‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 40 sur 125 · LIVRE VMI 8l · texte numérisé non relu

LIVRE VMI 8l

l'imprudence qu'il avoit eue d'avoir parlé mal à propos. Madame avoit eu soin de l'informer, avant son départ, que le roi lui avoit dit qu'il ne se seroit point mêlé des petites choses qui s'étoient passées à sa sortie de la maison de Monsieur, s'il s'étoit abstenu de raconter ce que Sa Majesté lui avoit dit à l'occasion du gouvernement de Languedoc : de sorte qu'elle entretenoit un commerce de lettres avec lui, qui étoit la suite d'une véritable confiance. Elle eût été fort soulagée de pouvoir lui parler du dessein d'Angleterre ; et, comme il y avoit dans ce temps-là quelque espoir d'y rétablir la religion catholique, cette princesse se mit en tête qu'il n'étoit pas impossible que M. de Valence la suivît en ce pays-lày ou qu'il s'y trouvât incognito, dans le temps qu'elle y seroit, pour s^ aider secrètement de lui. £lle n'osoit parler de ce dessein au roi, mais elle dit à M°>^ de Saint-Chaumont que, pour la plus importante affaire de sa vie, elle eût bien voulu lui parler et causer seulement une heure avec lui. M°^« de Saint*Chaumont l'en informa, et Madame lui manda précisément qu'elle vouloit lui parler. M. de Valence s'en excusa sur l'impossibilité de désobéir au roi, qui l'avoit exilé dans son diocèse, d'où il ne pourroit s'absenter sans que Ton s'en aperçût. Enfin, après bien des lettres, des répliques et des courriers envoyés et repartis, on convint que M. de Valence prendroit la liberté d'écrire au Mémoires de Choisy. II. 1 1

roi pour le supplier de lui permettre de faire ua voyage en Limousin pour les affaires de sa famille; et que, dans Tintervalle qu'il faut pour aller de Valence en Limousin, il prendroit le temps de se rendre secrètement à Paris. Cette permission d'aller en Limousin fut accordée, et M. de Valence se préparoit sourdement à ce voyage, quand la reine d'Angleterre, mère de Madame, qui s'étoit retirée depuis longtemps à Colombe, mourut.

On ne peut pas assez dire la répugnance que M. de Valence avoit pour ce voyage, ni combien il représenta à Madame et à M°^« de Saint-Chaumont, par ses lettres, les risques infinis qu'il courroit en allant à Paris. Il reculoit tant qu'il pouvoit de partir, quand un courrier de la part de Madame lui apporta une lettre que j'ai vue; elle commençoii par ces mots : « Vous ne m'aimez donc plus, mon pauvre évêque, puisque vous me refusez une consolation dont je ne puis me passera » Et dans le reste de cette lettre Madame mandoit que l'on feroit à Saint- Denis le trentain de la reine sa mère, c'est-à-dire un service solennel un tel jour qu'elle lui marquoit; que cette cérémonie, à laquelle elle assisteroit, seroit très longue; que pendant le service elle feindroit de se trouver mal à l'église; qu'elle ordonneroit qu'on la portât chez un officier de sa bouche, lequel avoit une maison à Saint-Denis, dans laquelle, de concert avec cet officier, M. de Valence seroit

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