MÉMOIRES DE L'ABBB LE GENDRE
poni Jamais personne ne l'a été plus que ce moine. » Je l'ai ouï bien des fois s'en expliquer de cette manière, même en parlant à des jésuites, nommément au Pèra Lallemant ', homme distingué cbeE eus par son zèle et par son mérite.
QuoiqueM. de Mailly fût déjà cardinal quand on commença à parler d'accommodement, il n'y eut d'abord aucune part, excepté quand on le consultoit. On s'adressât pou à lui, non qu'il ne fût digned'estime, mais parce qu'on leregardoit comme un homme difficultueux et des moins disposés à ^rer en composition. Ëtant parvenu au chapeau, sans nomination de la cour, saas son consentemont, ou plutôt malgré elle, on lui avoit fait dire qu'on ne pouvoit le reconnoitre pour cardinal ; grande mortification pour M. de Mailly, qui n'avoit dans cette situation qu'un de ces trois partis à prendre : celui-ci de se retirer à Rome et d'y vivre en cardinal pauvre, ou de braver la cour et d'attendre fièrement à Reims tout ce qui pouvoit en arriver, ou de ne point arborer les marques de sa dignité, a5n de mériler par cette humiliation qu'on lui permit de les porter. M. de Mailly choisit ce dernierparti, qui étoit le plus sage, et il s'en trouva bien. Par celle pénitence et avec l'aide de deux amis, M. le duc de Saint- Simon ' et M. de La Vrillière, secrétaire d'Étal, tout-puisgant auprès du Régent, il sut si bien le calmer que ce prince lui permit de jouir du cardinalat. Il le nomma, à quelques mois de là, à la riche abbaye de Saint-ËUeone de Caen. Ces grâces coûtèi-ent à M. de Mailly; il les acheta
■ Lillenwnl (]icqui»-t>hilip|ie), né nn 1060, oinrl en I74S. Il i fui des 'luvrages île polfmiqiie religieuse. Saint-Simon porte de lui UDJuge- ■Dcnt in moins faioralile».
* l.'iu leur des jHi'nHiim.
Do,l,.cdtyGoOglc
LIVRB SEPTitHE. S59
oher selon les constitutioDnaires, puisqu'elles ne loi furent accordées qu'en souscrivant l'accommodement. Grande tacfae i sa réputation, disoient-ils, et qu'il ne put laver ici ni â Rome. Je lui ai oui dire bien des fois que c'étoit à son grand regret et avec une peine extrême qu'it se résigna à agir ainsi . Il n'y a rien qu'il ne fit depuis pour se rapatrier et pour faire cesser les plaintes amères qu'on faisoitdelui,
C'étoit tout de bon que le Régent vouloit flnir l'affaire de la constitution. Ayant dit aux chefs des partis, et l'ayant dit d'an ton de maître, qu'il falloit qu'ils s'accommodassent, on reprit les conférences pour trouver, s'il étoit possihie, les voies de se concilier. Il n'y futpoïnt parlé d'une acceptation pure et simple, moins parce que les appelante la rejetoient opiniâtrement que parce que la plupart des constitutionnaires, hors quelques sulpîciens et quelques jésuites trop vifs, convenoient assez en ce tempa-là d'une acceptation relative. Les conférences ne roulèrent que sur ce qu'on ajouteroit au précis qui étoit présenté par M. le cardinal deNoailles ou sur ce qu'on en rebvncheroit ; on eut peine à venir à bout de donner une forme the à ce corps de doctrine, c'étoit un Protée qui en changeoit à tout moment, parce que chacun à l'envi voulut y mettre du sien. Quand tout eut été réglé entre les chefs des deux pertix, les évéques à tour de rôle se trouvèrent, par quadrilles, chez le cardinal de Rohan pour y entendre la lecture des nouvelles explications. Quelques-uns se plaignirent qu'elle se ^rsoit trop rapidement, disant que des matières aussi graves et aussi épineuses demandoient l'attention la plus sérieuse. Le plus grand nombre, moins scrupuleux et qui vouloit finir, secontenta'd'en attraper ce qu'il put â entendrelirc.
Do,l,.cdtyGoOglc
360 MËMOIRES DE L'ABBÉ LK GENflRE.
(Mars i 720. ) Toiite;^ choses ajustées, il y eut au Palais- Royal assemblée générale des prélats (|ui étoient à Paris, et, en présence du Régent et de toute la cour, raccommodement fut publié. Cent archevêques ou évéques ou le signèrent sur-le-champ ou le souscrivirent peu après. Entre les conditions que le cardinal de Noaîlles avoit ntises à son marché, il avoit eiigé cette nombreuse approbation, soit afin de relever la gloire de son triomphe par ce grand nombre d'approbateurs, soit plutôt pour lui servir de bouclier et le mettre à couvert des coups qu'il avoit à craindre de la part de la cour de Rome. Cette cour gronda fort contre l'accommodement-, cependant, comme c'étoit une chose faite et que peut-être ; avott-i! à appréhender quelque chose de pis si cette cour en fût venue à lancer ses foudres, elle se contenta d'exhaler son chagrin en plaintes et en reproches contre les cardinaux constitulîonnaires, principalement contre Bissy et Mailly, qui étoient re^rdés comme des colonnes inébranlables et qui avoient été jusque-là les athlètes de la constitution.
Ce fut en ce temps-là que j'entrai en commerce avec M. le cardinal de Mailly. Ce commerce devint en peu de temps si étroit et si particulier que bien des gens, le supposant fort ancien, me crurent l'auteur, du moins en partie, de sa lettre au Régent, qui fut brûlée par arrêt, et de son autre lettre ans arclievèques et évéques pour leur persuader qu'ils ne pouvoieni plus mal faire que de choisir pour président de la prochaine assemblée M. le cardinal de NoaiUes. Je n'y avois aucune part ; c'étoient les jésuites qui travailloient pour lui, et je crois connoitre ceux qui avoient écrit ces lettres. Ce qui commença notre liaison fut mon opposition à l'appel de notre
jt,Googlc
LITRE fiEPTIËHR. S61
chapitres. M. de Mailly me fit t'honncur de m'en féliciter ; jp l'en remrrciai par une lettre arrangée. Cette lettre fut suivie de beaucoup d'autres intéressantes, de sorte que notre connoissance étoit plus qu'à demi faite avant qu'il vînt à Paris.
Cette connoissance devint une familiarité si grande, qu'il désira que, de deux jours l'un, j'allasse diner avec lui. Là se trouvoit, le même jour, l'abbé de Bussy ', aujourd'hui évéque de Luçon, homme estimable qui a de l'esprit et des sentiments; il avoit été grand vicaire de M. de Nailly, lorsque celui-ci étoit archevêque d'Arles; le prélat lui avoit procuré le doyenné de Tarascon, bénéfice de nom et de dix mille livres de rente. Avant et après dîner, nos entretiens, porte fermée, rouloient ordinairement sur les conjonctures et sur les voies d'en profiter. M. de Mailly, qui aspiroit à ce qu'il y a de plus grand et de plus élevé, me voyoil avec plaisir lui frayer chemins et sentiers pour y parvenir ; il ne se flattoit pas moins que d'être archevêque de Paris et grand aumdnier, si ces places venoient à vaquer, ou du moins de se mettre à la cour en si grande considération qu'on crût dans le monde qu'il avoit part à tout.
(1 720.) Sur les plaintes qu'on lui faisoit depuis long- , temps de l'état où étoit le collège de Reims à Paris, il me pria d'en Taire la visite, comme son commissaire, et d'y mettre l'ordre. C'est bien un des plus beaux emplacements qu'il y ait dans le pap latin : grand air, grande cour, logements plus que raisonnables. J'y trouvai un
' Bun;(llicliel-Cel«»-HogerdeR«butiD, comle de), mort «n 1736, Igé il'cniiron uiiante-sepl ans. Fils du trop linieux auteur de VHiMOire amoureate de* Gaula. < Il h£rila de ion etprit, dit on bi<^raphe, tua hériter di u» difiuti et de set ridicules, n
Do,l,.cdtyGoOglc
S«S HÉHOIIIES DE L'ABBB LE GENDRE,
principal, un procureur et point de boursiers, quoiqu'il y eût aseet de biofi pour y en avoir nombre. Depuis trente-quatre ans qu'on n'y avoit point fait de visite, les revenus s'en étoieut allés en réparations courantes, sans devis, sans marchés, sansquittances par-devant notaires, et en appointemenis, tels que le principal et le procureur avoient bien voulu se les donner. Ils étuient les «tetils créanciers du collège, et créanrieni d'une rente de plus de mille fnmce au denier vingt '.Je la mis au denier cin< quanle*, c'étoil le taux de ce temps-là. Dieu sait comme ils crièrent. J'y établis huit boursiers et, pour cet établissement solide, je lis des statuts tantde discipline que d'économie. Ib ont servi à policer d'autres collèges, et le nouvel historien de la ville de Paris a cru devoir les insérer dans son ouvrage pour apprendre au lecteur l'état ntoderoe de ce collège. Le principal et le procureur, fâchés de n'être plus les maîtres autant que, mal à propos, ils l'avoient été jusque-là, firent d'abord difficulté de se soumettre. Leur résistance ne fut pas longue ; pour peu qu'elle eât duré, je lesaurois destitués comme ayant mal administré le bien de cette maison, depuis plus de vingt ans qu'ils en étoîent ofHciers. M. de Mailly avoit de la répugnance à leur faire grâce : heureusement pour eux, une slTaire plus importante le détourna de celle-là.
< Ou i 5 pour 100.
■ Oui s pour 100-, de lorte qu'iu lieu d'ane rente de 1,000 fr. qn'ilt reoGviieDl d'ibord, le procureur et le principtl eu recertienl une ia 400 Tr. Kulenienl, pour un ca^ntal ili'ni de 30,000 fr. Hous diaoïu capHal aliéné : la loi civile, eomme li loi religieuse, dâfcndant lion le prAi t intrrél — RBnnRHi nnniaiM nm pteU — )e apililisie, pour faire nloir te* tcm. In aliénait, et celui *u prolil de qui l'aliénitioa ^lih fiile s'oblignil, en retour, i aerrir une rente *u ctpitiliite. Ce coalnt K'ippdxit cmutilutiBn Oe rtttU.
Do,l,.cdtyGoOglc