COMPTE RENDU
Par m. lombard
SeertiaiitaimDèl.
IfBSSIItIMt
hies bommes qui o*lgDorent pas que la loi du traifaU, du progrès intellectael et moral, simpose à tous sous pdne
de décadence et de chute, cherchent volontiers a se rendre compte d*eux-niénies» et à bien comprendre ce qu*ils sont» 0our mieux Juger ce qu*ils doivent être ; ce qulls ont fait, , pour mesurer l'clendue de la làclie à remplir. El nous, Messieursi ne devons-nous pas reconnaître qu'une obligation semblable nous est imposée» comme formant une société dont l*objet est le culte des lettres et celui de la
sdence, ud corps destiné ft se perpétuer par le renouvellement de ses membres, en conservant les traditions qui ne cessent de ranimer d'un même esprii? N'est-ce pas pour y satisfaire que nous revenons aujourd'hui sur nos pertes» èi Hué notas c^mptoos eeut qu'une libre Cteetbn Isêoeiè désormais à nus iravitux? Nous n ignorons pas non plus combien il est bon de sortir parfois de i*ombre de nos séances intimes, et d'entrer en communication avec un public d'élite, ju^e éclairé,* bienveillant et sympathique, devant lequel nous exposerons nos regrets et nos espérances. Autrefois nous lui soumettions même le recensement de nas travaux; iiiais nous avons pensé qu'il valait mieux lui épargner des détails nécessairement arides et fugitifs; car il saura bien discerner, ati caractère de nos choix académiques, si nous n'avons pas dévié du but qu'assignait à notre institution le royal fondateur dont nous vénérons la mémoire*
Il faut donc, Messieurs, que votre secrétaire annuel commence par se faire ici IHuierpréte de vos sentiments pour ceux que vous regrettez, pour les associés à titres divers que la mon, depuis un an, est venue vous enlever.
£n soumettant ce rapport à votre approbation, je vous disais : ¥ous avez perdu un membre homMire» M. flsàu- PRÉ ; un membre titulaire, M. Guillbhin ; deux correspond dants français, Mgr Lacroix, M. Clément Mullet ; un correspondant étranger^ M. Van Dui Mabler. Mais à cette liste, qui exeitaU déjli tant de regrets, j*al dû ajmiier m grand nom, celui de M. Villemain, qui fut aussi votre correspondani; et lorsqu'à la fin de ce rapport je hii eoniaererai quelques paroles, je suis certain d'avance que mes sentiments seront en harmonie avec les vôtres.
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M . BiâiMÉ Tow appartenait depuis trente ws. L^cstime el reffeetfon que Totre Compagnie portail k ee eontirére
honoré n'avaknl fait que grandir por la durée. Le fê no^ veaibre 18^9, il était nonaïaé membre eorrespondaut, ië W aeât IdAdi Bienriire titirialre* BvÛn^ ayant paryé è l*Académîe un large tribut de science et de travail, sentant 8 appesantir le ferdeau des années, el déjà séparé par Tàge des aostères devoirs de fa loagisiratiire» entouré dans la oHé de eetle eornidératiim universelle <qtà sied si bien au digne repos de ]a vieillesse, il passait, Je t) niai i soij, dans la classe de vos membres bonoraires. Mais vos annales cenaerverom la mèmofra de eel homme de bien è qui vous avez dû des travaux excellents. Lorrain de naissance et de cœur, il s*oocupa surtout de bibliographie lorraine; il aimait à rechercher les titres de la noblesse intelleetudie de son pays ; e*étaienl là ses trésors, ses découvertes, quil communiquait avec un généreux empressement. Parmi ses travaux, je ne veux, dans cette séance solennelle, rappeler que son remarquable mémoire sur la Héda^^ion des Coutumes torrahm. C'est là, Messieurs, un (bit Im* portant de notre histoire qui sollicitait à juste titre Tattentioii et les reeherehes du magistrat érudit. De ee travail
de rédaeilon, en Lorraine comme en France, les coutumes
sont sorties réformées, complciées; c'esi donc le règne de la législation qui commence ; c'est la fin du moyen âge dans bi sphère du droit elvU. C'était aussi le point de dé-«paH nécessaire de Tunité législative, oeuvre des temps modernes consommée par la révolution de 1789. Mais la France, sous l'impulsioa de ses £tats généraux, el grâce au génie de L*Hoepifal, aeeompUt bientôt un premier pro- grès vers ceuc unité ; un siècle après, elle 8*en rapprocha de nouveau avec Golbert qui ia montrait à Louis XIV
coaime un grand but national et la gloire suprême éa sou* TeraÎB. Ce sool là la pas de la civilisation, marchant dans letemp9» suivant me expression de M. Ckiijott èonime
les Dieux d*Hoinère dans Tespace. Quant à la Lorraine, elle ne pouvait aspirer à compléter rœuvre, malgré les réformes de Léopold« Tout ce qu'elle ettt de vitalité se concentra bienlùl dans la défense de son indépendartce de plus en plus menacée par sa puissante voisine, et ses destinées allèrent enfin se confondre dans celles d'une patrie plus grande, coiinme une noble rivière qui se Joint à un fleuve immense. Mais à des mains lorraines i! n'appartient pas moins de recueillir pieusement les souvenirs lorrains; et il faut louer hautement ceux qui ont travaillé, comme M. BBAimaÉ, è constituer le précieux dépôt dont votre fon** dateur remit la garde entre vos mains.
Depuis bien des mois, H. Gqillbiiiii avait cessé de pa«
raîlre dans nos réunions, el nous portions pour ainsi dire le deuil de notre confrère, lorsque son existence s'éteignit SOUS l*âctioa d*iin mal mystérieux qui défiait les efforts de la science, et laissait cette belle intelligence sans défeme contre Tinertie de Ja matière. Sa véritable vie avait déjà ' succombé sous Toppression de ténèbres « cruelles et injustes » comme on Ta dit éloquemment, sous le poids d*une nuit que la mort pouvait seule dissiper, en ouvrant k resprit les régions d*une lumière qui n*est point d1eibas. Consolons-nous cependant eanous rappelant combien II avait dignement employé les jours qui enireiti dans le compte de son existence! Car ce fui un esprit libéral, ^ formé par une étude approfondie de Thistoirc, et de plus un caractère bienveillant, empreint d*one exquise urbanité! D*abord il soutint ces rtides labeurs de renseigne-
ment de nos lyeéet, que jamais resUm^ publique oe saura
trop récompenser. Bientôt ses cminentes qualités le désignèreiâi aux fonctions de recieur» qui réioignérent de noua, puis nous le rendirent en le mettant à la téte de l'AcadéiTîie de Nancy. Combien nous étions loin de croire que nous le garderions si peu ï Parmi nous ii avait une première fois marqué son passage par le beau dîseours où il remontait si hardiment aux sources de Fhistoire qui jaillissent de la haute Asie. Avant d'appartenir à TAcadémie, il avait fait une brillante étude sur le Cardinal de Lmraine, Tun des membres de celte branche cadette qui parut destinée, par son génie et son ambition, à remplacer sur le Irène de France les. Valois dégénérés. M. GuiLumii» ne se bornant pas aux leçons de sa parole, avait en outre contribué aux progrès de l'enseignement en composant un Abrégé d'Histoire ancienne. Non qu*il ignorât que le sort de tels livres est de s'effacer bientôt, ou d'être dépassés par Teffel même de la marche de l;i science ; mais il comprenait combien il importe de ne point offrir une image Infidèle de Fantiquité à ces jeunes esprits que notre système d'éducation commence par mettre en contact avec cite; et il voulut leur présenter, en résumé et en substance, les résultais acquis et les principales découvertes signalées par les travaux les plus récents.
L*année dernière, voua recevies au nombre de vos correspondants un vieillard vénérable, Mgr Lacroix, pro-
lonoiaire rposioliquc, clerc national de France à Rome; et déjà la mort Ta rayé de vos listes. Bans sa longue carrière, il avalt^ dit-on, approché bien des hommes qui
appartiendront à rhisloire, et puisé dans leur entretien la connaissance des choses contemporaines; mais le temps
qui lui apporlail l'expcricnre n'avait poinl diminué la chaleur de ses sentiments ni la force de ses convictiom. Les travaot qui ttou^ rusoelèrent ont pour objet, ^oe p«rt» les souvenirs lorrains, et de Tautre^les éeabRssemenls de lu France à Rome. En d'autres termes, ii a recensé, dans un premier mémoire» les vestiges que la ville éternelle a conservés du passé dê /« noîkm lùmme; et dans un aeeond travail spécialement composé pour le ministère des affaires étrangères, il embrasse toutes les instittitions de la France à Rome, en remontant aussi loin que possible, }6 veux dire Ir Pépin-lc-Bref ; ci il donne les détails les plus précis sur l'origine et la nature de ces établissements, aussi bieo qtie sur la situation de ceux qui subsistent. A ces reeberehes s'attachent donc un intérêt actuel et Tattrait de rhistoire. Rome, où sont les prin<»pau\ débris d*un monde asservi par ses armes, rassemble aussi dans ses murs mille choses quf nous instruisent du passé et du présent des peuples modernes. EUe a deux sortes de souvenirs. Mais les uns parlent d'une gloire évanouie, les autres d*une charité chrétienne vivante, immortelle. DIrai-je id Tesprit îngénieux de celte charité qui consiste à rendre aux fidèles, venus à Rome des diverses parties du monde, ce qu'on peut retrouver de la patrie sur un sol étranger? Et c^est pour cela qu'elle niuUiplie ies élablissernents pariiculiers aux chrétiens de même nation, chapelles nationales, écoles, hospices, leur procurant ainsi la communauté de la prière et dcTen* seignemenl, voulant par exemple que le Français malade et malheureux soit recueilli, secouru par des mains françaises ; car il trouvera plus douce une hospitalité donnée par des cœurs que le nom de la mère-patrie fait battre è l'unisson du sien. Tels sont les établissements français décrits par Mgr Lacroix, qui fat membre, pendant quarante ans, de
In «emniiMiiin qui les admtniMre som la MtrfeHlÉtiee de
fumbassade. Qu'il reçoive donc ici un dernier hommage de celte Académie qui espéraH, malgré soû âge avancé» le eoDserver plus longtemps!
Mais celle perte n'est pas la seule, je l'aî dk, que nous »y90S à déplorer par nii nos correspoadanis. Car ii nous «MDfae «n «ssoeié étranger, dont Tadmission remotiiaH au 22 août 4889 ; je veux parier de M. Vah D«k MamiN, de Bruxelles, auteur d'iniporlanls travaux de géographie, et d'nn diciionnaire des liommes de lettres» des savants, el d«s artistes de la Belgique. £n outre» no«s avons perda» trois mois seulement après ravoir inscril sur la liste de nos correspondants français, M. Clément Mollet, de Paris, oncntalisie laixMrieaK, •donné surtout à TéMle de la langue srabe. M* CléoMM M ollct, dont Je ne efleral que le travatt ie plus considérable, a traduil un livre assurément eu* rieux, monument de la eivitaition arabe qui s'était épanouie dans le Midi de l'Espagne à la suite de la eonq«éte musulmane; c'est un traité complet d'agriculture (la vigne excepléc, bien entendu) écrit en dlOO à Séville. Mais, au jogement 4e la Société oenirale d'agriculture de France, il y aurait là outre diose qu'un intéresmnt témoignage historique, et le savoir do l'auteur arabe ne serait pas altôoiumeni à dédaigner pour les agronomes du dixnewiénie siècle.
Vous avez eu a nommer, depuis un an, trois associés titulaires* Car, peu de jours avant votre dernière séance publique; deux de vos membres les plus distingués,
M. NickLES, dans toute la force de l'âge, Tactivité scienliiiquç et la légiiimc ambition du talent, M. Paillart, dans
su sittdieuse vieiilesse entourée de tani do respect, aveient
été enlevés à voire Compagnie ; et vous n*aviez encore pu leur donner des successeurs*
Vous avez voulu, en întroduteant parmi vous M. Vol-
LÂîiDf c est-à-dire un maître de la parole, ratifier les suffrages de ses confrères du barreau, ceux de resUoie publique, juste récompense de tant de travaux et de auccés. 11 ne m'appartient pas d exprimer ici ma pensée tout en* lière. Cependani ne puis-jè dire que vous avez su apprécier le véritable esprit du barreau, qui n*est point une institution de privilège, mais une écolo d'iionncnr, de liberté, de dévouement au devoir? Ne puis-je ajouter que veus avez compris cette vérité: c*est qu*une éloquence d'acLion et de luue, servie par un labeur incessant, enrichie à la fois par les études solitaires du cabinet et par Texpérience des hommes» la pratique des afiaires, toujours prête à la défense des intérêts qui viennent en foule 8*abriter souâ son patronage^ est comme un livre toujours ouvert, un enseignement quotidien, une leçon \ivante, un appel ineessant au travail et à rénergie morale, enfin un exemple continu des saines traditions de la parole que vous nesépa* rez point, et à bon droit, des saines traditions littéraires ?
Que M. Lefebvre, le second élu de nos nouveaux lituinires, me permette, en proclamant bien haut mon incompétence au sujet des travaux dont il s^occupe, d'invoquer en sa faveur Topinion de ses pairs» de ses juges naturels, de ceux que TAcadémie a dû écouter en le nommant! M. IjtFEBVRB n*est pas seulement le professeur aimé de la jeunesse, habile è bien dire, à exposer la science avec méthode et clarté; c'i^st un chercbeur qui ^ait qu'il y a
loujolirs un nontbi e infini do nouveaux secrcls h nrrachcr à la nalure, ei qui« conduit par un jugemenl droii et sûr, fle livre à ees investigations dont le succès vient agrandir le domaine, acci oiu ola puissance tic l'industrie. Pour moi, Messieurs, j'ai seulement quelque droit d'exprimer mou admiration pour les résultais de l'industrie fécondée par la science. Mais je laisse de côté ce qui frappe les yeux ; je n'envisage que les résultats moraux, et j'en vols un bien grand dans Tinfluenee pacifique de ces deux alliés, la science et rinduslrie. Car elles ont mis de concert un grand poids dans lês relations des peuples au profit de rhumanité et de la paix, en faisant comprendre à tous, grâce à la multiplication des échanges dont leur développement est la cause, qu'au fond les intérêts nationaux sont solidaires, et que la ricliesse de nos voisins est la condiiMin de notre propre richesse. Et c'est pourquoi M. Labouîaye , dont j'emprunie les expressions, a pu dire qu'elles ont rendu impossible le retour des guerres de commerce, et, par Tapaisement des jalousies nationales, beaucoup plus difficile celui des guerres politiques.
CVst M. Dubois, professeur à te Faculté de Droit, que vous avez appelé au fauteuil que laissait vacant le départ (le M. DE LA MéiNaudiehë. C'était donner un nouveau témoigasge de votre intérêt à cette Faculté jeune encore, mais vieille de cinq ans d*épreuves, dont la création et les dé-» buts furent si bien accueillis par celle ville, et qui n'a montré depuis qu*une ambition, celle de ne pas rester trop au-dessous de l'attente qu'elle avait fait naître, et de répondre du moins à tant de bienveillance par un zèle égal. M. m u MÉNARDIÈRB nous a quiués pour rentrer dans son pays, se retrouver au milieu de sa famille. 11
emporte les regrets de ses eolléguet et de ses anciens élèves; il rend à la Faculté de Poitiers, témoin clc scà heureux débuis, Je talent qui avait briUé dans la nôtre. Vous» Messieurs! vous ne le perdez pas tout à bit. Il vous reste comme associe conespondaiil. Je n*ai pas à rappeler les litres qui i avaient désigné à vos suffrages; seulemeat ma pensée se reporte involonuireroent au magnifique suceés qui couronna Tan dernier son enseignement, dans le concours ouvert entre les Facultés de r£mpire. Sou digne collègue suît ses traces, et sa parole prédse, exacte, propre à élucider les problèmes du droit,^M>ncoQrt de la manière lu plus eiticacc à l'accomplissement de la tâche imposée à la Faculté de Nancy.
Tels sont les nouveaux titulaires que vous avez élus (>our
des mérites différents et d'une incontestable distinction. Bans la liste de vos correspondants étrangers, il y a deux
noms nouveaux» M. Muller, jeune savani de Copcnha^ruo, ' que vous recommandaient de sérieux iravsMix de zoologie, attestés par deux mémoires qu*il a soumis h votre examen^
et M. Pâilonski, professeur de philologie comparée à Varsovie.
Nous devons dire ieî que M. Paplomsxi a principalcRieiit porté ses éludes sur la formalian des langues slaves, qu1l en a traduit un monument ancien, la Chronique de Helmold, eoniemporain du duc de Saxe Ueori-le-Lion ; qu'il a donoé sa eoUaboralion au Dieticnnaire des Umguei sia-* ven, du philologue polonais Linde; et qu'en étudiant 1 origine de la parole» le problème de la diversité des langues^ il a montré, dans desavantes leçons professées è la Faculté des lettres de Varsovie, que la philosophie anime et dirige les recherches du pl^iiologue et de Tbistorien.
Dans la clasae de nos corre«|MiDdanis français, Umitce à cent membi^s, je n'ai, Messieurs, à vous entretenir que
(l'un nom quij rappelle une vieille ilkisiraiion lorraine, je veux {Murler Ue M. D*HAUSëOHViLi»fi, meoiiire de l'Acadéoûe française.
Lorsque la révolution de 1848 interrompit sa carrière* politique, les éludes hisioriqui^'s ouvrirent un refuge à raeiivitéési aan esprits Heureux en effet niomnie fidèle à aea ooovietions, qui peut alors rentrer dans le domaine de
la pensée el de l'élude, eouiiiic dans rinviolabie asile où la cooscieoce est toujours libre» où l'on peut braver l'injus- Uoe des pariia, et a*en venger en continuant à bien mériter de son temps et de son pays !
Depuis celle époque, trois ouvrages considérables sortirent de sa plume. Ce fut d'abor4 VJJiêtom de la politique extérieure du gouvenumeni français de iSSù à Sans porter un jugenrient sur les faits el 1rs liomimis doui ii s'occupe, je ne dirai qu'un mot de l'esprit geucral de ee livre. L*idée daminaniie que llauteur envisage .dans cette hlstove de dix-huit ans» ce n*e6t point la paix maté^ rielle ou la basse quiétude des intérêts; c'est la paix, favorable au développement des IdMîrtés intérieures « qui sont elles-mêmes l'ëcole où les peuples apprennent h respecter leur indépendance réciproque; ce n*est point le repos dans Tinertie, mais racliviié des forces nationales se dirigeant libreiDacnt» et en pleine séeuiité, vers le but que la Providenee assigne aux sociétés humainesl
De ce premier ouvrage je demande la permission de rapprocher le troisième, VHislmre de l* Eglise romame el dtt prtmer Mntpire, diifioile Uravail où If. D*HAi»80iiviixs apportait heureusement, outre la sagacité de son esprit, cette expérience que donne la parti€ipation aux affaires
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publiques. Car il fallait montrer à la poslérilé non-seulement ce que les contemporains ont vu, maiS encore ce qui leur était trop bien eaehé pour qu'ils le vissent; et cette histoire qui va du Concordai aux disseiuimenls des ^ deux puissances, à leur rupture et à leur lutte, réunit ainsi *(le singuliers contrastes. Avec le Concordat, c'est rfaabîle politique, c'est le prévoyant génie qui ne dépasse pas dans ses vues la juste grandeur à laquelle a droit noire pays ; plus tard, hélas t ce sera le rêve gigantesque de Tempire d'Occident et de la papauté sujette. Rien d'éclatant comme rœuvic. (lu Concordat et la restauration qu'elle consacre; renthousiasme oublia même le mouvement spontané qui Tavail précédée, et crut que les autels pouvaient sortir de terre au commandement d'un homme. Rien d'obscur et de mystérieux comme les causes ei les incidents de la querelle qtii s'engage entre r£glise et TEmpire; le silence les enveloppe, tandis que la scène du monde est remplie du bruit el de l'éclat des laits militaires ou purement politiques. Le rideau est baissé sur T étrange duel qui se poursuit entre les deux puissances, l'tine armée de la volonté la plus impérieuse, et Vautre, d'une patience , d'une dou* ceur inaltérable. Tel est le erantl siijc i ;il)ordé par Tauleur ; et maintenant il ne me reste qu'un mol à dire , c'est qu'il a obéi au précepte de Saint-Simon en levant le rideau.
Me pardonnera-l-on de parler avec quelque complaisance de VHiêloire de la rémim de ia Lotrame à la France^ de cet ouvrage qui semble Facquit de la dette conii aciéc par M. d'Haussonyille envers la patrie de ses ancêtres? Je crois, eu effet, que nous pouvons rendre justice au présent, le comprendre et l'aimer, sans perdre de vue des souvenirs qui font la noblesse d'une province,
après avoir élé la gloire (Vun peuple. Dans les pages de l'éerivain» ces souvenir» apparaissent bien tels qu*ils sont, non sans méfaincolie, car 11 est impossible de se défiBndre d'une certaine irislcsse au spectacle d'une iialionaliic qui s'élelDty sans amertume toutefois, et avec une incontestable grandeur, 8*11 est vrai qu'il y a pour les nations une grandeur morale qui ne se mesure pas à leur puissance. Oui! Tobscur dévouement d*un petit peuple, invinciblement attaché aux prinees qui représentaient pour lui la cause de sa nationalité, n*est pas moins beau que Teffort d*une grande natioQ soulevée pour son indépendance. D'un autre côté, ne semble-t-il pas que la Providence, touchée de tant d'épreuves et de courage, ait voulu qu'au moment où les destinées de la Lorraine s'accomplissaient, où le sa- , crifice iiiévitabla ne pouvait plus être reculé, Tunion sanctionnée par l'Europe, retardée dans son exécution jusqu*à l'expiration d'une royauté viagère, perdit ainsi les apparences brutales de la conquête, et ne laissât dans les cœurs aucune trace de ressentlmenif Juste ménagement dû à la
fierté d'un pays qui avait prouvé, par la durée et l'énergie de sa résistance, ce qu'il vaudrait pour la nation qui allait Tassoeler à son avenir! Telle est rimpresslon que laisse le récit de rbistorien. Assodons-nous à ses réflexions eu reconnaissant que la Lorraine a tenu parole à ia France, qu^elle n'a jamais démenti les promesses de son histoire, et que ces eoâurs lorrains, naturellement modérés dans la bonne fortune, sans doute parce que leurs pères eurent beaucoup à sotiffrir, ontmonuré à l'heure des revers la foi obstinée et la constance dans la cause nationale qui les caraciérisHient depuis imit siècles.
J'aurais fini s*il ne me restait à remplir im dernier de-
voir, ^ac m'kBpiose le deuil toin récent qui aflUge les lettres. Le secrécalre perpétuel de TAcidémie frflinçidse,
M. ViLtEMAiN, s'cleignait il y a quelques jours à l'àge de quatre-vingi-(itiux ans, après uoe vie publique de soiJiaiite. Yousi Messteurss vous avîes eei femmeor de le eompter parmi votcorrespondèntot Cette liNipie earrlère ne fut pat étrangère à la politique qui, dans un pays libre, fait appel à tottteà'lea iatelligenees. Mais le réie politique de M. Va* iAMàMHi edrisîdéraMe ponr tout autre, est relégué dafM Tombre pnr réclal de son illusiralion littéraire. El s'il dut aux lettres d cire un jour Ministre de riQstruction publique, il leur d^vra bien plus, je veux dire sa glofre dans la postérité. Lorsqu'il se démit des fonellons de Ministre, elles rendirent à son esprit, troublé par le souci de la ebose publique, la lumière, la sérénité, la paix qui sont en elles; dos lors il ne les quitta plus. Aussi, Messieurs, péuéiros d'une juste reconnaissance pour les services que » l'iliuslre mort a rendus à leur cause, devons-nous const^ dérer tin moment ce q«*il a laissé dimpérissabte, je veux dire Thékltafe #e sa pensée IHtérafre.
Il fut de cette génération à laquelle notre pays, au lendemain de.ASI5, d'un désastre qu'une valeur surhumaine uTavalt pu tsonjurer, dut bientét une revanche morale écla-* lante; car elle rendit tout à coup à l'espiit français sa royauté intellectuelle, rasccndant qu'il avait exercé sur l'£uru|»e pendant deux sièeles, et qui «lui était édiappé ati milieu de noa déehiremtsiits soeiatik et des houleterseÉtems de îa^erre. Tanfiis que Fémoiion qui les suivait réveillait la f oéfie, et lui communiquait Tinspiration des temps nouveaux, que les accents partis de la tribune franij^slise allaient retentir dans la vieille Europe, il vint un jour où la Sorbonne fut eié€*méme témoin d'un spectacle inouï, et