LIVRE X
de Lyon, je trouvai un carrosse de M.de Villeroi, archevêque de Lyon, qui m'attendoit; et j'arrivai que le cardinal étoit encore à table; je lui rendis compte, après-dîner, de ce que j'avois fait à Saint- Germain. Il me demanda si je savois l'italien, je lui dis que non. « Et comment ferez-vous? me ditil, la plupart des cardinaux n'entendent point le François. — Oh 1 Monseigneur, lui répondis-je, cela ne m'embarrassera pas; nous ne serons à Rome que dans quinze jours, et je m*en vais tâcher de parler italien, bien ou mal. Je le saurai quand nous arriverons à Rome. » Il se mit à rire, et dit : « Vous ferez comme vous pourrez. » Et je le fis fort bien. Je metiois partout des Vostra Signoria; le latin et le françois apprennent bientôt un latin de cuisine, qui suffit pour se faire entendre. Mais, quand nous fûmes entrés au conclave, je me trouvai fort déconcerté. J'avois compté savoir toutes les négociations les plus secrètes, et le cardinal de Bouillon ne me disoit rien. Le cardinal de Retz étoit son ancien et avoit seul le droit de parler. Heureusement le cardinal de Retz eut la goutte, et je lui allois tenir compagnie dans sa chambre; il me demanda comment je m'accommodois du conclave, a Fort mal. Monseigneur, lui répondis-je ; je ne sais rien, les valets du conclave en savent plus que moi. » Ce bon cardinal avoit envie de me faire plaisir. Outre l'ancienne amitié des Caumartin, mes parens, mon
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frère étoit intendant de Lorraine et de Commercy, et lui rendoit tous les services qu^l pouvott. « Je veux, me dit-il, vous prendre pour mon conclaviste; le cardinal de Bouillon en sera bien aise, et par ce moyen vous saurez tout, et serez le conclaviste général des cardinaux françois. » Le lendemain je fus installé dans le conseil des François ; je fis toutes leurs dépêches. Ils étoient quatre : Retz, Bouillon, d'Estrées et Bonzi; le cardinal Maldachini étoit reçu parmi eux, quand il y vouloit venir; mais alors ils changeoient de discours, sans jamais lui dire le secret. Les cardinaux de Retz et de Bouillon avoient toujours quasi les mêmes avis; les deux autres étoient d'avis contraires : d'Eslrées vouloit être chef de parti, et Bonzi ne pensoit qu'à la fin du conclave pour s'en retourner à Montpellier. La faction d'Espagne et celle de l'Empereur étoient les plus fortes; elles vouloient Odescalchi. Les cardinaux françois se séparèrent, et résolurent d'écrire au roi leurs sentimens. Je fis leur dépêche l'un après l'autre. Retz et Bouillon lui proposoient Grimaldi qui avoit quatre-vingts ans, et qui auroit pour lui la faction des Chigt, et tous les vieillards, dans l'espérance de revenir à la passe. D'autre côté, les cardinaux d'Estrées et Bonzi lui disoient nn bien infini d'Odescalchi : qu'il avoit cinquante mille écus de rente; qu'il soutageroit la Chambre apostolique;