‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 164 sur 184 · LITRE HUITIÈME. S · texte numérisé non relu

LITRE HUITIÈME. S

caebet pour m'exiler moi et deux autres, el si jusqu'à présent il n'en a délivre aucune, c'est qu'étant honnête homme, il a peine à faire du mal, elqu'ilapour manime de conduire avec prudence, sans éclat et sans violence, les affaires qu'on lui confie. »

Je souris des flatteries de cette causeuse, et sans m'y arrêter : « Ma sœur, lui dis-je, faites votre devoir, faites-le mieux qu'un autre ; aimes vos sœurs, tâchez de vous en faire aimer ; n'ayez pour aucune ni liauteur ni mépris; honorez les mères anciennes, respectes particulièrement la mère prieure, soyez la plus exacte à lui obéir. En suivant ces conseils, ni vous ni vos amies n'avez rien à appréhender. A cette exhortation H. le premier président en joignit une plus forte, leur disant, d'un ton grave et d'autorité, qu'il falloit qu'elles se disposassent à se soumettre avec respect à ce que le parlement ordonneroit de leurs différends; que plus elles avoient d'esprit, plus elles dévoient être attentives à se comporter de manière que personne ne se plaignit d'elles; qu'elles ne pouvoient mieux faire que de s'appliquer uniquement à leurs devoirs; de ne point recevoir, du moins aussi fréquemment qu'elles avoient fait par le passé, les visites des séculiers, et de bien vivre avec leurs soeurs, aGn qu'étant d'intelligence tes malades en fussent mieux servis. Leçon humiliante pour des filles orgueilleuses accoutumées depuis longtemps i ne (aire que leurs volontés. C'est ainsi que se termina cette fameuse séance qui fil tant parler la cour et la ville, séance honorable pour la prieure, elle s'appetoit la mère de Saint- Ansehne, et bien désagréable pour M. le procureur général qui l'avoil le plus souhaitée.

Nos nouvelles conférences chez M. le premier prési-

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3M HÉMOIRES })T. L'ABBA LE GBNDBB.

dent, qudque em\e qu'il eût de 6nir (il rflToit promiB à la amr), durèrent encore plus de cinq mois, soit par di- Ters incidents qui reculèrent noa assemblées, soit parce que M. le procureur général remettoil sans c«Bse en question ce qui avoit été réglé entre lui et moi ou jugé par M. de Fréjus. Il n'y gagna rien : M. le premier président, quelque penchant qu'il eût à lui faire plaisir, approuva, article par artide, font ce qui s'étoit fait, de sorte que, dès la seconde, ou tout au plus la troisième séance, dous serions convenus du rétablissement des an- ' dennes constitutions, si M. le procureur général, qui ne cherdioit qu'à l'éloigner, n'eût représenté virement qu'il falloit, avant de conclure, examiner eiactement ce qu'on devoit en retrancher et ce qu'on pourrait j ajouter. Nous n'en retranchâmes que ce qui ne s'en observoit plus, et nous n'y ajoutâmes que quelques règlements de police.

Notre travail fini nous retournâmes à l'UM^Dieu, jusque» à deux fois, communiquer séfmrément aux religienses des deux partis ce que nous avions arrêté. Les unes et les autres y donnèrent leur consentement ; la prieure et les vieilles mères avec des transport de joie, dans l'espérance de revoir leurs anciennes constitutions, les Miséricordieuses avec dépit et regret et seulement dans l'appréhension d'Hn traitées comme mutines, si dies n'y donnoient les mains. M. le procureur général eut encore beaucoup à souflVir dans l'une et dans l'antre décès séances, parce que de part et d'antre il s'y dit bien des choses qui ne pouvoient que lui déplaire. Il ne crut pas cependant ses peines tout jt feit perdues ni l'alTatre désespérée tant que le chapib^ de Paris, qui est le législateur et le seul supérieur des religieuses de l'Hdte)-

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Dieu, ne ratifierait point oeqiianoiisavjonB arrèU. « Eh! GommeiU, me dit-il, le chapitre pourroit-it le faire, a^Dt, il y a Ircùs ans, ordonné que l'on traraiUeroit à de nouvelles couatitutiona, et, lorsqu'elles ont été faites, les Ay*ot louées, approuvées et oonfinnées en deux as- «emblées générales? »

Me douUnt bien que ce seroit de cAté-là que M. le procureur général dresaeroit sa dernière et sa principale batterie, j'avois pris les devants, instruit que j'étois que c'éloit moins pai- persuasion que par faiblesse ou par cabale que la plupart de nos confrères, se laissant aller au torreot, avoïenl été d'avis, contre l'intérêt du chapitre, do supprimer les anciennes constitutions et d'en introduire de nouvellee. Je les vis en particulier, notanimcot M. le doyen, qu'on avoit obligé de se banmr de l'Hôtel- Dieu, et, leur faisant senUr la Faute énorme qu'ils avoienl faite et la belle occasion qu'ils avoient de la réparer, il s(> lit en mains de huit jours un si grand changement que, lorsque la compat^ie fut assemblée expressément pour adopter «i rejeter ce que nous avions fait, M. lo procureur général et moi, de quarante-deux rapllulants que nous étions, il y en eut trente-quatre qui opinèrent h rétablir les anciennes constitutions et à abolir' les nouvelles.

Channé d'un si heureux événement, j'allai l'annoncer à H. le procureur général en termes prudents et ménagés. J'eus beau adoucir l'amertume de la nouvelle, dic le mit hors des gonds, jusques à menacer qu'il feroit casser l'exemption ' et les privilèges du chapitre, de quoi il ne s'agissoit nullement. Je lui laissai jeter son fen

I Le dmll pour \e chapitre Ae n'Mrc point loiimli à I* juridiniaii <pi- HlitHIr de r*rche>équr.

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Sn HËHOIRES DE L'ABSfi LE GENDRE,

pour le disposer peu à pou à donner des conclusions, et comme je commençois A le presser : « Si j'en donne, me dit-il, pour l'homologation des anciennes constitutions, ce sera sans rien révoquer de tout ce qui s'est fait pour autoriser les nouvelles. — ¥3a\ oumsieur, loi dis-je, où il n'y a point d'unirormité il ne peut y art» que trouble et confusion. Selonee système il y aurott à l'HAtel-Diea deux sortes de constitutions également autorisées, quoique fort opposées les unes aux aubvs, et les religieuses anroient le choii de suivre inditUremment tantât les unes, tantôt les autres, t^est-à-dire que cette maison, où l'ordre et la règle sont |^ nécessaires qu'ailleurs, deviendroit un chaos où tout iroit à l'aventure. »

N'ayant pu rien gagner sur H. le procareur géuéral, je counis à Versailles y faire mes représentations. Tant de subterfuges indignèrent si fort M. de Fréjus que, de mort qu'il avoit été jusque-là, il devint homme tout à coupi il alla sur-le-champ se plaindre à M, le duc, qui tenoit alors les réneedu gouvernement, et, ayant prie son ordre,ll écrivit si vertement que M. le procureur général donna enfin dee confusions sur lesquelles il y eut arrêt le 17 mai 1725, par lequel il fui dit que n les constitutions faites en 1652 pour les religieuses de l'HAtel-Dieu par le chapitre de Paris, leur supérieur, et revues en 17^5 (ce sont celles que l'on appelle les anoiennee constitutions) seroient homologuées pour être seules eiécutées selon leur forme et teneur et à l'eiclnnon de toutes autres. » Je ne regrettai point ce qu'il m'avoit coulé de temps, de soins et de peines à conduire et à consommer une si grande affaire. J'auroistort de m'en plaindre, puisqu'elle me donna lieu de faire une action

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