LIVRE VIII
nir. Peut-être le nomma-t-on monsieur Tabbé parce que Tuniforme des habits noirs et du petit collet occasionne moins de dépense. Ce titre lui donna un extrême désir de le devenir, et l'on ne sauroit assez dire avec combien d'esprit et d'adresse il se fit une entrée familière chez M. le prince de Conti, dans un âge où les jeunes gens assez mal faits sont à peine soufferts chez les princes du rang de M. le prince de Conti, qui, pour lors, étoit destiné à l'état ecclésiastique. Chacun sait comme quoi ce prince s'abandonna à la passion éperdue qu'il eut pour Mnae de Longueville, sa sœur, qui le mit dans le parti du prince de Condé; de sorte que l'abbé de Cosnac trouva si bien les expédiens d'acquérir la familiarité, et depuis la confiance du prince de Conti, que, devenu nécessaire au maintien de l'union du prince de Condé, du prii^ce de Conti et de M^e de Longueville, il s'attacha si fort à leurs intérêts que M. le prince de Conti le prit auprès de lui comme un jeune abbé de condition qu'il aimoit, et qui s'attachoit à sa personne et à sa fortune. Cet abbé, sous une figure assez basse, avoit tout l'esprit, toute la hauteur et toute l'industrie d'un Gascon qui veut faire valoir les qualités qu'il n'a pas, aux dépens de celles qu'il a. Il étoit trop mal fait pour se faire une intrigue d'amour, dans une cour où cette passion régnoit fort. Il se jeta donc tout à fait du côté des af-
faires; et, dans un âge où la conduite des négociations importantes est pour Tordinaire incompatible avec la grande jeunesse, il se rendit si nécessaire que ce fut lui qui fit à vingt-deux ans la paix de Bordeaux. Il en dressa les articles, dont j'ai vu la minute écrite de sa main, et signée des princes et du duc de Caudale, qui signa pour le roi. Cette paix, désirée de la cour et nécessaire à l'État, lui fit un grand honneur non seulement dans le parti des princes, mais elle le fit connoître particulièrement du cardinal Mazarin, avec lequel il eut différentes conversations, et auprès duquel il fit plusieurs voyages pour la conclusion de l'importante affaire qu'il finit.
Le prince de Conti avoit une sorte d'esprit indécis, voulant et ne voulant pas, changeant d'avis à chaque moment, alternativement dévot et voluptueux, d'une santé médiocre, d'une taille très contrefaite, dont le vrai penchant eût été du côté de Dieu, si sa légèreté ne l'eût point souvent, et dans un même jour, fait passer d'une extrémité à l'autre. L'amour et l'union ne logent pas toujours ni longtemps dans les mêmes cœurs. Le prince de Conti crut avoir des raisons effectives d'être jaloux de M"»« de Longueville. M. de La Rochefoucauld avoit trop d'esprit pour être attaché à elle infructueusement, autant qu'il le paroissoit. Un voyage qu'elle fit auprès du prince de Condé fut peut-