LIVRE VIII
surer le clergé, à la première occasion, qu'il avoit été surpris de savoir qu'un évêque exilé fût venu à Paris sans ordre; mais qu'il n'en avoit donné aucun pour arrêter celui-là, qu'on n'avoit point connu tel , et que son intention n'avoit jamais été de nuire aux libertés dudit clergé; de sorte que le lendemain on expédia une seconde lettre de cachet pour changer le lieu de l'exil de M. de Valence; et, pour réparer en quelque manière la honte de tout ce qui s'étoit passé, le roi ordonna à La Fond, gentilhomme ordinaire, de conduire cet évêque à l'Ile-en-Jourdain, honneur qui jusqu'alors n'avoit été accordé à aucun évêque, de donner un gentilhomme ordinaire pour l'accompagner. La cassette et l'argent furent remis à M. de Valence, qui partit en litière; sa santé avoit commencé à se rétablir depuis l'industrieuse conservation de ses papiers. Monsieur fit un grand bruit de cet événement, et M»n« de Saint-Chaumont fut exilée.
Cependant tout ce qui se préparoit sourdement pour le voyage de Madame s'achevoit. Elle fut au désespoir de cet accident de M. de Valence, qu'elle ne vit point. Le roi fit, suivant son projet, un voyage en Flandre avec toute la cour. M. de Lauzun commandoit toute l'escorte du roi, composée de sa maison et de sa gendarmerie, et de ses mousquetaires ; ridée de la magnificence ne peut
pas aller plus loin que ce qu'on a vu dans ce voyage. Les troupes étoient superbement vêtues; la cour n'a jamais paru plus brillante. Le roi jetoit à pleines mains Tor, qu^il répandoit abondamment dans toutes les villes de ses nouvelles conquêtes, et ajoutoit, à la qualité de toutes ces choses qu'il donnoit, les charmes de la manière av^c laquelle il parloit et agissoit. Le voyage finit par la visite des places de la mer, et Madame devoit s'embarquer au port le plus commode. Jamais secret n'a paru mieux gardé que celui qui devoit conduire Madame en Angleterre.
Quelques semaines avant le départ de Madame,, le secret en fut révélé à Monsieur, lequel en parla au roi comme un homme instruit. Sa Majesté fit des reproches à Madame de n'avoir pu garder le secret. Madame assuroit, avec des sermens et des circonstances dont on ne pouvoit pas douter,, qu'elle n'en avoit jamais rien révélé. Le roi est impénétrable, et savoit bien que qui que ce soit en France ne pouvoit être informé de ses desseins ,. hormis M. de Louvois, dont il n'avoit osé parler à Madame, et M. de Turenne. Quel moyen y avoit-il de soupçonner M. de Turenne? Cependant, si ce n'étoit ni le roi ni Madame, il falloit bien que ce fût l'un des deux qui en eût parlé. Le roi prit le seul bon parti qu'il y avoit pour approfondir cet embarras, et découvrit à Monsieur ce