LIVRE DEUXIËNE. tl
celui-ci, au risque de n'en point avoir de réponse, j'insistai en représentant qu'il y aurait un tempérament pour écrire sans se compromettre ; enfin j'y fis consentir le prâat. Ce tempérament étoit d'en parler au roi et de le supplier, si Sa Majesté l'agréoit, de faire présenter la lettre par son ambassadeur. C'éloit alors H. le duc de Cbaulnes, homme doux et aimé à Rome, autant que ' MH. d'Kstrées (le duc et le cardinal) y avoient été haïs pour leur morgue et leucs violences. Le cardinal, par ses hauteurs, tvoit si fort indisposé le pape et les cardinaux, qu'ib lui firent de gaieté de cœur, uniquement pour le mater, des tracasseries sans fin pour l'expédilion des bulles de son abbaye de Saint-Claude, et qu'enfin ils ne les lui lâchèrent que quand il fut près de partir pour revenir en France. Le roî agréa que M. l'an^evèque écrivit ; la lettre fut présentée par l'ambassadeur, et le pape la reçut si bien, qu'il y répondit par un bref le plus honorable que jamais prélat ait re^u. Ce sage Vénitieo, dissimulant tout le passé, y loue fort M. l'archevêque et le conjure d'employer l'autorité qu'il a sur le clergé de France à maintenir l'autorité du saint-sîége et le respect qu'il lui est dO. J'ai fait imprimer ce bref à la lin d« l'histoire latine de M. de Uariay. Si ce bref fit beaucoup d'honneur à M. de Paris, il ne fit pas moins de plaisir au roi, parce que, jugeant par là des dispositions de Rome, il se flatta d'en obtenir la récompense qu'il devoit aux longs et importants services de H. l'archevêque et h ceux d'un autre prélat qui n'étoient pas moins grands.
Toussaint de Forbin-Janson, chevalier de Malte dès la baveUe, évAqne de Digne avant l'Age, de Marseille dix ans après, et de Beauvais en dernier lieu, étoit un homme de mérite qui avoit réussi en plusieurs ambassades, no-
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tamment en celle de Pologne. Il sut si bien ménager- les difTérenU partis, que, les conciliant tous, il fit élire ro Jean Sobieski, bommed'unehaute naissance du chef de sa mère, pas si grande du cdté du père, et personnellenienl illustre par plus d'une vichiire rempartoe sur les Ottomans. Quelle obligation n'a-t-on point à qui procure une i-nuronne I Le nouveau roi et sa femniu demandèrent vivement au pape de faire Janson cardinal ; l'ardeur du roi continua, celle de la reine s'attiédit et ne se ralluma plus ou moins que selon les présents que ce prélat lui lit. Cette reine étoit avide, et, profitant du temps, elle son* geoit à amasser. Son mari, qui la connoissoit, lui COTÏvoit, quelques moments après qu'il eut si glorieusement fait le siège de Vienne, en J685 : « Pour le coup, lui dit-il, peut-être serez-vous contente, du moins vous auriez grand tort de me faire le même reproche que les femmes tartures font à leurs maris quand ils revieimeut les mains vides ; je vous envoie des biens immenses en or, en argent, en bijoux, nippes et pierreries que l'on vient de trouver dans le camp des Turcs. >> Janson , épuisé, ne pouvant plus fournir à l'afidité de la reine, cette princesse devint si indifférente à ce qui le ragardoit, qu'elle fit dire à Innocent XI que, quelques scdlicitations que son mari et elle lui eussent fuites pour Janson, Sa Sainteté pouvoit en user comme elle le jui^eroit à propos: de sorte que ce prélat n'eût jamais été cardinal si In France ne s'en fdt mêlée.
Louis \1V, qui airooit Janson, et que Janson avoit bien srrvi, prit cetic affaire si à cusur, qu'il donna des ordres précis aux cardinaux françois qui allèrent au condave après la mort d'Innocent XI, et à l'ambassadeur qui alla à Rome avec eux, de ne concourir à aucune élection que
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