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explication; afTectanl avec dédain de ne leur point accorder ce qu'il De refu'OÎt à personne ; témoignant dans l'occasion peu d'estime pour eux ; ae raillant de leur vanilc et de leur ambition. Combien de fois lui avona^ious ouï dire : m L'humilité n'est point une vertu de jésuite! » Il s'en prenoit à eux de tout ce qui lui arrivoit de désagréable, jusque-là qu'il s'imagina que c'étoient les jésuites qui m'avoient inspiré la conduite que jusqu'alors j'avois tenue à son égard. Je n'étoîs point encore eo liaison avec eus j à peine en connoissois-je im ou deux qui avoient été mes régents, et ni l'un ni l'autre certainement n'étoient point du secret de la société.
C'est par conviction et non par des motifs humains que j'ai toujours été antijanséniste, persuadé que je suis que les principes du parti mènent à l'irréligion et au libertinage'. D'ailleurs, comme je suis fils de l'Église et 61s très-obéissant, il me suflit qu'elle condamne la doctrine de Jansénius pour que je rejette ce système. Saint Paul ordonnant de tenir ses idées captives sous l'esclavage de la foi, je me soumets de jrœur et d'esprit aui décisions ou de l'Église assemblée en un concile universel, ou de r Église dispersée, quand le pape a décidé et que le Irès- ' grand nombre des évèques qui représente le corps des pasteurs adhère à sa décision. Je ne raisonne plus et me soumets aveuglément ; qui s'écarte de ce principe devient l'arbitre de sa foi et bientôt il ne croit plus rien.
Il est aisé de concevoir combien les jésuites souiTroieiit
' Le ^rani) (irincipe des JAniéni^lf^ ot que l'hoinnie invinciblcmeDl Tiil le bien ou le mal, lelon i|ue prûvaut en lui le jiUiiir terrestre »u téle*tc, ï'esl-i-dire Is CHpidiÛ nu U gràte, Tmnir su* itunnjra Tolll^m. Si le plaiair (iréduiniaint est le prinâpe nkessiire iie> iKliont de rbomme, il n'v o plut ni Tcrtu ni >ice. Est-il une doctrine qui porLe plm (D libcrtimce? [tloU de Fabbé UGendre.)
tu HËUOIRES OK L-ABUË LE UKNltKE.
de se voir traiter de la sorte. Accoutuiités à coniinaiider et à ne plier sous personne, quelle gieine n'avoienl-ils point à se contenir! Aussi leur échappoil-il, aux Pèr& gnvea plu» rarement et avec précaution, aux jeunes gens plus rré4)ueainieut parce que plus difficilement retiennent-ils la vivacité de leur esprit et de leur plume, de répandre de petites pièces ou de déclamer à la sourdine contre le cardinal. Cependant il n'éclata rien de leur part, du moins de considérable, tant que le Père de La Chaise vécut, parce qu'en homme avisé il leur représentoit, pour modérer leur pétulance : ■ M. le cardinal est encore trop puissant pour l'attaquer avec succès. Laisseile s'afToiblir lui-même en entassant Taute sur faute, autrement vous vous ruinerez à l'assaillir mal à propos. »
|1709.) I^e nouveau confesseur, jésuite depuis la lête jusqu'aux pieds, étoil en d'autres sentiments. S'il avoit plus d'esprit que son prédécesseur, il avoit beaucoup moins de flegme et de modération. Plein du désir de se venger et de venger sa compagnie, il se hâta de se satirfaire. Ce nouveau confesseur, nommé )e Père Le Tellier, né fds d'un forgeron de basse Normandie, avorl assex tes inclinations d'un cyclope. L'usage du monde adoucit peu sa férocité naturelle, parce qu'il ne fréquentoit, Lint qu'il demeura particulier, que des gens du pays latin, nation brusque et précipitée, et que, parmi ses confrères, il vivoit eu demi-loup-garou. Ces manières sauvages, tant il est vrai qu'il y a de la fatalité dans la fortune des hommes, ne laissèrent pas de couttibuer à celle du Père Le Tellier. Il est certain qu'il ne fut fait recteur de Paris et [irovincîal ensuite, au (jraud étonnunient des autres jésuites, qui jamais n'auroicnt deviné que l'un songeât à lui pour lu mettre eu
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charge, que parce qu'étant connu pour un homme dur, le Père général l'en cnit d'autant plus capable ilo rétablir la discipline, qui éloit bien tombée parmi eux. Il n'est pas moins certain qu'il ne devint confesseur du roi que parce qu'étant peu abordable, le roi, sur ce qu'on lui en dit, le jugea propre à réparer ce que le Père de La Chaise avoil gAté par son trop de facilité.
Le Père Le Tellier avoit pour confident un autre jésuite nommé Doucin, turbulent s'il en fut jamais, téméraire jusqu'à tout risquer, pourvu qu'il fît parler de lui, alTectant du mystère en tout pour pnroître grand politique '. 11 s'en falloit bien qu'il le fût ; je rapporterai bientôt de ses étourderies. Ces deux jésuites, impctueus de leur naturel, Rers de la confiance que le roi prit en moins d'un an dans le Père Le Tellier (conliance dont on ne dcvinoit pas la cause), d'ailleurs piqués personnellement contre M. le cardinal qui avoit interdit Doucin ù cause de ses mauvais discours et de sa turbulence, i-î j'ose inc servir de ce terme, et qui ne jiarloit qu'avec mépris du Père Le Tellier, ces deux jésuites, dis-je, entreprirent d'humilier Son Ëminence, et de le perdre s'ils pouvoient dans l'esprit du roi et des peuples. Les principaux de leurs confrères entrèrent aussi dans ce dessein, afin qu'étant réunis, ils pussent d'autant plus aisément maintenir lu splendeur et le crédit de leur compagnie. Elle étoit menacée de bientôt déchoir de sa toute-puissance, s'ils n'empéchoient le cardinal de prendre si fort le dessus.
Le cardinal et les jésuites étoient également puis-
' Doodo (Louis), mort en 17:^. On i de loi : ]• Xfmorial abréçi!, contenant l'Hat et la progrii in Janiinitme m HoUande ; 'i'' Hutoire d» Settoriauame ; i' llUtoire de tOriginitme ; 4' bcauci)U|id'i^criuel ït> aux BlTairM etcl^susli-juc:' ilu leiiiui.
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37» NËUOmES UE L'ABBË LE GENURE.
sauts, avec cette différetice que les jésuites n'étant puissants que par la cooGance dont Louis XIV les honoroit, ils n'eussent pu se soutenir si le cardinal s'y ÎAl bien pris à leur faire perdre celle confiance. Il en eut deus occasions, et occasions quasi certaines s'il avoit su eu profiter. Ce fut sa faute s'il les manqua. La haine étoit égale de part et d'autre, parce que l'orgueil de l'un et des autres éloil à peu près égal ; haine fondée sur la jalousie de crédit, sur le mépris, sur les proccdés mutuels. Ce n'étoit pas une petite affaire d'entreprendre un cardinal, un archevêque de Paris, qui éloit d'une vie intègre. Si du calé des mœurs il paroissoit invulnérable, il donnoit beau Jeu d'un autre cdté en protégeant les Janséoistcs, ne mettant qu'eux en place, approuvant leurs ouvrages, agt'éant qu'ils les lui dédiassent: aussi fut-ce par là qu'on l'entama.
(1710 et années suivantes.) Le cardinal ne cessant de recommander les Réjlexions morales du Père Quesnel, de l'Oratoire, et une Nouvelles Théoloyie faite à l'usage du $éminalre de Châloussur-Martiey par un M. Habert ', docteur de la maison et société de Sorbonne, livres imbus de jansénisme selon les jésuites, et, selon le cardinal, livres dignes des plus grands éloges, on vit paroltre en même temps, pour détruire les impressions que ces louanges pouvoient donner, une Dénonctation contre la nouvelle théologie, et une Instrxtction pastorale contre tes Réflexions morales. Il n'y avoit point de nom d'auteur à la Dénonciation; à la tète de l'/iulnietion étoient les noms des évéqucs de Luçon et de la Ro-
* UiberttLauUl, Dica 1653. mon ea Mit. Son oarttge esl iaiiUi\i : Throlùgia ioçmattM el morali* ail uiuMuminarii ealaltimttuU. Ljod,
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chcllc. Le public pour cela ne leur fit pas l'honneur de les en croire les auteurs, et personne ne sembla douter que ces pièces ne vinssent du laboratoire des jésuites.
Ces coups, qui n etoient plus des cuups fourrés, mais des coups d'éclat, effrayèrent le cardinal si fort, que dans le premier (rouble il ne sut quelle mesure prendre. Il lit décerner par son officiai un ample monitoire pour découvrir, s'il se pouvoit, l'auteur et les complices de la O^oneofioii'. Ce monitoire fut publié avec emphase dans toutes les paroisses et aFIichc dans tous les endroits, plus vraisemblablement pour émouvoir le peuple que dans l'espérance qu'on eût de rien apprendre par cette voie ni par aucune autre. Le cardinal se Irompott fort s'il s en étoit Hatté, et il ne se souvenoit pas de ce que nouvellement il étoit arrivé au roi. Le roi, ayant promis niitic pistoles à celui qui indiqueroit l'auteur de certains couplets qui avoient couru à la cour, trouva le soir sous son couvert un billet en gros caractères oij il y avoit : « Sire, gardez vos louis, c'est moi qui ai fait les couplets, mais j'étois seul quand je les fis. » Ceux qui avoient eu part à la Dénonciation étoient assurément trop fins pour ne s'être pas mis à couvert, sinon du soupçon, du moins de toute recherche. Aussi le monitoire n'eut d'autre effet que de faire rire les gens sages de voir M. le cardinal employer toutes sortes de moyens pour les découvrir et se venger d'eux.
N'ayant point lu la Théologie du sieur Habert, je n'en peux rien dire; néanmoins, j'ai sujet de croire qu'elle est toute janscniennc, après ce que j'en ai ouï dire à un
< L'otjet des monUoire* «Uit ta elTet de di^couvrir. ou nioycn dei dépoùlions des 6dè1t«, les luLeurs île ilélila commis secrètement. Le» moniloirei finieat publiés lu prtne.
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STtt «ËHOIRES l)G L'ABBfi LE OENDRE.
des hommes les plus zélés ot sans contestation des phis éclairas liu parti. M. Bloin (un de nos confrères, fort entiché île nouveautés), passant avec moi par la cour du Palais dans le temps qu'on ne parloîl que de la D^ noneiaUon, nous y trouvâmes H. Boileau, channinn dfl la Sainte-Chapelle, qui nous dit que deux jours devant, M. ie cardinal l'avilit envoyé qiierir pour le prier d'écrire et dérendre M. Habert; à quoi lui, Boileau, avoil répondu : « Volontiers, monseigneur, je défendrai M. Habert, pourvu que vous ma permettiez de défendre Jansénius; autrement je ne le puis faire, car lui et M. Habert n'enseignent que la même chose. » i'.c H. Boileau, docteur de Sorbonne, frère du satirique Despréaux, éloit ati moins aussi savant et beaucoup plus connu que Boileau de l'archevêché. Il avoit clé plus de vin^ ans doyen de Sens avant de venir à Paris, lieu de sa naissance, être chanoine de la Sainte-Chapelle, Ou a de lui quantité de petits traités sur des matières singulières, en latin extraordinaire, affectant de ne se .servir que de termes les moins usités et que de mot» grecs latinisés'. Son Htstoria fiagellanlium, où il déclame contre l'usage des disciplines volontaires *, lit beaucoup crier contre lui ceux même qui auroient voulu qu'on eût aboli cet usage. C'étoil un petit homme tout de feu ;| je l'ai fort connu sur ses fins. L'tnstraetioH pastorale contre le livre des Réfiexioiu eut des suites bien plus éclatantes que n'en eut la Dénonciation. Cette Instruction ctoit un excellent ouvrage, d'un
■ VolUire {Siècle dt Imuié XIV] cilc de lui une rJ|iDiiK qu'à !ia nul»' on paiirr*it bien loupçonncr d*iivuir £l£ qui;li|Dt' peu relonchtkt pr Ir mailre : « On Jui demamlsil pourqum il écriviil loujotirs ta Itlin : Ca\. ilil-tl, de peur que les é*à]uet ne me lï<ent, ils me pen&ulenient. >
* Duciplinr, in>trunicii( Tail de cordei itouéa, de crin ou de parchemin torli)l£ iTcc lequel le> pcnileuia le Oagelliicni,
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