‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 70 sur 125 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

ment, et son mérite lui faisoit croire qu'il n'a voit pas besoin d'autre sollicitation. On a su que c'étoit le marquis de Bellefonds qui avoit prié Madame de parler ainsi, afin que le roi lui fît des grâces sans consulter ses ministres, qu'il affectoit de mépriser, pour faire croire au roi qu'il ne s'attachoit qu'à sa personne. En effet, peu après le roi le fit maréchal de France avec Créqui et Humières, pour montrer au public que les ministres ne le gouvernoient pas. Ils furent très mortifiés de voir le roi s'adonner à faire des coups d'autorité sans leur en dire une seule parole; mais surtout ils furent fâchés de la nomination du duc d'Albret au cardinalat, quand ils l'apprirent cinq mois après. Le Tellier et Louvois n'étoient pas des amis de M. de Turenne depuis que la Sorbonne avoit fait une si grande différence entre le duc d'Albret et l'abbé Le Tellier, accordant à l'un toutes sortes de distinctions, et refusant à l'autre les choses les plus communes, tant l'un étoit aimé et estimé, et l'autre haï et peu estimé. Le Tellier se souvint aussi d'un bon mot qui échappa à M. de Turenne pendant le procès de M. Fouquet. Quelqu'un blâmoit devant lui l'emportement de Colbert contre Fouquet et louoit la modération de M. Le Tellier. « Effectivement, dit M. de Turenne, je crois que M. Colbert a plus d'envie qu'il soit pendu, et que M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas.

Et de plus M. de Turenne avoit sollicité pour M. Fouquet deux amis intimes qu'il avoit parmi ses juges, savoir : M. d*Ormesson, rapporteur, et M. de Catiaat, conseiller de la grand'chambre, qui opinèrent tous deux en sa faveur. Le sieur de Lionne fut assez aise de la nomination du duc d*Albret. Il avoit fait avec lui une amitié particulière, et n*aspiroit point à gouverner le roi, content de faire sa charge avec honneur, de tirer de la cour de gros appointemens qu'il employoit souvent en des dépenses inutiles, et de s'abandonner sans mesure à toutes sortes de plaisirs. Cinq mois après le roi déclara publiquement qu'il avoit donné au duc d'Albret sa nomination au cardinalat. Lionne lui en expédia le brevet, et la lettre du roi, dont voici la copie.

Très Saint Père,

Entre tous Us sujets de notre royaume, de profession ecclésiastique, qui nous ont semblé être plus dignes, par leurs grandes qualités, que nous leur procurions l'honneur d^entrer dahs le Sacré Collège des cardinaux, nous avons plus particulièrement considéré notre très cher et bien aimé cousin EmmaHuel- Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret; lequel, dans sa plus tendre jeunesse, fuyant dès lùrs toutes lés autres occupations agréables à cet âge^là,

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