‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 59 sur 184 · LITRE TROISIÈME. H · texte numérisé non relu

LITRE TROISIÈME. H

Une première ressource fut de multiplier les charges de finance el de judicature, quoique ordinairement elles attirent des taxes sans fin. Ou sait si bien, en les créant, les assaisonner d'honneurs et autres avantages, que le François, avide de gain, de rang, de pouvoir, mord toujours à cet hameçon. Ce fut à celte occasion qu'on créa deux directeurs et quatre intendants des finances, neuT présidents au grand conseil, deux à mortier au parlement, un troisième avocat général, un troisième président en chaque chambre, tant des enquêtes que des requêtes, et un nombre infini d'autres charges de toutes sortes. Le Chili ni le Potosi et la rivière de la Plnta n'ont point produit aux rois d'Espagne, depuis qu'ils en sont les maîtres, autant d'or et d'argent que ta vénalité de ces charges en a produit aux rois de France. Quelles sommes n'en ont-ils pas tirées depuis François 1"! Je ne sais si le plus savant algchriste viendroit à bout de les nombrer.

Une autre ressource fui de faire porter à la Monnoie la vaisselle d'or et d'argent pour y être convertie en espèces. Le roi généreusement y envoya chandeliers, miroirs, qui omoient les appartements et la galerie de Versailles ; superbe argenterie, moins estimable par la matière et par le poids que parla beauté du travail, qu'on ne se lassoit point d'admirer. C'étoit l'ouvrage de Baslin', un des plus excellents orfèvres et des plus habiles ciseleurs qui aient jamais été; je dirois même le plus habile, car on ne voit personne avant ni depuis lui qui soit arrivé au point de perfection oiî il avoit porté son art. Ce fut grand dommage que les calamités publiques obli<

' Ou Billio [Cliiida), nd en lUS, mort en 1678.

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geassent de sacrifier de si admirables chefs-d'œuvre qiit faisoient honneur au royaume, et ils n'avoient point de pareils en dessin ni en architecture en aucun autre endroit du inonde.

Une autre ressource fiit de demander aus compagnies, nommément au clergé, un don appelé gratuit, parce qu'autrefois il étoit libre, mais qu'on exige présentement comme s'il ne l'éloit pas. H. Pussorl, l'ancien des conselliers d'État qui vinrent de la pai'l du roi rendre visite à l'assemblée, diten la haranguant qu'en un besoin pressant le roi étoit le maître du bien de tous ses sujets et principalement du bien des ecclésiastiques, si fort que sous françois I" il y eut arrêt du conseil qui en adjugea le tiers au roi ; d'o£i H. Pussort concluoil qu'à ne demander que douze millions dans la conjoncture présente, le clergé devoit se louer de la modération avec laquelle on le traitoil. Il n'y en avoit guère à parler ainsi, tant cette somme étoit énorme ; il n'y eut pas' jusqu'aux gens du monde qui, tout prévenus qu'ils sont que le clergé a des biens immenses, ne parurent effrayés du don qu'on lui demandoit. C'est par envie contre le clergé plutôt que pour être instruit qu'on dit communément qu'il a deuicentsmilUonsdo rente. Où les trouver? Les revenus des dix-huit archevêchés et des cent douze évéchés qu'il y a en France ne vont pas à trois millions cinq cent mille livres, à compter sur le pied de cent mille francs l'archevêché de Pans qui ne les vaut pas, charges acquittées.

Quoique M. de Harlay ne fût que trop dévoué à la cour, néanmoins, soit par pique contre H. Pussorl, soit de peur de se rendre odieux en ne combattant point des maximes aussi dangereuses qu'étoient celles de ce harangueur, it réponditqu'on ne pouvoit être que surpris el de

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