‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 46 sur 184 · LIVRE DEUXIÈHË · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈHË

le candidat ne s'engageât à donner la pourpre à Janson. Ottobon, pour devenir pape, en auroit prnmis davantage.

{Février 1690.) Il tint parole, et dès la première promotion i( fît Janson cardinal, disant par plaisanterin que, si, dans la dernière qu'Innocent XI avoit faite, Jantion ne l'avoitpas été, c'étoit par mégarde et onbli. C'étoit si peu par oubli, qu'innocent XI, plus d'une Fois, voubiRt se justifier des reproches qu'on lui faisoit, avoit dit en plein consistoire ' qu'il n'avoil pas tenu à lui que Janson ne t6i cardinal, et qu'il l'auroit été s'il ne a'en fût rendu Indii;oe ; et sur quoi cette indignité étoit-elle fondée? Sur re qu'étant en Pologne il avoit, à ce qu'on dïaoil, fait un traité avec lesTurca pour les faire venir en Hongrie. Innocent XI ne l'appcloit que le prélat turc ; les rieurs l'appeloient à la cour le cardinal Bontems, parce que Bontems, valet de chambre et favori de Louis XIV, avoit, par ses bons offices, contribué autant que personne, peutêtre même davantage, à l'élévation de Janson.

HO mars 1690.) Dès qu'on sut à ta cour <pie ce prélat ctoit cardinal, M. l'archevêque fut nommé au chapeau pour la promotion prochaine ; seize ans auparavant il y avoit été nommé une première fois, et le courrier qui portoit cette nomination avoit déjà passé les Alpes, lorsqu'un contre-temps obligea de le rappeler. Le prinre Guillaume de Furstemberg, celui même qui dans la suite a été cardinal, prince allemand dévoué à la France, ayant été, pour l'en punir, arrêté et enlevé à (>>lognc par des ti'oupes de l'empereur, et même prisonnier à Vienne, on ne trouva point d' expédient plus prompt cl plus efficace

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pour lui fisuver la vie que de le nommer au cardioalat au lieu de H. de Harlay ; et enectivement on sut Eaire si à propos un grand scrupule à l'empereur (c'étoit Léopold 1*) de souffrir qu'on coupât la têle à un homme destiné à cette dignité, que l'en^ereur ordonna de surseoir à l'exécution. Ce furent les jésuites, avec qui Léopold vivoit si tamilièrement qu'il jouoit aux quilles avec aui, qui rendirent ce service au roi et au prisonnier.

Autant les jésuites avoient été autrichiens pendant les régnes florissants delà maison d'Autriche, autant étoîentils françois depuis que la France, sous Louis XIV, avait prit le dessus non-seulement sur cette maison, mais encore sur toute l'Europe. D'ailleurs, Louis XJV ne cessant de leur iàire du hien et honorant leur Compagnie de sa protection et de son estime, les jésuites de tous pays étoieut ravis de lui donner des témoignages de leur zèle. Leur savoir-faire lui fut dans l'occasion d'une grande uti< Kté, soit pour éventer les secrets de ses ennemis, soit pour Illettré dans ses intérétsdes princes qui n'y seroient point entrés sans l'insfHration de ces Pères ',

La nomination au chapeau engageant M. l'arcbevéquo à avoir un agent à RoDie, je m'offris et demandai assez vivement à y aller ; et sur ce qu'il répondit qu'il n'y en enverroit point, et que l'ambassadeur se charg^vit avec plaisir de tout ce qu'il y auroit à faire, je lui représentai

* Ce que npporle luliemenl l'ibbj Le Geodre rie feipril d'intrigue dej jétuiiM confîrnie toulM le* preuTei qu'on ta mit d^. C'etl, «■ nae, dans l'esprit de leur institulton. L'individa lyinl renoncé chei lea jésutlei k lu fimille, à li pra|iriélé. i l'iclion penoniiclle elle-même. lu libre arbitre, l'âant en un mnl innihilé complflement pour faire corpt iTM Mm ordre, il en rétulta njeeieiiir^nieul l'uuiciatioD Ji plu iuigtreute qu'on puixe iuupoer. L'bonune i^int i;e»é d'jlre hanime pour détenir elMte, il e*l npeble de tuul, puisqu'il n'i plui i juger la i^ur de ut ictod. [Hoiedtf Éditeur.)

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