SA VIE ET SES TRAVAUX
DISCOURS DE RÉC|rnON
Par m. a. LAFON
Professeor Si li FaciUté des Sdenees de Nancj.
Messieurs,
Il y a deux ans, environ, la ville de Monlpcllier était douloureusement affectée de la perte d*un vieillard de quatre-vingi'huit ans. Quince années passées dans une humble remiile n*avaient pu^le faire oublier, et Ton vit, i rheure suprême, la reconnaissance, rcslime et TadmiratioQ se réunir autour de son cercueil, et lui composer de glorieuses funérailles. La voix des sciences fit entendre sur sa tombe des accents douloureux qui eurent bientôt leurs échos dans toute la France et dans TEuropc savante.
Vous serez peut-être surpris. Messieurs, d'apprendre que cette tombe lointaine recouvre des restes qui devraient vous appartenir, et que Gergonnc, recteur de TAcadémie de Montpellier, membre correspondant de TAcadémie de Stanislas et des principales Sociétés savantes de l'Europe, était un enfant de la Lorraine.
En vous traçant, aujourd'hui, une vie consacrée par
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du conseil, il rédigea une note tlans laquelle il prouva mathémauquement, que le candidat , qui avari réuni la majorité des suffrages, n^obtenait pas nécessairement, le grade de colonel. Vaincu par la persistance du jeune capitaine, le conseil lui donna' la promesse formelle qu*à l'avenir on procéderait d'une manière plus régulière.
Ce fait, en apparence insignifiant, nous montre Gergonne déj& animé de cet amour de la justice, qui fut le mobile de tous ses actes.
Nous voici. Messieurs, en 1793. Le sol de la France est envahi par Fennemi ; Longwy bombardé tombe en son pouvoir, et 80,000 Prussiens s'avancent sur Paris, en traversant la Champagne.
Le bruit des armes vient arracher Gergonne à son amour pour l'élude. Ne pouvant résister au flot qui Ten traîne, il se dérobe aux cmbrassements de sa mère et part avec les volontaires destinés h Parmée de- la Moselle. Les bataillons compactes et aguerris de Tennemi furent arrêtés à Valmy par nos jeunes troupes, et, bientôt après, la redoutable armée de la coalition, conste)*néc par une résistance inattendue, décimée par la maladie, fut forcée de repasser la frontière.
Gergonne obtint alors la permission d'aller ù Paris, où un de ses oncles, ex-constituant, lui oiTraît de le prendre pour secrétaire. Arrivé dans celle ville vers la fin de l'année 1792, il y passa un amenvîron.
Au milieu de la tempête, quelques éclairs sublimes vinrent réjouir le cœur du jeune géomètre. La France,
menacée sur loules ses Trontières, n*avail à opposer à rennemi que des poilrioes sans défense. Le découragcmeni venait déjà glacer le cceur des plus braves, lorsque, en entendant les cris de détresse, la science se mit h Toeuvrc. A ta voix puissante du génie de Mongc, la poudre sembla jaillir du sol ; gràoe è des ressources jusqu alors inconnues, les arsenaux se remplirent de Tusils et de canons ; nos soldats eurent des armes et la patrie Tut sauvée.
Mais, que ne dut pas souffrir Pâme loyale de Gergonnc, en voyant les Bailly, les Monge, les Laplace, dont la France s'honore ajuste titre, sans cesse en butte aux calomnies d*un faux savant qui, repoussé de tous les concours scientifiques, avait voué une haine implacable à tout ce qui portait le litre d* Académicien. Le hideux Uaral, puisqu*il faut le nommer, excitait en lui une indignation qu*il ne savait pas dissimuler, et comme ses amis itii faisaient observer que sa franchise pourrait lui éu^ funeste, u On m'a fait jurer de vivre libre, répondit-il, je serai fidèle à mon serment. •
Repris bientôt par la réquisilion^ Gergonne fut envoyé à Tarmée de la Moselle, où il fut nommé secrétaire de TEtat-Major Général. Pendant qu'il occupait celle obscure position, on annonça un concours d'admission h TEcolc d*artillerie de Ghàlous, et il obtient de son général la permission dç s'y présenter.
Soutenu par Tespérance, il entreprend, presque sans ressources, une route longue et ennuyeuse, et, retardé par
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UDC eulorse du pkdy il iie peut arriver à sa destination que le jour même de i ouverture du concours, li se rend immédiatement dans la salie des examens, qui était remplie de jeunes candidats d*une mise irréprochable.
Les vêtements couverts de poussière du jeune soldat, son bâton, sa chaussure en désordre excitent un rire général, que l'examinateur lui-même ne peut s'empéebér de partager. Cet examinateur était Lacroix, devenu plus tard membre de l'Institut. Par curiosité, il appelle au tableau le nouveau venu, et chacun se réjouit du spectacle.
Nous avons souvent pu le constater, Messieurs, il y en a qui, paralysés par la timidité, ne peuvent s'animer qu au souffle de la bienveillance. D'autres, au contraire, regardent lobstacle comme une bonne fortune el semblent grandir avec lui.
Gergonne était de ces derniers. Il résout toutes les questions qu'on lui pose avec une facilité telle, que l'examinateur juge à propos de franchir les limites du programme et, après un examen qui dura quatre heures, les candidats reconnurent qu'ils auraient à l'Ecole un maître inattendu. .
Plus tard, Gergonne aimait à raconter cet épisode ée sa vie, et, tout en riant lui-même de l'aciHieii que Itii avaient fait ses concurrents, il ne manquait pas d'ajouter qu'ils s'étaient empressés, après l'examen, de lui oirrir tous les livres qui lui seraient nécessaires.
Powrrais-jc oublier de rappeler, ici, que c'était encore
un Lorrain, le Jeune DrouoI, qui, quelques mois auparavant, avait obtenu dans ee concours, les hcmneurs du uîorophe*
Gergonne ciiUré le premier à TEcole d*arlillcrie, le 31 février 1794, en sortit un mois après (grâce 5 son mérite exceptionnel), avec le brevet de lieutenant, et fut envoyé à Tarméc des Pyrénées- Orientales.
Les Espagnols s*étaicnt emparés de Collioure, de Port-Vcndres, de St*EIme, etc., et, fortement rciranclics au camp du Boulou, ils fermaient aux Français Icntrée deTEspagne.
Dès son arrivée, Gergonne est chargé de remplacer, au si^e de Collioure, un capitaine qui venait d^étre tué, et assiste à la reprise de toutes les villes que Tcnnemi iKMis avait enlevées. En même temps, Dugommier s*empare du camp du Boulou, et descend en Catalogne, pour diriger, contre le fort de Figuiëres, les batlcries qui avaient foudroyé Toulon.
Gei^nne, en proie à des accès de fièvre qui ravageaient Tarmée, fut forcé de rester quelques jours dans rinaction, et ne dut son salut qu*aux soins assidus des soldats qui Tentouraient. Dès que ses forces le lui permirent, il alla prendre part au siège de Figuières, et fut chargé du commandement d'une batterie de montagne. En même temps, son général, Fabrc de la Marlillièrc, qui avait pu apprécier son instruction, le chargea de dresser une carte des lieux, et Tamitié dont Thonora ce général, depuis cette époque, montre assez que la mission avait été bien remplir.
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FiguicTCS, qui ctaitunc des plus redoutables Torlcrcsses de TEurope, résislait depuis un an» rénergie de TaUaque, lorsque la nouvelle d'une bataille décisive perdue pnr rarmée espagnole, vint jeter la eonstemaiion dans la place et le comnKindant en ouvrit aussitôt les portes*
Quelques mois après (juillet 17%), la paix est conclue &VCC TEspagne, et le corps d*artilleric, dont Gergonne faisait partie, est envoyé h Nîmes. Là, il apprend qu*on organise une Ecole centrale cl qu^une cliaire de mathématiques est mise au concours. U se présente et obtient le premier rang.
Il parait étonnant, Messieurs, qu*& peine âgé de vir^tcinq ans, il ait renoncé à une carrière on son début avait été si brillant. Mais nous allons trouver dans le fond de son coeur, te secret de ceUe détcrminatioii. Pendant son séjour à Paris, Gergonne avait vu quelquefois une jeune fille qui, sans nom et sans fortune, vivait retirée et cachait au nfK>nde des qualités qu*ii eut Id faveur de connaître et qu*il sut apprécier. Ge souvenir n*avait pu s*eSaccr dans les épisodes si variés de sa vie ; il avait traversé la fumée des batailles et s*é(aii ranimé plus fort et plus pur au moment où, coucbc sur un lit de douleur, Gergonne croyait dire un dernier adieu h tout ce qu'il aimait sur la terre. Aussi, dès qu'il entrevoit une carrière qui ouvre un plus libre champ à SCS espérances, il n'hésite pas à l'embrasser et ne veut plus conOer, au sort des batailles, une destinée qui ne lui appartient pas. Si, pendant six années encore, il
xxxrn liéshc & dévoiler son sccrel, c est que la personne, qit'rl avait connue malheureuse el délaissée, avait vu le boi>heur lut sourire et un brillant avenir s'offrait h elle en Aneniagne,où elle était allée rejoindre un de ses parents. Le eroira-t-on aujourd'hui? La fortune faisait taire un sentiment que le malheur avait pu inspirer. Mais l'heureuse indiscrétion d'un parent, auquel il avait ouvt^rt son coeur, vint lever le voile, et, bientôt après, Gergonne, arrivé à Berlin, vit se réaliser le plus cher de ses rêves.
Il vint ensuite passer quelques jours ii Nancy où H avait encore sa mère et quelques parents. Son oncle, euré de Bouxières, accueillit avec bonheur le nouveau ménage, dans son modeste presbytère, qu'il venait de retrouver après la tempête. Le séjour de Gergonne ù
Nancy ne «fut qu'une suite de fêtes de famille, qu*îl
racontait toujouij avec émotion.
Cependant son congé allait expirer, et, malgré tous ses regrets, il ne pouvait renoncer à une position tonte faite, qui l'attendait à Nimes. H fallut donc s'éloigner de la ville, où était encore sa mère et sa sœur, et de cette maison qui lui rappelait les vertus de son pcre el le bonheur de son enfance ! il part, à l'insu de sa mère, et confie à une lettre des adieux qu'il n'aurait pas eu la force de faire de vive voix.
Gergonne acquit bientôt de la réputation, non-seulement comme professeur, mais encore comme écrivain. Cest à l'Académie de Stanislas qu'il voulut envoyer un de
SCS premiers essais et» sur le rapport de M. de GaumonC il fui nommé, en 1811, membre correspondant idc celte académie.
En 1813, la société savante de Bordeaux, avait proposé pour prix la question suivante :
11 Caractériser la synUièse et Tanalysc mathématiques, u et déterminer TinAuence qu'ont eue ces deux mètbo- 11 des sur la rigueur, le progrès et renseignement des it sciences exactes, n
La question parut mal posée à Gcrgonne, qui, cédant au plaisir de relever une erreur, se mit à Tceuvre, quoi qu'il n'eût plus que huit jours pour concourir.
Voici ce qu'on trouve, sur le résultat de ce concours, dans le Monileur du 17 septembre 1813.
tt Parmi les mémoires qui ont été adressés à l'Acadé-* 11 mie de Bordeaux, sur celte question, deui^ ont parti- Il culièrement fixé son attention.
Il Le premier annonce dans son auteur des connais- 11 sauces variées, profondes et surtout Thabitude des Il discussions abstraites. Son style est toujotu*s celui qui Il convient au sujet qu'il U*aite. Mais, en modifiant la Il question, il s'en est écarté.
u La Société désirant lui donner une marque de sa Il satisfaction, a arrêté de lui donner, dans la séance de Il ce jour, une médaille d'or de la valeur de 500 fr.
Il L'auteur est M. Gergonne, professeur de malbéuia- Il tiques transcendantes au lycée de Nimes, et suppléant Il de philosophie à la Faculté des lettres, n
Tout C6 que je vous ai dit jusqu'ici, Mi*ssieui*s, pcul» tout au plus, vous donner une idée de son caractère. Si Ton veut connaiU'C les véritables titres de sa gloire scientifique, il faut jes chercher dans un journal de mathématiques, connu aujourd'hui sous le nom d'Annotés de Gerganne.
En 1810, les Mémoires de lacadémie des sciences n'étaient pas publiés régulièrement, et le Jotumal de C Ecole polytechnique, qui d'ailleurs ne paraissait qu*a des iotervdlcs trop éloignés, était spéciidement consacré aux travaux de cet établissement.
En vain Gergonne insiste auprès de savants plus connus que lui, pour qu*ib fondent un recueil périodique, destiné à donner de la publicité aux travaux scientifiques, et & exciter Témulation des jeunes géomètres. L'insuccès, loin de le décourager, lui donne de Taudaee, et il se charge de cette entreprise difficile, en s*aidant d'un collaborateur, pendant les cinq premières années seulement. '
Tout en laissant le champ libre à ses correspondants, Gergonne a inséré dans son journal, 300 mémoires environ. Partout il sait allier, ce qui est fort rare, le mérite de la concision au charme de la clarté. Toutes les questions qui se rapportent aux diverses branches des mathématiques sont traitées par lui avec un égal succès. Id, il ouvre une voie nouvelle à la géofnétrie analytique, el la venge des reproches qu'on se croyait en droit de lui adresser ; L^, des (jueslions ardues de méca-
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nique el d*as(rononiie reçoivent les himières de sod lalent ; ailleurs enfin» il nous donne des mémoires remarquables sur la réflexion et sur la rérraetîon de la lumière, un Eêscn sur le$ définition», un petit Traité de diatecHqtte rationnelle et va jusqu^à introduire rarilhmétiqoc dans des questions politiques (c^était en 1818).
Il fait voir, en effet, par un raisonnement des plus simples, combien était vicieux le mode d*électioft abrs employé pour les députés, et à ce sujet, il ajoute » c*est If une excellenlc chose que la liberté, mais la justice est 11 une chose plus excellente encore ; et c*est précisénAcn t « parce que cette liberté est un bien précieux, qu*i] ne n faut pas que la jouissance en soit exclusivement résern vée k une elasse quelconque de citoyens, n
A la même époque, il envoya à M. le baron Pasquicr, alors Ministre de la Justice, un mémoire intitulé : Bxameti critique de quelques dispositions de notre code d'ins— truction crimiiiclle. On assure que ce mémoire ne fui pas sans influence sur les modifications qu'on apporta h ce code, en 1830.
Outre les nombreux écrits de Gergonne, les Annales renferment encore des mémoires de la plupart de ses illuslres contemporains, et ces savants eux-mêmes n^oni pas échappé h la judicieuse critique du rédacteur. Ou~ blierais-je d*ajouter qu'il fut obligé de graver lui-même toutes les figures de louvrage, et que, pendant vingt ans, il le soutint de ses sacrifices pécuniaires, rendant aiusi à la science les subsides que la science lui donnait?
En recompense de si louables travaux, Gergonne fut nommé en 1816, è la chaire d'astronomie de la faculté (fe Montpellier. Successivement associé aux académies de Nancy, de Turin, de Berlin et de Bruxelles, il reçut, sans lavoir jamais demandé, le titre de Membre correspondant de llnstitut. Enfin, en 1830, M. de Broglie le nomma Recteur de TÂcadémie de Montpellier, qui comprenait alors quatre départements.
Ses nouvelles fonctions ne lui permirent plus de continuer la publication de son /oumaf. Mais, à son exemple, un savant Lorrain, M. Liouville, fondait trois ans après, un recueil périodique analogue aux Annales ^ et s^bonorait de Tautorisation que lui donnait Gergonne de se regarder comme son successeur.
Teb sont les travaux. Messieurs, qui, d*après le témoignage de rilIustr^M. Chasles, ont contribué au mouvement scientifique de leur époque, autant par les recherches personnelles de leur auteur, que par celles qu'ils ont provoquées ou encouragées.
'Par suite de cette nomination de Gergonne au Rectorat, la science perdit donc Técrivain ; mais elle conserva le professeur. Car il n'accepta le titre de recteur, qu*à la condition qu'il pourrait toujours faire son cours, et il put même, grâce à un travail quotidien de dix-huit heures, se charger d'un cours de mathématiques au Lycée.
Plusieurs officiers de nos armes spéciales ont suivi ses leçons, et ils n'ont pas dû se repentir d'avoir eu un maître qui, devant le tableau de Chàlons comme devant le canon de Figuiércs, s'étah conduit avec honneur.
Quelques mois après sa nouvelle nomination, Vagita lion, venue de Paris, s^était propagée clans plusieurs écoles, et surtout dans celles de Montpellier. Cest le recteur, c'est Texaminaleur que la jeunesse égarée veut poursuivre de ses fureurs. Pendant que Témeute entoure sa demeure et veut briser les portes^ Gcrgonne, loin de chercher à fuir, ce qui lui eut été facile, se met devant son bureau, comme dliabitude, etlSfll attend Tarrivée des assiégeanti^jj^gf^mourir sur la brèche. Mais, tout à coup, réveil est donné; on vient au secours de Tassiégé, et les rebelles sont dispersés.
Ne se tenant pas pour bauus, ils se réunissent quelque
temps après, et s'arment de sifflets. G est au cours de
Gcrgonne qu'ils se donnent rendez-vous, et là, au moment où le professeur prend la parole, ils font retentir la salle de sons inaUendus. Gergonnc reste impassible. Gomme il traitait alors de l'acoustique, il saisit l'occasion et leur annonce la théorie du sifflet. Désarmé par l'a propos, le jeune auditoire écoule, puis il admire, et de frénétiques applaudissements viennent couvrir les dernières paroles du professeur.
Pendant toute la durée de son rectorat, Gergonnc s'occupa avec le plus grand soin de tous les détails de l'administration. Lorsque la journée ne suffisait pas h son travail, il sacrifiait gaiement une partie de la nuit. Il expédiait si promptemcnt les aflaires que dans l'espace de quinze années, il a écrit lui-même 44,000 lellrcs.
Si parfois il a clé sévère envers les Ibnctionnnaires de
son Académie^ c'élait toujours par amour pour la vérilé, qu1i voulait trouver dans les actes, comme il était habitué à la trouver dans le domaine des sciences. D ailleurs, on a le droit d*éU'e sévère envers ses subordonnés, quand on a son fraoc-parler avec ses supérieurs. Dans ses correspondances avec les Ministres, la franchise dictait ses paroles, et ses vertus leur formaient un bouclier.
Parmi les nombreux témoignages d*c8time qu^il a reçus pendant son rectorat, en voici deux qu'on ne peut pas oublier.
M. Guixot, qui avait été son élève à Nimes, lui rappela, quand il devint Ministre, la sympathie qui avcUi tou^ jour$ existé enlr'eux et le pria de V aider de ses lunùè^ res en maliêre d^enseignetneiU.
Enfin, H. deSalvandy, & la fin de son premier ministère, lui écrivit une lettre des plus flatteuses, et il la termina en dbant : quil était heureux que le roi lui eiU permis, comme dernier acte de son administration, d'adresser au recteur de Montpellier^ la croix d'officier de la Légion d'honneur.
Après avoir tracé la vie publique de Gergonne, il me resterait h vous ouvrir ce sanctuaire qui cachait, avec le dévouement de Tépoux, la tendresse du père, et, plus tard, les angoisses d*un cœur que la mort avait affligé, en brisant des liens qui lui étaient si doux. Peut-être, si une voix moins faible que la mienne venait dépeindre cette union féconde de Icsprit et du cœur, peut-être, db-je, supposerait'On moins que Téludc des sciences fait
oublier à Tliomme sa deslinée, cl Tnippc son cœnr de stèritité.
Gcrgonnc fut mis à la retraite en 1844, après cin* quanle-cinq ans de services dans des fonctions diverses, qu*il avait toujours remplies avec autant de zèle que de talent. Il les avait obtenues, presque toutes, par in voie du concours, et Ton peut dire qu*il n*a jamais rien demandé, pas même sa retraite.
N'ayant plus de fonctions, il ne s'occupa de sciences que pour charmer ses loisirs ou pour être utile aux jeunes gens qui travaillaient loin de toutes ressources. De cruelles ioGmiités le visitèrent dans ses dernières années! Mais, la religion qui lui a^ait souri au berceau, vint le soutenir au moment où il penchait vers la tombe. Elle ranima sa fermeté qui Oéohissait sons le poids des années et de la douleur, et, touchée de ses maux, elle les adoucit par le sourire de TEspérance.
Enfiu, le 4 mai 1859, au milieu des pleurs de quelquesuns et des regrets de tons, Gergonne fut enlevé iii ses enfants et ne leur laissa, pour héritage, que le souvenir de ses vertus.
Pourrais-je finir^ Messieurs, sans exprimer le regret que j'éprouve en voyant que dans une ville, qui est si fidèle au souvenir de ses enfants illustres, le nom de Gergonne est à peine connu.
Gomme Drouot, si vénéré parmi vous (moins peut- (hre pour sa gloire dans les combats que pour ses vertus dont vous eûtes le secret), Gergonne est un enfant du
travail et de Dionncur. Gomme Drouot, il n*a jamais dé-* menti son origine. Paissteat-vous, Messieurs, confondre les deux lauréats de Chàlons dans un même sentiment (le vénération, puissiez-vous tes unir dans vos cœurs, comme ils se sont unis eux-mêmes dans les voies de Ihonneur et de la vérité.