‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 41 sur 184 · LIVRE DEUXIÈME. 8S · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. 8S

forte. Bien des gens sages soutenoient que le cardinal de Furstemberg dovoit avoir la préférence, non-seulemenl à cause de son mérite, mai^ principalement par rapport aux suites fôcheuses qui paroissoient inévitables, si on ne la lai donnoit. En efTet, sur le bruit qui couroit ou plutôt sur la certitude de la partialité du pape, déjà il s'ctoit formé une cabale eu Angleterre pour détrôner le nouveau roi qui protégeoil les catholiques, et déjà le prince d'Orange, appelé par les séditieux, se préparoit à y passer; dessein qui eût échoué si Furstemberg eût été archevêque de Cologne, parce que les Hollandois se seroieot bien gardés alors de dégarnir leurs places comme ils firent et de prêter ce qu'ils avaient de bonnes trou|>e3 pour l'expédition d'Angleterre. Ces alarmes éloient bien fondées ; on y eut cependant si peu d'attention à Rome, qu'après un léger examen qui se fit à la hâte dans une congrégation composée de gens dévoués, le pape, suivant leur avis, confirma l'élection du prince de dis-sept ans. H rejeta la postulation du cardinal-évéque. Le pape ne l'ayant fait que par aversiou pour la France, du moins le disions-nous ainsi, on appréhenda que, poussant sa haine plus loin, il n'excommuniât le roi et n'interdit le royaume '. Cen'étoit point une terreur panique; selon les avis de Rome, on devoit le croire et le craindre. En ce cas, M. de Harlay, comme acteur des choses principales qui avoient irrité le pape, n'auroit pas été épargné ; aussi fut-il des plus ardents à représenter à la

' Kous avons dit (|Hge 7Ô) ce qu'on dail enlendre par ti lim. h'inlerditetl une eiccmmunicaiion générale prononcée par le pipe CMlre DD Ëtal.DD dkicêw, une tIIIc. Elle a pour elîet d'ccnpédier que leterrite divin ne loil lélt'bré àtm le lieu qui eat inlerdil, qu'on n'y idminUlre lea Haenients. qu'an n'y aci'orde la sépulture eccl&Mf-

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U UÉM0IRE8 DE L'ABBË LE CENDRE,

cour le danger qu'il y avoit à ne se pae précautiooaer contre de rî terribles menaces. Il y a oette différence entre la foudre matérielle et les foudres du Vatican, que contre la [iremière on ne peut prendre de précaution, et que l'on en peut prendre pour prévenir les foudres de l'Église ou pour en détourner l'effet.

(Septembre et octobre 1688.) Par ordre exprès du roi ei de concert avec le prélat, M. le procureur général au parlement de Paris appela au futur concile des griefs qu'on avoit reçus et de ceux qu'on avoit à craindre de la par^ tialitc du pape. On ne pouvoit guère prendre un plus sage tempérament pour ôter à Innocent XI ou la volonté de nous nuire ou les moyens d' exécuter ceUe mauvaise volonté, parce que, selon nos maximes, l'appel au futur concile, lorsqu'il est interjeté pour une cause légitime par une nation entière ou par un homme qui la représente, suspend toutes les censures qu'on aurait déjà fulminées et annule celles qu'on lanceroît au préjudice de cet acte.

Pour soutenir cette procédure et pour la fortiliei', lu prélat assembla chez lui tes évoques qui étoient à Paris ; il y assembla l'un après l'autre le chapitre de son égliae, les députés des collégiales, les curés de la ville et des faubourgs, et les supérieurs de toutes les communautés. Aux uns ri aux autres il tint à peu près le même langage, en leur proposant d'adhérer à l'appel au futur concile. Le roi étoit si puissant et si respecté, le prélat étott si craint et si estimé, que par acclamation tous répondirent qu'ils adhéroient. Sa modestie auroit eu beaucoup à souffrir si toutes les louanges qu'on lui donna à cette occasion eussent été aussi fortes que celles que lui prodigua te prieur de Saint-Gcnnain des Prés, homme

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