CIIEZ LES DIFFÉRENTS PEUPLES DU MONDE
PAR M. P, G. DUMAST }.
Dans les premiers âges que nous permette d'atteindre histoire, — siècles où l’organisation sociale différait tant de celle de notre époque, — il y avait, comme on sait, vingt ou trente fois moins qu’à présent de pauvres proprement dits ; c’est-à-dire, vingt ou trente fois moins de personnes qui, n'ayant ni les ressources de la domination, ni celles de la dépendance, joignissent à un manque absolu de fortune la jouissance de leur pleine liberté civile.
D'après la nature des institutions antiques (dont on peut observer maintenant encore des restes impor-
10 Mémoire rédigé à l'occasion de certaines distributions alimentaires, qui, durant l’hiver de 1853-54, s'étaient organisées à Nancy dans un genre nouveau, avec une juste et générale approbation.
tants, non-seulement en Asie, mais en Russie et dans une partie de l’Amérique), il n'arrivait guère que les richesses des citoyens constituassent des propriétés vraiment et précisément particulières ; les revenus avaient une destination beaucoup moins individuelle qu’aujourd'hui. D'ordinaire ils subvenaient aux besoins collectifs de groupes, soit petits, soit considérables, formés chacun d’une famille de maîtres et d'une ou plusieurs familles de serviteurs. Les hommes, en effet, alors, n’offraient pour . ainsi dire jamais le phénomène de l'indépendance pure et simple. Placés ou au-dessus ou au-dessous d’un tel état, ils ne se divisaient qu’en deux grandes classes : les possédants et les possédés. Or, à Fun ou à autre de ces titres, ils étaient à peu près assurés de ‘eur subsistance, parce que les mille groupes dont il s’agit, composés d’un possesseur et de la bande à lui appartenante, se trouvaient fonctionner chacun à la facon d'une société, dont les forces s'appliquaient à l'avantage commun; produisant ainsi des ressources qui, bien qu'inégalement réparties, profitaient plus ou moins à tous les membres de la quasi-phalange. C'était un fait très-exceptionnel, en ces temps-là, que l'existence d'hommes isolés, qui fussent à la fois non dominateurs et non dominés; qui vécussent libres mais privés d'appui, sans exercer ni subir de commandement domestique.
Rien d'étonnant donc à ce qu'on ne s’aperçüt point du vide de certains rouages, d'invention postérieure, que nous avons pris, nous, l'habitude de concevoir comme