PAR M. BEAUPRÉ
Les dernières années du règne de Charles III et le règne tout entier de Henri Il, son successeur, ont été pour la Lorraine une ère de paix sans interruption, de prospérité sans exemple et de civilisation progressive. Alors aussi, la France était pacifiée, à quelques troubles près que l'autorité royale calmait ou réprimait tôt ou tard, sans que nos contrées ressentissent le contre-coup de ces agitations, auxquelles le duc de Lorraine et les princes de sa famille étaient désormais étrangers. Elles en entendaient encore le bruit; mais ce n’était plus qu’un lointain retentissement. Le temps était passé où des armées de Reiîtres et de Lansquenets, appelés en France au secours de leurs co-religionnaires, traversaient chaque année les états de la souveraineté ducale, et où la vigilance d’une
neutralité armée parvenait tout au plus à circonscrire sur leur passage l'incendie, le pillage et la dévastation. La sollicitude du souverain n'avait plus pour objet que de faire jouir ses sujets des avantages de la paix; et son trésor, affranchi des dépenses que lui avait si longtemps imposées la nécessité de défendre le pays, se répandait en encouragements donnés à l’industrie, aux arts, aux sciences et aux lettres. L’enceinte fortifiée de la capitale du duché s'était agrandie pour faire place à une ville nouvelle ; des foires franches avaient fait d’un bourg voisin l'entrepôt des marchandises de la France et de l'Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas ; la législation poursuivait ses réformes, commencées au siècle précédent par la rédaction officielle des coutumes, et l’université de Pont-à-Mousson, devenue en peu de temps célèbre par la science et la méthode de ses professeurs, attirait dans cette ville l'élite de la jeunesse, qui y affluait de toutes parts.
Un concours actif de l'imprimerie était nécessaire pour seconder ces efforts de la civilisation. Aussi la voit-on reprendre ses travaux à Saint-Dié et à Saint-Nicolas-de- Port, et créer des établissements à Saint-Mihiel, à Epinal et à Mirecourt (1), tandis qu'à Nancy et à Pont-à-Mousson, les presses en exercice ne suffisant plus aux besoins de l'intelligence, de nouveaux typographes viennent
(4) Une découverte récente autorise à compter Mirecourt parmi les villes de Lorraine, où l'imprimerie a fonctionné au xvu® siècle, Il en sera question à la date de 1616.
prendre place à côté des anciens. La cité épiscopale de Verdun rivalise d'efforts avec nos villes ducales, et Toul, où jusqu'alors l'invention de Guttemberg n'avait fonctionné qu'accidentellement, nous fait voir un imprimeur établi dans ses murs. Toutefois, l'industrie de la presse ne prospère pas partout également. Il est des villes où elle succombe après une courte existence ; mais son appari— tion, presque simultanée dans ces localités diverses, té— moigne assez de l'impulsion qu'elle a recue.
L'ordre des dates va successivement appeler ici les produits encore ignorés de ces imprimeries (1), avec d’autres qui ne sont connus que par des indications plus ou moins vagues, et qui, par leur rareté, ont échappé jusqu’à présent à l'examen bibliographique. C’est aussi dans le même ordre que seront exposés les faits de quelque intérêt, pour l’histoire de la typographie en Lorraine.
(4) Je crois devoir répéter ici (V. Recherches sur les commencements et les progrès de l'imprimerie en Lorraine, p. 220) que je ne me suis pas proposé de dresser un inventaire descriptif de tous les produits de la typographie lorraine. Il en est bon nombre dont j'ai relevé les titres, mais qui, après examen, m'ont paru devoir être passés sous silence, comme déuués aujourd'hui de toute espèce d'intérêt. Quand il m'arrive de mentionner un livre de cet acabit, postérieur à 1600, c’est principalement à cause de la date qui y est inscrite : cette date étant quelquefois la seule indication, soit de l'époque où l'imprimerie a été introduite dans une localité, soit des premiers travaux d'un typographe ou de la durée de son établissement. °
Les NoELz nouveaux composez à l'honneur de Nostre Seigneur J.-C. dde par Melchior Bernard.
Sans date, in-8°.
u Petit livre de toute rareté n, dit avec raison le rédacteur d’un Catalogue (1) où il figure. On doit y rencontrer des Noëls en patois lorrain : aussi, est-il indispensable d'y recourir, si l'on veut donner une bonne édition de ces poésies populaires dans leur texte primitif, altéré de plus en plus par les nombreuses réimpressions qui en ont été faites jusqu’à présent.
A cette année appartient, sauf erreur dans la transcription du titre qui ne me parait reproduit qu’en partie, et avec peu d’exactitude, un petit livre dont je n'ai connaissance que par le catalogue de la bibliothèque de Secousse, où il est porté sous le n° 4142.
ELÉGIE D'UNE NYMPHE FRANÇOISE écartée en Lorraine durant les guerres, avec une Ode sur la maladie du Cardinal de Lorraine, et une Narration latine sur le soin de l'homme, par J. du Gallas. Nancy, 1601, in-12.
Autant que je sache, il ne restait plus alors à Nancy qu'un imprimeur des deux qui y travaillaient six ans auparavant. C'est Blaise Andréa, et on peut, jusqu'à meilleure information, lui attribuer l'impression de ce volume.
(1) Catal. de M. B°* de V*°, n° 611.
La sauMÉe pastorelle comiqve, ov Fable bocagère (1).Sur l’heureuse Naissance du filz premier-né de Tres-hault, & Tres-genereux Prince Monseigneur de Vaudemont François de Lorraine. Par Nicolas Romain, Natif du Pont-à- Mousson, Docteur ès Droictz, & Secretaire de mondict Seigneur. Av Pont-à-Movsson, Par Melchior Bernard, Imprimeur de Monseigneur le Duc de Lorraine. 1602. Pet. in-8° de 70 ff., paginés de 3 à 140, et dont les 15 premiers contiennent le titre ci-dessus aux armes de Lorraine, la dédicace, huit sonnets (2), l'argument de la pastorale et son explication. Le texte de la pièce avec l’é-
(4) La Salmée est mentionnée, maïs sans description biblio= graphique, p. 224 des Recherches sur les commencements et les progrès de l'imprimerie en Lorraine, auxquelles je renvoie pour l'exposé de deux jugements fort différents émis sur cette production, par l'abbé Grégoire, et par le bibliophile Jacob. Aujourd'hui qu'après l’avoir lue, je me range, non sans quelque réserve, à l'opinion favorable du savant bibliophile, mon devoir est d'ajouter qu'un critique du xvine siècle, l'abbé Gouget (Biblioth. Françoise, t. XV, p. 23), reproche à la Salmée d’être sans invention, sans goût, sans conduite et frès-mal versifiée. Le lecteur va être à même d'en juger à son tour.
(2) Six de ces sonnets portent les noms de François Terrel, Claude Terrel, Hiérosme Terrel et Gérard Rousselot. C'est pour moi, je l'avoue, comme s'ils étaient anonymes. Les deux autres sont signés Claude d’Ailly et Philippe Praillon.
pilogue, un sonnet à Madame de Vaudémont et une ode au prince nouveau-né, remplissent le surplus du volume qui est imprimé en caractères italiques, à l'exception des feuillets occupés par l’argument et l'explication. L’exécution de ce petit livre fait honneur aux presses de Melchior Bernard.
On lit, dans l'épitre dédicatoire à François de Vaudémont, que l’auteur voulant se rendre digne de la confiance de ce prince qui l'avait attaché à son service, et, u estimant “ que la jurisprudence avoit beaucoup d'industrie à polir “ un esprit et le rendre plus clair pour percer au travers n des affaires d’estat les plus embrouillées, ou pour as- “ seoir un meur jugement et donner un sage conseil sur “ quelque négoce d'importance », s'exerçait avec ardeur “ en ceste science, par leçons publiques en l'université n de Pont-à-Mousson, n lorsqu'Apollon vint lui apprendre qu'il y avait un nouveau-né dans la maison de Lorraine. Invité par ce Dieu à monter sur le Parnasse pour regagner les bonnes grâces des neuf muses, et comme
C’est le devoir d’un loyal serviteur
De regarder de son maistre l’image,
À celle fin qu’il prenne la couleur Conforme au teint de son aymé visage,
S’ Il le voit peint d’une morne langueur, Il doit planter sur son front la tristesse ; S’ IT voit nager la joye dans son cœur, Qu'il plonge aussi son âme en allégresse.
u Je tracay, dit notre auteur, cette pastourelle cham- » pestre..….. Elle est de petite étoffe : aussi, en ce présent n mois de may, on ne donne quasi autres choses que des * bouquets ramassez de petites fleurettes, l'honneur des “ champs. d'estime, ajoute-t-il, que la bonne volonté et “ affection dont elle est toute remplie la fera sentir bon “ aux narines de vostre grace, et combien que la blafarde “ envie tasche de l’arrouser de quelques mauvaises li- “ queurs de calomnie, son odeur se conserverà dans la “ boette de vostre faveur. n
La Salmée est en cinq actes. Les personnages ou entre-parleurs, comme l’auteur les appelle, sont les bergers Calliste et Daphnis, les bergères Salmée et Lorine, la magicienne Phobère, un satyre et les trois fées Gratiane, Sapiente et Providente. La scène est dans une belle et vaste forêt, séjour des Faunes, Sylvains et Dryades. Calliste et Daphnis, ainsi que les deux bergères leurs amantes, y font leur demeure.
Au premier acte, Salmée, que l'hymen vient d'unir à Calliste, est seule avec son troupeau dans une prairie voisine de la forêt, et riveraine de la Moselle. Cette bergère, trouvant longue l'absence de son époux qui n'est pas encore revenu de la chasse, invoque l'astre du jour : car il peut lui dire où est celui qu’elle aime ou, du moins, lui montrer la trace de ses pas. Puis elle interroge l'écho dont les réponses redoublent son inquiétude. Survient le berger Daphnis qui la rassure, lui dit que Calliste n'est pas loin, qu’elle va le revoir : ce que confirme la fée
Gratiane, dont les chants mélodieux attirent dans la forêt le berger et la bergère.
Le second acte amène la magicienne Phobère, u enn voyée des Dieux pour couper le filet qui tenoit la des- “ tinée du pasteur Daphnis, afin que nouvel astre il fut » luysant aux cieux. Mais ayant oublié de se pourvoir » d'herbes propres pour exercer son magique dessein », elle rentre dans le bois après un long monologue. Parait ensuite Lorine, qui s'étonne de ne pas trouver les bergers dans la prairie ; puis Calliste. Ce berger, de retour, a grand souei lorsqu'il voit le troupeau de Salmée errant sans guide ; il s’en enquiert à Lorine, et sur la réponse de celle -ci, que depuis l’aube du jour elle cherehe vainement Daphnis et Salmée, il rentre dans la forèt pour chercher aussi sa bergère. Ce n'est pas sans que Lorine lui ait raconté tout au long les amours et le trépas de Pyrame et de Thisbé. Les paroles de Calliste ayant exprimé l'horrible crainte qu'un sanglier n'ait rompu d'une dent meurtrière la chair de Salmée, et fait de son flanc déchiré une rouge fontaine, la bergère redoute à son tour qu'égaré par de trompeuses apparences, ilne s’abandonne au désespoir. Elle a voulu lui montrer, par l’exemple de Pyrame, que
Soubz l'ombre d’une peur, sur un mesme bucher Amour fait quelquefois deux amans trébucher.
La chanson du satyre termine le second acte.
Dès le matin je la guette La douce bergeronnette.
C'est de Lorine qu'il est question : le satyre en est amoureux.
Aussi to$t que le soleil Sortant des ondes clairettes, Faict revoir son teinct vermeil Et nous darde ses sagettes.
Dès le matin je la guette La douce bergeronnette.
Je me couche dans ce bois Sur une verte couchette,
Et d’une plaintive voix J'appelle ma nymphelette.
Dès le matin...
J'entonne mon chalumeau Et ma bouquine musette,
Me couronnant d’un chapeau Passementé d’herbelette.
Dès le matin...
Je ne sçay si elle entend Mon feu, ma flamme secrette, Mes soupirs, et à quoy tend Ceste mienne chansonnette.
Dès le matin...
Lorine que j’ay cherché Par ceste herbue chambrette, Jamais je ne t’ay trouvé, Comme je te voy, seulette Dès le matin...
Je voiray bien si l’amour Prend en ton cœur sa logette, Et si tu entends le tour De sa poignante sagette.
Dès le matin...
Je pourchasse quelquefois Les fontenières nymphettes Qui dansent parmy le bois, Foulant les herbes jeunettes.
Dès le matin...
Mais elles, d’un pied gaillard, D'une fuyarde rettraite, Craignent mon amoureux dard Que de bien loing je leur jette.
Dès le matin...
Ne fay, ne fay pas ainsy,
Ma Lorine doucelette ;
Viens à moy, viens mon soucy Et te rends d'amour subjette.
Dès le matin...
Je te feray un présent Que j'ay dedans ma logette :
Un petit mouton d’argent Et une belle houlette.
Dès le matin...
Quoy que mon front soit cornu, Bergère mignardelette, Quoy que mon corps soit velu,
Mon amitié ne rejette.
Dès le matin...
La lune reluit aux cieux D'une corne argentelette ; Pan et les sauvages Dieux Portent des peaux de chevrettes.
Dès le matin je la guette La douce bergeronnette.
Après cette chanson, le Satyre s'approche de Lorine et le troisième acte commence.
LE SATYRE
Et bien ! Lorine, et bien ! ma chanson messagère De l’amoureux flambeau qui mes poulmons altere Ne t’a elle eschauffé ? veux tu bien dédaigner Les déitez des bois qui te veulent aymer ?
LORINE.
Satyre chèvre-piedz au bazané visage, Qui guettes jour et nuict parmy ce vert bocage Quelque Nymphe à l’escart, affin de la tenter Et d’un plaisir brutal ton ardeur contenter, Retire toy léger ; tu dresses mal ta voye.
Tu n'as pas rencontré quelque lubrique proye. Diane me chérit et daigne quelquefois Pendre à mon col son arc, sa flèche et son carquois.
LE SATYRE
Si Diane est pour toy, Vénus m’ayme et me prise,
Et son filz emplumé mes amours favorise, Daignant le plus souvent, soubz l'ombre d'un ormeau, Entendre les soupirs de ce mien chalumeau.
LORINE.
Tire donc vers Paphos, ville de Cythérée, Où fument cent autelz des odeurs de Sabée ; Et ne viens plus icy vaporer ton désir :
En vain v’efforces-tu de Lorine jouyr.
LE SATYRE
Ah bergère! ne sois à mon cœur si cruelle, Quoy qu’on t'estimé icy des Nymphes la plus belle. La rose printanière, aux jaunissans cheveux,
De son teint incarnat allèche à soy les Dieux, : Et le lys revestu d’une cotte argentée
Pousse son front neigeux vers la voute æthérée, Esmaillant les jardins. Mais comme le beau jour, Précipitant son char vers l’ondoyant séjour,
Faict pencher le beau lys et la rose pourprine
Qui de son rouge teint se voit lors orpheline,
Ainsi ton front astré, qui dérobe mes sens,
Se flétrira bien tost au décès du printemps.
LORINE.
Le raïsin pourprissant monstre tousjours sa grappe, Et ne despouille pas sa noircissante cappe, Quoy que desja l'automne aytses fruictz enlevé Et l’hyver languissant sa froidure semé.
La rose que tu dis ne jette bas sa fraize Aussi Lost que Titon l’eschaufe de sa braize.
Le SATYRE.
Laisse ces vains discours, et soubz ce laurier vert Vien, ma mignonne, vien, je veux à descouvert Te montrer mon amour, et par douces merveilles Te ravir de mon chant l’ame par les oreilles. LORINE. | Satyre si tu prens du plaisir à chanter, Je me plais à mon mal sans cesse lamenter.
Le SATYRE.
Ah ! porte quelque honneur à la Nymphe d’Eryce.
LORINE.
Je la chasse bien loing, Diane m'est propice.
LE SATYRE
Tu. t'en repentiras, et son filz Cupidon Dardera contre toy son amoureux brandon.
LORINE.
Qu'il décoche ses traicts ; quant à moi, je n’ay cure De son carquois doré ny de sa flèche dure.
LE SATYRE
Pour le moins baise moy, Lorine, je me meurs, Si je m'en vay privé de tes douces faveurs.
Laisse moy dérober cette rose aïiglantine | Que je voy rousoyer sur ta lèvre yvoirine.
LORINE.
J'atteste le grand Pan que j'iray deschirant
Ta satyresque lèvre, et d'ongles déhachant Ton visage enfumé, si ceste bouche tienne S’efforce tant soit peu d'approcher de la mienne.
LE SATYRE
Il me faut done user d’un violent effort, Puisqu’elle est seule icy, que je suis le plus fort. Paris ravit Hélène, et le Dieu du tonnerre Laisse son throsne veuf pour visiter la terre, Subtilement masqué, tantost soubz une peau D'un aigle, d’un serpent et tantost d’un taureau, Pour ravir Deoïde, Europe et Ganimède.
11 faut bien qu’en amour on use de remède.
LORINE.
Hélas ! il me ravit. O Princesse des bois, Escoutez mes soupirs et mes dolentes voix ; Et plustost ce mien corps se couvre d’une escorce, Que d’endurer jamais ceste vilaine force.
Ov, si je n’ay du ciel mérité les faveurs, Comme d’autres qui ont changé leurs corps en fleurs, En arbres, en ruisseaux, en coulantes rivières, En montagneux rochers, en nymphes poissonnières, Escoutez ce mien vœu, Déesse mon soucy :
Que Calliste, ou Dapbnis soient transportez icy Sur le dos empenné du boursouflant Æole, Pour de ce Dieu bouquin rompre l'audace folle.
Je borne mes citations à ces vers, et ce n'est pas faute de mieux ; car la pastorale de Nicolas Romain abonde
partout en réminiscences de la poésie antique. Sa versification est en général coulante et facile, et il est rare qu’on ait à lui reprocher la boursouflure et le prosaïsme plat, ces deux défauts si communs dans les poésies contemporaines ; ses rimes, dans lesquelles on voit qu'il a pris à tâche de satisfaire à la fois l'œil et l’oreille, sont souvent remarquables par leur richesse. Voilà pour les alexandrins du poëte Mussipontain : quant à ses petits vers, on les citerait pour leur gracieuse naïveté, si les diminutifs n'y étaient semés avec une regrettable profusion.
Mais revenons à Lorine que nous avons laissée aux prises avec un Satyre. Ses cris perçants ont été entendus de Daphnis et de Salmée, qui, comme on sait, étaient dans la forêt, à la recherche de Calliste. Daphnis saisissant son arc et ses flèches, vole au secours de la bergère dans laquelle il ne s'attendait pas à trouver son amante. Salmée, restée seule, appelle Calliste qui accourt et reconnaît sa voix. La joie que ces jeunes époux ont de se revoir est bientôt troublée par Lorine. Celle-ci accourue vers eux, en larmes et toute échevelée, leur raconte que Daphnis l’a délivrée du Satyre, qui est tombé à ses pieds, percé d'une flèche ; mais qu'au moment où il s'apprétait à faire justice complète de cet odieux ravisseur, en lui coupant la tête pour la suspendre à un arbre, une horrible sorcière est soudainement apparue, et, par des paroles magiques, a tranché le fil des jours du valeureux berger. Un Dieu l'avait voulu ainsi, pour donner à Daphnis une place au ciel, où il püt être une
étoile propice aux Lorrains. A ce récit, Calliste et Salmée joignent leurs larmes à celles de Lorine ; tous trois se dirigent vers l'endroit où le corps inanimé de Daphnis est gisant, et lui paient un pompeux tribut de louanges et de regrets. Puis, viennent les nymphes des bois qui chantent en chœur l’epicedion du berger, répété par l'écho.
Les deux derniers actes de la Salmée sont loin d'offrir autant d'intérêt que les trois premiers. La louange envers les maisons de Lorraine et de Salm y est prodiguée outre mesure et à tout propos, à la grande fatigue du lecteur, presque tenté de plaindre les princes qui se voyaient dotés de tant et de si hautes vertus. Aussi, je laisse à l'auteur le soin d'exposer cette partie de son œuvre.
u Le deuil, dit-il, fut grand entre tous les pasteurs, “ et n’eust esté que la fée Providente y apporta un très- “ prompt secours et remède, la playe saignerait encore. w Ceste fée estoit merveilleusement bien versée en la n sciencé de secrets cachez à tous les humains : aussi “ l’avoit elle apprise en l’escole des Dieux. Mais sur tout “ elle en sçavoit un dont elle avoit desja faict expérience, n et qui surpassoit de beaucoup les autres : c'estoit de “ pouvoir tirer de plusieurs corps humains toutes les “ perfections qu’elle désiroit et mesme les beautez de “ toutes les choses qu’elle pouvoit imaginer; puis, les » mettant dedans une boëte, souffloit une belle ame dans “ un corps le plus beau et naïf que l’on puisse trouver n en ce monde... Affin donc que ces bergers eussent “ cause de se resjouyr et despouiller tout le dueil et tris-
“ tesse.…. elle fist par son art remuer le corps de Daph- “ nis, rechauffé de son ame pour en tirer ce qu'elle » désiroit, et par mesme moyen descendre des cieux un “ pasteur qui dès longtemps y demeuroit, nommé le » pasteur Paulin, et le rangeant d’un costé mit en ordre “ de l’autre le grand pasteur de Lorraine, le bon Hen- » riot et le sage berger Carlin, choisissant pour l’enfantin “ pourtraict qu'elle vouloit mouler le pasteur Calliste et “ pour la boëte le ventre de la belle Salmée ; puis, tirant “ les perfections de tous ensemble, en bastit un petit pas- “ teur Lorrain animé d'un ame parfaite, comme partici- “ pante à toutes celles dont elle avoit uré tant de perfec- “ tions. Et ne se contentant pas encore de cette divine “ image, elle la fist fée par ses deux autres sœurs... Et “ la nuict arrivant, se retirérent tous en une belle case »“ pastoralle avec grande joye, portans entre leurs mains n l’enfançon envoyé des cieux pour un présent à toute “ Jeur chère Lorraine. n
Tel est l’argument des deux derniers actes. Le lecteur qui voudra voir ces belles choses-exposées plus au long, et relevées de tout le savoir dire d’un poëte de l’école de Ronsard, les trouvera, si jamais un heureux hasard lui fait rencontrer la Salmée, dans un monologue de Lorine, au commencement du cinquième acte.
Les noms qui se cachent à demi sous ceux des personnages de la pièce sont révélés par l’auteur, dans les six ou sept pages de ce qu'il appelle la Mythologie de sa fable bocagère. Le prince dont il célèbre la naissance, c'est
Henry, marquis de Hattonchätel, fils aîné de Francois de Vaudémont (depuis François ID) et de Christine de Salm, né le 7 mars 1602, mort en 1611. Son père et sa mère figurent sous les noms de Calliste et de Salmée. Lorine, desja vieillotte, personnifie la Lorraine ; le berger Daphnis qu’elle aimait représente Jean, comte de Salm, maréchal de Lorraine, mort deux ans avant la naissance du marquis de Hattonchätel. On devine sans peine que le grand pasteur de Lorraine, le bon Henriot, le sage Carlin et le berger Paulin, sont le duc régnant Charles IIT, aïeul du nouveau-né ; Henry de Lorraine, marquis de Pont-à- Mousson, son oncle, depuis Henry Il ; le cardinal Charles de Lorraine, également son oncle, évêque de Metz et de Strasbourg ; enfin, le comte Paul de Salm, son aïeul maternel.
Les presses lorraines ont encore mis au jour un autre ouvrage de Nicolas Romain. Il en sera question ultérieurement. |
Crispvs, tragcædia Bernardini Stephonii Sabini presbyteri e societate lesv. Mossiponti, Apud Melchiorem Bernardum... 1602. In-16 de 185 ff, titre compris, chiffrés à compter du 45° et 1 f. d’errata.
Cette tragédie du jésuite italien Stefoni ou Stefonio est citée au Dictionnaire de Moréri (1). Le succès qu'elle obtint est attesté par plusieurs éditions dont la première, im-
(1) Au mot Stephonio.
primée à Rome, est antérieure d'une année à l'édition Mussipontaine. C'est au jugement du continuateur de Ginguené (1) la meilleure tragédie du P. Stephonio ; elle a été réimprimée avec Flavia (2) du même auteur dans le Recueil intitulé : Selectæ P. Soc. Jesu Tragædiæ. Anvers, 1634. 2 vol. in-24.
ErecTio VNiveRsiTATIS MvssiPonNTANz. Quæ hoc libro continentur sequens- pagella indicat. Mvssiponti, Apud Melchiorem Bernardum Serenissimi Ducis et Vniuersilatis Mussipontanæ Typographum, 1602. Pet. in-8° chiffré 2-50, outre le titre (3).
ReGuLa FRATRUM MiNoRUM..... opera V.-P. F. Reginaldi Conventus Nanceïani Guardiani.... Nanceii, apud Blasium Andream. 1603. Pet. in-8°.
Aujourd'hui que les monastères et les couvents se relèvent de leurs ruines, 1l n’est pas indifférent de connaitre les règles auxquelles étaient soumis par leurs fondateurs, ou réformateurs, les ordres religieux auxquels ils appartiennent. C’est le motif qui me fait mentionner ce livre. Je n'en connais d’ailleurs que le titre relevé d’une manière
nn
(4) Hist. littér. d'Italie, tome XIV, p. 228 et suiv. (2) V. Recherches, p. 550.
(3) V. Recherches, p. 226.
incomplète, mais dont il reste assez pour faire voir qu'il s’agit ici de la règle des capucins.
C'est en 1603 que parut à Pont-à-Mousson , chez Melchior Bernard, la seconde édition, bien connue quoique rare (1), des Dévots Elancemens du poëte chrestien par Alphonse de Ramberviller. La même année, on voit portés en dépense dans les comptes des receveurs généraux de Lorraine « 25 escus d'or soleil que $. À. a faict “ don et octroy à la présentation qui lui a esté faicte de » ce poëme. n (2)
À propos des Dévots Elancemens, je dois revenir ici sur ce que j'ai dit ailleurs (3) de l'édition de Paris, Pacard, 1617, pet. in-8°, et de celle de Toul, Fr. Dubois, 160X. (1610)
La première est bien de la date qu’elle porte. On y retrouve sans retouches, au moins apparentes, les jolies gravures de Thomas de Lew et de Jean de Wert ; mais les planches, usées probablement par les tirages antérieurs, n'ont plus fourni à cette édition que des épreuves plus ou moins faibles, au-dessous desquelles on ne voit
(1) V. Recherches, p. 227.
(2) Alph. de Ramberviller a fait aussi une relation de la pompe funèbre de Charles HI ; mais cet ouvrage n’a pas paru, et l’auteur reçut une gratification ducale de 200 francs, en considération des frais qu'il avoit exposés au projet de le meltre sous la presse. Comptes des Receveurs généraux et trésoriers de Lorraine.
(5) Ibidem, p. 229, aux notes.
pas de chiffres d'ordre, comme dans l'édition de Pont-à- Mousson où les figures ont été numérotées par l'imprimeur. Préliminaires, 14 ff. y compris le titre ou frontispice gravé du livre et celui de la première partie; ils contiennent, entre autres pièces, une épitre dédicatoire d'Abraham Pacard, à Monsieur Jean Hanier et Jacques Autruy, mes intimes amys. Texte 295 pp. chiffrées, et . 3 autres sans chiffres. Impression en caractères romains. Le frontispice, comme dans l'édition de Toul 160X, porte à la date les traces d’un grattage ; seulement dans celle-ci il n'y a d’effacé que le chiffre final remplacé par un X, tandis que dans la réimpression de Pacard on a gratté les deux derniers, pour y substituer 1 et 7. Il est à re-
marquer que l'avis Aux lecteurs qui, dans l'édition Mus-
sipontaine, cette édition seconde, que l'auteur a fait esclairer pour faire cesser l'obscurité que pouvoit apporter l’éclipse de l'incorrection de la première, est remplacé ici par celui Au lecteur, daté de Vie, le 1°’ jour de may 1600, qui termine aussi. les pièces préliminaires de l'édition de 1610. La harangue au roy s’y trouve, tandis qu’elle manque dans l'édition de Melchior Bernard qui, en revanche, contient de plus que celles de 1610 et 1617, des sommaires en tête de chacun des IV livres des Dévots Elancemens, et une pièce de vers intitulée Les Larmes publiques sur le trespas de très-haut, très-valeureux et redouté prince Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur..….
Quant à l'édition de Toul, dont le format est pet. in-12,
et non pet. in-8° (1), elle a en tout 106 ff, dont le dernier est blanc ; et ceux qui le précèdent, mal paginés à partir de 204, portent 105, 106, 107, 108, 109 et 116 au lieu de 205, etc., et 210, qui devrait être le chiffre final. L'exemplaire que j'ai sous les yeux a reçu un carton de 2 ff. qui parait destiné à rétablir, au haut de la page 20, le premier vers de la 34° strophe ainsi conçu : Mais las! ne scay tu pas que ma fragilité. La vignette typographique du premier feuillet de ce carton n’est pas la même que dans le feuillet remplacé, et la page 5 y est mal à propos cotée 13. Reste toujours la question d'identité de cette édition avec celle de Paris, Pacard, au millésime de 1600, quoique l'impression, postérieure à la gravure du frontispice, soit évidemment de 1602. Toutes deux
(1) Ainsi indiqué dans les Recherches, p.516, où cette édition a été décrite.
Le Catalogue des livres dela bibliothèque de M. D, C. L. Paris, Silvestre, 1845, in-8° indique, sous le n° 516, une édition de Metz, 1610, pet. in-12, avec figures de Thomas de Lew et de J. de Wert. Je n'en ai pas connaissance, et je crois fort que le rédacteur de ce catalogue avait sous les yeux un exemplaire de l'édition de Toul, où manquait le bas du titre, ct que, n’y voyant pas l'adresse imprimée de François Dubois,et le mot Metz se trouvant à côté du millésime 160X dans la dernière ligne gravée, il l'aura pris pour l'indication du lieu d’impréssion ; tandis que ce mot n’est que Je complément de bailliage de l'Euesché de qui précèdent immédiatement,
sont de format in-12 ; toutes deux fautives et incorrectes, quoique entre elles se place, et ceci cest à remarquer, l'édition de Mclchior Bernard, qui, à compter de 1603, offrait un texte corrigé des Dévots Elancemens.
Joanxis DespauTeri NINIVITÆ UNIVERSA GRAMMATICA..…, par Gabrielem Prateolum Marcossium. Mussiponti, À pud Melchiorem Bernardum, 1604. In-8 de 349 pp. de texte ct 7 d’index. (1)
Je cite ce livre de classe, entre beaucoup d’autres que les jésuites ont fait imprimer à Pont-à-Mousson, pour l'usage des colléges qu'ils avaient dans cette ville et à Verdun. Despautère mérite bien cette préférence pour sa grammaire universelle, lui dont les seuls abrégés, non moins redoutés que la férule, ont été pendant plus de deux siècles la terreur de la gent écolière.
Il a du paraitre, en 1604, ou peut-être en 1603, un commentaire sur les coutumes du bailliage de Bassigny
(1) Pour éviter d’inutiles répétitions, je crois devoir avertir le lecteur que tous les livres qui, comme celui-ci, sont cités sans reproduction littérale de tout ou partie du titre n'ont pas passé sous mes yeux ; c’est sur la foi des bibliographes et des cataloguistes que je les mentionne, ou d'après des notes communiquées, où les détails bibliographiques n'ont pas toujours la précision et
la clarté désirables,
par Sébastien Rouyer, avocat à Chaumont. Ce livre m'est entièrement inconnu (1).
Onarionss,| Elegiæ, Epigrammata. Pont-à-Mousson, 1605. In-16. |
La bibliothèque des auteurs de Bourgogne, qui me fournit le titre de ce livre, contient un article sur l’auteur, le P. François Rémond, jésuite.
Le catalogue des livres et manuscrits du comte Emmery mentionne, n° 185, deux pièces imprimées dans la même ville, et portant aussi la date de 1605. Elles offrent peu d'intérêt ; cependant, je citerai l'une d'elles. C'est Paecyricvs loanni Porcelleto Maillannæo, in petitione IV Licentiæ idibvs Avg. 1604, in Auditorio Pontimussano. Auctore Nic. Gvineto. Pontimvssi, Apud Fr. Do Bois et Vidvam Nic. Claudet. 1605, in-4° de 14 ff.
(4) En 1604, Sébastien Rouyer, avocat, résidant à Chaumont, est mentionné au registre du trésorier général de Lorraine, comme ayant reçu « la somme de 400 francs à luy ordonnée pour l'ayder » à subvenir aux frais qu’il luy a convenu faire à mettre soubs la » presse ang œuvre par luy composé sur les coustumes du Bassi- » gny, avec la conférence et conformité d’icelles au droict divin et » humain et à plusieurs autres coustumes, tant des pays de S. A. » que de France et d'ailleurs: lequel œuvre il a dédié à S. A,»
Jusqu’à présent le nom de François Dubois ne prenait date en typographie qu'à compter de 1607. Reste à savoir si c’est lui qui a mis au jour deux ans auparavant ce petit écrit de Nicolas Guinet, ou s’il n’était que le libraire chez qui on le distribuait : ce que désigne plus particulièrement Îa conjonction apud. On peut dire à l'appui de la première interprétation que, ne s’agissant pas d’un chef-d'œuvre de typographie, ni d'un ouvrage important, ce qui importait le plus à l’imprimeur de ce panégyrique, c'était d'annoncer au public qu'il se vendait chez lui. Quant à la veuve de Nicolas Claudet, il n’y a aucune raison de croire qu'elle ait joint la profession d'imprimeur à celle de libraire qu'avait exercée son mari. (1)
Mavrice. Tragoedie. Dediee a Tres-haut & Tres-genereux Prince Monseignr de Vaudemont François de Lorraine. Par Nicolas Romain, Docteur ès draictz, Coseiller de mondict Seigneur, Preuost et Gruyer de Pont-à- Mousson. Au Pont-à-Mousson, Par Melchior Bernard. 1606. Pet. in-12 de 12 ff. prélim. non chiffrés, contenant le titre ci-dessus qui est encadré dans un portique surmonté de l'écusson de Lorraine, l'épitre dédicatoire , l'avis au lecteur, l'extrait du privilége, divers sonnets et quatrains, l'argument de la tragédie, l'errata et les noms
(1) V. Recherches, p. 209-10.
des Entre-parleurs ou personnages. Texte paginé de 1 à 119. Signat. Aïj — Fv., comprenant les ff. prélim.; chaque cahier de 12 ff. (1)
À défaut d’une analyse de Maurice qu'il m'est impossible de donner, n'ayant eu que le temps de feuilleter cette pièce non moins rare que la Salmée, voici ce qu'en dit l'auteur de la Bibliothèque du Théâtre François depuis son origine (2).
u Maurice, successeur de Tibère, deuxième empereur “ romain, ayant perdu quelques soldats dans une guerre “ contre le roi des Abares, ce monarque lui fait proposer “ de racheter les prisonniers pour une modique somme “ d'argent. L'Empereur, par avarice, rejette cette pro- “ position. Le roi, piqué d’un pareil refus, fait mourir “ tous les prisonniers. Dieu, irrité contre Maurice, l'a- “ vertit par des prestiges, par des phantômes et par un v hermite des malheurs qui vont l'accabler. En eflct, » Phocas se soulève contre lui, remporte plusieurs vic- “ toires ct le chasse de Constantinople. Maurice prend “ la fuite ; mais il est arrêté et conduit au tyran, qui fait » massacrcr ses enfants sous ses yeux, et qui après le fait “ mourir. L'auteur appelle le soleil Le Dicu perruquier.
« Que le Dieu perruquier commence sa carrière.
" Dans cette pièce les chœurs jouent un rôle. Ce sont
ES ne ————— ———— rm te mr
(4) Mentionné sans description, p. 247 des Recherches. (2) Dresde, 1768, 5 vol. pet. in-8°, t. I, p. 559.
“ de petites odes qui, pour le temps, sont assez bien “ faites. En voici quelques strophes.
« On dit que la dame Nature, » Lorsque Pyrrhe derrier son dos > Jettoit une semence dure » Dont tous les hommes sont esclos, » Fit à Jupin une priere > Pour nous affranchir du trépas, > D'autant que nous étions de pierre, » Que la mort ne nous tuât pas.
> Et que comme rochers en l’onde > Nous haussions nos chefs sourcilleux, » Dédaignant le pouvoir du monde » Et le feu menaçant des cieux.
» Tant s’en faut que cette requête > Fut entérinée à la cour » De celui qui croulant la tête > Fait trembler l’azuré séjour.
> Qu’aussitôt demandant sa plume > Et son livre à feuillets d’airain » Ainsi, comme sur unc enclurue, » Burina le sort des humains.
.» Et voulant qu’à ce sort muable » Nous soyons sujets tellement y Que nous h’eussions rien de durable » Sous la voute du firmament (1)
+ + ne me
(1) 1 semble qu'il y à une lacune entre ces deux dernières strophes. | NS
À juger de Maurice par cette notice, Nicolas Romain eùt bien fait de s'en tenir à la pastorale. Mais c'est au milieu du xvn° siècle qu'elle a été écrite; à cette époque les poëtes français de l’école de Ronsard n'étaient rien moins qu’en faveur auprès du publie, et personne encore n'avait tenté d'effacer le fâcheux stigmate imprimé à leur maitre par l’auteur de l'Art poétique. Quant à l'étrange épithète de Dieu perruquier, pour désigner le soleil, si on la trouvait dans un poëte de nos jours, la première impression serait la surprise ; puis on se demanderait si le pauvre homme n'est pas fou, ou si son imprimeur ne lui a pas fait une affreuse niche. Mais, pour apprécier justement l'emploi d’un mot, ce n'est pas sa signification actuelle qu'il faut considérer, mais celle qu'on lui donnait quand il x été écrit. Plus d’une expression, de noble qu'elle était, est devenue triviale ou ridicule ; plus d’une autre aussi n’a plus le sens qu'on lui donnait autrefois, et ce n’est pas à Nicolas Romain qu'il faut s’en prendre si perruquier ne désigne plus celui qui porte une magnifique chevelure, naturelle ou empruntée, mais celui qui l'accommode. Au reste, le mot, dans son application au soleil, dont la chevelure dorée est encore de mise aujourd'hui, n'est pas du crù de notre poëte Mussipontain ; il n’a fait que le prendre dans le bagage de ses devanciers, qui ne se sont pas fait faute
” de célébrer la perruque d’Apollon en même temps que l'éblouissante lumière de ses chandelles. Robert Garnier, dont les tragédies remarquables par la noblesse du lan-
gage, ont êté écrites de 1575 à 1590, a aussi appelé le soleil Dieu perruquier (1); et, vingt ans après l'apparition de Maurice, on n'avait pas encore répudié cette expression si ridicule aujourd’hui : car elle se retrouve dans la tragédie de Saint-Sébastien, sortie en 1628 des presses Nancéiennes de Jacob Garnich (2). Chaque siècle comme chaque pays a sa langue vivante ; foules sont également bonnes, écrivait l'abbé Galiani à M°° d'Epinay, à propos des notes grammaticales où Voltaire démontrait jusqu'à l'évidence que bien des mots, bien des phrases de P. Corneille n'étaient pas en bon français ; ch acun écrit la sienne. Nicolas Romain n’a pas fait autre chose.
On ne voit pas que dom Calmet ait eu connaissance de Maurice ni de la Salmée ; et tout ce que la Bibliothèque Lorraine nous apprend sur la personne de l’auteur, on peut le lire à la suite du nom de Nicolas Romain, sur le titre de ces deux ouvrages. En revanche, il cite quelques vers d'une traduction de la Nancéide que Romain a fait imprimer, dit-il, et qui est dédiée à François de Vaudémont. Le fait de cette publication me parait plus que douteux, et je crois que dom Calmet n’en parle que d'après le P. Lelong (Bibliothèque historique de la France),
(1) 0 beau soleil luisant, belle et claire planette, Qui pousses tes rayons dedans la nuict brunette ; O grand Dieu perruquier !,......
Hippolyte. Acte 4er, sc. 2e.
(2) Recherches, p. 399.
qui, lui-même, n'indique ni le lieu, ni l'année, ni le formal: ce que pourtant il ne néglige jamais de faire, quand il s’agit d’un livre imprimé (1). Tout ce qu'on peut tenir pour certain, d'après l’assertion de ces deux savants, c'est qu’au siècle dernier cette traduction de la Nancéide existait en manuscrit à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève à Paris, où elle est peut-être encore aujourd’hui. Les vers cités par dom Calmet appartiennent au premier livre, et il les a tirés d’un manuscrit communiqué par M. de Rutant, de Saulxures près de Nancy. Un bibliophile nancéien M. l'abbé Marchal, curé de Saint-Pierre, possède le second livre également manuscrit, et, selon quelques apparences, de la main de l’auteur.
Le Catalogue de la Bibliothèque de M. Haffner, 2° partie, n° 2215, mentionne ainsi qu’il suit un livre imprimé à Toul, deux ans avant la première impression connue de Francois Dubois.
Aubespin (capucin), Le Fourr pes Arosrars. Toul,
DÉCLARATION pv SyuBoLe. Composée en Italien, par Monseigneur le Cardinal Bellarmin. Et traduite nouvelle-
(1) Le continuateur du P. Lelong, confondant la Nancéide avec la Rusticiade, ajoute que ce poëme a été imprimé à la suite de l'histoire de Lorraine, par dom Calmet, deusième édition,
ment en Francois. À Pont-à-Movsson, Par Melchior Bernard, 1606, pet. in-12.
DE LA MALADIE et mort de Monscignevr et tres-illvstre Prince Charles, Cardinal de Lorraine, Legat de Sa Saincteté, Primat de Nancy, Euesque de Metz, et deStrasbourg, Landtgraue de la haulte & basse Alzace, &c..…. Par lean de Rosières. Av Pont-a-Movsson, Par Melchior Bernard...., 1608. Pet. in-8° de 40 ff. non chiffrés, dont le titre ci-dessus aux armes de Lorraine, la dédicace au duc de Bar, une lettre au baron d’Ancerville, et un avis aux lecteurs occupent les quatre premiers. Le surplus est pour le texte, à l'exception de 2 ff. : le dernier qui est blanc, et l'avant-dernier où se trouve une Apologie contre les mesdisans, c’est-à-dire, les critiques que l’auteur avait rencontrés, qu'il compare à des singes et qu'il traite de | chats-huants , « mesprisant, dit-il, le mespris que “ telles gens peuvent faire de ce petit ouvrage et des ob- “ servations que J'avois faict sur le mariage de Mon- “ sieur. n (1) ,
Jean de Rosières, qui se plaint de ce qu'on a brocardé sur ses écrits, ne nous dit pas si c'est la pensée ou l’expression qui a été en butte à d'injustes et railleuses criti-
(4) Cet autre écrit de Jean de Rosières est cité, p. 247 des Recherches. s
ques. Ce n’est probablement pas l'expression : car son panégyrique du cardinal de Lorraine est écrit comme la plupart des panégyriques et des oraisons funèbres que les presses lorraines de ce temps-là ont mis en lumière ; et, pour ne citer qu'une phrase de notre auteur, je ne sais qui pouvait alors trouver de mauvais goût la rhubarbe des tribulations qui nous purge de nos fautes déjà commises.
La mort du duc Charles IIE, qui, comme on sait, suivit d’assez près celle du cardinal son fils, a donné lieu à plusieurs écrits mis au jour par les presses lorraines, en 1608 et 1609. Les deux suivants sont connus (1), mais non décrits : ce qui m'oblige à y revenir.
Lvcrus Ivvenrvris academiæ Mvssipontanæ in funere Sereniss. Caroli III, Calab. Lothar. Barri, Ducis, &c. Patriæ et litterarum Parentis Opt. Mvssiponti, Apud Melchiorem Bernardum.... 1608, pet. in-8° de 60 ff. non chiffrés, titre compris, signat. Aij-Hij. Au milieu du titre qui est encadré, les armes de Lorraine supportées par des aigles ; au verso du troisième feuillet, un emblème funèbre avec inscription, gravé au burin. Bonne impression, en caractères italiques pour la majeure partie.
Ce livre est attribué au P. Duez de Liège, qui a été Recteur de l'Université de Pont-à-Mousson ; mais ce jésuite n'est probablement ici que l'éditeur d'un recueil
(1) Recherches pp. 270 et 271,
dont quelques pièces sont de sa composition. Paquot, qui lui a consacré un article dans ses Mémoires sur l’histoire littéraire des Pays-Bas (1), cite deux autres ouvrages dont il est l’auteur, et qui ont été également imprimés à Pont-à-Mousson. Il en sera question ultérieurement.
Petri CarpeNTaRu Jvrisconsvlti et in academia Juris de-. cani oRATIO habita in eadem academia, 16 die Mensis Decembris anno 1608. Pet. in-8° de 14 pp. non compris le titre qui peut-être n'existe pas ; en tout cas il manque à l'exemplaire que j'ai sous les yeux. On lit au verso du dernier feuillet : Mvssiponti. Ex Officina lacobi Garnich Serenissimi Lotharingiæ Dvcis Typographi. Anno 1608 ; ainsi ce livret est antérieur d'un an aux produits déjà connus des presses de Jacob Garnich, lorsqu'il résidait à Pont-à-Mousson.
CHANT ROYAL ET POÈME FVNEBRE Svr le Trespas de Tres havlt et Trespvissant Prince Charles IT Duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldres, &c. Par Gabriel Demongeot, Docteur en Médecine. À Nancy par Blaise André, Imprimeur de son Altesse. 1608. Pet. in-8° de 24 ff. non chiffrés (2), titre compris. Signat. Aïj-F. Le dernier
(A) T. VI, p. 151.
(2) De la bibliothèque de M. Noël. Le volume où ce poëme et le recueil intitulé Luctus Juventutis Massipontauæ sont réunis, ayant peu de marge en tête, il est possible que les chiffres de la pagination aient été atteints par le ciseau du reliear ; cependant, je crois que dans l’un et dans l'autre les feuillets ne sont pas chiffrés. | : 15
feuillet est blanc. Impression en italique assez bien exécutée.
Ce poëme du docteur Demongeot est un exemple de plus, que les médecins lorrains du xvn® siècle joignaient au culte d'Esculape celui d'Apollon et des Muses. Les malades n'en mouraient pas moins ; mais, en revanche, la plume qui n'avait su formuler pour eux que des ordonnances inefficaces, était à même de leur composer une fort belle épitaphe en vers latins ou français ; et de hauts et puissants seigneurs, au lit de la mort, pouvaient se consoler avec la pensée que leur mémoire serait im— mortelle, autant que les vers de Berthemin, de Cachet, de Demongeot..…….
. Le Catalogue de la Bibliothèque de Secousse, n° 4130, indique un autre opuscule sur le même sujet (1), sans
(1) C'est peut-être ici le lieu de relever dans les registres du trésor des chartes de Nancy nne mention relative à la Pompe funèbre de Charles III. V. Recherches, p. 200 et suivantes, où ce livre est décrit.
“ Payé au sieur de la Ruelle, conseiller d'Estat et secrétaire » des commandements de S. A. 100 francs, pour 12 grands livres » (exemplaires), imprimez par ordonnance d'icelle, contenant » chacun d'iceux les pourtraictz, tant des cérémonies, honneurs » et pompe funèbre faictz à l'enterrement du corps de feu S. A. R que l'entrée faicte par S. A. régnante en son duché de Lor- » raine et un pourtraict de la ville de Nancy, avec leurs descrip- » tions latines et françoises, le tout de la composition dudit sieur » de la Ruelle; lesquels douze livres ont esté mis ea maius du
— 919 — indiquer s'il est en vers : ce qui du reste est présumable.
PLAINTE PUBLIQUE sur le trépas de S. Altesse, par du
Souhait. Nancy, 1608, in-4°.
Le Rovavue pe Div, et le vray chemin povr y parvenir. Composé en Espagnol par le R. Père T. Sanchez, Docteur de la Compagnie de fesvs. Et Traduit en François par F. G. L. Av Pont a Movsson, par Melchior Bernard... 1609, pet. in-8°. |
Un élégant portique de la renaissance et le monogramme Î. H. $. dans un médaillon ovale décorent le titre imprimé en lettres rouges et noires. C'est tout ce que j'ai vu de ce livre. D'après une note communiquée, il serait divisé en deux tomes et aurait 740 pp. de texte, plus 3 ff. pour la table. Le nom de Thomas Sanchez rappelle son fameux traité De Matrimonio, où il pose, discute et ré— sout les questions les plus étranges et les plus scabreuses. Je ne sache pas que ce dernier ouvrage ait été traduit en langue vivante quelconque. Il en existe plusieurs éditions, mais toutes en latin, et comme a dit le poëte :
Le latin dans les mots brave l’honnêteté.
Ru ae 0 ee ce ee ct
» sieur Dallet, aussi conseiller d’Estat et par luy donnez à aucuns » princes, comtes et grands seigneurs d'Allemagne qui l'avoient * requis de les leur faire avoir. » — 1er compte de Nicolas de Pullenoy, 1616. Dans les comptes de l’année suivante il est question du don de 24 autres exemplaires du même ouvrage.
Recvza Sancrissmmi Parris Benenicri, cum declarationibus et constitutionibus S. Justinæ de Padua prout servantur in congregatione S. S. Vitoni et Hydulphi..…. Virdvnt apud Joannem Wapy . 1610. In-12 chiffré 172, non compris 55 ff. pour la vie de saint Benoit, et 17 ff. pour l'index.
u J. Wapy, dit la Bibliothèque lorraine, a imprimé en 1 1610 la règle de saint Benoit avec les Constitutions de “ la Congrégation de saint Vannes, qui sont recherchées, “ étant les premières imprimées pour celte congrégap tion. |
On trouve au catalogue d’une vente de livres et de manuscrits, faite en janvier 1846, et j'ai vu depuis répété plusieurs fois, l'intitulé ci-après d'une traduction du traité de Guillaume Barclay, De potestate papæ (1).
TRAICTÉ DE LA pvissancE pv Pare. Sçauoir, s’ila quelque droict, Empire, ou domination sur les Rois & Princes séculiers. Traduit du Latin de Gvillavme Barclay, lurisconsulte. Rendez à Cæsar, les choses qui sont à Cæsar, & à Dieu, celles qui sont à Dieu. À Pont-a-Mvsson, Par Hélie Hvldric, 1611, in-8°, 10 ff. prélim. contenant le
(1) V. Recherches, p. 271.
titre, un avis au lecteur et la traduction de l’épitre dédicatoire de Guill. Barclay au pape Clément XII; texte chiffré 14-273, 1 f. d’errata. |
Ce titre révèle un nom d’imprimeur ou de libraire Mussipontain que je n'ai rencontré nulle autre part ; et il est à observer que le nom de lieu s’y présente avec une orthographe insolite, Pont-à-Mvsson. L’imprimeur d’un livre où, cette fois, on contestait dans une langue intelligible au vulgaire le pouvoir temporel que s’arrogeaient les papes, n'a-t-il pas déguisé son nom et sa résidence sous une fausse indication ? On peut se demander encore si ce n’est pas par dérision qu'il a choisi le nom d’une ville lorraine, siége d’une université dont le recteur et la plupart des professeurs appartenaient à la Compagnie de Jésus.
Discovrs FVNEBRE à la mémoire de Tres-Illustre Prince Monseignevr Henry de Lorraine, Marquis de Hattonchastel. Dédié à Monseigneur de Vaudemont, Marquis de Hattonchastel, Comte de Salm & de Viuier, Gouuerneur & Lieutenant général de sa Maieste Tres Chrestiene es Villes & Comtez de Toul & Verdun. Par Claude lobal, Maistre ès Arts & Prieur en l'Abbaye de Belchamps. À Tovl, De l'Imprimerie de Sébastien Philippe, Imprimeur Luré. 1611. Pet. in-8° de 18 ff. non chiffrés, y compris le titre.
Ce petit livre est l'Epicedion du jeune prince dont la Salmée est le Genethliacon. C'était une tâche assez rude que s'était imposée le prieur de Belchamps : car que
— 22 — dire d’un enfant de dix ans, dans un discours aussi grave qu'une oraison funèbre ? Cependant notre maitre-èsarts trouve moyen de remplir ses 18 feuillets. L'âge de dix ans auquel était parvenu le marquis de Hattonchâtel lui fournit d'abord un texte à la louange: car c’est, dit-il, w un âge très-parfait ; c’est un nombre complet qui con- “ tient en soy tous les autres nombres qui ne s’accrois- - “ sent que de luy, ou de ceux qu'il renferme en soy, et “c'est la raison qui l’a tousjours faict estimer plein de “ mystère et le hiéroglyphe de religion. » Puis vient son nom « qui porte en soy pareillement quelque mystérieux “ secret. Les doctes asseurent que les noms de toutes les “ créatures inférieures ont je ne sçais quelle force et “ énergie peu cognue qui donne à cognoistre aux esprits “ plus épurez et clairvoyants le naturel et l'essence des “ choses signifiées..…. Les noms ont estez imposez à » chacune chose à l’esgal de l'excellence de leur estre.n Ceci est à l'adresse du duc régnant qui, comme son neveu, s'appelait Henry. On croit sans peine que l’orateur n'oublie pas les aïeux du défunt, u ses majeurs, » dit-il, n Godefroid de Bouillon, Charlemagne,Pepinn ; mais il s'arrête là,“ affin de ne monter jusques au ” premier point de la grandeur de la maison de Lorn raine. |
Je termine, pour l'année 1611, cette revue des produits encore ignorés, ou imparfaitement décrits, de la typographie lorraine par un cahier de quelques pages imprimé à Clairlicu. On sait que cette abbaye a possédé
une imprimerie dont [es travaux s'exécutaient, tantôt dans l'enceinte de ses murs, tantôt dans une maison qu'elle avait à Nancy, rue de la Monnaie ; mais on ne connait ‘encore que sept des publications qui y ont été faites (1). Celle-ci sera la huitième.
ArTiCLes pouf l’abbreviation des Proces dv Siége de Nancy. Ensemble l'Ordonnance de l’establissement du Greffe en l’Hostel de Ville où ledit Siège est estably. 7mprimé en l'Abbaye de Clairlieu lez Nancy, Par Iean Sauine, Imprimeur. 1611, pet. in-4° de 6 ff., titre compris, paginés de 3 à 11. |
Les produits de l'imprimerie de Clairlieu en 1606, 1608 et 1609 portant l'indication du monastère, tandis que ceux qu'on voit datés de 1610 et 1614 ont été exécutés à Nancy, il y avait lieu de présumer que vers 1610 les moines de cette abbaye, renonçant à l'industrie typographique, avaient cédé leur matériel à Jean Savine, et avaient laissé cet imprimeur, à leurs gages jusque-là,
— me
(4) En comptant le Traité des Saincts Pélérinages, Nancy, Jean Savine, 1614. — V. sur l'imprimerie de Clairlieu et ses produits, le livre précédemment cité, pp. 235-246.
Les recherches dans les titres et papiers de l’abbaye de Clair lieu, pour découvrir quelque particularité concernant l'imprinerie qui y a existé, ont été stériles. Il y avait pourtant une liasse relative à cet établissement ; mais il n’en est resté que la cheniise. Les pièces qu'elle renfermait, jugées sans doute iautiles, ont été détruites ou dispersées.
s'établir pour son propre compte à Nancy, à l'hôtel de Clairlieu. Mais cette conjecture disparait devant une impression faite en l’abbaye même, à la date de 1611. Le décret du due Henry, portant approbation des articles proposés par les Etats de Lorraine pour l’abréviation des procédures, au siége de Nancy, est du 17 janvier 1611.
Je ne m'arrète à cette date que pour faire connaitre aux bibliophiles lorrains et autres une particularité relative à un livre très-recherché sur lequel elle est inscrite. C’est qu'il existe des exemplaires en papier fin (1) de Heronx nobilissimæ loannæ Darc Lotharingæ, vvlgo Avrelianensis pvellæ historia..… Authore loanne Hordal. Ponti-Mvssi, apud Melchiorem Bernardum, pet. in-4° (2).
TRaicTÉ DE L'’ImiraTionN DE NosrTRe-Dae , la Glorieuse Vierge Marie, mere de Dieu, par le R. P. François Arias de la Comp* de Jesus. Pont à Mousson, Melchior Bernard, 1615, in-12, 561 pp. et 3 ff. pour la table.
Novuu Tesramenrum, Samieli in Lotharingia. Philippe Dubois, 1613, in-16.
(1) Bibliothèque de M. Meaume, professeur à l'Ecole forestière de Nancy.
(2) V. Recherches, p. 281-289,
Le prénom de l’imprimeur est-il exactement rapporté dans ce dernier titre de livre que me fournit la Bibliothéque sacrée grecque latine par Ch. Nodier (1)? On peut en douter en présence du volume ci-après, décrit de visu. En tout cas, l’un et l’autre portant la date de 1613 sont antérieurs de deux ans à l'impression à Saint-Mihiel, par François Dubois, des coutumes du bailliage dont cette ville était le chef-lieu (2).
TRAICTÉ DE LA TVTELLE ET CVRATELLE : par leqvel il est succinctement expliequé & monstré comment les Tuteurs & Curateurs se doiuent gouuerner en ceste charge Tutelaire, auec enumeration des cas esquels les Mineurs peuuent estre restituez cotre leurs Tuteurs et Curateurs, ou autres, auec lesquels ils auront contracté. Composé par M. Iean Gillet Escuyer, licencier és Droicts, Lieutenant en la Tustice Royale, au Gouuernement de Verdun. À $. Mihiel. Par François dv Bois Imprimeur & Libraire de Son Altesse.… 1613 in-8, 8 ff. prelim., titre compris, texte pag. de 2 à 308 ; puis 8 ff. non chiffrés contenant le chapitre du douaire et13 autres ff. pour la table et le privilége.
C'est la première édition de ce livre de jurisprudence, assez estimé au XVIF siècle pour qu'on l'ait rémprimé plusieurs fois en Lorraine et à Paris (1686 in-4°). Rien qu’à la feuilleter rapidement, on comprend que l'auteur
(1) Paris, 1826, in-8°, p. 137.
(2) V. Recherches, p. 508 et 309.
honteux de sa difformité, quoique l'imprimeur y ait employé de beaux caractères (1), ait cru devoir la désavouer ; le titre seul présente une faute des plus grossières. Elle est rare comme tous les livres qui sont tombés de bonne heure dans le domaine de la beurrière ; et on peut la citer, sauf découverte ultérieure, comme le premier produit de l'imprimerie dans l'ancienne capitale du Barrois non mouvant.
On trouve mentionnée dans les comptes du Domaine de Nancy, pour l’année 1614, l'arrestation de Choinin, Reinach et du Baron de la Rocque u à l’occasion de cer- “ tains pasquins faicts contre les Seigneurs et dames de “ la Cour « ainsi que de la femme de Blaize André, im- “ primeur à Nancy, n à cause du libelle contre le Due d'Espernon, et de Jacquet de Metz soupçonné dudit libelle. |
Ces pamphlets qui me sont inconnus ne portent probablement pas l'indication du lieu où ils ont été imprimés. On peut croire qu’ils sont de format pet. in-8 : car c’est celui qui était alors le plus en usage en Lorraine, comme en France, pendant le règne de Louis XIII où les querelles de partis donnèrent naissance à d'innombrables écrits sa- | tyriques qu'on est loin de connaître tous, malgré les recherches de Secousse, de P. Lelong et de son continua-
(1) V. Recherches, pp. 323-524.
teur. Autrefois on était dans l'usage de réunir les productions de ce genre, et en général les livrets de quelques pages dans des recueils où ils étaient entassés pêlemèéle, sans autre classement que l’ordre chronologique ; et encore ne l'observait-on pas toujours. Tous ces recueils ne sont pas dispersés ; et c’est là seulement qu'un hasard heureux peut faire rencontrer les pasquins qui motivèrent à tort ou à raison l'arrestation du Baron de la Rocque, de Reinach et de Choinin, non moins inconnus aujourd'hui que leurs élucubrations satyriques.
Commenrarius BREVIS in selectas Tibulli et Propertii elegias et Ausonii Mosellam. Item in selecta Veterum et Recentiorum Epigrammata. Mussiponti, Melch. Bernardus , 1615, in-12.
Canrus Musarux ad Henricum IT Serenissimum Lotharingiæ ducem. Mussiponti, Melch. Bernardus, 1615.
Ces deux ouvrages sont cités dans les Mémoires sur l'histoire littéraire des Pays-Bas comme étant du Jésuite Liégeois Duez, recteur de l'Université de Pont-à-Mousson. Le second, dont le format n’est pas indiqué, est un recueil de poésies latines et françaises. Je n'en sais pas autre chose.
De ASCcENSIONE MENTIS in Devm Per Scalas rèrvm creatarvm. Opvsevlvm Roberti Cardinalis Bellarmini e Societate lesv. Tulli, apud Simonem San Martelli Typographum.…, 1615, pet. in-12 de 249 pp. et 1 f. non chiffré.
La date de ce livre fait remonter à 1615, au lieu de
1616, les premières traces de l'exercice de la profession d'imprimeur à Toul par Simon Saint-Martel.
La bibliographie lorraine pourra désormais inscrire à cette date le nom d’une ville dont aucun produit typographique n’a été révélé jusqu’à présent. Je veux parler de Mirecourt, ville importante de l'ancien duché de Lorraine et siége du bailliage de Vosge. Mais, c'est encore une de ces localités où l'imprimerie semble n'avoir fait qu'une courte apparition ; et le volume que je vais décrire est peut-être le seul qu'elle y ait mis au Jour, avant le xvin° siècle (4).
Orricivu BeaTÆ MENNÆ VirGinis. Ex vetustis membraneis exemplaribus quorum ante-hac vsus fuit excerptum
(4; L’exemplaire, peut-être unique aujourd'hui, d’après lequel ce livre est décrit a appartenu à l’abbaye de Poussay. M. La Prévote, ancien maire de Mirecourt, qui l’a sauvé de la destruction, a bien voulu me le communiquer. Quoique ce bibliqphile ait fait d'inutiles recherches pour découvrir d’autres traces de l'imprimerie à Mirecourt, je ne suis pas éloigné de croire à l’établissement d'Ambroise Ambroise dans cette ville dont l'importance lui promettait des labeurs. S'il ne se fut agi que d'imprimer l'office de Sainte Menne, ce n’est vraisemblablement pas à Mirecourt qu'il aurait transporté des presses, mais à Poussay, où il aurait trouvé un local dans les bâtiments du monastère,
typisque mandatum. Opera & industria N B. Impressum Mirecvriæ per Ambrosium Ambrosij Serenissimi Lotharingiæ Ducis typographum ad vsum Collegiatæ Ecclesiæ loci de Portu suavj. M D I. XVI.
Petit m-folio de 19 ff. ahiffrés, titre compris, et d’un feuillet blanc (1). Chaque page est encadrée d’un filet et contient 45 lignes en lettres rouges et noires, avec notes de plain-chant. Au milieu du titre, où les mots Officivm, Virginis et Mirecvriæ sont en rouge, une mauvaise gravure au burin représente Sainte Menne à genoux et, audessus d'elle, deux anges tenant suspendu quelque chose qu’on peut prendre pour un voile. De chaque côté de la planche on lit, Sancta Menna ora pro nobis. La vie de Sainte Menne occupe plusieurs feuillets de ce livre, dont l'exécution typographique est relativement assez bonne.
Ambroise Ambroise qui, comme on vient de le voir, imprimait en 1616 ce livre de liturgie pour l'usage des chanoinesses de Poussay, abbaye située à une demi-lieue de Mirecourt et dont l’église était consacrée à la Sainte Vierge et à Sainte Menne, est ce même typographe qu'on retrouve, en 1631, à Epinal où plusieurs ouvrages déjà connus et décrits sont sortis de ses presses (2). Je ne
(1) Dans l’exemplaire de M. La Prévote, et peut-être dans toute l’édition, si elle n’a pas été corrigée pendant le tirage, la cote des feuillets est défectucuse. Ainsi, le chiffre 5 répété, y prend la place du chiffre 6 ; d’autres sont intervertis,
(2) V. Recherches, p. 418.
sache pas qu'il ait imprimé quelque part dans cet inter-
valle de quinze ans. C'est encore Ambroise Ambroise qui a gravé en bois les portraits des Rois et Ducs d’Austrasie, digne assortiment des vers de François Guibaudet, dans l'édition que Pierre Houion a donnée à Epinal, en 1617, de la traduction de Reces et Austrasiæ Duces, epigrammatibus descripti (1). Le goût des arts, qui chez lui peut bien s’appeler une passion malheureuse, lui avait-il fait quitter la typographie pour la gravure ?
La date de 1616 est celle que portent les exemplaires de l'Histoire de Saint Sigisbert par Aulbery, dont les feuillets préliminaires et les pages 207-219 n'ont pas été réimprimés (2). Ils diffèrent de ceux qui sont datés de 1617, d’abord par le titre qui est ainsi conçu :
HISTOIRE DE LA VIE DE S. SIGISBERT, Roy d'Avstrasie Duquel le corps Sainct se voit entier à Nancy, contenant Vne succincte description de la Lorraine & de la Ville de Nancy Capitale de ce Duché. Par Georges Avlbery Secre-
(1) V. Recherches, p. 315. — Les comptes des receveurs généraux et trésoriers de Lorraine, pour l’année 1599, font mention de Thomas Cachedenier de Blondefontaine, comme ayant reçu 283 francs, en considération de ses peines et frais pour mettre en lumière deux livres à la louange de la Maison de Lorraine. Îl s’agit évidemment du texte de Reges et Austrasiæ duces et de la traduction de Guibaudet, publiés simultanément en 1591.
(2) V. Recherches, p. 511, où ces pages sont indiquées, par une faute d'impression, avec les chiffres 207 à 298.
taire a feu Son Altesse. Imprimée À Nancy aux frais de l'Autheur, 1616. Pet. in-8.
Les feuillets préliminaires, au nombre de 10 dont les deux derniers sont blancs, au lieu de 7 et 1 blane, contiennent les mêmes pièces,#mais dans un ordre différent, savoir : la dédicace à Antoine de Lenoncourt, primat de Lorraine, un avis au lecteur (1), la table des chapitres, l'approbation et le privilége. Les pages 207 et 219, du même caractère que celles qui précèdent et qui suivent, n'offrent dans le texte aucune variante. Leur réimpression ne doit donc être attribuée qu'à un accident survenu au cahier O qu'il aura fallu remplacer dans un certain nombre d'exemplaires.
L'VSAGE DE QVELQVES HORLOGES VNIVERSELS et dv cylindre. Av Pont-a-Movsson, Par Charles Marchant.... 1616, pet. in-8°. |
Suivant dom Calmet, ce petit livre a 50 pp. Tout ce que j'en sais, d'après quelques débris qu'on m'a fait voir, c'est que les feuillets sont chiffrés et qu'il a été imprimé avec le soin que Charles Marchant apportait d'ordinaire aux produits de ses presses. Au revers du titre se trouve un sonnet de l'auteur à Monseigneur Charles de Lor-
(4) On y lit que cette vie de saint Sigisbert est en majeure partie tirée « d’un vieil manuscript et légende latine conservée de » siècle en siècle en l'église et abbaye royale de Saint-Martin-les-= » Metz, fondation et lieu de la sépulture dudict saint Roy. »
raine, prince de Vaudémont (depuis Charles IV,) ainsi concu :
Ombre, enfant de Phœbus, que je prise ton sort
Quand tu vas fléchissant au vouloir de ton père,
Et marques ses contours dès l’Indieque barriere
Jusques dedans les flots de l'Hespérique bord !
Je consacre mes jours pour estre ainsi d'accord
À ce jeune Soleil qui entre en sa carrière;
Et si je suis conduict du bril (4) de sa lumière
Ombre de son vouloir, mon souhait est au port.
Mais comment faire veoir le désir qui me presse ?
Ce quadrant soit ma voix et qu’il die sans cesse
Qu'il n’est et ne peut rien séparé du Soleil.
Car je suis tout ainsi, Monseigneur, que cette ombre.
Vos faveurs sont vos rays (2) ; j’en marqueray le nombre ;
Dressant mes mouvements au regard de vostre œil.
Vostre très-humble et très-affectionné serviteur Cæsar François de Haraucourt de Chamblay.
Lorsque le soleil de Charles IV s'éclipsa, il y eut un Haraucourt de Chamblay qui lui tourna le dos; mais je me hâte d'ajouter que ce n'est pas César-François. Ce dernier, entré cn 1619 dans la société des Jésuites, mourut en 1640, après avoir été professeur d’humanités, de philosophie, ainsi que de mathématiques au collége de Pont-à-Mousson. L'histoire manuscrite de l’université
(4) Brillant.
(2) Rayons.
de cette ville (4), où sa vie est racontée, le qualifie de poeta excellens, orator non mediocris, linguarum saltis peritus. Poeta excellens ! il faut qu'il le soit devenu depuis l’impression du sonnet que je viens de citer.
C. Jvin Cæsaris COMMENTARIORVM DE BELLO GALLIco. Libri VIIL Mvssiponli, Apud Melchiorem. Bernardvm Vniuersitatis Typographum luratum. 1616, pet. in-8°.
Je n’ai vu de ce livre que le titre dont le milieu est occupé par une gravure ovale en bois, avec les mots Sapiens dominabitvr astris, pour légende.
C'est l’année suivante que Pierre Houion a réimprimé le Discours des choses advenues en Lorraine. par Nicolas Remy, publié pour la première fois à Pont-à-Mousson en 1605 et la traduction en vers français de Reces et Austrasiæ Duces epigrammatis descripti. Coloniæ. 1591 (2).
— Re tnt ce + ne eee ee ne de ce on ee ne ee 0 cn Ce Ce en
(4) Par le P. Abram.
(2) Les comptes du trésor des chartes de Nancy, année 1611, font.mention de Nicolas Remy. Ce magistrat avait été chargé par le duc Charles IN « de compiler et rédiger par escript en un seul »* volume toutes les ordonnances des feus ducs de Lorraine, le- » quel volume » est-il ajouté « il a mis ez mains de Son Altesse » (Henry Il) pour estre tenu au trésor des chartes : n'ayant voulu » (le duc) qu'il passe soubs la presse, comme estoit l’intention » dudict sieur Remy. » Ce volume a disparu, on ne sait x quelle époque ; mais on rencontre assez souvent, en manuscrit, un re= cueil méthodique de dispositions législatives, la plupart en matière pénale, qui est connu sous le nom de Code de Lorraine. C’est peutêtre le travail de Nicolas Remy, continué jusqu'en 1651.
Ces deux réimpressions sont connues et décrites, ainsi que les éditions originales.
La Croix du Maine (T. Il, p. 197), fait mention de l'auteur de Reges et Austrasiæ Duces..…. u Clément de » Trèlesn dit-il, u secrétaire de M. le duc d'Anjou, l'an n 1581, poëte latin et françois. Il a mis en lumière un » sien livre d’Anagrammes avec les vers françois conte- “ nant lesdits Anagrammes, imprimés l'an 1582. Il dé- » dia ce livre à M. de la Vergne. n
Ainsi, Clément de Trèles vivait encore en 1582. C'est de 1573 qu'est datée l'épitre dédicatoire au duc Charles II, qui précède Reges et Austrasiæ Duces ; mais le livre ne parut que dix-huit ans après, et lorsque l’auteur n'existait plus. L'éditeur, Thomas Cachedenier de Blonde- Fontaine, reçut en 1592 du trésor ducal, pour cette publication et pour celle de la traduction de François Guibaudet qui parut en même temps, toutes deux sous la rubrique de Cologne, mais probablement en Lorraine, la somme de 285 franes u en considération des peines “ et frais qu'il avoit faits à mettre ces deux livres en lun mière. « (1).
C'est, comme on sait, Pierre Woeiriot, qui a gravé les portraits des rois et ducs d’Austrasie ; il travaillait encore en 1596 : car ce millésime se trouve, avec son monogramme, au bas de l'image de la sainte Vierge, sur le
(1) Comptes des Receveurs généraux de Lorraine.
titre des Heures de Nostre-Dame, imprimées à Metz, par Abraham Fabert, en 1599. | |
Les comptes des Receveurs généraux et trésoriers de Lorraine font mention d’un graveur en taille douce, dénommé tantôt Pompé de Bouzey, tantôt Pompée Wiriot de Bouzey. On l'y voit gratifié, en 1594 u de 12 escus n sol, pour certaine besongne de son art qu'il a présentée “ et donnée à S.A.n et, en 1595, d'une autre somme u pour l'aider à s'entretenir et acquitter une partie des “ debtes qu'il a faites à Nancy, travaillant de son art et » dont il a fait voir à S. A. le fruit de ses labeurs. » Pour peu qu'on veuille voir dans Wiriot une altération de Woeiriot, ce serait un membre de la famille de notre célèbre artiste qui, comme on sait, ajoutait à son nom celui de Bouzey ; peut-être son fils. Quoi qu'il en soit, je n'ai vu, et je crois qu'on ne connait aucun ouvrage portant la signature de ce graveur, ou qu'on puisse lui attribuer avec quelque apparence de raison.
Discoves de l’amovr de Diev envers les hommes, de la pvnition de levr ingratitude : de la récompense des bons, & des moyens pour l'obtenir. Extraict des sainctes Escriptures par Madame de la Rovte, Dame d'Essey, Vicomtesse de Brugny en partie, & dame de Madame. À Espinal, par Pierre Houion Imprimeur de Son Altesse, 1616. Pet. in-8 de 4 ff. prélim., pour le titre au milieu duquel est une gravure en bois représentant l’Annoncietion, et pour la dédicace, à Madame la Princesse de Lorraine, par Charlotte de S' Blaise : c'était proba-
blement le nom de famille de l’auteur. Texte 72 ff. non chiffrés (1). Signat. A.-$.
La date de ce volume fait remonter avec certitude à 1616 l'excrcice de la typographie à Epinal, par P. Houion.
BIEN—SEANCE DE LA CONVERSATION ENTRE LES HOMMES. Commynis vitae inter homines scita vrbanitas. Av Pont-a- Movsson, Par Melchior Bernard, Imprimeur ILuré de l'Vniuersité. 1617, pet. in-12. 12 ff., prélim. comprenant le titre ci-dessus, au milieu duquel une vignette gravée sur cuivre représente une grenade müre entr'ouverte et laissant échapper ses pépins ; la dédicace en français, puis en latin : À la tres-noble et tresflorissante Jeunesse du Collège des pensionnaires de la Compagnie de Jésus, à la Flesche, par les pensionnaires du collège de la mesme Compagnie, au Pont-à-Mousson ; une pièce de vers latins, intitulée : Convictus Mussipontanus ad librum; des stances où l'origine du livre est racontée ainsi :
« Avant que ce voyage en Lorraine je fisse, » D'Italien que j'estoy vous m'aviez francisé.
(1) L'exemplaire que j'ai vu étant rogné dans la marge supéricure, il est possible que les chiffres aient disparu ; toutefois je doute qu'il y en ait.
» Je reviens bigarré en chausses de Suisse :
» Car outre mon françois on m’a latinisé.
» Toutefois mon habit, 6 jeunesse Fleschoise, > Vous fera recognoistre en fin la vérité.
» Je rapporte du Pont ma casaque françoise > Que pour l'amour de vous je n’ay jamais quitté. »
Puis viennent l'extrait du privilége et une double table des chapitres, latine et française, en regard l’une de l'autre. Au verso du dernier feuillet prélim., commence le texte français en lettres romaines ; le texte latin, en italique, lui fait face sur la page 1 et continue avec les chiffres impairs de la pagination jusqu’au dernier feuillet, dont le verso est chiffré 214. L’impression, assez belle, est partout encadrée d'un double filet. Les cahiers, signat + 2 et À. 2 —T. 2, sont alternativement de 8 et de 4 ff, |
Ce petit livre est divisé par chapitres ainsi qu'il suit : Chapitre I. Du service divin. I. Enseignements généraux et meslez touchant la civilité entre les hommes. I. Des premiers devoirs el cérémonies en conversation. IV. De la façon de qualifier les personnes à qui on parle, les adviser, dire le mot. V. Des habits et parures du corps. VI. Du marcher, soit à part, soit en compagnie. VII. Des devis et propos. VIII Des comportcments en table. IX. Du service de table. X. Du coucher. Après ces dix chapitres vient une Addition touchant les services et honneurs de table, Appendix convivalis. Ce
supplément aux chapitres VIIL et IX est, en français comme en latin, l'ouvrage des pensionnaires du collége Mussipontain, ou plutôt ils en sont les auteurs apparents.
u Nous eussions grandement désiré n disent-ils aux pensionnaires de la Flèche u que ce livret de la conver- » sation commune, partant de vos mains, se fust trouvé “ assorty, pour plus grand accomplissement, d'un juste » surcroist touchant les gentillesses et courtoisies fran n coises, soit à bien asseoir les viandes sur table, soit à “ les découper de bonne grâce, soit à en faire les hon- » neurs proportionnés à la qualité des conviés... Telles n jolivetez, direz vous, sont de l’air de Cour, de l’art et de n secret des escuyers tranchants ou maistres d'hôtel. “ Soit la chose ainsi en première instance, pourveu que » vous nous confessiez aussi que telles bienséances et n honnestetez sont aujourd'huy en France et en ces “ quartiers (1) si fort pratiquées et si recherchées par » toutes les tables, voire des gens de médiocre estat, » qu'une Jeunesse qui n’est nullement apprise ny advisée “ de telles addresses, pour honneste et grandement let- “ trée qu'elle puisse estre, ne peut s’exempter de rougir “ et de rester courte ès compagnies, n'osant s’advancer » en bonne table à faire aucun tel service, non pas mesme “ envers ses esgaux ; ou en cas d’advance, d'apprester à » rire et parler à ceux qui y descouvriront aussi tost son “ bec-jaune, luy voyant faire en mauvais latin, ce qui se
{1} C'est-à-dire, en Lorraine,
n devoit faire en bon françois... Causes pourquoy bien » qu’à l’âge et aux lieux où nous sommes nourris les uns » et les autres, en communauté de collége, dans une aire » trop plus resserrée et un apprentissage trop plus sévère “ en ses commencements, que pour nous eslargir gran- » dement à telles festes et solemnitez, nous n’ayons ores » grand'affaire de telle science et que nous mesmes qui “en parlons n'en sçavons gueres encore la plus part » que par ouy-dire et de la bouche d’aucuns de nous, » mieux entendus en ce gentil droit... ce néanmoins “ nous nous sommes mis en devoir d’esbaucher en gros “ ce petit essay touchant la bienséance des services et » honneurs de table, pour servir d’appendice à vostre n livre,.….n Suivent 37 articles d'enseignements où, sans détails superflus, rien n'est omis de ce que devait savoir, au xvn® siècle, un amphytrion de bonne compagnie. u Couronnons doucement l'œuvre avec les dragées, n dit-on, en terminant. u Ce sont des richesses de par n deça, et vos tables ne se finissent guère plus honneste- “ ment par dela que par nos dragées de Verdun. Elles “ ont je ne scay quoy, parmy le doux air de leur sucre, " canelle et anis, propre à vous haleiner une agréable » bouffée de nos Canaries et vous esbaudir amiablement, “ avec la souvenance de nos plus chères affections en “ vostre endroit... 1
Plus de deux cent quarante ans se sont écoulés depuis la publication de ce petit livre, et cependant les enseignements d’urbanité qu’il contient n'ont guère de
suranné que le langage. En les observant strictement aujourd'hui, on pourrait passer pour un homme trèspoli ; mais on ne risquerait pas encore d’être ridicule. Ce serait faire chose utile à la jeunesse de nos grands et petits colléges, que de ræ#eunir la Bienséance de la conversation. Un éditeur du x1x° siècle, qui ne viserait pas à grossir le volume, pourrait en retrancher sans inconvénient quelques recommandations, comme celle-ci qui commence le 22° enseignement du chapitre II : Mé tue puce ou autre sale bestiole en présence d'autrui. C'est tout au plus si on pourrait la conserver dans la Civilité honnète et puérile. Trois siècles nous séparent du temps où Rabelais faisait dire à Ponocrates que le collége de Montaigu à Paris était un collége de pouillerie (1) et où Vives dans ses Dialogues, parlant des robes des Sorbonistes de Paris, témoigne qu’ils les portaient crassas, detritas, laccras, lutulentas, immundas, pediculosas. Le P. Léonard Périn, Professeur de rhétorique au collège des Jésuites à Pont-à-Mousson, est, comme on sait (2),
(1) « Dea mon bon fils » dit Grangousier À Gargautua « nous ‘» as Lu apporté jusques ici des esparviers (éperviers) de Montaigu ? » Adoncq Ponocrates respondit : Seigneur ne pensés que je l'aye » mis au collége de Pouillerie qu’on nomme Montaigu : mieulx » l'eusse voulu mettre entre les guenaulx de Saint-Innocent. (Gar- » gantua. » Chap. xxxvi.) : |
(2) V. Bibliothèque Lorraine au mot Perrin et Recherches, p. 412. | |
u le traducteur des dix premiers chapitres et l’auteur du chapitre additionnel. n Ilest à croire qu'il s’est mis à couvert sousle nom collectif des pensionnaires de ce collége, afin de ne pas donner prise au reproche de mondanité que les autres ordres religieux ne manquaient pas l’occasion de faire à sa Compagnie. La Bienséance de la conversation a été, suivant Dom Calmet, réimprimée plusieurs fois. La chose est présumable ; mais je ne connais que l’édition de 1617, et, lorsque le hasard me l’a fait rencontrer, il y avait bien des années que je la cherchais. |
Les Renaros pris en leurs tanières de Genève... Toul, Simon S. Martel, 1617. In-12 de 65 pp.
Cérémonia des religievses reformees, de l’ordre de Saincte Claire, à Verdvn, 2 vol. in-8°. a . Au dessous de cet intitulé commun aux deux tomes, est une gravure en bois représentant l’Assomption. Le titre du premier porte en outre : Tiré de l'Antiquité et Coustume de l'Ordre Et accommodé suivant les Rubriques du Breviaire, Messel et Rituel de nostre sainct Père, Paul V; et celui du deuxième : Contenant le Cœremonial de la vie Régulière, de l’administratio des Sacramets aux malades, & des sépultures. Livre second. À Verdvn, par Iean Wappy..…. Ce second volume porte la date de 1618 ; l'autre n’en a pas.
La note qui me fournit ces détails ajoute que le chiffre final du tome [°' est 503, non compris le titre et les feuillets préliminaires ; signat. A.-Kx., et celui du tome IE, 3%1, titre et préliminaires non compris ; signat. À.-7.
La dédicace de ce livre aux Vénérables mères et sœurs de Sainte Claire n’est suivie que des initiales F. F.B.; mais le nom de l’auteur est révélé par l'approbation : Frère Florent Boulanger, récollet, confesseur des religieuses de Sainte Claire à Verdun. La Bibliothèque lorraine ne fait pas mention de ce religieux, ni de son livre dont la place est parmi ceux qui traitent des ordres religieux et des antiquités ecclésiastiques.
ExPLICATION DES AuGLes DE LA MAISON DE LORRAINE, par Helye Garel. Nancy, 1618, in-12. |
Ce volume n’est pas autrement décrit au Catalogue de Secousse (1). Quant à l’auteur, inconnu à Dom Calmet (2), le Manuel du libraire (3) et le Catalogue de la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne (4), citent une tragédie de Sophonisbe(1607), etun poëme intitulé : Le Triomphe d’'Astrée (sans date), publiés par Helye Garel, Angevin.
(4) Ne 4177,
(2) V. Recherches, p. 325.
(3) 4 édition. T. I, p. 364. (4) N° 953.
La date de 1619 rappelle à plus d’un bibliophile lorrain le vide, fort difficile à remplir, que laisse sur ses tablettes l'absence d’un livre de poésie ascétique dont la place est marquée à côté des Devors Elancemens du poëte chrestien. À l'exemple d'Alph. de Rambervillers, l'auteur de cet ouvrage, en le mettant au jour, y a répandu les embellissements de la gravure ; mais, moins heureux, il n’a pas trouvé un Thomas de Lew pour l'illustrer, et la supériorité du poëte, si on le compare à son devancier, fait ressortir l’infériorité du graveur, quoique le burin de celui-ci ne soit pas toujours sans mérite. Ce livre a pour titre : |
LES ROSES DE L'AMOUR CELESTE flevries av verger des Meditations de Sainct Augustin. Dediees À Son Altesse. Par le Sieur de Rosieres de Chaudeney, capitaine Et preuost de Sain. mihiel. Auec lembellissement des figures... À Sain. mihiel. Par François du Bois, Imprimeur de Son Altesse. |
20 ff. prélim., y compris le titre qui est gravé. Les quatre premiers mots de l'intitulé sont dans une cou- ” ronne de roses, et les suivants sur une tablette. À gauche saint Augustin, à droite saint François, au-dessus les armes de Lorraine et de Bar, et au bas, de chaque côté de l'adresse, un éeusson qui est probablement celui de l'auteur, avec la devise : Honneur ou mort. Texte im-
primé en italique, 144 ff. dont 143 chiffrés de 1 à 141, et un feuillet blanc. Les chiffres 21 et 138 s’y trouvent deux fois. Les gravures, dont plusieurs se répètent, sont au nombre de 41, tirées, la première au verso du dernier feuillet préliminaire, les autres avec le texte; la plupart signées du nom de E. (Edme) Moreau (1), ou des initiales E. M. qui le représentent ; les autres anonymes. Quelques-unes sont assez jolies ; mais, en revanche, il en est d’autres qui ne sont que de mauvaises copies des figures gravées par Thomas de Lew pour les Dévots Elancemens.
On remarque, entre la dédicace et les sonnets laudatifs (2), des stances de l’auteur à la ville de Saint-Mihiel. En voici des extraits assez étendus pour donner uneidée du stile du sieur de Rosières et de son talent poétique, dontil
(1) Edme Moreau, graveur de Reims, : travaillait à Paris vers 4610 « on trouve », dit Brulliot (Dict. des monogrammes, T. Il, p. 89, « les initiales de son nom sur de petites estampes bien sèches qu’il a faites pour un petit livre intitulé Officium beatæ Mariæ a Mussiponto, 4617. » Il faut ajouter qu'Edme Moreau a fait mieux à une époque plus tardive ; et l’on peut citer avec éloge le Pourtraict de la ville, eité et université de Reims et 6 autres gravures qu'il a exécutées pour Le Dessein de l'histoire de Reims. par Nicolas Bergier. Reims, 1635. In-fo,
(2) On lit, au bas de ces sonnets et d'autres pièces du même genre qui les accompagnent, les noms de J. de Mussey, R. Bidaut, P. du Coudray et les initiales A. D. B,, S, D. C., P. D. B.
— 245 — \ faut dire toutefois, que des citations prises avec choix dans ses vers ascétiques, feraient juger plus favorablement.
Filles de Jupiter que Mémoire conceut Quand de luy neuf baisers neuf fois elle receut,
Quittez votre séjour.......,..............
Muses, bâtez le pas. ....,..,.,.....0...:
Dans les fertiles champs de la Meuze féconde
Courés belles, courés .... esse.
Ville, séjour natal de la fille des Cieux,
Le palais de Justice en peuple, glorieux,
Une docte cité qui florissante embrasse
Et porte de ses reins les deux fronts sourcilleux (1)
Où jadis votre bal alloit d’un pas nombreux
Presser les champs divins du Phocide Parnasse. Un verre-glisse-doux aux Castalides bords
Resonnant gazouillard maints prophètes accords
Couleuvroit en replis mille tortices veines ;
Le Marsupe (2) truitier émaille nos guérets
ELEC
(4) Ces deùx fronts sourcilleux sont probablement les deux montagnes entre lesquelles est située la ville de Saint-Mihiel.
(2) Le Marsupe ou Marsoupe qui passe à Saint-Mihiel et se jette dans la Meuse, un peu au-dessous de cette ville, prend sa source aux flancs d’un monticule appelé Chatillon ou Castellis. De là peutêtre les Castalides bords. H paraît qu'autrefois on pèchait des truites dans ce ruisseau,
É — 246 — Passemente nos preis, damasse nos forêts, Arrouse nos saincis murs et serpente nos plaines. Dans les cousteaux fleureux du Parnasse Lorrain On ne voit point courir des neuf Muses le train, Riches en parement de robes Attaliques, En escharpe une lyre et les fleutes en main, Tabouriner le fond du conseillant airain Ou folastres bondir aux danses Pythoniques.
Neuf Dieux {1) qui de Thémis au sage parlement Balancent droicturiers le poids également, Neuf porte-cieux Atlas, qui d’une large épaule Vont soutenant l’estat de nos princes issus Des Francions Grégeois, qui par les flots bossus Les flammes et le fer ont conquesté la Gaule. Sénat dont la grandeur, la justice, le los Effacent immortels la gloire de Pylos, Cicérons éloquens, véritables oracles, Lois des hommes faconds, l’esquarre (2) de nos mœurs, Des justes le compas, les princes de nos cœurs Et de qui les arrests sont autant de miracles. Au Parnasside creux estoit l'antre sacré De Corice, à Phœbus et Muses consacré.
Entre les fronts cornus d'Hyampe et Tithorée, Sont les trônes devins de nos pères pourprés,
mn
(4) Notre auteur célèbre ici la Cour des Grands-jours de Saint- Mihiel, alors composée d'ua président et de huit conscillers. (2) L'Equerre. |
De mérite, d'honneur, de grâces diaprés, Le siége de Vertu, la séance d’Astrée.
Un chevalier les suit, un grand therme d'Estat, Un gouverneur fidel (1), un sage potentat, Un Mars victorieux favori de nos princes, Qui sur le dos léger du Pégase volant À ses armes fait bruire au rivage Flamant Et de son los emplit nos guerrières provinces.
À sa dextre (2) un Minos, inflexible en ses lois, Invariable juge ; un oracle en sa voix, Réforme les abus, le droict anatomize, Epure son essence, et doctement porté Tire d'un esprit vif l’ame de l'équité, Pénètre dans l'obseur et prudent subtilize.
À la gauche paroit un flambeau non pareil (3) Un astre de justice et d'honneur un soleil, La gloire des vertus, œil de notre police, Qui sans distinction de richesses, de rang, D'amitié, de faveur, de mérite ou de sang, Poursuit le criminel et faict punir le vice.
Et comme le Soleil, qui du moite séjour Galoppe sans repos Le carosse du jour, Brille tant seulement de ses propres dorures,
(4) Théodore de Lenoncourt, bailli de Saint-Mihiel. (2) Le président de la cour des grands jours. | (3) Le procureur général.
Cet œil étincelant des méchants redouté L'amour des magistrats, des bons la seureté D'un or adultérin a toujours les mains pures. Puis d’une longue suite en apperceoit filer Mille Platons divins de qui le doux parler Surpasse la liqueur des pillardes abeilles, Et de propos mielleux charment si doucement, Emeuvent notre esprit et notre entendement, Qu'ils nous tirent, trompeurs, l'âme par les oreilles. Tounerres d'éloquence et vrais foudres encor, Qui de mots éclatans et de parolles d'or Tonnent dans un parquet ; attirans Demosthènes, Torrens de beaux esprits facondement diserts, Qui ramenent chez nous des Cécropes déserts En un siècle doré les sciences d'Athènes.
Et vous, que Coronis aux bords de Lacéron Enfanta de Phœbus, disciples de Chiron, Vous suivés pas à pas ces éloquentes bandes ; Vous qui fraudés par art, en faveur des humains, De l’homicide mort les étouffantes mains, Et désertés les cours des Plutoniques landes. Qui sçavés les vertus des plantes et comment Il faut aux languissans donner allégement, Hyppocrates fameux, riches d'expérience, Meurtriers de nos langueurs, qui ne manqués jamais D'un profftable effet, en vos sages essais, Honneur des Galiens, abismes de science.
L'auteur, comme on voit, n'oublie rien de tout ce dont
la ville de Saint-Mihiel se faisait gloire au commencement du xvn° siècle. La cour des Grands-Jours, ses magistrats, ses avocats, non moins célèbres dans la contrée, ses médecins reçoivent de la muse du sieur de Rosières un tribut de louanges qui sont parfois burlesquement emphatiques, mais auxquelles on ne reprochera pas d’être mensongères. Ce n'est pas sa faute si l’ancienne capitale du Barrois Lorrain n’a pas la célébrité médicale de Montpellier ; si nul autre que lui n’a pu voir le Parnasse à double cime dans les deux fronts sourcilleux qu'ellé porte de ses reins. | |
Il n'est pas difficile de reconnaitre, à travers l'obscurité des deux strophes ci-après, un hommage à des artistes plus ou moins célèbres, originaires de Saint-Mihiel ou de quelque autre lieu du Barrois, et que notre poëte n’a pas nommés, sans doute parce que, dans leur pays natal où il écrivait et où son livre devait être mis au jour, leurs noms se présentaient d'eux-mêmes au lecteur. Tels étaient Pierre Woeiriot, dont l’œuvre offre aux ciseleurs et aux orfévres une nombreuse série de dessins, aussi riches de composition qu'ils sont habilement gravés, et les sculpteurs Richier, fils ou petit-fils de Ligier Richier, dont l’art héréditaire en cette famille venait de concourir, dans la capitale de la France, à la décoration de la galerie du Louvre.
Sus enfans de Minerve
Esprits vraiment subtils à qui les Florentins
Les Tudesques ouvriers, les François, les Latins Doivent l'invention des plus riches ouvrages.
Paris, de l'univers le théatre abrégé, Tes artisans polis dans son Louvre a logé Et son front décoré de tes riches factures.
Rome, qui florissoit d’un lustre souverain, Superbe maintenant du Pontife Romain, Décore ses palais de tes vives peintures (1).
Les dernières strophes sont consacrées au clergé, et notamment aux bénédictins de la célèbre abbaye de Saint-Mihiel.
..... Anges séquestrés du reste des humains,
Qui vers les cieux pour nous sans fin tendent les mains,
Vivent en célibat, en jeusnes, en prières,
Jour et nuit du Seigneur parfument les autels
Imitent sur-veillans les bourgeois immortels (2).
Et font un Paradis où logent nos misères.
Voioi quelques stances d’une autre pièce de vers :
Qui est celle qui vient travers " Le roc pierreux des froids déserts, De mille musques parfumée, Qui bras à bras tient son espoux,
(4) 11 s’agit ici d'un peintre ; mais où et comment découvrir son nom ? | (2) Les anges, bourgeois du cicl.
Suce le miel d’an baiser doux Aux lys de sa bouche bâmée ? (A) Qui est celle dont l'œil beillant S'esgale au jour estincelant, En la naissance de l’Aurore :
Plus belle que n’est an réveil La perruque du blond Soleil, Quand serein le monde il redore?
Voyez son port, sou cœur joyeux, Son front vermeil et ses beaux yeux ; Comme elle bondit d’allégresse.
Hâte le pas, ton bien-aymé De vives flmes animé Te cherche et te huche sans cesse.
Sus ma mignonne, levés vous, Avancez vous, mon bâme doux, Chère moitié, ma colombelle.
L'hyver ne vieillit plus nos champs, La neige et les glaçons tranchans Donnent place à la saison belle.
Le printemps marqueté de fleurs, Le pré bigarré de couleurs,
Les airs battus d'un doux Zéphire Rajeunissent cet air nouveau.
L’allégresse en ce renouveau
Se (1) Embaumée.
D ne © mt ne manne
Establit par tout son empire.
Sus! que l’on quitte la maison :
Car maintenant c'est là saison Qu'il faut tailler la vigne tendre. Les oyseaux citadins des bois Et des tourtres (1)la triste vois À nous déjà se faict entendre.
Déjà les vignes sont en fleur Et le figuier à demy-meur Grossit de lait sa figue pleine.
Lève toy, redouble tes pas,
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Approche, vien dans ce rocher Qui sert de lambris et plancher Au creux de ces vieilles masures, Où nature d’un art sans art Asseura d’un double rempart Ses murailles et ses clôtures.
Viens ma belle, mon cher soucy, Haste le pas et vien icy Tirer mon cœur par les oreilles, Car ta voix grande aise me faict, Ton visage est beau et parfaict Ta face pleine de merveilles.
Monstre moy ces monts jumelets,
RE eq ER RDS ue nn UE
(4) Tourterelles.
Ces lys, ces respirans œillets,
Ces roses fraîches de ta bouche, Ce front d'argent, ce teint vermeil, Ces yeux qui font honte au Soleil Et rendent la lumière louche.
Le lecteur impatient veut savoir à qui s'adressent ces doux propos, ces paroles amoureuses. — À l’âme. C'est un hymne qu'il vient de lire, et cet hymne, les chastes filles de Sion l'entonnent pour la gloire de l’ême qui sort des misères du monde.
Tout ce que je sais du sieur de Rosières de Chaudeney, c'est qu'il était neveu de l’archidiacre de Toul François de Rosières, seigneur de Chaudeney (4), qui dut une espèce de célébrité au procès suscité contre lui en 1582, par la publication en France de ses STEmMmaATA Lotharingiæ ac Barri Ducum (2). On voit dans les pièces liminaires que notre poëte avait aussi le prénom de François ; ce qui ne permet pas de le confondre avec Jean de Rosières, auteur en 1606 (3) des Noraszes observations
(1) Chaudeney est un village sur la Moselle, à 4 kilomètres de Toul. F. de Rosières, qui en était seigneur, avait demandé d’y être enterré ; mais les chanoïnes ne voulurent pas que cet archidiacre, dont le souvenir leur était cher, eût sa tombe ailleurs qu'à la cathédrale où ils lui érigèrent un mausolée.
(2) Journal du règne de Henry IH. Edit, de 1744. T. 1er, p. 397.
(3) Recherches, p. 247.
sur le mariage du duc de Bar, avec Marguerite de Gonzague, et en 1608 d'un discours sur la maladie et la mort du cardinal de Lorraine, fils de Charles III (1). Il a laissé manuscrite une Histoire de Lorraine et des choses mémorables advenues en France, Germanie, Hongrie, Bohème, Transilvanie, Moravie, Moscovie, Danemarck, Pologne, Suède, Angleterre, Ecosse, Italie, République de Venise, Espagne, Portugal, Pays-Bas, durant soixantetrois années du règne de Charles troisième, duc de Lorraine et de Bar. Dédiée à S. A. par le sieur R. D. C., 1620 (2).
Le TRVCHEMENT DE LA IVSTICE DIVINE avant Covrier du grand Jugement. Touchant les présages funestes et espouuentables tant de l'embrasemet de l'Eglise de Bar le Duc causè par vn feu tombé du Ciel qu'autres merueilleux prodiges apparus visiblement en d’autres contrées. Chose approuuée par plusieurs personnes. Cela est arrivé le 14 Mars. Imprimé à Toul, 1619. Pet. in-8° de 8 ff., y compris le titre et un feuillet blanc, paginés de 3 à 14.
u C’est à Bar n dit l’auteur (p. 9), u ceste belle ville “ ducale et célèbre, qu’on a veu tout récentement fondre “ du ciel un gros randon (3) de feu qui se coula sur le “ sommet de la tour de la grande Eglise dédiée sous l'in- “ vocation de la Glorieuse Vierge, et gaigna pièce à pièce
= te
(4) V. ci-dessus, p. 215. — (2) Pet. in-fol. ms. de 925 FT. Biblioth. de M. Noël, notaire honoraire à Nancy. (3) Brandon.
# tout le voile et l'embraza de telle sorte qu'il vint à s fondre une grande masse de plomb qui faisait couver- # ture au vaisseau de l'Eglise. Je ne parle point des grands “ encombriers causez par telle liquéfaction à ceux qui “ deffendoient que ce feu ne gaignast toute l’estendue de “ ceste belle Eglise; car aux uns les gouttes du plomb “ fondant, qui tombaient à gros ruisseaux, avoient telle- “ ment perclus le libre mouvement des membres qu'ils “ restoient immobiles de pouvoir, mais non de volontez, " au secours de ce grand dégast: aux autres l’appréhen- “ sion du danger évident faisoit faire alte à la poursuyte “ du dessein qu'ils avoient d’empescher l'avancement “ rapide de ce foyer.
» Les grosses pièces de Canons bracqués, affin de sap- “ per violentement et par prévention les parties embra- “ zeez, et délaschés avec tant d'impétuositez au hazard “ de la vie d’un grand nombre de personnes, pour em- “ pescher que l'embrazement ne rampast successivement, » à cause de la contiguité de la matière combustible et n jusques à l'entière démolition de toute l'Eglise, n'ont » sceu empescher que six belles cloches ne passassent » par la violente capacité de ce grand brazier, de sorte » qu'il ne resta d’elles aucune marque ni vestige.
s Un seul Agnus Dei est demeuré franc de ce cruel » effort, et n’ont peu les flammes ardentes faire aucune “ violence à ce sacré despot. » |
Si quelque jour on écrit l’histoire de la ville de Barlc-Duc, la relation de l'incendie du 14 mars 1619
pourra y prendre place. Toutefois, en donnant cet extrait d’un canard dont il n’existe peut-être aujourd'hui que l'exemplaire dont j'ai eu communication, je n'entends pas en garantir la sincérité (1).
Discours de la Comète qui apparut aux mois de Novembre et Décembre de la présente année. Epinal, 1619, petit in-8°. :
Je ne connais ce livre que par le Catalogue de M. Leber (2). C'est peut-être une édition lorraine du traité du P. Leurechon, sur la fameuse comète de 1619, imprimé plusieurs fois à Paris, sous la même date. Je n'en douterais pas un instant, si au lieu d'Epinal on lisait sur l’adresse Pont-à-Mousson, siège de l'Université, et du collége où professait ce savant Jésuite (3) ; je croiraismê me que
(1) Autre canard sur le même sujet, mais avec variantes dans la date et les circonstances de l’incendie,et en style moins boursouflé.
Discours véritable du désastre miraculeux arrivé par le feu du ciel sur la Flesche de l'Eglise parochiale de Bar-le-Duc, ville capitale du Duché de Bar, le 27 auril 1649. À Lyon, pour François Yvrard. 1619, pet. in-8° de 8 F, titre compris.
(2) No 1238.
(3) La Bibliothèque Lorraine, au mot Leurechon, cite De Cometa ann. 1618 (il faut lire 1619). Mussiponti, Melchior Bernard, in-18. Peut être ce jésuite n’a-t-il pas donné d'édition française de ce discours. — Le P. Leurechon, fils d'un médecin qui avait en Lorraine une certaine réputation, était entré malgré son père dans la Compagnie de Jésus. Le Bibliothèque Lorraine fait mention de cette particularité sur laquelle on trouve plus de détails dans le Mercure
c'est l'édition originale en français. Quoi qu’il en soit de l'ouvrage et de l'édition, les presses spinaliennes qui ont donné ce discours sur la comète de 1619, sont probablement celles de Pierre Houion dont on connait des produits datés de 1617.
RITUALE MONASTICUM. Sammielli, Monasterio S. Michaelis per Franciscum Dubois. 1619, in-12. 168 pp.
Bearissim: DeopaTi EPiscoPi virA. Vanceü. Ex officina typographica Jacobi Garnich., 1619, pet. in-8° de 36 pp.
Je ne veux pas terminer la série des livres que les presses lorraines produisirent en 1619, sans dire qu'il existe des exemplaires de l'Epipolimétrie de Jean L’Hoste, sur le titre desquels on lit : Verdun, au lieu de Saint-Mihiel, mais toujours avec le nom de François Dubois, qui avait des presses dans l’une et l'autre de ces deux villes.
AIONYYIOY AAEŒANAPEQZ OIKOYMENHZ meprynois.
Dionysiü Alexandrini de sitv orbis Liber. Cum latina interpretatione penè ad verbum notisq. breuioribus.….. In vsum studiosæ luuentutis. Mvussiponti, Apud Melchiorem Bernardum..…. 1620. Pet. in-8°, gr. et lat., 88 ff. non chiffrés, titre compris, signat. À 2.-L 4. |
jésuite, p. 622 : Arrêt du parlement de Paris, donné le 29 de juillet 4641, sur l'enlèvement d’un fils unique, par lequel défenses sont faites aux jésuites de Nancy de recevoir ledit fils à faire aucune profession de vœu.
Des exemplaires en grand papier de ce petit livre de classe, s’il en a été tiré, ne seraient pas à dédaigner pour un bibliophile.
C'est en 1620 que Jean Appier, surnommé Hanzelet, et D. Jullet, écolâtre de Saint-Georges, firent paraitre le premier son Recuer de plusieurs machines militaires (1 ); le second, son Hisrome de Nostre Dame de Bonne Nouvelle, révérée en l’insigne Eglise ducale de Saint-Georges, à Nancy (2). Ces deux ouvrages sont connus et décrits ; mais il ne meparait pas sans intérèt d'ajouter à ce qu’on en sait :
Que suivant Durival, Description de la Lorraine, t. Ill, p. 186, Jean Appier naquit à Haraucourt-les-Saint-Nicolas, le 15 novembre 1596, et qu’il décéda en 1647.
Que les chapitres 3 à 9 de l'Histoire de Notre-Dame de Bonne Nouvelle contiennent unenarration de la guerre des Rustauds, et que, s’il faut en croire D. Jullet, ce fut l’image de N. D. de Saint-Georges qui annonça à Renée de Bourbon la victoire que le duc Antoine, son époux, venait de remporter à Saverne. De là le surnom de N. D. de Bonne Nouvelle.
On vit paraitre, vers 1621, plusieurs écrits pour et contre les prétentions de François de Vaudémont, frère
+ © e- ne—e— — On ten En € OR ERA dune en
(4) Recherches, p. 352-355.
(2) Recherches, p. 336.
de Henry Il, à la succession ducale qui n’était pas ouverte. u Ce Prince avait, u dit dom Calmet, »n publié un “ manifeste contre le projet de mariage de Nicole, héri- “ tière présomptve du duché de Lorraine, avec Louis de » Guise, bâtard du cardinal de ce nom, assassiné à Blois ; “ le duc Henry en publia un autre en réponse n Tout cela s’arrangea provisoirement, comme on sait, par le mariage de Nicole avec le Prince Charles (depuis Charles IV), fils ainé du Comte de Vaudémont ; et la branche cadette de la maison de Lorraine laissa sommeiller encore quelques années le principe fort contestable de la masculinité du duché (1).
Les pièces de cette polémique me sont inconnues.
La Vie du grand et incomparable Sainct Nicolas, Evesque de Myre, Patron de la Lorraine. Avec un abrégé de plusieurs miracles arrivez par son intercession en l'église de S. Nicolas du Port en Lorraine et les litanies du grand S. Nicolas. Nancy, Anthoine Charlot, 1621. Pet. in-8° front. gravé. |
Livret souvent réimprimé en Lorraine, pour être vendu aux pélerins de S‘ Nicolas. C'est un extrait des Fleurs des vies des saints, par le P. Ribadeira. Il en existe probablement une édition antérieure à celle-ci : car l'approbation, avec permis d'imprimer donné à Ni-
(4) Voir sur cette question souvent controversée un excellent Mémoire de M. Aug. Digot, publié l'an dernier dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas.
colas Diamon par M. de Porcelets, évèque de Toul, porte la date de 1616.
Si, comme je le crois, la date du livre ci-après a été exactement rapportée, Simon S. Martel imprimait encore à Toul en 1622. |
SEPT RARES MÉDITATIONS Sur l’histoire de la Passion de N. S. Toul, Simon S. Martel, 1622 in-8° (1).
L'Anri-RoceLze ov dovx contre-poison a l'insolent manifeste des Rochellois, ov l’Avthevr descovvre la malice inueterée des Rebelles, soustient la lustice des Armes du Roy, deffend la fidelité de ses bons seruiteurs, & publie la valeur de ses braues Guerriers. Dediée av Roy. par le Sieur Gverson, Docteur en Theologie, Conseiller & Predicateur ordinaire de sa Majesté... Av Pont-à- Movsson. Par Melchior Bernard... 1622. Pet. in-8° de 43 ff. outre le titre, paginés de 1 à 87.
L'auteur de cette apologie discute un à un les griefs exposés dans le manifeste des protestants, et s'attache à démontrer qu’en toute occasion ils ont donné lieu aux persécutions dont ils se plaignent, et provoqué les voies de fait exercées contre eux. Il s’acquitte assez habilement de cette tâche difficile ; et s’il est permis de suspecter sa
bonne foi dans l'exposé et l'appréciation des faits, il y
(1) Catal. de M. C. L. Paris, Potier, 1846, in-8°, n° 3.
aurait quelque injustice à le confondre avec ces écrivains de bas aloi, qui pullulent dans tous les partis politiques et religieux, et savent mieux trouver des injures que des raisons.
ASSOCIATION DV PETIT CHAPPELET de dovze Ave Maria. Autrement, de la covronne des dovze estoilles, grandement vtile & recommendable, povr obtenir de la bonté Diuine deux Graces grandement souhaitables à vn chacun, qui sont, l’extirpation de l’heresie, & du vice ; & la Grace de bien mourir... À Nancy, Par Séb. Philippe, Imprimeur de Son Altesse. 1623. In-19, 8 ff., prélim., titre compris ; texte pag. de 1 à 216 ; 3 ff. non chiffrés pour la table et l'approbation du P. Picotin et d’un autre docteur en théologie. A la fin 1 feuillet blanc.
Discovrs de la natvre, cavses & remedes, tant curatifs que préseruatifs, des maladies populaires accôpagnées de Dysenterie & autres flus de ventre & familiaires aux saisons chaudes & séches des annees de semblable intempérature. Composé par le Sieur Charles Le. Pois, Conseiller & Médecin ordinaire de Son Altesse, Doyen & Professeur en médecine en l’Vniversité du Pont à Mousson & seigneur de Champel. Av Pont à Movsson, Par Sebastien Cramoisy..…. M. DC. XXII. Pet. in-8° de 134 pp.
u En 1622, » dit M. le docteur Simonin père, dans ses savantes Recherches topographiques et médicales sur
Nancy (1), u la dysenterie a été en Lorraine si répandue “ et si meurtrière que Charles Le Pois en a fait le sujet de n ses méditations, et a publié sur elle un traité digne de n la réputation de ce grand médecin... Son langage a “ vieilli, ses théories sont surannées, sa polypharmacie n n'est plus de mode ; mais ses sages préceptes fondés sur “ l'observation de la nature peuvent encore servir de “ guide aux médecins... Cet ouvrage est devenu tellev ment rare, qu’en 1777, M. du Tennetaer, en donna une “ analyse raisonnée (2) qui ne dispense pas de la lecture » de l’ouvrage original : M. du Tennetar substituant sou- “ vent sa thérapeutique à celle de Le Pois. n
L'OwoLoai, contenant les cavses, signes, prognosticques & remedes contre la peste, Par L. S. de Sainct-Hillier, Conseiïllier & Medecin du Roy. Av Pont-à-Movsson ;: on les vend chez iean le Géant a Verdun, 1623. Pet. in-12 de 128 pp.
u Quoique k publication de ce petit volume ait eu pour n cause le mal qui ravageait alors nos contrées, c'est n plutôt, n dit M. Ch. Buvignier, à qui j'en emprunte le titre, altéré par Dom Calmet (3), « un traité général sur “ les pestes, qu'une monographie spéciale à notre pays “ et à la contagion à laquelle il était en proie... La plus
(4) Nancy, Grimblot, et Paris, Baillière, 4854, in-8v, p. 112.
(2) Lettre à M. P., Docteur médecin, sur les flux dysentériques épidémiques en Lorraine. Nancy, 1777, pet. in-8e.
(3) V. Recherches, p. 360.
— 963 — # grande partie de l'œuvre n’est, du reste, que la paran phrase du traité d'Ambroise Paré (1).
Panvun B. Vans Saceizun hieroglyphicum distinctum imaginibus Parthenio sodali sacrum. Pent-à-Mousson, Seb. Cramoisy. 1623, in-12 (2). |
Horocoqiuu auxiliarii tutelarii angeli..…. Mussiponti apud Seb. Cramoisy, 1623, in-16, titre gravé.
L’Abbé Gouget fait mention dans sa Bibliothèque Françoise (3) de Henry Humbert, dont quelques ouvrages sont déjà connus et décrits (4), entre autres celui qui est intitulé : Les Tévèsres du Sieur Humbert, exposés au jour Serenissime de l’Altesse de Madame, et qui parut en 1624. Henry Humbert, dit-il, au sujet de ce livre, le seul de notre poëte lorrain qu’il paraisse avoir connu, u cherchant à se consoler dans cette triste situation (il » avait perdu la vue), eut recours à la poésie qu'il aimait, n et dans laquelle il réussissait mieux que le plus grand “ nombre de ses contemporains. Pour faire allusion à
(1) Recherches historiques sur les maladies épidémiques et contagieuses qui ont régné dans le Verdunois, 825 — 1637, par M. Ch. Buvignier. Verdun, 1854, in-8°, et dans les Mémoires de la Société philomatique de Verdun, T. V.
= {2) V. Bibliothèque Ardennaise de l'abbé Bouillot, au mot Desbarre.
(3) Tome XV, p. 114. — Recherches pp. 256, 364 et 582.
“ son état, il intitula le recueil de ses vers : Les Téneèv bres. Ce sont des paraphrases des endroits qui le tou- “ choient le plus dans les Lamentations de Jérémie... “ Ces paraphrases sont suivies d'une lamentation pleine “ de piété et bien versifiée, où l’auteur fait un récit, “ mais sans spécifier aucun fait, des accidents qu'il avait n éprouvés ; et d’une ode à M. le Comte de Brionne, “ pour le consoler de la mort de ses deux filles. n
La même année vit paraitre un autre ouvrage de Henry Humbert. Ce n’est qu’une plaquette de quelques feuillets, mais une plaquette des plus rares; je la crois même entièrement inconnue.
L'EsvanOvISsEMENT D'ALor, À la mort de son cher Aristee .À Nancy, Par Séb. Philippe... 1624. Pet. in- 8° de 8 ff., titre compris, pag. de 3 à 15, caract. ital.
Henry Humbert n'a pas oublié de mettre son nom audessous du dernier des 302 vers dont se compose cet opuscule, mais qu'est-ce qu’Alidor ? Qu'est-ce qu'Aristée ? Il est tout simple de chercher d’abord en Lorraine, et parmi les contemporains de l’auteur, les personnages qu'il lui a plu de déguiser sous ces noms poétiques. On doit les croire gens de haut rang : car il n’était guère donné au vulgaire des gentilshommes, bien moins encore aux roturiers, d'avoir au Parnasse un écho pour leurs douleurs ou leurs joies. Notre poëte, au reste, annonce assez par son prélude qu'il va gémir sur le cercueil d'un de ces grands de la terre, dont on est convenu de dire, vrai ou non, que le trépas est un malheur public.
Hélas ? faut-il au temps que la terre féconde
Despouille l’ornement de sa perruque blonde,
A la courbe faucille accordant ses désirs,
Que la faux de la mort moissonne noz plaisirs ;
Et que la canicule en sa chaude allumette
Au climat des Lorrains ne soit qu’une comète,
Dont le cruel effect qui germe ses douleurs
Ne luy faict recueillir qu’une moisson de pleurs, . Qu'un fruict empoisonné dont le suc trop funeste
Verse dedans nos cœurs le mal qui nous infeste!
Le temps et le lieu de la mort d’Aristée sont indiqués par les vers suivants :
Ja le mois de César alloit clorre son jour, Lorsqu'on vit Aristée en son royal séjour Se plaindre des-accès qui dans luy prindrent place En faisant succéder les flammes à la glace.
Toutes fois ceste fiebvre, en son débil effort, Se purgeant des soubçons du crime de sa mort. Dans le mal espineux d’une si dure atteinte On faisoit le danger moindre que nostre crainte. Car ja dans le déclin son beau soleil riant Ne sembloit que sortir des portes d'Orient; Mais le mal combattant avecque sa constance Le funèbre succès a vaincu l’espérance.
Ainsi, ce fut à la fin de juillet, dans le royal séjour d'Aristée. Ne perdons pas de vue le millésime inscrit au titre du poëme, ouvrons l'Histoire de Lorraine et nous y verrons,
à la date du 31 juillet 1624, la mort de Henry IL, âgé de
62 ans, ja dans le déclin, dans son palais ducal de Nancy, qu'on pouvait sans hyperbole appeler un royal séjour.
: Voilà pour Aristée. Si comme je n’en fais aucun doute, ce personnage n'est que le pseudonyme de Henry II, c'est à la cour de Lorraine, parmi les proches ou les courtisans de ce prince, qu'on doit trouver Alidor. Je crois avoir reconnu au travers de la phraséologie obscure et des concetti lycophrontiques qui l’enveloppent comme un épais brouillard, Louis de Guise, prince de Phalsbourg ; et c'est à ce favori, mignon du duc Henry, s'il faut en croire la chronique scandaleuse, que se rapportent les traits les plus saillants des adieux d’Aristée à Alidor qu'il aimait à l’esgal de sa douce moïictié (1).
Le poëme est suivi d'un sonnet sur le retour des esprits d’Alidor, et de vers sur les larmes d'Alidor. Ces deux petites pièces sont de Charles Humbert, dont le nom se retrouve ainsi que ceux de Jean Humbert et Claude Humbert, deux autres frères de notre poëte, au bas de stances laudatives, imprimées avec les Ténèbres.
AsTRÆA in terras revocata felicissimis avspiciis Caroli qvarti Lotharingiæ dvcis potentissimi, Carmen. Avthore Francisco Gvineto. Ponti mvssi, apud Sebastianum Cramoisy, 1624. In-4° de 40 pp. titre compris.
Il existe, avec la date de 1624, un livre qui, s’il n'a pas été imprimé par Simon Saint-Martel, indique au moins qu'à cette époque, cet imprimeur Toulois était encore en exercice.
(1) L'Esvanouissement d’Alider.. p. 7, avant-dernier vers.
EuecanTiÆ Au: Manuru, Nvper a Iacobo Gavlterio Annonaensi.. Gallice factæ... emendatæ et multis denud linguæ utriusque phrasibus locupletatæ. Tulli Levcorvm. Apvd Simonem San Martellum, 1624, in-12 de 767 pp. titre compris, et 36 ff. non chiffrés.
On peut ranger parmi les produits des presses lorraines en 1625, si ce n’est à la fin de 1624, un petit in-4° de 40 pages, sans titre et sans indication quelconque de date et de lieu d'impression. Il commence par ces lignes uw Puisque l’estat où se trouvent présentement réduits les “ Duchez de Lorraine et de Bar est le subjet pour lequel » tout plein de nouveaux desseins se dressent sur l’espén rance de la succession d’iceux...n et finit ainsi : « Je * remettray maintenant à la liberté et discretion du lecteur ñ judicieux, qui prendra la peine de passer l'œil sur ce n peu d'observations. de faire résolution en luy mesme.… # de la créance qu'on doit avoir du droit que par opinion » populaire, on a attribué aux femmes en la succession » de èes deux Duchez. Et je veux espérer que s’il n’est préoccupé de passion ni d'intérest, il donnera tant de “ lieu à la vérité qu'il aymera mieux se veoir taxé de peu a de courtoisie, abandonnant la cause des dames, que a d'ignorance ou de malice, ne voulant recongnoistre les » justes prérogatives que la nature, les loix impériales, * les anciennes investitures et l'usage des siècles passez “ y ont donné aux hommes, et à leur exclusion."
On voit par ce peu de lignes que c'est, sous forme de traité ou de dissertation, un plaidoyer devant le public pour la branche cadette de la maison de Lorraine qui, en l'absence d’héritiers mâles de la branche ainée, se prétendait exclusivement appelée à la succession ducale de Henry IL, en vertu de la masculinité des duchés de Lorraine et de Bar, loi salique du pays, mais loi contestée et qui, comme on le voit encore, n'avait pas pour elle l'opinion populaire. Mais quel en est l'auteur ? Il ne s’est pas nommé et n’a pas laissé couler de sa plume un seul mot qui puisse aider à le découvrir. 2
Une note d'une écriture contemporaine à ce qu'il semble, en marge d’un exemplaire que j'ai possédé, attribue cet écrit à Michel Thévenin, secrétaire du duc Charles IV. Dom Calmet qui eri fait mention, au Catalogue alphabétique des écrivains de Lorraine (4), en citant les mots par lesquels il commence, ajoute qu’on le trouve en manuscrit dans la bibliothèque de Séguier, avec ce titre : Discours pour Charles III (Charles IV), duc de Lorraine, mis par écrit en 1624 par un sien secrétaire. Plus loin (2) on lit : u Thévenin (Michel). La Loi “ Salique de Lorraine démontrée, ou Traité juridique et » historique sur la masculinité du Duché de Lorraine. » Ms. dans la bibliothèque de Seguier, n° 50, fol. 23. Il “ est aussi manuscrit dans la bibliothèque de M. l'abbé
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(4) Hist. de Lorraine, T. 1er, col. cvru.
(2) Ibidem, col, cxxxvs, au mot Thévenin.
“ Hugo. M. Thévenin était secrétaire d'Etat de Charles IV.n Enfin, dans la Bibliothèque Lorraine, Dom Calmet, après avoir répété ces assertions, dit que Îles prémontrés de Nancy étaient possesseurs du manuscrit original de Thévenin, qui paraissait fort savant et — et formait un gros volume in-folio.
La Bibliothèque historique de la France cite aussi (n° 29015) un manuserit intitulé u La loi Salique de Lor- “ raine démontrée, ou discours pour prouver que la Loi “ Salique a lieu en Lorraine et au duché de Bar ; queces n duchés sont de la souveraineté de l'Allemagne et qu'ils “ suivent les mêmes lois que les souverainetés membres » de l'Empire, par Michel Thévenin, secrétaire d'Etat de » Charles III, duc de Lorraine, in-folio. — Ce traité “ était conservé dans la bibliothèque de M. Godefroy et » dans celle de M. Foucault. Le P. Hugo, prémontré et his- “ torien de Lorraine, avoit ce mémeouvrage sous ce titre : “ Traité historique et juridique sur la masculinité du “ duché de Lorraine, par Michel Thévenin, avocat en la » Cour souveraine de Lorraine, in-folio.n
Ainsi il existe en original et en plusieurs copies, sous deux titres qui ne diffèrent guère, un mémoire manuscrit qui a pour but d'établir la masculinité des duchés de Lorraine et de Ber, et dont l’auteur est Michel Thévenin, secrétaire d'Etat du duc Charles IV. Tout porte à croire à l'identité de ce mémoire avecle Discours pour Charles IV, duc de Lorraine, mis par écrit en 1624 par un sien secrétaire. Mais c'était un gros volume in-folio; comment
a-t-il pu se fondre sous la presse, au point de ne plus faire qu’un in-4° d'une quarantaine de pages ?
Il faut que cette objection ait singulièrement frappé des écrivains très-versés dans l’histoire de Lorraine (1) : car on les voit attribuer, et ils ne disent pas pourquoi, l'imprimé dont il est question à Charles de Haraucourt de Chamblay. Il est vrai que ce gentilhomme est mentionné dans la Bibliothèque lorraine, comme ayant composé et envoyé au Pape, au commencement du règne de Charles IV, c’est-à-dire, vers 1625, un discours sur la Loi Salique de Lorraine, discours existant en manuscrit dans la bibliothèque de Séguier, ajoute Dom Calmet, sans dire qu'il ait été livré à l'impression. Mais cette attribution ne me semble pas suffisamment motivée : car d'une part, il est possible que Thévenin ait abrégé son mémoire en. le faisant imprimer, ou qu'il en ait retranché les preuves ; et de l’autre, ce n’est pas au Pape que ce petit livre est adressé, ni à un souverain quelconque : c’est au lecteur, c'est-à-dire, au public.
Le P. Hugo, dans son histoire Ms. de Charles IV, dit que ce prince u dépêcha au pape et au grand duc de Toscane “ le marquis d'Haraucourt, bailli de Nancy, parfaitement “ connu cCn Îtalie pour avoir été camérier de Paul V et “ ami intime du cardinal Barberin, élevé depuis au sou- “ verain pontificat. Cet ambassadeur chargé du testament n de René IT, que l’on regardoit comme la règle certaine
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(1) MN. Auguste Digotet Noël.
-# et décisive de la contestation, justifia la conduite des “ deux souverains par l'autorité suprême du réparateur “ et du conquérant de la Lorraine. n — Pas un mot d’un mémoire que cet ambassadeur aurait rédigé pour établir, autrement par le testament de René, la masculinité des duchés de Lorraine et de Bar.
Il est remarquable que dans les 40 pages de l’imprimé, où rien n'est omis en droit et en fait de tout ce qui tend à établir la masculinité des duchés, on ne rencontre pas un seul mot qui rappelle le testament de René II. Comment expliquer cette omission d’un document de la plus haute importance, dans le conflit des prétentions de la fille de Henry II et de la branche cadette de la maison de Lorraine, sice n'est par l'identité ou la commune origine du mémoire publié avec celui qui a été écrit, en 1624, par Michel Thévenin (1), dans l'ignorance où l'on était
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(1) Le nom de Michel Thévenin me rappelle un autre lorraia son bomonyme, Pantaléon Thévenio, de Commercy, auteur d'un petit recueil de sonnets, d’un commentaire sur l'hymne de la philosophie de Ronsard, imprimé en 1582 (V. Recherches pp. 182, et suiv.) et d’un autre commentaire sur le fameux poëme de La Semaine, de Saluste du Bartas, publié trois années après. Ce dernier ouvrage, non moins rare que les deux premiers, n’a point été décrit, et je ne l'ai encore vu cité nulle part. Il a pour titre: La SrPMæAINR ov creation dv monde de G. de Salvste Seignevr dv Bartas, Diuisée en considerations, & illustrée des Commentaires de Pantaléon Thevenin Lorrain : Esquels auec l'artifice, Rhetorique, & Dialectique François sont bien amplement deduites toutes les parties de la Philosophie ; le tout embelli & enrichi d'infinies sentences, lieux semblables, & histoires, tant sacrées que prophanes :
alors en Lorraine du testament de René? La maison de Guise le conservait, à ce qu'il parait, dans ses archives, à Paris ; mais, chose étrange, il n’en existait aucune trace au trésor des chartes de Nancy.
En résumé, s’il s'agissait de réimprimer ce peut livre, il ne faudrait pas, à mon avis, lui chercher un autre titre que celui du manuscrit de Michel Thévenin, tel que le donne la Bibliothèque historique de la France ; et s'il fallait absolument y mettre un nom d'auteur, ce serait celui de Michel Thévenin. (Sera continué.)
avec enodation des mots, & paraphrase des discours plus diflcils : Ensemble vne Table ample des matières 4 mots plus remarquables. L'œuvre entier dedié à Tres-illustre, & Serenissime Prince, Monseignevr le Dvc de Lorraine : et les parties aux Exceflences des Princes de sa tresnoble maison, et à quelques Seigneurs & Gentils-hommes Lorrains. À Paris, Ches Hierosme de Marnef, & la veufue de Guillaume Cauellat, au mont S. Hilaire au Pelican. M. D. LXXXV... In-4° de8 ff. prelim. contenant entre autres pièces, et outre le titre ci-dessus qui porte la marque typographique du pélican et la devise : En moy la mort, en moy la vie, la dédicace générale au duc Charles III, datée du 1°r février 4983 et une seconde dédicace, celle de la première partie ou premier jour de la semaine, au marquis de Pont, depuis Henry IT. Le surplus du volume a 566 ff. pag. de 1 à 731, suivis de 8 autres sans pagination et de plus 2 tableaux repliés aux pp. 410 et 526. 11 comprend le texte (en italique) du poëme de la Semaine, souvent interrompu par le travail du commentateur, six autres dédicaces, un avis aulecteur, des extraits de poëtes contemporains, la table des matières et la souscription : Fu£ acheue d'imprimer le 20 Nouembre 1584 par Denis Cotinet m Imprimeur à Paris.