‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 41 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

caché dès le jour d'auparavant. Cette princesse finissoit sa lettre par les termes du monde les plus pressans pour obliger M. de Valence à ne la pas refuser, et ajouta que c'étoit pour prendre ses conseils et les suivre dans la plus grande et la plus importante affaire de sa vie. Quel moyen y avoitil de ne pas vouloir ce que la plus gracieuse et la plus respectable princesse du monde ordonnoit? M. de Valence manda qu'il suivroit le projet de Madame : il passa le Rhône à Valence, prit le chemin du Puj, et dit publiquement qu'il avoit eu permission du roi d'aller en Limousin. Il étoit suivi de La Marck, son neveu, qui depuis a été tué aide de camp de M. de Turenne, de Fonton, son maître d'hôtel, qui depuis le fut de Madame la Dauphine, de son valet de chambre et de son cocher, qui servit de palefrenier; de sorte qu'ils n'étoient que cinq. Cette cavalcade n'eut pas sitôt gagné les montagnes d'Auvergne que M. de Valence, ayant mis sa croix dans sa poche et pris une perruque noire, tant soit peu plus longue que celle d'un abbé bien régulier, prit tout d'un coup sur la droite, à grandes journées, et sur les mêmes chevaux se rendit à Gien, par des pays tout à fait détournés, avec dessein d'y laisser son cocher et ses chevaux; et, marchant la nuit en poste, de se rendre à Paris sans être vu de personne. Ce projet étoit possible, et le jour marqué pour le service de la reine d'An-

gleterre à Saint-Denis étoit celui sur lequel il fal<" ioit faire cadrer les circonstances de ce voyage. L'évêque de Valence s'étoit trouvé mal dès le Puj : les grandes journées qu'il étoit obligé de faire, l'inquiétude inséparable d'une telle entreprise, les mauvais pays, les mauvaises nuits, tout cela fit qu'il eut un gros accès de fièvre, deux jours avant que d'arriver à Gien. Il lui continua le lendemain, et, lorsqu'il arriva à Gien, il en eut un si terrible qu'il y fallut séjourner et faire des remèdes qui ne firent qu'augmenter son mal. La Marck savoit quelque chose du sujet de son voyage. Gien est un trop grand passage pour y pouvoir rester longtemps dans une hôtellerie sans y être découvert. La Marck proposa à son oncle de gagner Paris à quelque prix que ce fût. « Vous y serez, lui dit-il, plus caché et plus près des remèdes; il n'y a ici ni bon médecin, ni secours, ni commodités nécessaires. Il faut faire un effort, et, malgré la fièvre, vous approcher des médecins et de vos affaires. » Cette étrange maladie si mal à propos venue, la crainte d'être découvert, la nécessité de ne se fier à sa personne, l'embarras de se cacher : tout cela et mille autres inquiétudes augmentoient le mal de l'évêque, qui consentit que son neveu prît à l'instant la poste pour retenir, dans quelque faubourg de Paris, une chambre à l'écart, où l'on auroit soin de lui; de sorte que le lendemain l'évêque de Valence fit de

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