‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 145 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. S

font plaisir qu'autant qu'elles sont courtes et ingénieuses. Son style est sec et quelquefois embarrassé ; et moi j'ai lâché que le mien fût clair, agréable et propre au sujet. Son histoire est quasi toute militaire, ce ne sont qu'actions de guerre entassées les unes sur les autres, sièges, rmcooh^, batailles, il semble ne se point saucier des intrigues du cabinet, et moi j'ai tâché de les pénétrer, parce qu'ordinairement c'est la source des événements. Combien en tous temps les différentes passions des favoris, des ministres, des femmes de la cour, ont-«lles eu de partaui plus grandes affaires de l'iiitatl II y auroit quelque chose d'odieuK à continuer ce parallèle, et il me sied moins qu'à un autre de le pousser aussi loin qu'il pourroit aller; je m'airéte de peur qu'on ne s'imagine que le peu que j'en dis, quoique ce ne soit qu'après bien du monde, c'est par jalousie de métier.

Pourtdter le goàt du public et voir s'il seroit content de moD eiaclîtude el de ma manière d'écrire, j'avois fait imprimer, quelque temps avant ma grande Histoire, un Trmté des maurs des François^ et quelques années après un Jugement exact des ouvrages de nos historiens, tant contemporains que modernes. Ces deui traités tirent fortune; le succès Buqiassa leur mérite et mes espérances; on fit à Paris trois éditions, en moins d'un an, des Mœurs et coutumes des François, et le Jugement sur les histo' riens fut si bien reçu des savants que le Père Leiong, de l'Oratoire, l'a transcrit presque tout entier et quasi dans les mêmes termes dans sa vaste Bibliothèque des historiens de France.

Encouragé par ce bonheur, j'en travaillai plus vivement, et quelque temps après que mon Histoire fut finie, je me donnai la peine de la retoucher plus d'une fois. Il

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vient souvent, en relisant, des pensées neuves et des expressions heureuses. Quand je dis retoucher, j'entende remanier les endroits foibles et esaminer de nouveau si chaque chose est en sa place, et si, sdon qu'elle le mérite, (die est plus ou moins étendue et circonstanciée, si les principaux personnages sont bien peints et d'après nature, c'est-à-dire si on les a représentés tels qu'on peut lee connoltre par leurs mœurs, leiu^ actions, et non par ce qu'on a dit d'eux. Je me donnai ta peine de faire moi-même les tables et de corriger les épreuves : vraie peine. Il faut y avoir passé pour savoir combien il eu coûte pour bien rédiger des tables et pour les faire amples et correctes.

Ce travail linî, il uemeresloitplusqu'à décider si je le dédierois. L'embarras étoit desavoirà qui. A notre jeune maître qui n'avoit que six ou sept ans ? il ue fidloit pas y penser. Où en eût été le ragoût? Le dédier au Régent qui tenoit alors le gouvernail? j'y avois de la répugnance parce qu'il s' étoit rendu odieux par uaeconduilesi étrange qu'on ne saîtquel nom lui donner, et par ce malheureux Système ' qui bouleversa tout le royaume et a miné plus ou moins tes plus honorables familles. On ne dédie point qu'on ne loue. Ehtdequoieusaé-jealorsloué ce prince? Lui eussé-je dit effrontément : « Vous faites, monseigneur, les délices de la nation, » tandis qu'il en étoit l'horreur? Un homme de bien, un homme de bon sens peut-il dans ces conjonctures, sans se déshonorer et sans s'exposer à l'indignation publique, jeter des fleurs à pleines mains, comme il est d'usage de le (aire dans une èfUre dédicatoire? Je pouvois espérer beaucoup, en dé-

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