‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 79 sur 85 · PAR M. PAILLART · texte numérisé non relu

PAR M. PAILLART

PRÉSIDENT DÉ L'ACADÉMIK DE STANESLAS,

le 6 juin 1855.

MESSIEURS

Nous venons, au nom de l’Académie de Stanislas, organe de sympathies unanimes et de regrets profondément sentis, dire les suprêmes adieux à l’un de nos plus anciens (1) et de nos meilleurs confrères, à l’homme qui, durant un demi-siècle, a été mélé, parmi nous, à toutes les choses de l'intelligence et de l'enseignement. Il a fait du bien à plusieurs et n’a jamais fait sciemment de mal à personne. Chez lui, le savoir fut toujours aimable, l'esprit toujours indulgent. Riche de toutes les connaissances humaines, c'est surtout par le côté littéraire qu'il appartenait à l'Académie, oubliant volontiers, dans le culte de

(1) Membre de l’Académie de Stanislas depuis le 42 février 1807, docteur ès sciences, licencié en droit.

la muse familière, la sévérité des mathématiques, et mé-

lant aux plus sérieux travaux les grâces du monde et les délicatesses du goût.

Pienre-Henn pe Caumont, né à Paris en 1781 (t), a passé à Nancy sa vie entière depuis l'âge de quatorze ans. Tant d'inscriptions funéraires nous disent combien de morts reposent loin du lieu où ils ont vu le jour... Au milieu de nos agitations incessantes, c’est désormais par une sorte d'exception et de privilège que l'homme peut trouver sa tombe près de son berceau.

Dans une sphère modeste, la vie publique de M. ne Caumoxr a été utile et brillante. Son adolescence, contemporaine des plus tristes faits de notre histoire et cruellement frappée, eut seule des épreuves à subir. Dans la suite des temps, les fleurs de cette belle intelligence n’ont plus connu les orages. Voué, dès l’âge de vingt-deux ans, à l'exercice laborieux et calme du professorat, il comprenait les jeunes gens, les aimant avec son cœur et les jugeant avec sa raison. Si les sciences n’ont qu'une vérité, tous n'y arrivent ni du même pas, ni par le même chemin. Pendant de longues années, son enseignement a fait honneur au lycée de Nancy (2), en formant un grand nombre d'élèves distingués pour l'Ecole polytechnique.

(4) 145 mars 1781.

(2) Professeur de mathématiques, 19 mars 1804.

aimait à dire que, sur tous les points du globe, il retrouverait, au besoin, d'anciens disciples restés ses amis, et plusieurs dans des postes éminens. Si parfois la renommée, cette voix confuse de tout le monde, éveillait au bruit de leurs succès le juste orgueil du maitre, plus souvent encore la reconnaissance, celte voix intime du cœur, venait se faire entendre : des lettres lointaines, des visites imprévues attestaient que le souvenir personnel de l'homme avait pris une grande place à côté de ses leçons.

Ces travaux ont eu leur récompense : M. ne Caumont parvint à de hautes fonctions dans l'administration universitaire (1). Il y a marqué son passage, et conquis des amitiés nouvelles. Devenu recteur de l’Académie de Nancy, il a été nommé successivement chevalier (2) et officier de la Légion-d’Honneur.

Bien des années après vint, avec l'âge (3), le moment d’une retraite honorable, où M. pe Caumonr n’a été oublié de personne. | |

À dater de ce jour, son âme se recueillit au sein du bonheur domestique, dans les devoirs d’une paternité adoptive. Là, nous le savons tous, se concentraient les

(1) fnspecteur de l’Académie de Nancy, 12 mars 1851; Recteur le 22 juin 1832. |

(2) C'est en 1828, durant l'exercice du professorat, que M. de Caumont a été décoré.

(3) Admis à la retraite, sur sa demande, le 12 août 1842, et nommé Recteur honoraire.

pensées de sa vieillesse, aussi bien les trésors de son cœur que les qualités exquises de son esprit. Le corps seul tombait en ruines; en le voyant vivre, malgré sa faiblesse, on se désaccoutumait en quelque sorte de la pensée de le voir mourir : on oubliait son àge sous l'impression de cette eauserie doucement ingénieuse, si charmante et si variée. Ses dernières forces semblent s'être épuisées par les émotions mêmes d’un dernier bonheur. Son âme a cherché d'autres espérances : elle va porter vers un monde meilleur ses vœux et ses prières pour ceux qu'il a tant aimés, et cette pensée seule nous console dans la douleur d’un éternel adieu!

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