‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 140 sur 184 · LIVRE SEPTEÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTEÈHE

arrière-petit-fils, qui alloit régner apris lui, l'Ëtat seroit gouv«nié [wr un conseil snpréme où tout se décideroit à ta pluralité des voix, et pour s'assurer davantage que cette prudente disposition seroit exactement gardée, il avoit fait au parlement l'bonneur de lui confier son testament. Hais en vain prend-on des précautions pour assurer après sa mort l'esécution de ses désirs, les vivants ne Us respectent qu'autant qu'il est de leur intérêt. Quelque honneur que le roi eût fait au parlement, en le rendant dépositaire de ses dernières volontés, cette compagnie y eut peu d'égard par les intrigues des jansénistes ; éblouie qu'elle fut des promesses du duc d'Oriéans, qui se tuoit de dire à tout le monde et faisait dire par ses amis qu'il n'avoit d'autre intention que de ramener l'âge d'or, elle l'avoit déclaré régent sans l'astreindre aux clauses principales du testament de Louis XIV. Le parlement ne fut pas longtemps à s'en repentir. Quoique la régence du duc d'Orléans n'ait duré qu'environ huit ans, elle fut réellemeot un siècle de fer, el il n'y en a jamais eu un plus dur pour la nation en général, et en particulier pour les honnêtes gens de quelque état et de quelque profession qu'ils fussent.

(1715.) Le Régent donc, prévenu pour les jansénistes et croyant en avoir besoin, les combla de biens et d'honneurs; toutes les grftces étoienl pour eux tant dans l'clat civil que dans l'état ecclésiastique. Il iit le cardinal chef du Conseil de conscience, et pour faire voir aux jansénistes, en la personne de ce prélat, combien il les estimoit, il ne donna, sans le consulter, aucun des grands bénéfices et lui remit entièrement la disposition des petits ';

* filra Dominé prjudmt du CmwJl AcMtnraMetMrc Miuullé tur

396 NENOIRES de L'ABBÉ LE CENDRE,

j'appelle petits bénéfices les chanoinies, les chapelles, les cures, les prieurés simples, et autres vacante en régale ' ou dévolus au roi, soit par le serment de fidélité que lui doivent les nouveaux prélats *, soil à cause de son joyeux avènement à la couronne*. On ne peut dire combien le cardinal se fit par là de créatures etcombim de familles, à Paris el dans les provinces, se déclarèrent en sa faveur pour avoir part aux grfices dont il étoit devenu le dispensateur. Il n'en étoit point chiche â l'égard des gens qu'il aimoit, jusque-là qu'il dît publiquement à nos confrères qu'ils n'avoient qu'à lui demander celles qu'ils voudroient pour leurs amis,

A cette occasion, un jour que nous en causions, deiii de nos samaritains et moi, je leur dis: « Si je n'étois pas brouillé avec M. le cardinal, je lui aurois demandé le brevet de joyeux avènement sur la métropole de Roum et sur l'évéché de IJsieux. » Ce qui venoit de m'éehapper en badinant fut reporté une heure après, et dès le soir, sur les huit heures, je vis arriver chez moi l'homme de conliance du cardinal, c'étoit alors le sieur d'Orsanne. Il prit son thème sur des affaires de chapitre, puis, aigris

Il Domlntlioci toi bén£fic«s, e'esl h mimt bveiir ; il était en etfet dam lei sllribulions Ju Conseil de coiudeace, et diiu !■ principile itlribnlion, de proposer les nominBlioni lux bénéfices. Ce Conuil fut 5U|'i|irin)j Kumoit d'octobre 17tS.

' Un b£nêlioe ^loit dit Menai en régale lorsqu'il viquiil pcDdint le temps où l'évùchÉ élint liii-mSme taciKt, le l'ut jouiitait de la régale, c'eal-i-dire du droit de conUrer lei béaélîco, coiddk lunit t»\\ Viii-

* Le régile ^tilt ouverte jusqu'i ce que le nouieiu prélat edl piL-ljiu roi le serment de Gdéllté.

* Parmi les droKa honoririquei dont jouinait le roi 1 ma avémnent au trAoe, étnit celui de nommer, dam chaque calhfdiale, un clerc i li preirûÈre prébende qui vaquerait. Cette nomination se fairail par un hifnt appelé brevet de jeueiix agéaemeitt.

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