‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 131 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

avoitdejoic d'entendre dire à un évêque, en présence de plus de quarante autres, que ta bulle ctoit un poison. CeH. Ducreni, créature du Père Le Tellier, étoit devenu éf èque du Mans en donnant aus jésuites un prieuré (|u'il disoil de quatre mille livres. Ce prieuré ne valoit pas cinq cents écus et de plus étoit litigieux ; les jésuites en furent déboutés avec dépens. Le sort de cet évéché ctoit alors de servir à récompenser le bien qu'on leur faisoit.

Le Père Le Tellier y avoit fait nommer l'abbé de Vassé' avant M. Ducreni, en reconnoissancc de 'ce que l'abbé avoit assuré aux jésuites de Rouen son beau prieuré de Gisors, dans le Vexin normand. H. de Vassé, inoins intéressé que le Père, remercia généreusement, disant qu'il étoit trop tard de se charger d'un éviché à quatre-vingtun ans.

Dès que je sus ce qui s' étoit passé, je courus le dire au Père Le Tellier. Il étoit tellement prévenu que la constitution seroit reçue unanimement de la manière qui avoit été concertée entre les commissaires, et à ce qu'il assuroil, avec le cardinal de Noailles, que, ne me laissant pa» achever : a Mcmsieur, me dit-il, votre auteur se moque de vous -, les choses sont tout autrement, et ce qu'il vous a dit de l' évêque du Mans est faux et très-faux. » En ce moment arriva M. Le Normand *, que le Père Le Tellier avoit fait évêque d'Ëvreux pour avoir concouru, étant

* ( C'ftoil, dit Saml-SîmoD, nn grand homiiM de bien depuis loutc u vie, qui ne l'étoit jimiis wncié que de l'ûtre, miU qui ne liissoit pu de voir bonne coinp,ignic et d'en élre tort atatidéri. s

* ■ Le Normand, dit Saint'SimoD, éloit un homme hil eiprùi pour le Père Le Tellier, un cuittre de la lie du peuple, qui, i foKc de répéter, puis régenter, ipré» profeaser, ûtuit devenu L^bile en celle science dure de l'école, el dans la chicane eccléaiaUique dont il eiiteniloîl Tort bien 1er

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308 UËHOIRES UE L'ABBË LE GENDRE,

officiai de Paris, à détruire Port-Royal des Champs. Ce prélat lui aynnt dit les mémos cho&es avec des circonstances aggravantes, le Père consterné fut un demi-quart d'heure sans parler; ensuite, revenant à lui : « Messieurs, nous dit-il, le cardinal de Noaillos et les évëques ses adhérents n'en sont pas encore où ils pensent; le rot n'est pas mort, il saura se faire obéir, a L'évéque et moi nous nous regardâmes et demeurâmes dans le silence, n'ayant rien à répondre à un homme si échauffé. Ce que nous lui avions dit fut bient6t confirmé par d'autres évéques qui survinrent.

La séance suivante ne fut pas plus tranquille. Sitdt qu'on y eut lu la longue instruction dressée par les commissaires, le cardinal de Noaillcs, au moment où quelques-uns commcnçotcnt à se récrier pour faire agréer la constitution par acclamation, dit d'un ton élevé que cette instruction ne lui sembloït pas suffisante pour prévenir le mat qu'on avoit à craindre de cette constitution ; que cette bulle condamnant comme impies, comme blasphématoires des vérités essentielles à la religion, il ne pouvoit manquer d'arriver qu'elle ne fût un sujet de triomphe pour les héréliques, de risée pour les libertins, d'alanncs et (le murmures pour les personnes de piété, de scrupules et de trouble pour les consciences Umorècs ; que, n'y ayant nulle apparence d'accepter une constiluliou capable de produire de si mauvais effets, il n'y avoit dans ces circonstances d'autre parti à prendre, parti sage, parti régulier et même le plus respectueux, que de s'adresser au pape, que de lui faire sur cette bulle de trèsvives et de très-humbles remontrances et de le supplier ou de la révoquer, ou de donner des explications si précises et si nettes qu'elles pussent remédier à un si grand

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