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“ que pierre dans cette ville attestait en lui le génie de “ la bienfaisance... On reconnaissait (dans ses établis- » sements de charité) l'impulsion des plus heureux sièv cles de l’ère chrétienne... n Il semble, si l’on pouvait se permettre d'ajouter une pensée aux siennes et aux vôtres qu’un philosophe (1), assez étrange du reste, ait pensé à notre cité, quand il écrivait : u le bruit ne fait. “ pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit. »
Et vous, Monsieur, que vos titres de noblesse obligent étroitement, vous étiez naguère étranger parmi nous, et désormais vous appartenez tout entier à cette belle cité, où vous avez trouvé une nouvelle famille. Vos preuves sont faites, mais on attend beaucoup encore de tant d'aptitudes diverses, d’une facilité si puissante. Vos brillants débuts vous engagent pour l'avenir : chaque jour doit éveiller, par un nouveau succès, des sympathies nouvelles. Tantôt, guidé par les travaux éminents de l'Allemagne et de l'Angleterre et les éclairant vous-mème des rayons de votre intelligence, vous conduisez nos esprits à la découverte dans une région longtemps ignorée où le spiritualisme le plus élevé et la morale la plus pure ont devancé les âges, et que cet auditoire, par un heureux privilége, avait entrevue deux fois à travers les enchantements de la poésie (2). Tantôt vous nous ra-
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(4) Saint-Martin, (2) Séances publiques de 1853 et de 1854. M. de Dumast.
LXY contez les tragédies grecques nées de la religion et de la politique, et cette nation, petite par le nombre, grande par le cœur, immortelle par l'esprit, armée pour la défense d’une eivilisation qui devait, après tant de siècles, préparer la nôtre, gagnant à Salamine et à Platée les batailles de l'avenir. Aujourd'hui vous avez voulu, dans un récit plus intime, parler en simple touriste de la Grèce contemporaine, nous peindre ses vallées intérieures, ses paysages, et nous montrer les beautés de la nature survivant aux travaux des hommes, aux grandeurs des peuples. En détachant ainsi quelques feuilles de vos souvenirs pour raconter les impressions d’un voyage en Arcadie, vous les avez placées, comme une esquisse du Poussin, dans notre musée littéraire.
J'abrège, Messieurs : j'ai désiré, dans cet échange traditionnel, mais aujourd'hui sincère et vrai, de remerciements et de félicitations, apporter, non la réserve qui eût justement blessé tout le monde, mais la brièveté dont on s’accommode volontiers. Cet homme d'esprit, Rivarol, qui trouvait des longueurs dans un distique, que devait-il penser de l'éloge ? Aussi je m'empresse d'arriver à des considérations moins personnelles, et quelques réflexions générales ne paraitront peut-être pas dénuées d'intérêt :
Les Sociétés purement littéraires possèdent surtout l’esprit de conservation et de résistance, le respect du passé, la foi des traditions. Elles ont pour mission de combattre les innovations téméraires, les brusques changements, les doctrines paradoxales, qui pourtant ne sont pas toujours
un mensonge, et deviennent parfois la poésie de la vérité. Dans les questions de goût, l’association constitue une puissance; mais le génie est individuel, et, pour les idées, on ne peut, comme pour les nombres, faire un tout avec des fractions. Les Académies n'’enfantent pas de chefs-. d'œuvre : les chefs-d’œuvre naissent d'un seul père, et ils vivent d'eux-mêmes. Les Académies ne créent pas même les mots : elles leur donnent seulement le droit de cité, et vérifient leurs titres. C'est ainsi qu'en a vu de grands seigneurs d'autrefois, dans le temps même de leurs plus déplorables querelles avec l'orthographe, maintenir, de par le pouvoir des salons, les règles de l'usage et les formes de l’idiome national. Les mots arrivaient alors au dictionnaire en passant par le monde. Plus tard, selon les temps et les besoins, les mots nous sont venus de la tribune, de la presse, de l'atelier, du dehors même sans lettres de naturalisation. L’abondance n’est pas toujours la richesse : la richesse elle-même a besoin d'élégance et de sobriété, et si notre langue continue à étendre son empire, c’est déjà peut-être une autorité moins douce et plus contestée. |
Quant aux travaux d’érudition, les Académies savent les contrôler, pour ainsi dire, et maintenir les conjectures, sinon dans le cercle des choses réelles, tout au moins dans les possibilités. Le danger et l'inconvénient de l'érudition, c'est de courber quelquefois sous un même niveau des choses disparates, et de prétendre les enchainer par un lien commun. =
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Les Sociétés scientifiques servent au progrès ; elles ne font pas de découvertes ; elles les propagent ; une découvertè n’a besoin que d’être connue : elle fait son chemin, portant en elle-même sa vérité, sa raison d’être. Toujours destinée à l'avenir, elle trouve dans le passé un appui. La science est une chaine dont chaque homme supérieur forme un anneau. C’est la pensée juste et grande que Bacon (1), Pascal (2), et d’autres après eux ont successivement exprimée. | |
Ainsi se retrouve la fraternité littéraire, plus élevée que le compagnonage, moins mystérieuse que la franc-maconnerie, véritable association libre et au grand jourentre tous les ouvriers de la pensée, entre le géomètre qui sait et le philosophe qui cherche, entre tous les citoyens de cette grande république qui connait bien aussi parfois ses entrainements etses défaillances... Mais le souffle de l’intelligence circule à travers les choses d'autrefois pour y chercher ce qui peut vivre, comme au sein de notre mouvement actuel pour ennoblir les efforts du travail et tempérer les emportements du succès. La tradition a ses grandeurs et ses faiblesses : la fortune peut coûter quelquefois plus cher à la conscience qu'elle ne rapporte à l'intérèt. La seule aristocratie vraie, dans les affaires du monde, c'est celle des caractères et des intelligences. A vous ap-
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(4) Multi pertransibunt et augebitur scientia. (2) La suite des honimes peut être considérée comme un même homme qui apprendrait toujours. |
LXVHI partient, Messieurs, de l’établir et de la faire prévaloir. Aidons-nous, par un mutuel secours à suivre cette voie du progrès humain où tout le monde marche, et où personne n'arrive : votre plus noble récompense serait de rencontrer dans vos disciples de la veille vos émules du lendemain. Les générations renouvelées viennent, l'une après l’autre, puiser aux mêmessources, se chauffer aux mêmes rayons. En voyant autour de lui un jeune auditoire qui, nous l'espérons, deviendra plus nombreux, parce que, seul, il représente l’activité utile et le vrai besoin d'apprendre, le professeur aime à compter par des printemps la marche des années. — Puissiez-vous, Messieurs, vieillis bien tard aux lieux où l'hospitalité littéraire vous fut si généreuse et si douce, retrouver alors votre Athènes, non pas seulement dans l'horizon fuyant des jeunes souvenirs, mais surtout dans l’image présente, dans le perfectionnement des esprits formés à vos lecons, dans le cercle des goûts et des habitudes inspirés par vos enseignements!.. La lumière des lettres et des sciences, ce reflet de la pensée divine, ne saurait-elle donc briller qu'aux larges foyers ? la France est le pays où le grand enseignement est resté le plus centralisé, précisément parce qu'il l’a été dès l’origine, et longtemps cette Université de Paris, un monde à part dans un autre monde, dont la fondation et les débuts ont été racontés à l’un des cours de nos facultés avec tant de bonheur, la vieille Université de Paris se posa comme le phare qui éclairait la France et l'Europe. Nous y trouvons, à des époques plus ré-
LAIX centes, au sein d'un ordre meilleur, d’impérissables souvenirs, et nos maitres sont encore là. Mais enfin, la nature même des choses, l'expérience des autres pays ne le disent-elles pas assez haut? Le travail, qui chercha si longtemps au sein des cloitres le recueillement et la solitude, peut s’abriter avec succès dans les villes modestes où sa présence même élève le niveau des intelligences et leur donne une impulsion salutaire. Loin des sphères ambitieuses et agitées, les aspirations sont moins ardentes, les efforts plus soutenus. Là, sous l'œil vigilant des professeurs, gardiens éclairés d’une sage discipline, se forment les interprètes de la loi, les maitres de la science médicale, ceux à qui la Société remettra la garde et la défense de ses droits, ceux, qui devront toucher ses plaies et ses misères, et que tant de fois on a vus, après avoir obtenu le grade le plus élevé, en demander une nouvelle invesüture aux périls de la guerre, aux dangers de l'épidémie. Il est bien de faire ici et partout l'éloge de la science, mais il faut dire plus haut encore que les découvertes de l’intelligence et les conquêtes du travail sont utiles au monde, et puis, au-delà de cette sphère, si vaste qu'elle soit, de l'utile, laissons au beau et au vrai une plus grande place : rappelons-nous que les choses humaines trouvent dans ie sacrifice et le dévouement leur grandeur suprême et leur consécration.