‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 1 sur 98 · PAR M. DUCHESNE · texte numérisé non relu

PAR M. DUCHESNE

Messieurs,

Le règlemenl le plus salutaire de votre Compagnie esl peut-être celui qui couronne vos réunions ordinaires par une séance annuelle où vous avez pour témoins et pour confident notre juge suprême, je veux dire tout le monde. Cette solennité, que Tempressement d*un auditoire d*élite a rendue chère à vos cœurs, n*a point pour objet de récompenser vos veilles par Téclat d*une publicité éphémère ; elle atteint un but plus élevé et plus digne de vous : elle contribue à entretenir, au sein de votre Académie, Tactivité de la pensée ; elle vous préserve d*un isolement funeste ; u II n*est pas bon que

rhomme soil 8cull n Cet avertissement de la sagesse divine à chacun en {larticulier n'est pas moins applicable à ceux qui, comme vous, Messieurs, unissent leurs efforts pour la prospérité des LeUres, des Sciences et des Arts ; un penchant naturel porte trop souvent des intelligences éprises de l*étude à se complaire et à s'absorber en ellesmêmes : il Taut qu'une règle prudente les sauve de cette solitude ; il faut qu'échappant au cercle trop discret qui les renferme, elles se maintiennent en étroite intimité avec la foule des esprits. Il en est des corps savants comme des corps matériels : ceux-ci, pour se développer, pour vivre, ont besoin d'emprunter sans cesse au monde extérieur ; de même, les sociétés comme la vôtre doivent se retremper le plus fréquemment possible au contact de ce bon sens universel dont le génie même recherche les conseils.

Votre illustre fondateur, fils d'tm temps qui commençait k reconnaître l'empire de l'opinion et le prix de ses suffrages, a donc sagement fait en vous ménageant un moyen de produire au grand jour votre histoire de l'année, vos succès ou vos espérances, et même les changements survenus dans les rangs de votre petite armée, ses pertes ou ses conquêtes. Aussi bien l'intelligente et gracieuse sympathie, qui accueille ici vos modestes annales, prouve assez que, pour être en face d'une ville entière, vous n'en êtes pas moins en famille ; seulement la famille est complète.

Chargé de vous présenter le compte rendu de Pannct^ 1860, je lâcherai de le rendre court et fidèle.

L* Académie n*a, cette anaéc, h regretter aucun de ses membres titulaires, et son personnel sous ce rapport est resté le même.

Mais, avant de nous réjouir, honorons de nos pieux souvenirs deux de nos frères, MM. Schlossberger et Pulon, membres correspondants. Âpres une vie consacrée à pénétrer divers secrets de la nature, tous deux sont allés recueillir à la source de toute lumière, la récompense de leurs efforts : M, Schlossberger, élève du célèbre Liebig et professeur à T Université de Tubingen, avait étudié la chimie dans ses applications à la Piithologie et à l'Agriculture : son dévouement h la science a peut-être abrégé ses jours ; car il bravait souvent une atmosphère viciée par des gaz délélères, et il vous est enlevé à Tige do 41 ans.

M. Pulon, géologue et naturalis^le, de Remiremont, digne élève du vénérable docteur Mougeol, soutenu par cet amour du lieu natal qui distingue les enfants de cette belle contrée, avait expliqué les singulières métamorphoses que subissent certaines roches de ces montagnes. Il avait classé les mollusques qui en peuplent les vallées et les rivières; ses dons ont enrichi le Musée d^Epinal. Travailleur infatigable, c était encore un citoyen plein de cœur et de charité; sa mémoire vivra longtemps dans les Vosges, et surtout parmi les pauvres de sa commune.

Cette double perte serait compensée pour vous, si elle pouvait Tètre, par Tadmission de sept correspondants nouveaux, dont trois appartiennent a la Lorraine.

Plusieurs cl*enlre vous, Messieurs, se souviennent d'avoir entendu, il y a trois ans, dans noire eathédrale, Téloquenle prédication d*un dominicain : durant un mois, il nous tint, chaque soir, sous le charme d*une parole émue et brillante : philosophe chrétien, il nous appelait à la religion au nom de Thonneur, de la raison et des besoins du cœur ; moraliste délicat, il traçait des portraits pleins de finesse et de vérité; écrivain savant et vigoureux, il s'est fait connaître par un discours pour un orphelinat agricole, par un mémoire sur Futilité de la raison pour connaître Dieu, et surtout par son bel ouvrage sur Tinfluence de saint Thomas d*Aquin au dixneuviéme siècle^ J*ai nommé Tabbé Loyson^ de Caen. Vous avez été heureux, Messieurs, de vous attacher un homme qui, par Téclat de sa parole, par ses doctrines libérales et vraiment évangéliques , fait honneur au clergé de notice époque.

M. Carmandely Bibliothécaire de la ville de Cliaumont et M. Simonneif Procureur Impérial au tribunal de Dijon, viennent d*étre admis parmi vous, après vous avoir offert d*intéressants travaux de Littérature, deDroit etd*Hisloire.

Votre quatrième correspondant étranger est M. Guillemifij agrégé prés la faculté de Médecine de Paris et docteur es sciences physiques; il donne Texemple généreux et Dieu merci! commun aujourd'hui, d'un homme favorisé des dons de la fortune et voué pourtant à une carrière laborieuse : ses expériences sur la lumière ont protivé rt'xislencc d'aiilrcs rayons que ceux qui frap-

peni uos yeux : Il nous a fait voir riiivisible. Taujoui*s séduit par les proUèmes dont la solution semble une chimère, il a mesuré la vitesse ou plutàt les différentes vitesses de Télectricité : suivant Fessor du merveilleux fluide, il a distingué les phases de son vol de plus en plus rapide jusqu'à un maximum invariable. Il a formulé enfin les lois de la propagation des eourants électriques. La précision de ses appareils, la sûreté des résultats, roriginaTilé des aperçus donnent à ses succès une importance capitale. Vous n'avez done pas hésité à l'admettre dans votre famille. Déjh, du reste, il en faisait partie : pour lutter contre l'électricité, il avait trouvé parmi vous un digne auxiliaire; M. Emile Burnouf partage avec lui l'honneur de ses découvertes.

Si, par alliance, M. Guiiiemin était déjà des vôtres, CkapeUier, Terquem et Lombard^ Lorrains tout trois, TOUS appartenaient par droit de naissance. Le premier, modeste instituteur à Epinal, a su trouver, au milieu des btigues de l'enseignement primaire, le temps de composer sur Bauffremont, son village natal, voisin de Neufchâteau, une histoire pleine de documents nouveaux et de deuils pittoresques : il nous fait suivre, du douzième siècle jusqu'à nos jours, les destinées sombres ou brillantes, des Ducs ou Princes de Bauffremont : nous les voyons figurer aux croisades et dans cette terrible guerre de cent ans, où la France achetait, au prix de tant de misères, le sentiment de sa nationalité et la gloire souveraine de produire Jeanne Darc; plus tard, ils adoucissent les

souffrances de la Lorraine envahie |>ar les anues de Richelieu ou tourmenkie par les vengeances révoluiionnaires; enfin leur dernier représeniant historique se dislingue parmi les héros de la Hoskowa cl de Dresde. Ces tableaux nous montrent, par Fexemple d*une illustre dynastie féodale, la part des grandes familles Lorraines dans riiistoire de notice patrie.

Vous avez pardonné ù M. ChapeUier quelques défauts de composition el de style» à cause du souille patriotique et religieux qui anime son réeit, à cause surtout de sa filiale admiration pour le village où grandit son enfance, et qui n*a conservé d^une antique splendeur que deux tombes et des ruines. Il nous fait aimer avec lui cette vallée aux belles eaux, à Pair pur ; cette population robuste, gaie, patriarche, où il regrette seulement de voir la quenouille des anciens jours remplacée aux mains des jeunes filles parTaiguille périlleuse de la broderie ; ce caslel, dressant au sommet de la montagne, et au-dessus des bois, la silhouette ébréchée, mais fiére encore, de ses douze tours : Volontiers nous suivons notre guide jus*qu'au fond de cette caverne de Chèvre-Roche, où des preuves courageux célébraient, en 93, les mystères d*un culte proscrit. Nous nous associons aux regrets, aux vœux éloquents du pieux antiquaire, lorsque, nous montrant ces tours découronnées ; ce pavé de la cour d*honneur u aun jourd'hui caché sous Therbe, n il s*écrie : u Ne sont-çe Il pas là aïKant de témoins qui pleurent les chevaliers t des croisades? ces débi*is n'attendent, pour se rele-

n ver, que le retour d*un jeune mailre dont la prën sence les a feit quelquefois tressaillir d'espérance; sa n main pourrait les délivrer de leur parure d*bumtlinn lion, et réchauffer on reste de vie qui semble courir fi encore dans quelques gracieuses nervures des voûtes, tf el subsister dans Timposante épaisseur de quelques • vieilles murailles i n

Certes, Messieurs» lorsque Ton songe qu*une œuvre attestant des recherches si persévérantes, des sentiments si délicats et si élevés, a été produite par un des missionnaires de l'enseignement du peuple, on ne peut qu'applaudir de plein cœur à votre sympathie pour l'un de ces obscurs artisans du progrès, que l'on ne récompensera jamais assez.

Un acte de justice non moins utile a votre compagnie, c*est l'admission de M. Teryuem^ membre de l'Académie de Metz, et administrateur du Musée géologique de celte ville : une honorable fraternité d'études l'unissait ii i*un de vos membres titulaires les plus anciens et les plus laborieux, M. Guibal : tous deux se sont voués 5 une science jeune encore» mais déjk féconde en mer^'eilles, la géologie alliée à l'étude des fossiles. Celte science, dont l'audacieuse imagination de Buffon avait entrevu la portée, mais que fonda plus sûrement le génie observateur du grand Cuvier, range sous nos yeux, dans l'ordre des temps, les plantes et les animaux qui ont successivement peuplé la terre, et, confirmant les récils sacrés de la Genèse, nous retrace l'histoire du globe depuis Tins-

lant où Dieu Ta laacé dans Tespace jusqu'à Tépoque où riiomme y vint régner. H. Terquem est un des plus dignes représentants de eetce belle science; il a spécialement examiné les fossiles de la Meurthe, et il en a doublé le nombre.

Un seul travail a suiB pour ouvrir à M. Lombard lès portes de votre Académie : H. Lombard^ malgré les obligations d*une carrière que la confiance publique dans la douce loyauté de son caractère et dans les progrès de son talent, rendent chaque jour plus laborieuse, trouve ou plutôt se fait du temps pour les letures. Sa notice sur André Gbénier, remarquable par la hauteur des pensées, la fécondité des aperçus, Taisance et la chaleur du style, a vraiment ressuscité sous vos yeux la noble victime du dernier échafaud de la terreur : la part dHlustralion qu*une fin prématurée lui avait ravie, M. Lombard a su la lui rendre ; l'esquisse uracée par Ghénier d*un grand poème sur la nature, esquisse demeurée incomplète, est devenue entre les mains d*un critique, presque aussi créateur que le poète, une restauration vivante et fidèle, V Hermès prend désormais sa place parmi les œuvres du dix-huitième siècle ; Chénier nous apparaît comme le Lucrèce de cette puissante époque, mais avec plus de science et surtout d'humanité que rEpicurien de Rome. D'un coup d'œil nous embrassons ce monument interrompu par la mori; nous comprenons le légitime orgueil et le regret poignant, qui dictaient les paroles de Chéniei*, assassiné dans la fleur de son ége et de son génie : i»

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Cesl dommage ! j*avais qudque cliose-là. n Ce quelque chose esl aujoafd'bui découvert et dignement glorifié.

L*cBUvre de M. Lombard avait pris naissance au mi** lieu de la Gonfih^ence littéraire : vos suffrages sont donc un gage nouveau de votre sympathie pour cette active réunion de jeunes gens qui, voués k des carrières différentes, sont rattadiés entre eux par Tamour passionné des lettres. Plusieurs déjà, ont bien voulu venir vous présenter leurs travaux : Vous vous rappelez notamment les Femmes Germainee de M. Berlet ; la Législation du mariage chez les Bomains^ par M. Arthur Benoit; vous espérez entendre bientôt les vers de M. Théophile Lam-bertf sur le Matérialisme dans Fart. L*accoeil Traternel que vous failes à ces œuvres, où éclatent la fraiche verdeur et Tenthousiasme sacré du premier Age montre que, dans votre pensée, la Conférence est la pépinière naturelle de FAcadémie. C*est justice, Messieurs; la fédération de cette vaUlanle jeunesse foit Téloge de notre société Nancéenne: elle prouve que parmi nous, un homme ne se croit plus complet s*il ne couronne les connaissances spéciales que réclame chaque profession, par des lumières générales et par la culture large, désintéressée, de son intelligence et de son cœur.

J*ai fini. Messieurs, ce qui regarde les changements survenus dans votre personnel; j*arrive aux travaux de vos Membres correspondants ou titulaires : les exposer complètement condamnerait votre auditoire a Pennui d'un interminable discours. Après quelques années

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d'assez maigre disette, TAcadéiuie lutte contre les embarras d*une abondance qui Thonore. Je me borne donc i indiquer le mérite général de ces nombreuses productions, en insisuint sur celles qui peuvent le mieux faire juger du reste.

Je commence par les Sciences, dont toutes les variétés sont représentées parmi vous : MM. Simonin pêre^ Guibal et Godron, unis pour la description scientifique de la Meurthe, semblent s*en être partagé Fair, les plantes et le sol pour en étudier la nature, Thistoire et les propriétés : tout le monde apprécie la persévérante exactitude avec laquelle M. Simonin consigne^ depuis près d*un demi-siècle, les caprices de notre atmosphère.

M. Forlhomme, éminent professeur de notre lycée, dont je suis heureux de me voir à double titre le confrère et Tami, vous a offert un Traité de Physique remarquable par ces aperçus nouveaux et par cette constante lucidité qui annoncent le maître; c'est surtout dans les parties relatives au son et à la lumière que règne cette éloquence paisible» charme des œuvres savantes, et qui relève les détails les plus arides ou les plus humbles, en trahissant partout la noble joie de comprendre et d'instruire.

Des qualités semblables distinguent les Mémoires de M. Nicklês; pénétrant toujours plus avant dans la composition des corps, il a surpris plusieurs combinaisons nouvelles : si je n'étais pas un simple rapporteur, j'cx-

primerais ici, Messieurs, les sentiments opposés d*orgueîl et de terrear où parfois roe jette, avec la foule, Faudaciense sagacité de nos savants qui percent jiisqu*aux plus intimes profondeurs de la nature : heureusement je me rassure en songeant que le secret fondamental, eelui de la vie, leur échappera toujours; quand ils auront pu expliquer le méeanisme des mondes, il leur sera toujours interdit de créer ou d'anéantir un seul grain de sable.

Le Mémoire de M. Nicklès sur les mines de cuivre et de plomb de la Lorraine allemande, est peutsiu*e d'une moins haute portée scientifique, mais Tiutérét qu'il présente au point de vue de l'industrie locale lui donne une importance populaire; sur la rive gauche de la Sarre prussienne, non loin de Vaudrevange, où brille encore un élégant reflet des mœurs de Nancy, son ancienne capitale, s'étendent de vastes gisements de minerai de cuivre, exploités autrefois par les Romains et renoomiés à l'époque de la Renaissance. Bientôt négligé, puis relevé par les règlements libéraux du duc Antoine, l'établissement métallurgique de Vaudrevange fut ensuite oublié dtirant plus d'un siècle. Notre République française avait songé à ranimer les travaux; mais, tout occupés à défendre pied 5 pied la surface du sol, nos pères n'avaient guère le loisir d'en fouiller les trésors. Aujourd'hui l'on songe à reprendre l'exploitation iacititée par de nouveaux procédés. Des expériences préalables ont prouvé qu'un kilomètre carré, sur une

épaisseur de 2 mètres» donne 3 miliions de mètres cubes de minerai brut; c*est-à«dire K millions de tonnes représentant au moins une valeur de 45 millions de francs.

A quelques lieues de là, s*élève la montagne du Plomb (Bleyberg) et les établissements de Falk et Haqpirten, d*où le plomb sort en abondance pour accroître la richesse du pays. •

Enfin, près de Saint-Avold, MM. Godron et Nicklès ont visité rétablissement français des mines de cuivre du Hochwald et parcouru les nombreuses galeries qui serpentent dans le flanc de la montagne ; ils sont descendus jusqu'à 180 mètres, profondeur que les fouilles n'avaient pu atteindre qu'au prix d'héroïques eflbrts sous l'habile direction de M. Lévy, ingénieur de Vie.

M. Nicklès applaudit à ces entreprises, où son patriotisme voit le signal d'une ère nouvelle pour noU*e industrie.

Je ne puis que signaler le nouvel appareil électrique imaginé par M. Denis; les observations pathologiques de M. Léon Parisoi^ les belles théories de MM. Lafon et Renardf les travaux de M. Blondtot par lesquels la science devient un auxiliaire si terrible de la justice.

Mais j'ajoute à cette revue trop rapide une seule réflexion : C'est une mode aujourd'hui d'accuser l'esprit poiiiif des savants; on déplore en termes superbes les préoccupations intéressées où les entraine, dit-^n, la pente de leurs études. Je ne voudrais, pour répondre à

ces déclamalions, que Texemple de ceux d*enire vous, Messieurs, que je viens d avoir Tlionneur de nommer : certes, il leur serait bien facile d*exploiter pour leur fortune les secrets dont le travail les a rendus maîtres. Mais ils n'en profitent que pour le public, et, satisfaits d*un sort modeste, ils se trouvent récompensés par le bienêtre dont s'accommodent sans scrupule ceux qui les calomnient!..*

Je passe des sciences à Thistoire, cette auti'e gloire de notre siècle : votre Académie, évitant les œuvres de longue haleine depuis que M. Digot b, sous ce rapport, si bien payé votre dette au public, se renferme dans de courtes notices d*un intérêt plus restreint, mais d*un goût toujours élevé.

M. Tabbé Guillaume a retracé les phases du culte de la Vierge en Lorraine.

M. GuibcU vous offre une page de Thistoire des arts sous Stanislas; c*est aussi un honmiage de r&^pect filial. C*est la biographie du sculpteur Barthélémy Guibal, son aïeul, à qui notre place de la Carrière doit ses groupes d*enfants et la place Stanislas ses deux belles fontaines. Notre collègue prouve que la statue de Louis XV, ancien ornement de cette dernière promenade, était aussi Toeuvre de son grand-père : un rival insinuant, Thabile CyfDé, travaillait sourdement à lui en dérober Tbonneur; rien de plus intéressant que la réclamation du loyal Bnriliclemy, eilce par son petit-fils. On sent murmurer,

dans son amc blessée, cette fierté qui parfois sert assez mal les artistes près des puissants de la terre, mais qui ' les honore auprès de la postérité : déjà le père de M. Guibal avait consacré un mémoire à cette cause de famille, notre confrère vient de rajeunir la renommée de sa dynastie tout entière.

M. Uenry^ qui par son enseignement dans notre Lycée, donne avec M. Duvernoy une féconde impulsion aux études historiques, vous a offert plusieurs essais sur lu Ligue et sur la ville de Reims : il a ranimé sous vos yeux cette grande cité, toute frémissante des -passions politiques et religieuses du seizième siècle.

Dans réloge de Portails, jurisconsulte, homme d*Etat, philosophe, M. Lallement fait ressortir la part immense prise par ce digne collaborateur du Premier Consul à la rédaction du Code civil, œuvre magistrale, définitive, franchement spiritualiste, et que TEurope nous envie en s^efTorçanl de Timiter. La brillante carrière d'avocat, par laquelle Portalis s^était préparé à ce grand rôle, est fort bien appréciée par M. Lallement : il était en ce point le meilleur des juges. Mais ce qui anime tout Touvrage, c'est une profonde sympathie, j'allais dire une respectueuse tendresse pour cet ami intrépide de rhumanilé, orateur fidèle de la conscience et de la patrie, libre comme la pensée, incorruptible comme la justice, image vivante de la loi, enfin type accompli du magistrat chrétien. Le style montre partout cette aisance ferme, cet éclat sobre qui dt^notent une éducation littéraire aussi

solide que briliaulc : M. Lûllcment recueillera toute sa vie le fruit de ses premières éludes, surtout s*il persiste i mûrir son talent par le rude exercice de la composition écrite, si indispensable pour former la parole. Il le fera, n'en doutons pas : lui et M. Lombard, avocats littérateurs, incapables de se renfermer dans le métier, achèveront, avec quelques élus, de ranimer parmi nous tes traditions des Bresson et des Fabvier.

Vous le voyez, Messieurs, Texposé de vos essais historiques se trouve être en partie celui de vos productions littéraires; toutefois les œuvres de pure imagination sont aussi l'objet de votre culte.

H. Gonumif que Paris vous enlève, et dont vous regrettez Taimable urbanité, a enrichi votre écrin d*un brillant joyau de la littérature des Etats-Unis : pour vous, il a traduit le poème où M. Long-Fellow célèbre les exploits, les inventions et les souffrances d*un héros civilisateur que les tribus d'Amérique chantent encore sousr le nom d'Hyawalha : Ce drame, qu*anime une vive admiration pour les luttes de Thomme sauvage contre la nature, vous a charmés par des tableaux saisissants de la vie primitive, par des scènes d'une grâce charmante : vous n*avez pas oublié celle où le jeune chef demande la main de la belle Onde souriante^ et traverse, seul avec elle, les profondeurs du désert; vous vous rappelez la maladie mortelle de la jeune femme, et les courses désespérées de son mari dans les foréis élincelantcs de

frimas; enfin Tinstant solennel où le héros aeeuetlle les hommes blancs venus de Test, mais s*enfonce loin d*cux dans les grandes savanes ; image du génie de ces peuplades indomptées» qui saluent avec respect notre civilisation, mais préfèrent la vie indépendante des forêts vierges avec ses périls et ses enchantements.

Digne interprète de cette poésie, M. Gomoni vous a ensuite adressé des adieux de poète : ses vers pleins de reconnaissance, vous racontent son histoire ; il était venu à vous blessé par rindifférence de Paris ; il ne cherchait en Lorraine que le repos et les plaisirs qu*un pays pittoresque donne auxémes simples et tristes: fl a trouvé mieux ; il a trouvé des visages amis, une appréciation sympathique ; il a repris courage et maintenant il vous quitte pour Tinjuste Paris !... J'aurais là, Messieurs, une belle occasion de disculper enfin ce pauvre Paris, dont rheureuse influence est trop souvent dépréciée par les hommes d*esprit qui lui doivent le plus: plaider sa cause serait généreux au moment où il nous enlève encore un autre confrère dont la parole, élégante et màlc, jetait tant d*éclat sur notre Cours de littérature étrangère. Mais, pour défondre contre M. Gomont la noble ville qui résume la France, je n*ai besoin que d*un mot: Il M. Gomont y retourne ! tf

La vieille Asie ne vous a pas plus échappé que le Nouveau-Monde. Nancy vous devra la gloire de figurer au premier rang des villes d'Europe, qui auront propagé les études Orientalistes. GrAcc n vous, notre Typographie

locale, dont rinteiligente activité seconde vos travaux avec tant de dévouement, possède, seule en France, une fonte de caractères sanscrits ; ces caractères vont figurer dans la seconde édition de la grammaire sanscrite de HM. Bumoufei LeupoL

Les scènes et les doctrines religieuses ou morales de TEpopée indienne sont déjà popularisées par les Médita* lions orientales de M. Leupol, h la fois grammairien et poète. M. Bumott/* enrichit voire volume de cette année d'une traduction nouvelle, celle de la Bhagavad-GUa^ cet Evangile de Tlndc. Notre Imprimerie orientale place en regard de la traduction le texte reproduit en caractères vulgaires, diaprés la nouvelle méthode de H. DumasL Cette méthode de transcription vient d*étre exposée, par son savant inventeur, dans le Journal Asiatique; elle permettra aux pensées des vieux Brahmes, de pénétrer parmi nous, sous Thabit français, comme ces conquérants, qui adoptent le costume des peuples qu'ils viennent soumettre. Frappe de tels résultats, Tlnstitut Impérial de France, dans une lettre qui restera toujours un de vos premiers titres de noblesse, vous a remerciés. Messieurs, de Texeniple glorieux donné par vous & toutes les académies : c'est qu*il est beau, en effet, de vous voir seconder par vos victoires pacifiques, la valeur de nos soldats qui, au même moment, nous ouvrent, sur un autre point, ces mystérieuses contrées, berceau de la civilisation.

Je ni*arré(e, Memeun ; notre moinon est terminée : mais je vous trahirais si je ne disais rien de Tesprit de mutuelle déférence et de eoncilîation qui préside fidèlement à vos entretiens et tempère vos firatemelles discos* sions.

Ce n*est pas là seulement eette cordialité polie, charme de la conversation rrançaise, dont Tun de vous a si bien dicté les règles; e*est la sage modération de penseurs habitués à considérer la vérité sous toutes ses faces. Ils laissent au demi*savoir Tintolérance disputeuse, avec les erreurs et les mésaventures qu*elle amène, ie me rappelle à ce propos, une petite fable que je voudrais vous dire en finissant:

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