LIVRE OI'ATBIÈIIE
portraits d'imagination représentant Timon te misanthrope, Ménippe, Lucillius, Horac«, Perse, Juvénal, Régnier, chanoine de Chartres, et autres aïojx satiriques du mailre de la maison. Je ne le voyois point à Paris, quoiqu'il demeurAt dans notre cloître ; cependant, quand il sut que j'étois à Auleuil, il me vint offrir sa maison et m'invita à y passer au moins les après-dinées.
Il y aroit toujours une compagnie triée d'hommes et de femmes do lettres : j'y vis madame Deshoulières ; c'éloil un bel esprit; autrefois ç'avoit été une beauté; à voir ce qu'il en restoit on n'étoit point surpris qu'elle eât fait fracas en son temps. Combien sa vertu avoit-elle essuyé d'assauts, sans que la médisance pAl y mordre I Elle étoit muse autant par sa sagesse que par ses poésies; ses idylles sont fort estimées. J'y vis l'abbé Régnier, M. Racine, M. et madame Dacier, mari et femme savants et d'un grand mérite ; la femme savoit le grec parfaitement, le latin pas si bien ; cependant, à l'ezemple de son père, célèbre humaniste huguenot nommé Tann^^i Lefèvre, elle avoït beaucoup travaillé sur les poètes du siècle d'Auguste; il n'y avoit guère de temps qu'elle avoit traduit en François trois comédies de Térence.
Un jour que la conversation tomba sur Plaute, sur Térence, sur Phèdre, sur Horace et insensiblement sur la belle latinité, je me mis à dire en latin ce que je [teosois de leurs ouvrages ; alors je parlois latin aussi aisément quefrançois; ce n'étoit point incivilité mais justesse dç parler cette langue devant des dames qui se piquoient de la savoir et qui la savoient en elTet. On applaudit jusqu'à ce que madame Dacier, qui voulut s'expliquer dans la même langue, ajant bronché deux ou trois fois, faute d'habitude de la parler, Uespréaux et Racine me prièrent
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lie parler Trançois. Le Père Uouhoiirs, qui étoii là, mr ilit en inc recoiiiluisaiit <|u'ilij avoient intérêt au comlilimeot (|u'ils m'avoieiit fait, parce que l'uii et l'autre ne Kavoieiit le latin que médiocrenient. Ce Père étoit à Auleuil à y (ireiidru les eaux de Paasy; il logeoit au |>alais Galpiii; le maître et la inajtresse avoient un si fn'and goât pour les jésuites qu'il y en avoit toujoum quelqu'un ou en leur maison de Paris ou en leur maison de campagne.
Toutes les après-dinées il y avoii assemblée chez Despréaux, et jamais on ne s'y asscmbloit qu'on n'y agitât quelque problème littéraire. Il prenoit plaisir à agacer les gens sur Perse, sur Horace, sur Juvéna), aliu que |>tu- retour sur lui on louât ses Satire» et sun Art poétt- (/U(f... Rendons-lui justice : ses jaloux-ont beau dire, ila plus imité c«s poètes qu'il ne les a pillés, et il donneà tout ce qu'il écrit un tour si original qu'il ne mérile point d'être traité de plagiaire. Sa sphère étoit la satire, tout cheï lui y avoit rapport. « Je n'ai mis, nous dit-il un jour, la reine Christine de Suéde vis-à-vis Perse et Juvénal, qui ont été les hommes les plus déchirants de leur temps, que parce qu'elle u été la femme de son siècle la plus médisante. ■— Aussi, lui dis-je, lui a-t-on rendu la pareille. Que u'a-l-un point dit de cette reiue hermaphrodite? V Ce mot fut incontinent relevé, mais il me fut aisé de le soutenir parce que cette princesse, quoiqu'elle fût femme |»ar toutes tes faiblesses du sexe, disoit à qui vouloit l'entendre qu'elle eût été ravie d'être homme, l/abbé Kegnier se déclara son chevalier ; il l'avoit vue à Rome dans le temps qu'il y ctuit seeréUiii'e de l'ambassade, sous le duc de Créquy ; et apivs l'avoir beaucoup louée il lu proclama liêrouie. « lléruuie! dil
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