MADEMOISELLE DE MONTPENSIER
La grande Mademoiselle, dans sa jeunesse, avoit pensé épouser l'Empereur, le roi d'Angleterre et M. de Savoie. Son humeur impérieuse lui avoit fait rompre tous ces mariages. Enfin, en 1660, elle eut envie d'épouser le prince Charles de Lorraine : elle lui donnoit tous les soirs des soupers et des violons; on dansoit une partie de la nuit. Mais, par malheur pour elle, M^ï« d'Orléans, sa sœur,
1 . L'abbé de Choisy parait être le premier écrivain qui ait fait connaître cette anecdocte : il était à la source des traditions sur le règne de Henri IV, dont sa mère avait pu voir la fin. Il a seulement erre sur un point. M™» de Guercheville n'était pas remariée à M. de Liancourt quand Henri IV lui rendit visite à La Roche-Guyon : elle ne contracta ce second mariage qu'au mois de février i 594. (A.E.)
a. Manuscrits de Choisy, tome I®', f» 2 58, r<».
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étoit de toutes ces fêtes, belle comme le jour à seize ans ; Mademoiselle paroissoit sa grand'mère. Le prince Charles en devint amoureux. La vieille s*en aperçut bientôt, et rompit toutes les fêtes. Mlle d'Orléans épousa le grand-duc, et le prince Charles sortit de France. Mademoiselle songea alors à épouser Monsieur, qui reçut la proposition avec tant de mépris qu'enragée contre les grands princes, il lui vint à l'esprit de faire la fortune d'un seigneur françois qui la servît bien, et qui fût soumis à toutes ses volontés. L'amour qui étoit entré dans son cœur ne la laissoit pas en repos. M. de Lauzun, capitaine des gardes, étoit alors en faveur : il étoit petit, malpropre, de mauvaise mine; mais son esprit, sa' vivacité, ses airs gascons, et certaines qualités occultes, le faisoient aimer des dames. Mademoiselle jeta les yeux sur lui. Sa naissance étoit bonne, et l'amitié du roi lui donnoit un grand relief. Jamais homme n'avoit si bien su se plier à toutes les inclinations et fantaisies des gens à qui il vouloit plaire. Son aventure avec M»ne de Monaco avoit fait beaucoup de bruit; et d'ailleurs, comme il étoit attaché particulièrement à Mme de Montespan, alors la maîtresse régnante. Mademoiselle pouvoit espérer par là que le roi ne s'opposeroit pas à son dessein. Elle commença par faire une confidence à M. de Lauzun. « Je suis résolue, lui dit-elle, d'épouser un seigneur fran-