‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 88 sur 125 · LIVRE X lyS · texte numérisé non relu

LIVRE X lyS

dievéque de Paris, avec qui il éloit en quelque froideur depuis ce qui s'étoit passé au collège de Navarre à un acte de l'abbé Amelot, et ses complimens furent si bien reçus qu'à peine fut-il arrivé de Saint-Martin au cloître de Notre-Dame, où il demeuroit encore, que l'archevêque le vint voir, lui apprit la mort du cardinal Antoine, et lui souhaita la charge de grand aumônier. Le cardinal lui avoua confidemment que cette nouvelle l'embarrassoit, et qu'il ne savoit s'il devoit aller à Fontainebleau. Le lendemain, ayant reçu la réponse de M. de Turenne, il alla voir l'archevêque, et lui dit qu'après y avoir bien pensé il n'iroit point à Fontainebleau, et s'en retourneroit à Saint-Martin, ce qu'il fit. Le roi avoit dit à M. de Turenne : « Mandez au cardinal de Bouillon de venir à Versailles le jour que j'y arriverai, et je bi donnerai la charge tant souhaitée. » En effet, elle étoit demandée par le cardinal d'Esté, par le cardinal Rospigliosi, par l'évéque de Laon, qui attendoit à tout moment le chapeau, en vertu de la nomination de Portugal; par l'évéque d'Orléans, par l'archevêque de Reims, et par l'archevêque dç Tours, depuis cardinal de Bonzi. Le cardinal d^ Bouillon ne manqua pas au lever du roi; mais Sa Majesté ne lui parla que de I9 nouvellç, qui venoit d'arriver, que l'évéque de Laon étoit cardinal, sans faire aucune mention de la grande aumônerie.

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Quelques mois se passèrent sans qu'on en pariât. Enfin, un matin que le hasard avoit fait que le cardinal, au défaut des aumôniers, avoit fait la prière du roi, Sa Majesté lui dit de la suivre dans son cabinet, où elle lui dit qu'elle lui donnoit la charge de grand aumônier, et qu'elle ne l'avoit pas fait plus tôt afin de régler certaines choses sur cette charge , comme d'en distraire les maladreries, etc. « Mais, lui dit le roi en riant, je vous laisse les Quinze-Vingts. » Le cardinal^ en sortant du cabinet du roi, affecta un visage sérieux pour tromper M. Le Tellier, qui Texaminoit, et pour avoir le plaisir d'en porter la première nouvelle à M. de Turenne.

Ce fut alors que monsieur l'évêque d'Orléans et tous les Coaslin se déchaînèrent contre M. de Turenne, qu'ils accusèrent d'avoir manqué à sa parole, ce qui n'étoit pas vrai, sa bonne foi et sa droiture l'ayant empêché de faire là-dessus aucune sollicitation auprès du roi, et s'étant contenté de savoir toute la suite de cette affaire.

J'ai déjà dit que le roi, à la sollicitation du Pape et à la prière de M. de Turenne, avoit envoyé au secours de la ville de Candie six mille hommes de ses meilleures troupes, sous la conduite du duc de Navailles. Plus de la moitié y étoient demeurés, et le duc de Beaufort y avoit été tué. Le Pape ne se rebutoit point, et sollicitoit un nouveau secours ;

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