‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 9 sur 85 · EX · texte numérisé non relu

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la terre, notre demeure d'un jour : nous la connaissons, nous la possédons de mieux en mieux. Nos regards, dont l’'habileté humaine accroit si merveilleusement la puissance, parcourent la sphère des étoiles : ils y découvrent sans cesse des mondes nouveaux ; ils en déterminent le poids et la densité ; ils calculent les lois de leurs mouvements ; mais l'infini moral, le monde des âmes, qui le connaît ? Ah ! nous serions trop orgueilleux de la science, à la voir en même temps si puissante et si facile. Il est nécessaire que nous ignorions beaucoup de choses, et il faut encore, après tout, que l’homme soit bien grand pour qu'il puisse aller jusque-là. — En vous écoutant, Monsieur, en suivant pas à pas ce magnifique travail dont vous avez été à la fois l’un des héros et l'historien fidèle, on se surprend à ne plus douter de rien, même de l'impossible. — Que dirait aujourd'hui Fontenelle, l’auteur presque oublié des Entretiens sur la pluralité des mondes ? Sa montre ne se trouverait plus à l'heure. Sa voix serait insuffisante à raconter tant de merveilles : sa main qu'il aimait, disait-il, à fermer quand elle contenait des vérités, ne retiendrait pas une seule des vérités qui circulent maintenant parmi nous. Il voulut, dans son temps, méler beaucoup d'esprit à un peu de science, afin que la science fût plus facilement acfeptée. De nos jours, elle se montre volontiers dans sa noble simplicité, précisément parce qu’elle est sûre d’ellemême. Nous avons compris, en vous écoutant, que ses grandeurs, comme toutes les autres, se font pardonner, se font aimer quand elles savent descendre.

LXNE

Vous, Monsieur, couronné par l’Académie française pour l’une de ces œuvres d'érudition patiente et hardie “ qui rétablissent les fragments d'une statue avec la “ poussière du marbre brisé (1), n le choix éclairé du Ministre vous a fait l’un des chefs de notre enseignement ; des relations affectueuses vous ont fait le frère ainé de vos collégues. Votre destinée littéraire, mobile comme toutes les destinées humaines, et cette fois indulgente et propice, vous ramène au foyer domestique, vous replace au premier rang sur le théâtre même de vos succès classiques : elle a voulu sans doute montrer une fois de plus que ces espérances printanières ne sont pas toujours de vaines illusions, de stériles promesses, et si quelquefois les fruits manquent aux fleurs, c’est moins la faute des temps que la faute de l'homme. Vous aviez quitté la maison paternelle pour aller conquérir les richesses de la science, emportant dans vos lointains pèlerinages les sentiments honnêtes, les affections intimes, les exemples de la famille. Votre esprit a beaucoup appris : votre cœur n’a rien oublié. En écoutant cet éloge si bien senti de votre ville natale, je me rappelais ces phrases charmantes que M. Lacretelle a écrites dans ses souvenirs (2). u Oh! quelle jolie ville que Naney, cette jeune “ et brillante fille du bon et vieux roi Stanislas!.... Cha-

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(1) Essai sur la Comédie de Menandre. — Rapport de M. Vil- Jemain. ù (2) Testament politique. — Ch. XXI.

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