‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 43 sur 184 · LIVRE DEUXIÈHË. ft · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈHË. ft

(12 août 1689.) Six ou sept mois après mourut Innocent XI ; fut-ce de douleur d'avoir été en partie cause d'un aussi affreux désastre? Il y a des gens qui l'ont dit, mais avec si peu d'apparence, (|ue jamais il ne voulut aider ni d'argent ni de son crédit l'inrortuné roi d'Angleterre, Il y avoit dans ce pape, comme il y a dans tous les hommes, du bon et du mauvais. Le bon étoit excellent ; une Itrande droiture, un j^rand amour pour la justice, grand zèle pour la religion, grand désintéressement, grande inclination à donner, qualités aussi nobles que rares dans un fils de banquier comme l'éloit ce pape. Chiche, avare pour lui-même, sa dépense de bouche n'alloit guère qu'à trente sols par jour; libéral envers les autres, prodigue dans les nécessités publiques, c'est lui qui par son argent soutint le siège de Vienne en 1683, et qui le (îl lever; ce sont ses profusions qui furent la principale cause de» victoires que remportèrent et des prodigieux progrès que firent sur les Ottomans l'empereur, le roi de Pologne et la république de Venise. Voici ce qu'il y avoit de médiocre : c'étoit un homme borné, qui avoit peu de littérature, nulle disposition aux affaires, nul talent pour le gouvernement : aussi fut-il obligé de se hvrer à des ministres qui, flattant à propos son penchant ou son aversion, lui faisoient faire ce qu'ils vouloient; homme extrême en tout, moins ferme qu'opiniâtre, ne revenant jamais de ses préventions. Malgré ces défauts, il n'y a point eu de pape, du moins entre les modernes, qui ait régné avec plus d'éclat, ni dont la mémoire soit plus en vénération.

(6 octobre 1689.) A cet inflexible pontife succéda im-

lent, 1 été Uè»-bien Iraduil en françiis pir K. Emile HonUgut. [Sole ielÉdiUur.)

Page 1