‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 19 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

être regardé du prince de Conti comme un prétexte de le quitter, qui lui déplut : ainsi, sans se détacher tout à fait de la passion qu'il avoit pour sa sœur, il chercha dans le commerce qu'il a eu avec M*ne de Montlon', et dans quelques autres galanteries de Montpellier, de quoi se consoler un peu de Tabsence de M^^ de Longueville.

Guilleragues et l'abbé de Roquette étoient auprès de lui. Le premier étoit honnête homme, à •cela près que, né Gascon, il vouloit toujours que l'on fît cas de sa naissance, dont il importunoit impitoyablement tous ceux qu'il trouToit moyen •d'en informer. L'abbé de Roquette, depuis évêque •d'Âutun, avoit tous les caractères que l'auteur du Tartuffe a si parfaitement représentés sur le modèle ■d'un homme faux. Un soir que le prince de Conti •s'étoit masqué malgré l'abbé de Cosnac, qui lui avoit représenté que sa santé ne lui permettoit pas de veiller, et qui, voyant que cette première raison n'avoit rien gagné, s'étoit enhardi à lui dire -que, de la taille dont il étoit, il étoit impossible ■qu'il se masquât sans être connu ; un jour, dis-je, que ce prince s'étoit masqué, l'abbé de Roquette «ntra dans sa chambre comme il étoit près d'en

I , Daniel de Cosnac ne cite pas cette dame. Il ne nomme <iue M"»* de Calvimont et M"® Rochette, plus tard M"*« de Calvières. (I.)

sortir avec ceux qu'il avoit mis de la partie; et Tabbé de Roquette, s'adressant au prince de Conti^ comme s*il eût cru parler à M. de Vardes : a Monsieur, lui dit-il, montrez-moi Son Altesse », et puis se retirant du côté de Tabbé de Cosnac : a Monsieur, continua-t-il, dites-moi lequel de cesmasques est Monseigneur. » Enfin ce faux courtisan fit tant de pantalonnades, et affecta tant de fausses souplesses de fade courtisan, pour faire voir au prince de Conti qu'il étoit bien masqué, que Tabbé de Cosnac impatient lui dit assez haut pouF que M. le prince de Conti l'entendît : « AUez^ Monsieur de Roquette, vous devriez mourir de honte; et quand Son Altesse fait une mascarade pour se divertir, elle sait bien que la taille de M. de Vardes et la sienne sont différentes. » Ce discours, dit d'un ton ferme, surprit le prince de Conti, qui se démasqua; et, soit qu'il fit quelque impression sur son esprit, ou qu'il trouvât qu'il est effectivement ridicule qu^un homme très bossu puisse être pris en masque pour un homme de belle taille, il sortit, et demi-heure après revint se coucher. Le discours de l'abbé de Cosnac pensa diviser sa maison, et ce fut la source de la haine que M. d'Autun et lui ont depuis conservée l'un pour l'autre, et qui fit faire à Guilleragues, ami de l'abbé de Cosnac, les Mémoires sur lesquels Molière a fait depuis, la comédie du Faux Dévot.

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