LIVRE TROISIÈME. iH
Puur former un district à ce nouveau tribunal, et pour accroître en même temps le territoire de l'ancien, on supprima par un édit toutes les justices particulières; et ai, >par distinction, on en conserva quelques-unes, ce ne Fut point pour les rues qui jusque-U avoient été de la dépendance de ces justices, mais seulement pour certains enclos, comme le cloitre Noti-e-Dame, Saint-Germain àea Prés et le Temple, L'arclievéque de Paris, dont la justice temporelle s'étendoit en cinq cents rues, étoil celui des scipieurs qui se trouvoit le plus lésé par cette suppression ; aussi fut-il le mieux récompensé, car outre deux cent vingt mille livres qui lui furent comptées pour acheter un bien qui lui serviroit de remplacement, on lui conserva la justice dans l'enceinte de l'archevêché ; et pour le payer noblement, on ériga de plus sa terre de Saint-Cloud en duché et pairie.
Il y avoit plus de seize ans que M. l'archevêque jouis- «lit à la cour des honneurs de pair et de duc sans qu'il se fût avisé de se faire recevoir au parlement; peut-être même n'y auroit-il point pensé, si M. de Harlay, alors premier président, ne l'en eut pressé vivement. Le premier président ne l'en pressoitei vivement que pour l'engager à dire la messe solennelle qui .<ie dit tous les ans à la rentrée du parlement, ce que le prélat ne promit faire qu'il ne fût reçu duc et pair ; autrement, en officiant, il n'eût point eu le dais dans la grande salle du Palais, marque de distinction qu'on n'y accorde point aux prélats qui ne sont point pairs. Le premier président vouloit à cette occaaon rendre a son nom et à son rang, en la pei-
ou de (ingt livres de renia. — l'ii jugement ciécutoire par pretiUion tunebtianl appel, ce «ml le U'rnies coDucn^. i!>t un jujtenifntqui, suiocfHiUe <l'*|>p«l. peut iitt, pir eiMption, eiévuté onlgré l'appel.
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m HÉHOIRES DE L'ABBÉ LE GENDRE.
sonne de l'archevêque, des honneurs cstraordinaires.
(Novembre 1690.) Le premier président, deux prési- denU à mortier et les gens du roi, ce qui en quelque manière représentoit le parlement, allèrent ensemble prier M. l'archevêque de faire la cérémonie ; tout autre prélat qui l'avoit faite jusque-là n'y avoit été invité que par les procureurs de communauté ' et quelquefois par distinction par le bâtonnier des avocats à la tète de ces procureurs. Le jour de la cérémonie, le premier président et son fib M. de.Beaumont, l'un des avocats généraux, l'un et l'autre en robe rouge, allèrent prendie le prélat à l'archevêché. Tous trois montèrent dans le carrosse de l'archevêque ; le prélat, eu rochet et eu camail, monta le premier et se mît dans le fond à droite ; le premier président se plaça à côté de lui, l'avocat général demeura aeul sur le devant. Arrivés au Palais, M. le premier président se mit à la gauche de H. l'archevêque, et traversa ainsi les salles jusques à la chapelle, au grand étonnement des gens du Palais, parce qu'ordinairement, même jamais, le premier président n'y donne la main à pei^ sonne*. Après la messe, quoique c'étoit l'usage que lo prélat qui a oDicié soit conduit en grande chambre au milieu de deux présidents, le premier président, pour
' L'auteur leul parler de la eommunauU de» avocat» tt procureur» de la cour, c'ei(-l-dire du parlement. C'flail une juridiction di^l^uée par In cour aux avocats et procuieiirs, à l'cITi't d« nuinlcnir la discipline entre eux vis-à-iis des jugea et vis-i-vii des justiciaUen. La communauté doDnail Eeulemcol dea avis : |>aur âlre eiéculoires, il fiUail ijii'ili fussïiit homologuja par la cour. — Celte juridiction, eiercËe en commun par le* avocats et par les procureurs, ne doit paa donaej' à eniendre que, pour le reste, ils Tusscnl conronilus eu une mémo conmu- Mutfou compagnie : il y avait ïorûre des aiocala et la comBumaulé àt» pnicureura.
* thaner la maiti, en style de cér£mi>ai*l, o'eil donner la droile.
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faire plus d'honneur h M. l'archevêque, cuutiiiua de se mettre à sa gauche, afln qu'un autre président n'osât pas se mettre à sa droite ; mais cette nouveauté faisant beaucoup murmurer, le second président (c'étoil M. de Maisons) se mit à moitié chemin à la droite de M. l'archevêque et dit en plaisantant au premier président : a Monsieur, puisque vous prenez ma place, vous souffrirez que je me mette à la vdtre, qui doit être toujours à la droite. » Cette plaisantene fit rougir le premier président, qui en voulut du mal à M. de Maisons.
Si M. le premier président en avoil usé de la sorte à l'égard de H. l'archevêque, ce n'éloit pas assurément bute de savoir tenir son rang, mais bien po'ir s'honorer lui-même en la personne de son parent. Quoiqu'ils ne fussent guère amis, le premier président, jaloui de la splendeur et du lustre de sa famille, sembloit prendre plus de parla la gloire de l'archeTéque que le prélat n'y enprenott lui-même; autant l'archevêque paroissoit peu se soucier de devenir cardinal, autant le premier président avoil-il envie qu'il le fût. Je me souviens que lorsque vint la nouvelle de la mort d'Alexandre VIII (1691), j'entendis M. le premier président faire de vifs reproches à M. l'archevêque de ce qu'il avott manqué, sous un pontificat si favorable en apparence, à faire ce qu'il eût pu et dà à Rome et en France pour hâter sa promotion.
En vain le prélat se seroil donné des mouvements eiL< traordinaires, tant il y avoit peu d'apparence qu'étant aussi odieux qu'il l'étoit à la cour de Rome, il filt fait sitôt cardinal. Cette cour, alarmée des liaisons étroites qu'il sembloit y avoir entre le pape Alexandre Vlli et les François, en avoit beaucoup murmuré, jusque-là qu'on
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lui ivprodm en des vers cl en des pasquîns', iju' étant monté aux grandes charges et de là à la papanlé, moins par son mérite, quoiqu'il n'en manquât pas, qu'en témoignant dans t'occasion un grand zèle pour le saintsiége, c'élort un lâche ei un ingrat d'en sacrifier les intérêts. Il ne pensoit à rien moins, et quelques marques d'estime qu'il eût données par politique à H. l'archevêque et quelque ménagement qu'il parût avoir pour la France, il aimoit si peu et la France et le prélat qu'il voulut, avant que de mourir, faire connoitre à tout le monde que si, h leur égard, il en avoit usé ainsi, ce n'étoit que par nécessité.
En effet, il fit, la veille de sa mort, assembler autour de son lit les cardinaux qui éioient à Rome, et après un petit discours prononce avec majesté et les larmes aux yeux, M fit lire en leur présence une bulle datée de plus de cinq mois auparavant, par laquelle il déclaroit nul tout ce qui a'étoit fait dans l'assemblée du clergé de 1682. Ce testament de murt rétablit son honneur dans Rome et fit plaisir à ses paienls. Aprèn les avoir enrichis en terres, en meubles, en argent, après leur avoir donné les plus grandes chargesde l'Ëtat qui, par bonheur pour eux, vaquèrent sous son pontificat, il regarda comme un plus grand bien de leur gagner par celte bulle l'afTectton des cardinaux et des autres grands de celte cour; en quinze nwis de règne il avoit Jeté dans sa famille cinq millions d'écus, et revêtu son petît-neveu de la charge de vice-chancelier, la plus lucrative de Bomc *.
< OapatqttinBdet;c'i{ùieDlieiftficTt3al'ir'v\auqa'k Rome oa mît lait dans la boucbe de ta tUlue do Piiquiii ou qu'on inkhnit sur elle. DuM ce» Mlirci on tai»ul pirler Puquin, el Hariorio, autre «lalue, donnait la rfpJique.
* La diaiKellerie romaine eil le lieu où l'on expédie lei aclei de Inu-
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Autant Aleiandre Vlll aimoit ses parents, autunt Innocent Xn, qui succéda à Alexandre, fut-il fler à l'égard des siens ; il n'en voulut connottre aucun, non pas même ceux de son nom. Ce nouveau pape, Napolitain de qualité, étoit un bon ecclcsiasti{|ue qui aimoit les pauvres, ipii fit bâtir des hâpitaux ; du reste, qui avoit passé dans diffikcDts emplois sans en être plus (ait aux affaires ni plus initié aux mystères de la politique. Il monta sur le trAne avec une ingénuité qu'il conserva jusqu'à la mort. Cependant, pu* le secours de ses ministres, gens d'ailleurs assez ordinaires, il ne laissa pas de régner aussi glorieusement que les papes les plus raffinés. Tant il est vrai que souvent la gloire des princes dépend moins des talents qu'ils ont que du bonheur des conjonctures, quand ils savent en profiter.
Dès qu'on sut à la cour l'exaltation d'Innocent XII, le roi lui écrivit pour le féliciter, et principalement pour le presser de faire cardinal l'archevêque de Paris. Cette attention du roi dans le dérauj^ement que lui cnusoit en ce temps-là la perte qu'il venoit de faire du marquis de LouTois, étoit la marque la plus sensible que ce monarque pût donner de se considération et de son estime pour le prélat.
(16 juiUet 1691.) Le marquis de Louvois étoit mort subitement. Fut-ce de poison 7 On le crut à la cour ; le roi lui-même le dit à l'archevêque de Reims, frère du marquis. Ce bruit approfondi se trouva être sans fondc-
t«s tw grleei que te pipe accorJedxns le ooniûtoire, et pirtitulicreinenl Im balles des archeificÙa, fvâcbés, ibba'jea it lutre* Itatieei répulf» oomûloriaui. VafSct M eltiincelier, quittait d^l insliluf en 680, fui «ipprimé, les uni diienl pir Bonihcc Vll[, le* «utrei pir Honorû III, Cl le vice-ehaneelier dninl le precnier orScier de It dwncellerie. C'eil (oujoaTi UD cardinil qui rranpiit celte plice.
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IÔ3 HÉHUIRES [)E L'ABBË tb GEJ4UKI::.
meut, et bientàt on fut jiersuailé que la mort subite du niarr|uis, homme gros, court et violent, ne venoit que d'un coup de sang. Il fut enterré, par ordre du roi, sous le d^me des Invalides, terre vierge oiî personne avant lui n'avoit été inhumé, où depuis aucun autre ne l'a été. On applaudit à celte distinction, que le marquis méritoit, non-si-ulemcnt parce qu'il avoil été le ministre de la guerre le plus édairé qu'il y eût eu depuis la monarchie, mais encore parce «jue c'étoit lui qui avoit inspiré au roi de bâtir cet hAtel royal pour servir d'asile aux of- Ticiers et aux soldats qui avoient vieilli dans le service ou qui y auroient été blessés. De tant de grandes choses qui »e :iont faites sous Louis XIV, il n'en est point ni de plus glorieuse pour ce prince ni de plus utile pour l'État qu'un établissement si noble. Quoique ce Tût pour le marquis un honneur extraordinaire d'être enterré aux Invalides, sa femme, quelques mois après, te lit porter aux Capucines, oîi elle omoit une chapelle pour s'y faire inhumer. On ne loua point cette tendresse mal entendue de la marquise pour son mari, à qui elle faisoit grand tort ; ce n'éloit point un lustre pour lui d'avoir un mausolée dans une église particulière, et c'en étoit un infini d'être enterré sous le dAme des Invalides, sépulture si honorable, qu'un roi conquérant n'auroit pu pour luimême en choisir de plus distinguée.
Celle mort dcrangeoit fort le roi, parce que le mar- (]uis étoit alors non-seulement son principal ministre, mais quasi l'unique. Après la mort de M. Colbert, qui avoit gouverné les finances avec un grand succès, le marqui.s de l^iivois et le chancelier son père les avoîeiit fuit donner à un lioiimie tout à fait à eux ; cet homme à i-ux étoit M. Le Pelelicr, un peu leur jKireut, eiiliére-
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