‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 85 sur 125 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

avis au cardinal, ce jeune homme, vif, et piqué qu*on lui enlevât ainsi la provisorerie de Sorbonne malgré tous les docteurs, s'en alla au Louvre fort échauffé, et représenta au roitlans son cabinet, avec une vivacité surprenante, et même avec des larmes aux yeux qui lui échappèrent, que c'étoit le déshonorer que de le croire moins attaché au service de Sa Majesté que M. de Chanvallon, et qu'enfin c'étoit le traiter comme le cardinal de Retz, qui n'avoit pas été proviseur de Sorbonne, parce qu'il avoit fait la guerre au roi, et qu'il étoit alors dans les pays étrangers. Le roi lui répondit assez froidement : « Je verrai, et je vous ferai savoir démain ma volonté. » Le cardinal de Bouillon, qui songeoit en même temps à plus d'une chose, s'imaginant que la vacance de l'archevêché de Rouen pourroit dégager le roi des engagemens qu'il avoit pris avec monsieur l'évêque d'Orléans pour la grande aumônerie, proposa à Sa Majesté de lui donner l'archevêché de Rouen, à quoi Sa Majesté, sans doute piquée de la hardiesse, pour ne pas dire de l'indiscrétion du jeune cardinal, ne répondit rien. Elle eut pourtant la bonté d'ordonner à M. Roze, secrétaire du cabinet, d'aller trouver monsieur l'archevêque de Paris pour lui dire de ne parler à personne de la provisorerie de Sorbonne; mais Roze, intime ami de l'archevêque, rapporta sur-le-champ qu'il en avoit déjà reçu les

lyo MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY

complimens de tous les docteurs, et qu'ainsi l'affaire étoit consommée, soit que cela fût vrai, soit que cela eût aidé à la précipiter. J'oubiiois de dire que le roi en parlant de la provisorerie de Sorbonne, ayant dit au cardinal que les docteurs, suivant les apparences, lui préféroient un archevêque de Paris, dont ils avoient besoin tous les jours, il répondit fièrement que, si le roi vouloit bien ne point s'en mêler, il étoit assuré d'avoir dix voix contre une.

Le lendemain, le cardinal s'étant trouvé au prie- Dieu du roi avec l'archevêque de Paris, cet archevêque, croyant adoucir les choses, lui dit tout bas qu'il souhaitoit passionnément que le roi donnât l'archevêché de Rouen à une personne qui, par sa naissance et par son mérite, pût réparer les fautes qu'il y avoit faites; mais le cardinal, piqué de ce qui s'étoit passé, lui répondit : « Je crois, Monsieur, qu'il y a des gens qui seroient bien aises d'être archevêque de Rouen; mais, pour moi, je n'en fais pas l'objet de mes désirs. »

Le même jour, le P. Ferricr vint dire au cardinal de Bouillon que le roi, pour le bien de soa service, persistoLt à vouloir -que la provisorerie de Sorbonne fût unie à l'archevêché de Paris; que cela ne le regardoit point personneUemest; qu'il n'y avoit en cela aucune préférence d'estime et de confiance, et que, pour lui en donner une preuve».

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