‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 96 sur 125 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

d'égards qu'il avoit pour elle et pour son père, ajoutant que, s'il ne vouloit pas lui rendre justice, elle ne pourroit pas s'empêcher de s'en plaindre au roi; qu'elle espéroit qu'il la lui feroit rendre.

Le bon homme marquis d'Arquien rendit à Monsieur la lettre de la reine sa fille, et deux jours après lui remit les lettres du marquis et de la marquise de Béthune, qui levoient toutes les difficultés des vingt mille écus qu'il devoit toucher du chevalier de Liscouet.

Monsieur étoit le meilleur prince du monde, mais en même temps le plus foible, le plus facile et le moins capable de garder un secret; il eût même forcé son tempérament s'il eût perdu l'occasion de faire une tracasserie, a Ne voyez-vous pas^ dit-il, bon homme, en parlant au marquis d'Arquien, que l'on se moque de vous? » £t il lui fit confidence non seulement que le marquis et la marquise de Béthune avoient fait précéder le courrier de la reine par un exprès, pour le prier de ne rien faire de ce que contenoient les lettres que le roi et la reine de Pologne avoient exigées d'eux, mais de plus Monsieur lui montra l'original de la lettre du marquis et de la marquise : et, sur ce que le bon homme d'Arquien pressa Monsieur de lui en remettre l'original. Monsieur lui permit d'en prendre copie; après quoi Monsieur s'étendit sur les plaintes qu'il fit de la reine, qui lui écrivoit.

disoit-il, d'une plaisante manière; que la fortune qu'elle avoit d'être reine ne devoit pas l'empêcher de connoître ce qu'elle étoit; qu'il trou voit fort étrange qu'elle se méconnût au point de le menacer; qu'il étoit le maître dans sa maison, et qu'indépendamment du plaisir qu'il étoit bien aise de faire à M. et à M^^^ de Béthune, il étoit encore plus aise de trouver une occasion de chagriner la reine de Pologne; et qu'il alloit réitérer les ordres qu'il avoit donnés au chevalier de Liscouet de ne remettre Targent de sa charge qu'aux créanciers du marquis, ou à la marquise de Béthune.

L'étonnement du marquis d'Arquien fut grand; mais celui du roi et de la reine de Pologne^ quand ils surent, par le retour de leur courrier, ce qui s'étoit passé entre le marquis d'Arquien et Monsieur, et qu'ils eurent la copie de la lettre de M. et de M"»* de Béthune, ne peut s'exprimer. La reine principalement entra dans une fureur qu'il faut être femme et offensée pour ressentir. « A quoi tout cela sert-il, Madame? dit le roi. Il n'y a . qu'un parti à prendre : c'est d'envoyer d'ici les . vingt mille écus à votre père, le faire venir; et, sans vous fâcher ni vous inquiéter davantage^ je ferai couper le cou à monsieur l'ambassadeur de France mon beau-frère^ si cela peut vous contenter, car aussi bien la noirceur de son procédé le mérite. » Quand les premiers mouvemens de colère furent

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