‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 57 sur 125 · LIVRE X I i · texte numérisé non relu

LIVRE X I i

bliois à dire que M™e de Brancas et ma mère en- -voyoient jouer leurs enfans à cul nu sur un petit Klegré dérobé, persuadées que cela les feroit gagner. J*ai cru devoir rapporter ici toutes les bagatelles, afin de fonder la créance de ceux qui liront ces Mémoires, en leur apprenant que j'ai passé ma vie avec des gens qui ont pu m'instruire de itout.

J'ajouterai que dans la suite je me suis trouvé «dans la familiarité de tous les ministres, à l'exception de M. de Louvois, qui me baïssoit fort, à •cause qu'il me croyoit attaché au cardinal de Bouillon. Je n''ai pourtant pas eu grand commerce avec M. Colbert; je n'aimois pas à aller chez lui, il sembloit qu'il fût toujours fâché; mais je voyois -souvent M. Le Tellier, encore plus souvent M. de Lionne, à cause de ses enfans qui m'aimoient fort, *t M. de Pomponne, qui avoit grande obligation à ma mère. Elle avoit un an durant montré au roi <le belles lettres qu'il lui écrivoit de Suède, et cela n'avoit pas peu contribué à le faire ministre. Il est vrai que ces belles lettres il étoit trois mois à les faire, et, quand il fut en place, on s'aperçut bientôt que c'étoit un homme d'un génie assez court. Je voyois aussi M. de Croissy, qui avoit plus de capacité qu'on n'a cru dans le monde. Son air grossier, pour ne pas dire brutal, lui a fait tort. Personne n'écrivoit mieux, et toutes ses dépêches,

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qu'il dictoit lui-même sans le secours de ses cornmis, étoient admirables. Bergeret, son premier commis, se donnoit là-dessus une vanité ridicule; il alloit tous les jours écrire sous son maître les lettres qu'il lui dictoit, et n'étoit que simple scribe, quoiqu'il eût deux mille écus d'appointemens; il n'y changeoit pas une parole, et cependant, lorsqu'on parloit des belles dépêches de M. de Croissy et qu'on le flattoit d'y avoir quelque part^ il se donnoit un air modeste, qui laissoit entendre ce qui n'étoit pas, sans pourtant qu'on pût l'accuser de s'en être vanté grossièrement. J'ai moimême été trompé comme les autres jusqu'au jour qu'à la honte de notre siècle, l'Académie Françoise le préféra à M. Ménage. Alors il me consulta sur une harangue que M. d'Haucourt, son ami, lut avoit faite, et je connus son incapacité par les manières innocentes et niaises dont il reçut mes corrections, dont il n'entendoit pas la moitié. M. de Pontchartrain, devenu chancelier, étoit aussr plus que pas un de mes amis. Nous avons étudié ensemble; et son père, président des Comptes, signa parmi mes parens quand on me fit émanciper. Après tout ce verbiage, dont je me serois peutêtre bien passé, je viens à mon dessein.

Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, naquit dans le château de Turenne, le 24 août 1648, quoique dans toute

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