‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 120 sur 184 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

(1704.) Quelques jours après la mort de M. BoKsuet, une demoiflfilt;, xa vieille amie, d«'.maii()a, se ilisiint m veuve, sou douaire et ses couveutioiis. Quel phénomène ilan» tes conjonctures où l'on étoit alors I Ce Tut sagesse de l'étouffer en ordonnant aux hériLÎers d'apaiser le scandale et à la demoiselle de se taire. Cette prétendue veuve n'étoil point une avontuiiérc, loin delà, c' étoit la rdie d'un M. de Maiiléon qui tenoît un appartement au doyenné de Saint-Thomas du Louvre dans le temps qui- M. Bossuet, n'étant que sous-diacre, étoil en pension chez le doyen de cette église. Le jeune homme ét^it

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alors beau et bien fait, et )a demoiselle avoit son mérite. Quoiqu'elle fût sur le retour lorsque j'eus occasion d'aller chez elle eu 1 700, elle avoit encore de grands restes de ce qu'elle avoît été dans son printemps. Jeunes tous deui et demeurant eu même maison, ils se voyoient commodément ; ils s'aimèrent sous promesse de mariage, à la charge de le tenir secret. Ainsi parloit la demoi- . selle ; ce qu'il y a de certain, c'est que dans les différents temps de la vie de M. Bossuet elle a toujours été la nuitresse chez lui, qu'elle y ordunnoit de tout et que la recommandation de cette si belle ancienne connoissance étoit la plus edicace et la plus l'orte qu'on pât avoir pour obtenir des grâces du prélat.

Les jansénistes ne furent point tellement aUerrés de la condamnation du Cas et de la découverte de toutes leurs intrigues, qu'ils ne songeassent à se relever. Féconds en expédients et résolus qu'ils sont, quelque jugemeiil qu'on rende conire eux, de n'acquiescer à aucun, ib reparurent bientôt sur la scène et avec autant de présomption et de hardiesse que jamais. Ils soutinrent comme véritable le second article du Ctu, qui consiste à dire que l'on satisfait véritablement à ce que les bulles ont ordonné sur It; fait de Jansénius en gardant sur cela un silence respcclueus. Garder le silence et ne point condamner de cœur et d'esprit, ce n'est point renoncer i l'erreur. Ne renonçant pas à l'erreur, salisfait-on suflî* samment aux bulles qui l'ont condamnée? L'Église, à ne parler qu'en général, n'est point infaillible dans 1rs fails particuliers et non révélés, on en convient ; mais aussi faut-il avouer qu'elle ne peut errer dans la décision des faits qui regardent la foi et les mœurs : autreinmt elle n'auroit point l'intelligence nécessaire pour

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LIVAE 8IMËHE. 367

', pour giiérir, pour conduire en sûreté le troupeau qni Ini est confié. Un pâtre seroit-îl propre k mener paître des brebis, qui ne sauroît distmguer les bons pélurages d'avec les mauvais? Seroit-ce sagesse de confier des malades à un médecin qui pourroit se tromper jusqu'à donner du poison pour un antidote? Quoique cette maxime paroisse certaine, les jansénistes néanmmns soutenant opiniâtrement que l'Ëglise n'est infaillible en aucun fait, hors le Fait qui est révélé, on crut que, pour les forcer dans ce dernier retranchement, il Talloit demand» au pape une décision précise et netti^ sur ce point. Espùre-t-on défaire cette hydre, il Ini renaît autant de têtes qu'on lui en coupe.

(1705.) Clément XI, aux instantes prières du roi, donna, le 16 juillet 1705, une nouvelle constitution {Vineam Domini SabaotH), où, a|irès avoir rappelé celle d'Innocent X, ceUe d'Aleiandre VII, le bref de Clément IX et ceux d'Innocent XII, il prononce en termes exprès que le silence respectueux ne suffit point, et que si intérieurement on ne condamne comme hérétiques les cinq fameuses propositions dans le sens de Jansénius, on n'obéit point à l'Église. Une décision si claire et si Juridique auroit été un coup de foudre pour tous autres que les jansénistes; mais comme ce sont gens inépuisables en ressources, ils trouvèrent le secret, non-seulement de détourner le coup, mais de le faire retomber sur le pape qui l'avoit lancé.

Ils avoient dans l'assemblée du cierge qui se lenoit alors à Paris 11705) de puissants amis, entre autres le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et M. Colbert, archevêque de Rouen, les deux plus grands sièges de France. I<e cardinal iirésidoit à cette assemblée. L'ar-

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chevéque y étoit fort considéré, moins par sa cafHicité qui, à ce que ;'ai ouï dire, n'étoit au plus que médiocre, que par la délicatesse de sa table et par les autres plaisirs qu'il procuroit aux députés. 1^ plaisant jansénisme que celui de cet archnvéquci II tonnoit dans ses luaiadements contre la morale relài:hée, et il avoit une musique entretenue, et les meubles les plus somptueux ne l'étoienl point assez pour lui. Il criuit après les ecclésiastiques qui étoient trop du monde, et il aimoit pasâionaément le jeu, la conversation des dames etiabonnecbère. Pour l'avoir faite trop bonne, il mourut jeune d'un cancer. Son jansénisme consistoit à haïr les jésuites aouwrainement parce qu'ils no l'estimoienl pas, et à laisser ses grands vicaires, gens des plus gâtés, gouverner son vaste diocèse selon la maxime du parti. Par le moyen de ces deux prélats, qui étoient les clieb de rassemblée, ti de quelques autres de contrebande, les jansénistes vinl'rnt à bout, non-seulement de se venger du pape, mais encore de faire au pontilicat une plaie qui peut-être ne se fermera point, et qui a fait renaître en France le jan* sénisme plus que jamais.

Quelque chagrin qu'eussent les jansénistes de la dernière constitution, ni le cardinal de Noailles, dans les discours qu'il lit avant de nommer des conuuissaires pour examiner cette bulle, ni l'archevêque de Houen, ilans le compte qu'il rendit de cet examen, comme le [iremier des commissaires, n'eurent garde de la rejeter, (l'eût été trop se déclarer; mais, avant que de concinreà la recevoir, ce qu'iU ne firent qu'à regret, ils élablirenl des principes qui ne lendoient qu'à éluder ou plutM à anéantir, non-seulement cette constitution, mais encore toutefiles autres qui ont foudroyé le jansénisme.

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Ces prùicipee étoîeiit que les constitution» des papes ne doivent être regardées comme loi dans toute l'Bglisc i|u'aprêe {)ii*el)es ont été reçues ^ole^^elkmcnt par voie de jugement et par le cor|>s des pasteurs, c'est-àdire en termes plus clairs et comme l'entendent les jansénistes, qn'oUes n'obliquent point toute VÊglîse, si, après un mûr examen et par acte notoire et public, cites n'ont été acceptées par les archevêques et évëques de tontes les nations qui coiiipoiient le monde catholique ; d'oii on pouvoit induire, et c'est vraisemblablement où visolent les auteurs de ce nouveau système, ciu'il n'y a point d'obligation de se soumettre de cœur et d'esprit à la bulle d'Innocent \, à celle d'Alexandre VII, à celle de Clément XI, qui condamnent comme hérétiques les cinq fameuses propositions dans lesens de Jansénius, puisque ces constitutions n'ont jamais été acceptées, ni après un iDùr examen ni par aucun acte public, par les évéques d'Italie, par ceux d'Espagne, de Portugal, d'Allemagne, de Pologne, et quoiiju'ils fassent la plus grande pai-lîe du Gorpsdes pasleurt- catholiques : maximes dangereuses qui ne tendent qu'à semer entre U' pape et les évéques une xizanieétenieUe, et à ne jamais linir quelque contestation que ce soit concernant la foi et les mœurs, mais à donner occasion et liberté entière et toujours de disputer. Le pape lit grand bruit de cette nouveauté, disant que les évéques avoient pins songé à resserrer son autorité qu'à recevoir la constitution. Les plaintes du pape étoicnt d'autant plus vives qu'on lui avoit donné parole que sa constitution, sans souffrir aucun examen, seroit envoyée par le roi aux évéques de son royaume pour y être publiée en chaque diocèse. Ces plaintes aenibloienl justes; le roi en fut touché ; il ne le Tut pas moins des

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suites liicKeuses de ces maximes qui allotent à renouveler et à peipétuer ces troubles. Juslice ou |>rudence, il voulut que les évéques donnassent satisfaction au pa|ii;. On fut longtemps à s'ajuster sur la manière, tant à cause de la résistance (V quelques (irélats qui- parce que les jansénistes avoient été assez adroits pour faire entrer vn cette aRairc tes ministres et les magistrats, comme si cette satisfaction eût donné plus ou moins atteinte à nos libertés. Iln'étoitpas aisé de convenir des conditions; aussi la négociation Iralna-t-elle phis de six ans, tantOl rompue, tantôt reprise, suivant les dilTércnles occurrences. Une explication que firent de leurs sentiments, en niO, sept archevêques et cinq évêques qui avoient été de l'assemblée de i705, bien loin d'aplanir les difficultés, ne fît que les augmenter, et ce ne fut qu'après quatorze mois d'une nouvelle et asso^ vive altercation qu'on demeura enfin d'accord d'un modèle de lettre que le cardinal de Noailles écriroit au nom des évéques (1711)4 Le cardinal suivit le moi!èle en quelques choses et t'altéra en d'autres qui sembloient les plus essentidies. Sur cela, nouvelles plaintes de la part du pape, et sur ces plaintes nouvel ordre de la part du roi de suivre le modèle en tout. Pourquoi M. de Noailles ne l'avoit-il pas fait? Fut-ce par tricherie ou par inspiration du sanbé drin jansénien? Je croirois volontiers que ce fut naturellement par l'habitude qu'il avoit de barguigner en tout et de ne terminer aucune affaire, grande ou petite, sans avoir préludé longtemps par des tracasseries sans fin. Quoi qu'il en soit, il écrivit au pape, au nom de l'assemblée de 1705, une seconde lettre qui fut revue et approuvée par H. le chancelier, par les plus grands du conseil et par les premiers magistrats du pariement de

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LIVItK SIXIKMR. S7I

Paris. Le cardinal alteïle au pape Ami» c«ltt; lettre ■ i* que les évé<|ues en 1705 ont reçu ta constitution avec le même respect et la même ubcissance que leur» prédécesseurs avoicnt reçu les autres bulles données contre Jsiiséniiis; 2' qu'en disant que les constitutions des souverains pontifes obligent toute l'Église lorsqu'elles (Mit été acceptée» par le corps des pasteurs, l'assemblée n'a point entendu établir qu'il fât nécessain- que cette acceptation fût solennelle, pour que ces constitutions soient r^ardées par les fidèles comme des règles de leur créance ; 3* qu'elle n'a point prétendu avoir le droit d'examiner les décisions des papes pour s'en rendre juge, mais bien pour confronter ses sentiments à ceux de Sa Sainteté ets'y (informer; 4' qu'elle a été persuadée qu'il ne manque aux décrets des papes contre Jaméuius rien de ce qui est nécessaire pour qu'ils obligent toute l'Église, de manière qu'on ne peut plus eu appeler. Ainsi finit alors cette grande contestation qui recommença six ans après avec plus de feu que jamais.

Qnelle peine eut le cardmal à signer cette abjuration, un peut se l'imaginer; mais comment faire autrement? Le roi le vouloil pour dégager la parole qu'il en uvoil donnée au pape. D'ailleurs gens malintentionnés ne ce>jsoicnt d'insinuer an roi que M. le cardinal étoit janséniste, fauteur de jansénisme, chef de jansénistes. Il n'y a rien que ce prélat ne Ht pour l'^^n débarrasser ; c'étoit dans cette vue que, contre son inclination, il avoit proscrit les Instilutions théeiogiques du Père Juenin ■, de l'Oratoire, comme susjiectes de jansénisme; c'étoit en-

■ Juenin (Giipurd). né eu lUTiU, luurt on 1'! 13. Sou omnge ni uf liiDlé; IntlUu ûntitlteologU» ad atiim uminaritrum. Ljon, IBM, et Puw, 1700.

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in tlËHOIRES DE L'ABBB LE GENDRE.

€ore dans cette vue qu'à son trés-granil wegret il avoit concouru à détruire Port-Roya) des Champs, maison célèbre s'il en fut. Quel est l'homme de goAt qui n'ail lu avec plaisir et avec une grande eiitinie la plu|>art des ouvrages de Messieurs dn Port-Ttoyal 'i On appeloit ainsi une douzaine d'hommes d'esprit, de taleul, de science, de vertu, qui s'éloient retii'és dans la cour de celte abbaye pour y vaquer à la prièrr ut jïour y composer des ouvrages de piété. Heureux si leur toi eût été aussi pure que leur vie et que leur morale ! Ce fut une nidson fameuse par la sainteté de ses religieuses et bien autant par leur attache au jansénisme, attache invincible qui a été la cause ou le prétexte de les faire dis|>erser et de faire raser une maison si renommée. Quoiqu'elle lût alors bien déchue de sa première splendeur, elle étoit néanmoins encore si chère aux janséuistes, qu'ils n'auroient jamais pardonné au cardinal de Nuailles d'avoir aidé à la détruire, si l'intérêt commun ne les eût obligés de ^e réunir à lui |M)ur faire face aux jésuites, avec qui il étoit aux mains.

M. de Noailles, alors qu'il étoit évéqiic de Chàloiis, avoit été plus d'une fois aux girises avec les jésuites, . et ces Pères ne l'avoient nullement ménagé ; bien au contraire, leur conduite envers lui avoit été d'une extrême hauteur. Il s' eu souvint quand il fui devenu archevêque de Paris. Ils curcnl beau se prosterner et lui demander son amitié : bien loin de la leur donner, il se moqua de leurs adorations et prit plaisir à tes mater, en ne cessant de les harcelei' tantôt sur leurs systcme de la grâce, tantôt sur leur morale relâchée; exijjeant sans miséricorde, si quelqu'un avaiii;oit une pro)to3Îtlou douteuse, ou une rétractation publique ou du moins une

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