‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 100 sur 125 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Sa Majesté de l'aller porter lui-même, et il partit en poste pour aller trouver l'Empereur, qui s'étoit retiré à Lintz.

Sa Majesté polonoise dépêcha des courriers à tous les palatinats, et à ceux qui commandoient ses troupes réglées, pour marcher au rendez-vous qu'il leur donna; et il monta lui-même à cheval le lendemain pour s'y rendre. Quinze mille Polonois de la plus belle cavalerie, et l'élite de la noblesse du royaume, se trouvèrent au rendez-vous : le roi fit lui-même le choix de quinze mille chevaux, et renvoya le reste. Il ne perdit pas un moment pour se mettre en marche, et envoya un courrier à Tékély, qui étoit resté avec trente mille mécontens ou Turcs dans le royaume de Hongrie. Il lui manda qu'il lui donnoit sa parole de ne le point inquiéter dans ses desseins, ni même dans la possession des conquêtes qu'il feroit; mais qu'il exigeoit qu'il ne vînt point aussi le troubler dans ses projets. Le Tékély le lui promit; ce qui étoit absolument nécessaire. L'arrangement de ses vivres et l'ordre de sa marche ne fut pas sitôt fait que dans peu de jours, et sans obstacle, ce prince arriva sur les hauteurs de Closterberg.

M. le duc de Lorraine, général des troupes de l'Empereur, le vint trouver pour lui apprendre ce qu'il savoit de la situation du camp des ennemis et du siège. Il le remercia au nom de l'Empereur, et

lui dit que non seulement sa présence et son secours étoient nécessaires, mais que lui seul pouvoit terminer une infinité de divisions et de difficultés entre monsieur l'électeur de Bavière, qui n'avoit que seize ans, et qui étoit venu joindre ses troupes à celles de l'électeur de Saxe, qui, de son côté, comme plus vieux, prétendoit le commandement; que chaque prince particulier de l'Empire, qui avoit amené pareillement ses troupes, avoit des prétentions d'indépendance; et qu'en un mot la présence de Sa Majesté lèveroit tous les obstacles que la différence de sentimens et d'intérêts, si contraire à la cause commune, faisoit naître.

Quelques-uns des principaux de ces messieurs vinrent les mêmes jours, sur les mêmes hauteurs de Closterberg, faire la révérence au roi Jean, qui s'avança avec eux jusqu'au lieu d'où l'on voyoit le camp du grand vizir, l'armée turque, et les ouvrages de la tranchée. Le roi, après avoir un peu regardé avec sa lunette, dit : « Cet homme-là est mal campé ; je le connois, c'est un ignorant présomptueux. Nous n'aurons pas d'honneur à cette affaire, par la facilité qu'il y aura d'y réussir; ces coquins-là ne m'attendront point. » £t se tournant vers le duc de Lorraine : « Monsieur, lui dit-il, prenez la peine de faire commander seulement deux petites pièces de canon, et qu'elles se trouvent demain à la pointe du jour dans le même lieu où nous sommes.

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