‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 37 sur 85 · SE · texte numérisé non relu

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Jusqu'à quelle époque cet état de choses continua-t-il à subsister ? C'est ce que j'ignore, et toutes les recherches que j'ai faites à cet égard sont restées sans résultat. Ce qui est gertain, ce que je ne contesterai pas, c’est qu'au siècle dernier, Domremy ne figure plus parmi les villages mi-parties avec la Champagne. Durival ne le classe plus dans cette catégorie, et il ÿ avait déjà longtemps qu'il avait cessé d'y être compris, lorsque (1779) fut D np la Description de la Lorraine.

Les 2 octobre 1704 et 21 mai 1705, il avait été fait, entre messire André de Harrouis, intendant de Champagne, commissaire nommé par le Roi, et messire Charles de Sarrazin, maitre des requêtes du duc Léopold, commissaire de ce prince, deux traités par lesquels ils avaient n reconnu et distingué les sujets du roi et ceux du duc -n dans certains villages dont la souveraineté était indivise “ entre Sa Majesté, à cause de ses prévôtés de Vaucou- » leurs, Grand et Andelot, et Son Altesse Royale (feduc), “ à cause deses prévôtés de Gondrecourtetde Foug (1).n Domremy ne se trouve pas au nombre de ces villages.

On lit, en outre, dans un compte de Gondrecourt, de l’année 1631 (2): u Du château de Gondrecourt meuvent “ en fief les villages d'Amanty, Domremy-sur-Meuse, n Vouthon Haut et Bas, Clairey-la-Côte, pour le tout. n

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(1) Arrests choisis de la Cour, etc., 2° partie, et Recueil des Ædits, ordonnances, etc., T. I.

(2) Trésor des Chartes, lay. Gondrecourt, ne 4.

D'où l'on peut conclure : 1° que le concordat de 1571 n'avait pas changé la condition des localités mi-parties avec la Champagne ; 2° que Domremy avait été, dans l'intervalle qui s'écoula de 1603 à 1631, placé dans une autre condition que ces localités.

Comment cela s’était-il fait?... Je ne puis présenter à cet égard qu'une simple hypothèse, mais qui me parait fort bien admissible.

Jusqu'à son érection en cure, c’est-à-dire, très-vraisemblablement jusqu'au concordat de 1802, puisqu'en 1782 il était encore annexe de Greux (1), Domremy demeura divisé en deux portions distinctes : une partie de ses maisons, quoique contiguës aux autres habitations du village, dépendaient civilement, poliliquement, de la communauté de Greux. Elles se trouvaient situées, du côté de cette dernière commune, sur la route de Neufchâteau à Vaucouleurs, et avaient pour limites l'auberge occupée aujourd'hui par un sieur Perrin (2).

Quel avait été le motif de cette séparation, dont la date nous est malheureusement inconnue ? Evidemment, de réunir au village de Greux la portion de Domremy qui

(1) Pouillé manuscrit à la bibliothèque de l'Evêché, à Nancy.

(2) C'est, du moins, ce qui m'a été dit par un habitant du pays.

L'auberge en question se trouve, sur le plan que j’ai donné, dans le quatrième groupe de maisons, à main droite, en entrant à Domremy par la route de Vaucouleurs, c'est-à-dire, à la limite formée par une rue ou un chemin qui aboutit au ruisseau.

346 — dtait de la méme souveraineté, et cela, afin de mettre un terme aux conflits fréquents que provoquait la mitoyenneté, et dont la sentence de 1603 nous offre encore un exemple.

On pourrait tirer de cette circonstance une conclusion subsidiaire qui n’a rien de hasardé, bien qu’elle ne soit pas rigoureuse : c’est que les maisons réunies à la communauté de Greux devaient représenter l’ancienne portion champenoise du village de Domremy, portion dans laquelle ne se trouvaient comprises ni l'église, ni l'habitation de Jeanne Darc.

En tout cas, comme aucun titre ne démontre que le concordat ait eu l'effet qu'on lui attribue ; comme la sentence de 1603 prouve le contraire, on n’est pas fondé à déclarer nuls et sans valeur dans la question les documents postérieurs à 1571. |

J'ajouterai ici une observation qui montrera le peu d'entente de nos adversaires : tandis que l'un d'eux (M. de Viriville) prétend que Domremy est passé tout entier sous la domination des dues de Lorraine par suite du concordat ; l’autre (M. Pernot) vient, une carte à la main, soutenir qu'en 1766, ce village était tout entier de la Champagne.

En s'instituant juge de la polémique engagée entre M. Renard et moi ; en se montrant plus que sévère à mon

égard, M. Vallet de Viriville m'a donné le droit, que je n'aurais pas osé m'attribuer, d'examiner si lui-même n'a pas commis d'erreurs, et si, par conséquent, sa compétence doit être aveuglément admise.

Je lis ce qui suit dans une dissertation publiée par lui et intitulée : Nouvelles recherches sur le nom et sur la famille de Jeanne Darc :

u Le village de Domremy forme encore aujourd'hui » un simple hameau ou annexe de la commune de Greux. n {l en était de méme au xv° siècle. En 1429, ce village # avait pour seigneur Pierre de Bourlémont, gentilhomme n champenois. Domremy était mi-partie quant à la sou- “ veraineté : une portion du territoire et des habitants, n à laquelle appartenait la famille Darc, relevait direc- “ tement du roi de France et ressortissait à la prévôté “ d’Andelot, bailliage de Chaumont, comté de Champagne. » L'autre ne relevait qu'indirectement de la Couronne et “ dépendait de la prévôté ou châtellenie de Gondrecourt, “ qui ressortissait au duché de Bar.»

Il est impossible de trancher plus nettement'une question, et, en présence d'affirmations si positives, il ne devrait me rester qu'à déposer les armes. Examinons eependant si M. de Viriville n'a pas pu setromperici, comme il l'a fait déjà en paraphrasant les lettres patentes de 1429, et en interprétant lc concordat de 1571.

J'ouvre l'Annuaire du département des Vosges, et j'y vois Domremy figurer parmi les communes et les succursales du canton de Coussey; ce n’est done pas encore

— JB —

aujourd'hui un simple hameau ou annexe de la commune de Greux. |

Etait-ce davantage un simple hameau en 1429 ?Plusieurs historiens l'ont avancé dans des descriptions plus poétiques que vraies, telles, par exemple, que celle de M. Lebrun des Charmettes. Mais comment s'expriment les anciens titres, auxquels M. de Viriville doit être habitué à ajouter foi? ils qualifient Domremy de village. C'est ce que fait, notamment, Jean de Bourlémont en 1334.

Faut-il citer des documents postérieurs ? ils ne me manqueront pas. En 1580, les habitants de Domremy, réunis en corps de communauté, se font représenter à la réunion des Etats du Bassigny, par Nicolas Noblesse, leur maire.

En 1700, les mêmes habitants, conformément à la déclaration du duc Léopold et à l'arrêt du Conseil des Finances, des 10 janvier et 22 septembre de cette année, fournissent à la Chambre des Comptes de Lorraine Je dénombrement de leurs biens et usages communaux. Cet acte est signé par le maire et le syndic. Il en est de même en 1708 et 1758. ‘

Durival, enfin, qui a pris som de distinguer les villages des hameaux, range Domremy avec les premiers.

C'est à tort, d’ailleurs, qu'on fait des synonymes des mots hameau et annexe ; il n'y a pas la moindre analogie entre eux, et une commune peut parfaitement être annexe, c'est-à-dire, dépendre au spirituel d’une autre commune, sans perdre pour cela sa condition civile.

Je regrette d’être obligé d'entrer dans de semblables

détails ; mais ce n'est pas moi qui ai amené la question sur ce terrain. Je continue l'examen du passage de M. de Viriville. |

Pierre de Bourlémont, seigneur de Domremy en 1429, n'était pas gentilhomme champenois: sa famille était originaire de Lorraine ; elle appartenait à l'ancienne chevalerie de Lorraine (1), et lui-même, comme on l'a vu précédemment, était vassal du duc de Bar.

La portion du territoire de Domremy habitée par la famille Dare ressortissait-elle à la prévôté d’Andelot? Je le conteste, car rien ne le prouve, si ce n'est une interprétation, qu'on ne saurait justifier, des lettres patentes de Charles VI.

Je m'arrête; car il est temps de clore cette discussion, déjà beaucoup trop longue.

L'honorable M. Renard a traité de fantasmagorie les témoignages des chroniqueurs et des poëtes du xv° siècle; si je l’osais, j'aurais peut-être le droit de qualifier ainsi les arguments de mes adversaires. Ces arguments, en effet, qui paraissent spécieux et presque concluants au premier abord, que deviennent-ils quand on les examine de près, quand on les fait passer au creuset de la critique? Ils s'évanouissent les uns après les

autres.

Ji, l'on reconnait que des textes ont été bénévolement

(4) Dissertation sur l'ancienne chevalerie et la noblesse de Lorraine, par de Bermann.

— 350 — | interprètés, paraphrasés dans un sens qu'ils n'ont pas; là, on s'aperçoit que des conséquences hasardées ont été tirées de faits vrais en eux-mêmes; plus loin, enfin, qu'on s'est appuyé sur des témoignages auxquels on a attribué une autorité et une valeur fort contestables.

Aussi, en dépit des conclusions de M. Renard et de M. Pernot ; malgré le jugement de M. Vallet de Viriville, je persiste à soutenir que Jeanne Darc, sujette du roi de France, est née dans la partie du village de Domremy qui dépendait du duché de Bar.

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