‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 87 sur 125 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

férens de douleur et de joie, tous deux causés par mon attachement à sa personne et par Tenvie de lui plaire. »

Au sortir de chez le roi, le cardinal alla dire ce qui venoit de se passer à M. de Turenne, qui le lendemain dit au roi : « Sire, je vis hier au soir un homme bien pénétré de la bonté qu'a eue Votre Majesté de lui pardonner toutes ses fautes et d*y ajouter encore des grâces. — Il avoit eu tort, lui dit le roi; mais il a bien réparé tout cela, et nous sommes fort contens Tun de l'autre. » Depuis ce temps-là le cardinal se tint assuré de la charge de grand aumônier, d'autant plus que le cardinal Antoine, qui languissoit toujours, lui fît écrire que monsieur l'évêque d'Orléans lui offroit quatre cent vingt mille livres de la coadjutorerie, mais que, pour l'amour de lui, il ne vouloit écouter aucune proposition. Le cardinal porta sa lettre au roi, et lui avoua qu'il craignoit toujours que le cardinal Antoine, prêt à mourir, entouré de parens et de valets ardens à l'argent, ne se laissât enfin aller aux sollicitations de M. d'Orléans, qui pouvoit bien un beau matin apporter à Sa Majesté la démission de sa charge en sa faveur, et qu'alors elle seroit bien empêchée. Le roi lui dit qu'il avoit raison, et surle-champ ordonna à Chamarante, l'un de ses premiers valets de chambre, de dire à M. d'Orléans qu'inutilement il traiteroit avec le cardinal An-

toine, puisque la charge de giaad aumônier ne seroit exercée à i'aveak que par an cardinal.

Ce pas fait, le cardinal de Bouillon vit son affaire faite, et attendit en patience que Dieu disposât de M. le cardinal Antoine. Il mourut au mois d*août de la même année. Le roi en reçut la nouvelle à Fontainebleau, et, sitôt que M. de Turenne Teut apprise, il envoya un courrier au cardinal, qui étoit à Saint-Martin, lui conseillant de venir sur-le-champ à Fontainebleau, à moins qu'il n'eût changé d'avis, en pensant que peutêtre ce grand empressement déplairoit au roi, après la parole positive que Sa Majesté lui avoit donnée de le faire grand aumônier à la mort du cardinal Antoine. En effet, M. de Turenne, après y avoir réfléchi, trouva qu'il avoit raison, et lui manda de retourner à Saint-Martin, au lieu de venir à Fontainebleau. Le roi lui avoit dit à Toreille : « Le cardinal Antoine est mort, et je me souviens bien de ce que j'ai promis à votre neveu. » Là-dessus M. de Turenne dit au roi qu'il avoit mandé au cardinal de venir incessamment à Fontainebleau, et qu'il n'avoit pas jugé à propos de le faire, a II a bien fait, dit le roi, sa présence nV vanceroit pas ses affaires, et en cette occasion il a mieux pensé que vous. »

Cependant le cardinal, croyani avoir besoin de tout, envoya faire des complimens à monsieur l'ar-

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