

cœur , cesseront de l'emporter avec nous; de

l'autre, une dissidence de secte ou de doctrine, « de

tribu ou de langue, » dans un homme qui a de la foi, quoiqu'il ait des opinions différentes des nôtres, si sa foi est bien prouvée par ses œuvres, ne nous empêchera point de le mettre au nombre de ceux que l'Agneau a conduits à la victoire. Le peu de cas qu'il fait de lui-même ne sera pas non plus pour nous la mesure de son mérite réel, puisqu'il y en a qui, à en juger par l'apparence, et même.à leurs propres yeux, sont des derniers ici-bas sur la terre, mais qui seront avec les pre-

miers dans le royaume éternel.

Jean WooLman, sujet de ces mémoires, habitoit l'Amérique septentrionale, et étoit membre de la société des Amis, appelés communément Quakers. 11 fut un exemple brillant de pureté et d'humilité de cœur, un ministre prêchant la justice qui vient de la foi, et un de ceux qui travaillèrent les premiers, et avec le plus d'ardeur, à ouvrir les yeux du genre humain sur cette complication d'injustice et de cruauté qui résulte de l'esclavage des nègres, aussi bien que du trafic infâme qui en fournit les victimes. Ceux qui aiment la miséricorde, et qui se sont réjouis de voir les chrétiens lavés, jusqu'à un certain point, du sanglant reproche que l’on pouvoit leur faire à ce

* Apoc. vi, 9, 10.

La

sujet, trouveront sans doute intéressant que l'on trace la manière progressive dont s'est formé le caractère de cet avocat de la miséricorde ; et, après avoir connu quelques-unes de ses opinions et de ses actions, de le contempler dans sa retraite humble et paisible, rempli de paix et orné d'humilité dans ses derniers momens.

Le compte qu il rend de ce qui le regarde commence ainsi : « J'ai souvent senti un mouvement d'amour qui me portoit à laisser par écrit quelques idées sur la bonté de Dieu à mon égard; et à présent, parvenu à ma trente-sixiènie année, je commence cet ouvrage.

Je naquis à Northampton, dans le comté de Burlington, Jersey occidental. en 1720, et avant l'âge de sept ans, je commencai à connoître les opérations de éèe divin. Mes parens eurent le soin de me faire apprendre à lire dès que j'en fus capable; et un certain jour, comme je revenoïs de l’école, tandis que mes compagnons allèrent jouer sur le chemin, je me souviens que Jj'allai toujours en avant, et que, les ayant perdus de vue, je n'assis et lus le 22° chapitre de l'Apocalypse : « Là je vis un fleuve pur d'eau vive, claire comme du cristal, qui sortoit du trône de Dieu et de l’Agneau , etc.; » et,en le lisant, mon esprit fut porté à chercher cette céleste demeure que Dieu, comme je le croyois dès lors, avoit préparée pour ses serviteurs. La douceur dont mon esprit fut rempli me reste encore fraiche dans la mémoire, ainsi que l'endroit où J'étois assis. Cet événement, e d'autres inspirations pareilles de la grâce, Bu sur moi cet effet, que si les petits garcons se servoient de mots profanes, j'en étois affligé; et par une miséricorde continuelle de Dieu,Jje n’étois pas porté à les imiter.

Les instructions pieuses de mes parens me revenoient souvent dans l'esprit, quand je me trouvois parmi de méchans enfans, et m'étoient d’un

grand service. Mes parens, qui avoient une nombreuse famille, étoient dans l'habitude, tous les remiers jours de la semaine, après avoir été à l'assemblée, de nous faire lire, l'un après l’autre, les saintes Ecritures, ou quelques bons livres de piété, tous les autres restant assis et en silence ; ce que j'ai toujours considéré depuis comme une excellente coutume. Ge que Jj'avois lu et entendu dire me fit croire qu'autrefois il y avoit des gens qui marchoient dans la droiture devant Dieu d’une manière infiniment supérieure à celle d’aucune personne de nos Jours que Je connusse ou qu'on‘pût citer : et l’appréhension qu'il n'y eût, parmi les gens de nos jours, moins de constance et de fermeté que par le passé, m'afiligea souvent dans mon enfance. | Une chose remarquable alors est qu'une fois, allant en commission chez un voisin, je vis, sur le chemin, un rouge-porge posé sur son nid; m'en étant approché, il senvola; mais comme il avoit des petits, il ne s'écarta pas, et, en poussant plusieurs cris, il fit voir l'intérêt qu'il prenoit à sa couvée, Je m'arrêtai et lui jetai des pierres; une à la fin atteignit, et il tomba roide mort. Je fus d'abord très-satisfait de mon exploit; mais au bout de quelques minutes je fus saisi d'horreur d'avoir tué, en m'amusant, une créature innocente qui prenoit tant de soin de ses petits. Je la contemplai morte, et je pensai que ces petits, pour lesquels elle montroittant d'intérêt, ne pouvoient manquer de périr, faute de la mère qui pourvoyoit à leurs besoins ; et après quelques réflexions douloureuses sur ce sujet, je pris le parti de grimper sur l'arbre, de prendre les petits et de les tuer, croyant mieux faire que de les laisser languir et mourir misérablement. Je me ressouvins alors , en me l'appliquant à moi-même, de ce proverbe de l'Ecriture : « La pitié même du méchant est cruelle,» Je poursuivis mon chemin, et m’acquittai

de mon message; mais, pendant quelques heures, je ne pus penser à nulle autre chose qu'aux cruautés

ue j'avois commises, et j'étois dans une grande affliction. C’est ainsi que celui dont les tendres miséricordes s'étendent sur tous ses ouvrages a placé, dans l'esprit humain, un principe quile porte à user de bonté envers tout être vivant : quand on ne s'écarte point de ce principe, on sent son cœur devenir tendre et sympathisant; mais quand, à force de repousser ce principe, on le rejette totalement, l’esprit alors se resserre, et on finit par se trouver dans une disposition tout à fait contraire à la bienfaisance.

Comme j'approchois de ma douzième année, ma mère, en l'absence de mon père, me reprit de quelque sottise, et je lui fis une réponse peu respectueuse. Le premier jour de la semaine suivante, comme je revenois de l'assemblée avec mon père, il me dit qu'on lui avoit donné à entendre que je m'étois mal comporté envers ma mère, et il me conseilla d'être plus attentif à l'avenir. Je savois bien que j'avois tort, et, rempli de honte et de confusion, je gardai le silence. Cette réprimande me fit sentir ma faute, et je fus pénétré de remords : en arrivant au logis, je me retirai seul, et je priai le Seigneur de me pardonner ; je ne me souviens pas que, depuis ce moment, j'aie jamais répondu impertinemment à mon père ou à ma mère, tout étourdi que j'étois à d'autres égards.

Ayant atteint l'âge de seize ans, je commencai à aimer les compagnies gaies; et quoique jene fusse point adonné à un langage libre ni à une conduite scandaleuse, cependant j'aperçus quil y avoit en moi une plante qui produisoit de mauvais fruits; mais Dieu, ce père plein de miséricorde, ne m'abandonna pas entièrement ; et de temps à autre, par un effet de sa grâce, il me porta à considérer sérieusement la vie que je menois. La

vue de mes erreurs me remplit de chagrin; mais, faute d'apporter une attention convenable aux reproches et aux instructions ; j'ajoutai vanite sur vanité et repentir sur repentir. Enfin, mon esprit s'écarta de plus en plus de la vérité, et je marchois à grands pas vers ma ruine. En méditant ainsi sur le gouffre vers lequel je m'avancçois, et en réfléchissant sur les égaremens de ma jeunesse, mes yeux se remplissent de larmes.

Comme j'avancois en âge, le nombre de mes connoissances s'augmenta, et le temps de ma jeuuesse en devint plus difficile à passer d’une manière irréprochable. Quoique j'eusse trouvé du soulagement à lire les saintes Ecritures, et à penser aux choses de Dieu, j'en étois alors détourné ; je savois que Je m'écartois du troupeau du Christ, et je n'avois pas la force d'y retourner; de là les réflexions sérieuses m'étoient à charge, les vanités et les amusemens de la jeunesse faisoient mes plus grands plaisirs. Je trouvai beaucoup d’autres jeunes gens Comme moi qui suivoient cette carrière, nous nous associèmes, et nous formâmes ce qu'on peut appeler le contraire de la véritable amitié.

Mais sur cette pente rapide il plut à Dieu de m'arrêter en menvoyant une maladie si sérieuse que je ne croyois pas en revenir. Les ténèbres, l'horreur et l’étonnement me saisirent alors dans toute leur force, même au milieu de mes plus grandes souffrances. Je pensai qu'il auroit mieux valu pour moi de n'être jamais né, que de voir le jour qui se présentoit devant moi. J’étois rempli de confusion, et, dans la plus grande peine et d'esprit et de corps, je me couchai et me lamentai. Je n'osois élever mes cris vers Dieu que j'avois si fort offensé; mais, pénétré d’un sentiment profond de mes folies, je m'humiliai devant lui; et, à la fin, cette parole qui est comme un feu et un marteau brisa mon cœur rebelle et le fondit; je poussai alors les cris de la contrition ; la multitude

de ses miséricordes me donna un soulagement intérieur, et je sentis se former en moi un engagement secret de marcher humblement devant lui, s’il lui plaisoit de me rendre la santé.

Après ma guérison Je continuai à me livrer à cet exercice pendant un temps considérable ; maïs cédant par degrés aux vanités de la jeunesse, elles gagnèrent de la force, et, me joignant à des jeunes gensdissipés, je retombai. Le Seigneur m'avoit singulièrement favorisé :il m'avoit donné la paix dans le temps de ma détresse, et à présent, pour comble d’ingratitude, je retournois à mes folies; ce qui, de temps à autre, me faisoit éprouver de cuisans remords. Je n'étois pas assez endurci pour me livrer à des actions scandaleuses ; mais ma principale étude étoit de me distinguer par mes folies et d’exciter la gaieté. Je conservois néanmoins de l'attachement pour les gens pieux, et leur compagnie m'imposoit. Mes chers parens me rappelèrent plusieurs fois à la crainte du Seigneur ; leurs avis me pénétroient le cœur et y faisoient un bon effet pendantun temps, mais, n'entrant pas assez avant pour me faire prier comme je l’aurois dû , le tentateur, quand il se représenta, y trouva facilement place. Je me souviens qu'une fois, ayant passé une partie de la journée à me divertir, le soir, quand j'allai me coucher, je trouvai sur une fenêtre auprès de mon lit une Bible que j'ouvris, et mes yeux tombèrent d’abord sur ce passage : « Nous nous couchons avec notre honte, et notre confusion nous sert de couverture. » Je savois que c'étoit là mon état; cette réprimande si inattendue me frappa vivement, etje me mis au lit, la conscience pleine de remords; mais ils se dissipèrent bientôt.

Ainsi se passoit le temps : mon cœur étoit au comble de la joie et de la folie; mon imagination se repaissoit d'agréables scènes de vanité. J’atteronis enfin l'âge de dix-huit ans. Vers ce temps-là je sentis dans mon âme les jugemens de Dieu,

semblablés à un feu dévorant; ét, jetant un regard sur ma vie passée, la vue m'en fut très-affligeante. J'étois souvent tristé, et il me tardoit d’être délivré de ces vanités ; mais mon cœur y étoit encore fortement porté, ce qui occasionnoit au dédans de moi un combat opiniâtre; quelquefois Je retournois à ma vie dissipée, puis le chagrin et la confusion se saisissoient de moi; d'autres fois Je formois une ferme résolution d'abandonner quelques-unes de mes habitudes vicieuses; mais il y avoit une secrète réserve dans mon cœur qui en conservoit la partie la plus raffinée : je n'étois pas assez abattu pour trouver la véritable paix. C'est ainsi que pendant quelques mois j'éprouvai de

rands embarras, parce qu'il restoit en moi une volonté rebelle qui rendoit mes efforts inutiles, jusqu’à ce qu’enfin, par une miséricorde constante du ciél, je fus abattu en esprit devant le Seigneur. Je me souviens qu’un soir, après avoir passé quelque temps à lire un ouvrage de piété, et me promenant seul, je priai humblement le Seigneur de venir à mon secours, afin que je pusse être délivré de toutes ces vanités qui m'avoient tant séduit : me voyant abattu, il m'aida; et, comme j'apprenois à porter la croix, je me sentis rafraîchi par sa présence; mais ne conservant pas cette force qui donne la victoire, je retombai encore. Le sentiment que j'en eus m'affecta beaucoup; je cherchai les déserts et les lieux écartes; là, les larmes aux yeux, jé confessai mes péchés devant Dieu, et j'implorai humblement son secours. Je puis diré avec gratitude qu'il étoit près de moi au milieu de mes peines, et que, dans ces momens d'humiliation, il m'ouvroit les oreilles et me disposoit à écouter l'instruction. Je fus alors porté à considérer sérieusement les moyens par lesquels j'avois été écarté de la vérité pure, et j'appris que si je voulois mener la vie que menent les fidèles serviteurs de Dieu, je ne devois

pas, comme par le passé, aller dans des sociétés de mon propre choix , et que toutes les impulsions des sens doivent être gouvernées par un divin principe. Dans les temps d’affliction et d'abattement, je portois ces instructions scellées sur moi, et je sen: tois que le pouvoir du Christ domptoit ne propres désirs, de sorte que Je conservois presque toute ma here ; par à, quoique jeune, mais croyant alors que le PER o étoit le genre de vie qui me convenoit le mieux, j'eus assez de force pourabandonner ces sociétés qui m'avoient si souvent fait tomber dans le piége.

Je me rendis constamment aux assemblées , et les après-midis du premier jour de la semaine, je les passat principalement à lire les saintes Ecritures ou quelque autre bon livre. Mon esprit fut bientôt convaincu que la vraie religion consiste dans une vie intérieure, dans laquelle le cœur aime et révère Dieu le Créateur, et apprend à être véritablement juste et bon, non-seulement envers tous les hommes, mais encore envers les animaux : — que comme l'esprit est porté par un principe intérieur à aimer Dieu, cet Etre invisible et incompréhensible, il est porté par le même principe à l'aimer dans toutes ses œuvres, que ce monde visible nous offre; — que comme son souffle allume la flamme de la vie dans toute créature sensible, dire qu'on aime Dieu, et en même temps être cruel envers la plus petite créature, cest une contradiction manifeste.

Je ne trouvai en moi aucune petitesse d'esprit à l'égard des sectes et des opinions ; mais j étois ane persuadé que, dans quelque société que ce soit, ceux dont le cœur est droit et sincère, s'ils aiment véritablement Dieu, lui sont agréables.

Jusque-là j'avois vécu dans la maison paternelle et travaillé à la ferme. Comme j'avois fait à l’école assez de progrès pour un planteur, Je m'étois occupé à me perfectionner pendant les

de

soirées d'hiver, et dans d’autres momens de loisir. J'étois entré dans ma vingt et unième année, lorsqu'un homme qui avoit beaucoup d’affaires dans son commerce, et qui faisoit le métier de boulanger, me demanda si je voulois m'engager avec lui pour avoir soin de sa maison et tenir ses livres. Je fis part à mon père de cette proposition ; et, après avoir délibéré quelque temps, 1l fut En que je l'accepterois.

À la maison j'avois vécu retiré; mais alors, me trouvant dans le cas de voir beaucoup plus de monde, je sentis fréquemment s'élever dans mon cœur de ferventes prières à Dieu, le Père des miséricordes, pour qu il daignât me préserver de toute corruption, afin que, dans ce nouvel emploi où j'allais être plus en vue, je pusse le servir, lui mon divin Rédempteur, dvèr cette Hume et cette abnégation dont j'avois, à un certain degré, déjà pris l'habitude dans la vie privée. L'homme qui m'employoit monta un établissement à Mount- Holly, à cinq milles environ de la maison de mon

ère et à six milles de la sienne; j y demeurai seui et fus chargé du soin de la boutique. Peu de temps après mon installation dans cet endroit, jeus la visite de plusieurs jeunes gens, mes an-

ciennes connoissances 3 qui s'imaginoient que nos

anciennes folies me seroient aussi agréables que

par le passé, Je m'adressai alors au Seigneur en secret, et le priai de me donner la sagesse et la force, car je me sentois entouré de difhcultés, et

c'était pour moi une nouvelle occasion de pleurer sur l'emploi du temps où javois contracté une si grande familiarité avec des libertins. Je venois de quitter la maison paternelle ; mais mon Père céleste eut compassion de moi "plus que Je ne puis l exprimer.

Au bout de quelque temps, mes anciennes connoissances renoncèrent à l'espérance de me voir rentrer dans leur compagnie , et je commencai à

me faire connoître de quelques autres personnes dont la conversation me fut utile. Alors, ayant éprouvé que l'amour de Dieu par lee Christ m'avoit lavé de plusieurs souillures , et soutenu comme dans une mer orageuse où j'avois livré bien des combats dont personne n'ayoit connoissance, et que mon cœur se soumettoit à ce divin principe, je me sentis animé d’une tendre compassion pour la j jeunesse qui restoit engagée dans des filets pareils à ceux où moi-même, tant de fois, J'avois été pris. Cet amour et cette tendresse augmentérent, et mon esprit fut plus fortement engagé à faire le bien de mes semblables. J'allois aux assemblées dans une disposition d'esprit trèssérieuse, et je tâchois de connoitre intérieurement quel étoit le langage du véritable Berger. Un jour, m'y trouvant fort engagé en esprit, je me levai et dis quelques mots; mais, ne me bornant pas strictement à ce que l'Esprit divin m'inspiroit, j'en dis plus qu'il ne demandoit de moi. Bientôt je m aperçus de mon erreur. Pendant quelques semaines je fus très-affligé, mon esprit ne recevant ni lumière ni ARE et ce fut au point que je ne pouvois prendre plaisir à rien. Je me ressouvins de Dieu, et je souffrois beaucoup; mais, dans l'abime de ma détresse, il eut pitié de moi et m'envoya le Consolateur. Je sentis alors qu’il m'avoit pardonné mon offense; mon esprit redevint calme et tranquille; je remerciai sincèrement de ses miséricordes mon divin Rédempteur, et ensuite, sentant s ouvrir la source de l'amour divin, et ayant occasion de parler, je me levai dans une assemblée, et dis quelques mots dont jé tirai un vrai contentement; cela m'arriva, je crois, SiX semaines après mon premier essai. Comme j'avois été humilié, et par là instruit à porter ma croix, mon esprit en devint plus sûr pour discerner les impulsions de cette intelligence pure qui agit intérieurement sur le

SR

cœur, et qui mapprit à attendre en silence, quelquefois des semaines entières , que je sentisse cette influence divine qui prépare l'homme à cet acte solennel.

D'une pureté intérieure dans laquelle on persiste avec fermeté émane un vif désir d'opérer le bien des autres. Tous les fidèles ne sont pas appelés

à parler en public ; mais ceux qui le sont doivent

faire part de ce qu'ils ont goûté, et, pour ainsi dire, palpé spirituellement. Le culte peut être varié et différent à l'extérieur; mais partout où se trouvent de vrais ministres de Jésus-Christ, ils sont tels par l'opération de son Esprit sur leurs cœurs qui les purifie premièrement, et par là leur fait connoître au juste la condition des autres.

Cette vérité se fixa de bonne heure dans mon esprit; elle mapprit à suivre la pure révélation de l'Esprit, et à prendre garde, lorsque je me tenois debout pour parler, que ma propre volonté, gagnant le dessus, ne me fit employer le style de la sagesse mondaine, et par là quitter la marche d'un véritable ministre de l'Evangile.

Dans la conduite de mes affaires extérieures , je puis dire avec reconnoiïssance que la vérité fut mon soutien, et que j'étois considéré dans la famille de mon maitre, qui vint lui-même demeurer à Mount-Holly, environ deux ans après que j'y fus venu. |

Vers la vingt-troisième année de mon âge, les conceptions les plus vives de la providence du Tout-Puissant, et du soin qu'il prend de ses créatures en général, mais en particulier de l'homme, qui est la plus noble de celles qui sont visibles, ces conceptions me furent divinement accordées. Convaincu en moi-même, d'après ces méditations, que mettre toute ma confiance en Dieu étoit essentiel à mon bonheur, je me sentis porté à renouveler l'engagement de n’agir en toute chose que d'après un principe intérieur de vertu, et de ne

poursuivre les affaires de ce monde qu'autant que la vérité m'en frayeroit le chemin. |

L'homme qui m'employoit avoit une négresse qu'il vendit. Il me dit d'en faire la facture, parce que celui qui l'avoit achetée attendoit après. L'affaire ne me laissoit guère le temps de la réflexion; et quoique la pensée d'écrire un acte d'esclavage pour un de mes semblables me répugnât, cependant je me souvins que j'étois engagé à l'année , que c'étoit mon maître qui me l'ordonnoit, et que c'étoit un homme d'un certain âge, un membre de notre société (celle des Amis) qui l’achetoit ; ainsi, par foiblesse, je cédai et j’écrivis l'acte; mais, en l'exécutant, j’avois l'esprit si affligé que je ne pus m'empêcher de dire devant mon maître et l'acheteur que je croyois la pratique d'avoir des esclaves incompatible avec la religion chrétienne. Cette réflexion diminua un peu mon malaise; mais, en y réfléchissant sérieusement, je pensai que j'aurois mieux fait mon devoir en demandant d’être dispensé de faire une chose contre ma conscience, comme effectivement l'étoitcelle-là. Quelque temps après , un jeune homme de notre société, qui avoit pris depuis peu une négresse dans sa maison, me pria de lui écrire l'acte de vente d’une esclave. Je lui dis qu'il me répugnoit de l'écrire ; car, quoique plusieurs membres de notre assemblée , ainsi que dans d’autres endroits, eussent des esclaves, je persistois à croire que c'étoit une pratique criminelle, et je le priai de m'excuser. Je lui parlai à bonne intention; il me répondit qu'il ne lui étoit pas autrement agréable d'avoir des esclaves, mais que celle-ci étant un présent fait à sa femme, il n'avoit guère pu la refuser. »

Vers ce temps-là Jean Wooïman avoit commencé à voyager, pour avoir occasion d'exercer son talent comme ministre; et dans le compte qu’il rend d’une de ses tournées, qu'il fit accom-

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