‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 91 sur 125 · LIVRE X iBi · texte numérisé non relu

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qu'il étoit homme de bien. Le roi en cette occasion fit voir sa piété, et manda que, préférablement à tout, il souhaitoit le bien de rÉglise, et qu'ils concourussent à l'élection d'Odescalchi. Il fut élu le même jour et proclamé le lendemain. M. le cardinal de Bouillon m'envoya à neuf heures du soir, heure indue, demander à Odescalchi une audience secrète; il y alla, et fut une demi-heure avec lui sans lui faire aucune proposition. Il n'étoit pas homme à en recevoir. Quand le cardinal fut sorti, je me jetai aux pieds d'Odescalchi en disant: « Ho baciato il primo i pitdi di Vosira Santità, » Il me répondit : « Non è ancora » , mais il me parut qu'il n'étoit pas indifférent à cette nouvelle. Il a toujours depuis ce temps-là suivi sa pointe « sans oublier que la France lui avoit fait perdre six an« nées de pontificat en lui donnant l'exclusion à la dernière vacance. Il faut aussi un peu avouer que l'Assemblée de 1 682 l'avoit poussé à bout. On a bien voulu dire qu'il avoit envoyé de l'argent au prince d'Orange , mais je n'en crois rien : la passion ne mène pas si loin les plus gens de bien. Le cardinal de Bouillon demeura encore six semaines à Rome après le conclave, faisant une dépense effroyable. 11 avoit vingt-quatre pages et soixante valets de pied, le soir, autour de sa chaise avec des flambeaux de cire blanche, et vingt-huit carrosses de ses livrées, dont il en envoyoit deux à chaque François

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de condition qui arrivoit à Rome. Il dépensa cent mille ëcus en trois mois de temps. Le cardinal de Retz fit bien une autre dépense quand il se sauva <lu château de Nantes. Il craignoit d'être enlevé par le cardinal Mazarin. Il prit pour valets de pied trois cents soldats bien armés sous la mandille.

Je me garderai bien de vouloir défendre M. le cardinal de Bouillon sur sa dernière escapade. Il n'y a eu ni rime ni raison. Il écrit au roi comme à son égal ; et, dans le temps qu'il étoit prêt de rentrer en grâce, il va se jeter parmi les ennemis, qui le reçurent en triomphe. Le prince Eugène 4ui fit des honneurs extraordinaires, mais cela ne dura guère : car, s'étant aperçu qu'il ne lui étoit bon à rien, il le laissa en Flandre sans lui marquer aucune considération. Il s'en aperçut bientôt^ et alla à Rome. Il s'y étoit fort signalé dans son dernier voyage. Cinq ou six vieux cardinaux l'avoient laissé passer devant eux; il étoit devenu doyen, avoit ouvert la porte sainte pendant la vacance du Saint-Siège, et eut grande part à l'élection de Clément XI. Ce Pape ne lui en témoigna pas grande reconnoissance , et fît peu de pas pour le raccommoder avec le roi, qui lui permit seulement de revenir en France en exil, et de jouir de ses bénéfices.

Cet exil dura dix ans assez doucement. Le cardinal alloit et venoit à La Claire , près de Lyon , à

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qn« maison près d'Orléans, et à une près de Rouen. J'allois de temps en temps passer deux mois avec lui. Il passoît ordinairement par Paris ; et enfin, quand il eut pris sa dernière et funeste résolution, il me manda de le venir trouver à Ormesson , me fit beaucoup d'amitiés, ne voulut voir que moi de tous ses amis de Paris , et me dit que le roi lui avoit permis d'aller visiter ses abbayes de Flandre. Je lui offris de le suivre à ce petit voyage : il me dit qu'il vouloit aller seul, et que dans six semaines je le vinsse trouver à Rouen. Il savoît bien qu'il n'y seroit pas, et, jugeant bien que je n'approuverois pas un dessein si mal concerté, il ne voulut pas m'y embarquer malgré moi. J'ai déjà dit qu'il n'eut pas grande satisfaction en Flandre. Le Pape le reçut à Rome assez froidement , et lui accorda seulement sûreté de sa personne. Il n'avoit rien à craindre du roi, qui ne songeoit pas à le faire arrêter. Il en eût été embarrassé, et ne ressembloit pas à Louis XI, qui tint le cardinal de La Balue treize ans en prison.

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