ANALYSE ET FRAGMENTS
D'HIAWATHA,
POÊBB HM-AltalCAn OE LOWe-FBUOW, PAR M. H. GOMONT.
La presse française s^est déjà plusieurs fois occupée de Long'Fcliow» le poêle américain. Elle a apprécié son talent et ses productions. On trouve dans la Revue des deux inondes plusieurs articles consacrés à cet auteur par des critiques différents; aussi parlerons-nous peu do caractère général de ses écrits. Quelques réflexions seulement précéderont le travail d'analyse et de traduction que nous avons entrepris sur son œuvre principale.
Parmi les hommes, peut-être assez nombreux aiu Etats-Unis, qui ne regardent pas le travail matériel et le commerce, Tindustrie et Topulence, comme faisant
tout le bonlicur de rhumanité, qui semblent eroire à Tutiliic morale des études purement intellectuelles, Long'Fellow nous parait figurer au premier rang. Ses productions &nt nombreuses et variées. Elles consistent en romans et en poésies ; les unes appartenant au genre dramatique ou pastoral, les autres pouvant être appelées fugitives, les autres enfin assez difficiles à classer.
La critique a reproché à Long-Fellow de ne pas être assez de son pays, et de participer largement à ce quoo appelle le défaut littéraire des Américains, c'est-à-dire à ce besoin général chez eux d emprunter sujets, sentiments, idées, 5 la vieille Europe; mais Tœuvre dont nous allons nous occuper, est de nature, et par le sujet et par les idées, h satisfaire les plus chauds partisans de la littérature autochlhoneysi Ton nous permet ce mot.C*est un ensemble de fables religieuses, recueillies, dit Tauteur, parmi les tribus sauvages, et formant une sorte d'épopée indo-américaine (1). Quand Long-Fellow
(1) En iS4f7, le congrès général de Elals-Unîs, fil nommer une commission ayant ponr but d*étudier, le plas largement possible, Thistoire et la condition des iribaa indiennes dn Nord de rAmériqne. Cette commission, présidée par le savant H. Henry SchoolcrafI» p«blia, au bout de trois ans, sur l'histoire^ Tastronomie, les aotîquités« la religion, les mœurs, Télat intellectuel, les institutions de ces peuplades dans le passé et dans le présent, trois Tolomes in-folio, de six à sept cents pages chacun. Ce recueil. Pane des seurces auxquelles Long-Fellow dit avoir puisé, a fourni la matière d'an article long et intéressant dans la Revue det deux mondei : il est signé ; Armand Mondot, Avril i8S8.
présente ses poésies comme empruntées à la lilléralure sacrée des Indiens, presque comme une fidèle traduction, dit-il vrai, ou bien se permet-il une fiction assez ordinaire aux poêles? Et s*il dit vrai, jusqu'à quel point s'estil fait un devoir de reproduire fidèlement les idées et les Tonnes de Toriginal? En un mot, dans quelle mesure Long-Fellow a-t-il, relativement aux traditions indiennes, renipli le rôle de Mac-Pherson relativement aux légendes gaéliques? Nous n'espérons guère pouvoir le déterminer d'une manière bien certaine ; mais ce que nous croyons pouvoir affirmer, c'est que son œuvre est curieuse et mérite une étude plus longue que le travail, du reste remarquable, dont elle a été l'objet dans la Berne des deux mondes.
Le poème d'Hiawalha, tel est le nom de cette sorte d'épopée, repose sur une tradition répandue parmi les peuplades du nord de l'Amérique. Elle raconte qu'un personnage de naissance miraculeuse fut envoyé pour les civiliser; il purgea, des monstres qui les infestaient, leurs rivières, leurs forêts, les lieux propres à la pèche, et de plus enseigna les arts pacifiques à ces tribus barbares.
Ce poème se compose de vingt-deux chants fort courts, dont chacun célèbre un fait particulier. Il est précédé d'un prologue gracieux et poédque, mais que nous laisserons entièrement de côté; parce qu'il n'a aucun rapport nécessaire avec l'œuvre même. La véritable introduction au poëme est le chant intitulé le Carumet pacifique, que nous traduisons sans plus de préambule.
u Sur les montagnes de la prairie, sur le grand rocher rouge du Calumet, Gitche*Manilbu, le puissant, le maître de Texistence, descendit ; il se tint debout sur le roc et appela les nations ; il appela les tribus des hommes pour qu elles se réunissent.
n De Tempreinte de ses pas jaillit une rivière ; elle bondit au milieu de la lumière du matin, et, se précipitant dans Tabime, resplendit comme Ishkoodah, la comète ; et Tesprit se baissant vers le sol, avec son doigt traça pour elle sur la savane un canal sinueux, lui disant : coule dans cette voie.
tf Au rocher rouge de la montagne, avec sa main il arracha un fragment ; il en fit un fourneau de calumet ; il le façonna et Torna de figures. Du bord de la rivière, Il enleva un long roseau avec ses feuilles d*un vert sombre, pour en faire un tuyau ; il remplit son calumet avec Técorce du saule, avec Técorce du saule rouge; soufQa sur la forêt voisine, chaufia tous ses grands rameaux à la fois, tant qu'enfin ils prirent feu et flambèrent ; et, tout droit sur la montagne, Gitcbe-Manitou le puissant, fuma le calumet, le calumet pacifique en guise de signal aux nations.
ti Et la fumée s*éleva lentement, lentement, à travers
Tair tranquille du matin ; ce fut d'abord une simple ligne noirâtre, puis une vapeur plus épaisse et plua bleue, puis un nuage blanc comme la neige qui se développa semblable aui- cimes des arbres de la forêt, s'éleva toujours, toujours, toujours, jusqu'à ce qu'il touchât le sommet du ciel, jusqu'à ce qu'il se brisât contre le ciel, et rôuIàt en se répandant tout autour.
«1 Des vallées de Tawasentha (1), des vallées de Wyoming, des bois de Tuscaloosa, des Monts Rocheux situés au loin, des lacs et des rivières du Nord, toutes les U'ibus virent le signal, virent la fumée montant à Thorizon, virent le pukwana du calumet pacifique.
n Et les prophètes des nations dirent alors : voyez, voyez le pukwana ! Par ce signal éloigné, par cette colonne qui se courbe comme une branche de saule, et se meut comme une main qui appelle, Gitche-Manitou le puissant, convoque toutes les tribus des hommes, convoque tous les guerriers à son conseil.
n Descendant les rivières, franchissant les prairies, vinrent les guerriers des nations ; vinrent les Delawares et les Mohawks, vinrent les Ghoctaws et les Gomanches, vinrent les Shoshonies et les Blackfeet, vinrent les Pawnees et les Omawhaws, vinrent les Mandans et tes Dacotahs, vinrent les Hurons et les Ojibways, attirés tous à la fois par le signal du calumet pacifique, adirés
(1) Celte rallée, appelée aajoard*hoi Normao^Kill est daos le comté d* Albanie, Nei?-York.
vers les montagnes de la prairie, vers le grand roolier rouge du calumet (1).
n Et ils se tenaient là sur la savane, avec leurs armes et leur attirail de guerre, peints comme les feuilles en automne, peints comme le ciel du matin, se mesurant les uns les autres, avec des yeux pleins d*un éclat farouche. Sur leurs faces étaient les sombres déGances, dans leurs cœurs le feu des antiques querelles, les haines héréditaires, la soif de la vengeance léguée par les ancêtres.
Il Gitche-Manitou le puissant, le créateur des peuples, les regardait avec compassion, avec un amour et une pitié paternelle ; il regardait leur colère et leurs luttes comme des querelles nées entre enfants, comme des discordes et des combats d'enfants.
(I) Là, saivant les Iradiiions, le calumet rouge fol mystéricose- Dient donné aux peuplades iudiennes. • Dans un temps irès-reculé le Grand Esprit convoqua en ce lieu tous les Indiens, et, se tenant sur le rocher du Calumet rouge, il en enradia un morceau et le façonna en un large calumet qu'il fuma sur eux, puis vers leN.» le S., TE. et rO. et il leur dit que cette pierre était rouge, qu'elle était leur chair et qu'ils devaient l'employer pour leurs calumets pacifiques, qu'elle appartenait à eux touSj et que la masse de guerre et le couteau à scalper ne devaient pas être levés sur cette terre. Au moment où il souffla la dernière bouffée, sa tête s'enfonça dans un grand nuage, et toute la surface du roc dans l'espace de plusieurs milles se fondit et se vitrifia. Au-dessous s'ouvrirent deux grands fours, et deux femmes (esprits qui gardaient cet endroit) entrèrent dans une atmosphère de flamme ; et on les entend encore qui de là répondent aux questions des prêtres ou médecins qui les consultent quand ils Yont visiter celle place.
M. Catlin, letiret et notes sur let mœure, les coutumei et la condition det Indiens de V Amérique (fu Nord,
« Sur eux il étendit sa main droite pour dompter leurs farouches natures, pour apaiser leur soif et leur fièvre par Tombre de sa main ; il leur parla avec une voix solennelle comme le son des eaux lointaines qui lombent dans Tabime profond. Les avertissant, les réprimandant, il parla en ces termes.
n 0 mes enfants ! mes pauvres enfants I écoutez les paroles de sagesse, écoutez les paroles de bon conseil venant des lèvres du Grand Esprit, venant du maitre de la vie, de celui qui vous a créés*
n Je vous ai donné des terres pour y chasser ; je vous ai donné des rivières pour y pécher; je vous ai donné Tours et le bison ; je vous ai donné le chevreuil et le renne ; je vous ai donné Toie et le castor ; j*ai rempli vos marais d*oiseaux sauvages ; j*ai rempli vos fleuves de poissons, pourquoi n*étes-vous pas satisfaits ? pourquoi vous chassez-vous mutuellement comme des bétes fauves ?
n Je suis fatigué de vos querelles, fatigué de vos guerres et de vos meurtres sanglants, fatigué de vos demandes de vengeance, de vos discordes, de vos dissensions. Toute votre force est dans votre union ; tous vos dangers dans la discorde. Cest pourquoi, restez en paix dorénavant, et vivez ensemble comme des frères.
n Je vais vous envoyer un prophète, un libérateur des nations ; il vous guidera et vous enseignera ; il travaillera et souffrira avec vous. Si vous écoutez ses conseils, vous multiplierez et vous prospérerez. Si ses avis sont négliges, vous languirez et vous périrez.
n Maintenanl» baignez-vous dans le ruisseau qui coule h vos pieds ; enlevez les peintures de guerre qui sont sur vos visages, enlevez les taches de sang qui sont à vos doigts. Enterrez vos masses de guerres et vos armes; brisez la pierre rouge de ce roc, formez-la et façonnez-la en calumets pacifiques ; prenez les roseaux qui croissent auprès de vous ; omcz-les de vos plumes les plus brillantes ; fumez ensemble le calumet et dorénavant vivez comme des frères.
n Aussitôt, sur le sol, tous jetèrent leurs manteaux et leurs chemises de daim; ils jetèrent leurs armes et tout leur attirail guerrier, sautèrent dans le fleuve bondissant, et firent disparaître les peintures de guerre qui couvraient leurs visages. Au-dessus d'eux Teau coulait limpide ; pure et limpide elle descendait de Tempreinte qu*avaient marquée les pas du maître de la vie. Au-dessous d*eux elle coulait sombre ; elle coulait souillée et obscurcie jiar de longs sillons aussi rouges que si du sang eût été mêlé h ses flots.
ti De la rivière sortirent les guerriers avec des corps sans taches et débarrassés de toute peinture de guerre. Sur les rivages, ils enterrèrent leurs masses de guerre, ils enterrèrent toutes leurs armes guerrières. Gitche Manitou le puissant, le Grand Esprit, le créateur sourit sur ses faibles enfants.
n Puis tous les guerriers brisèrent silencieusement la pierre du roc rouge, la polirent et la façonnèrent en
calumets pacifiques ; ils brisèrent les longs roseaux du fleuYe, les ornèrent de leurs plumes les plus brillantes, et chacun d*eux retourna dans sa demeure pendant que le maître de la vie s*élevait en Tair, et passant par les ouvertures des grands nuages, par les portes du ciel, disparaissait à leurs regards dans la fumée qui roulait autour de lui, disparaissait dans le pukwana du calumet pacifique, n
Ce premier chant annonce la venue prochaine d'Hiawatha, le héros'du poëme. Le chant suivant célèbre les exploits du guerrier qui doit lui donner naissance.
u Honneur h Mudjekeewis ! s*écriaient les guerriers, s*écriaient les vieillards, lorsqull rentrait en triomphe dans sa patrie avec le baudrier de Wampum (1), venant des régions du Nord, du royaume de Wabasso, de la terre du lapin blanc.
n n a dérobé le baudrier de Wampum au cou de Mishe-Mokwa, au grand ours des montagnes, b la terreur des nations, alors que celui-ci gisait endormi et immense
(t) Espèce de coquilUge (porcelatoe) employée comme monnaie ti parore chez les Indiens.
sur le sommet des montagnes, semblable au roe couvert de mousse, semblable au roc que les mousses tachent de brun et de gris.
n Silencieux, il se glissa vers lui, et les ongles sanglants du monstre le touchaient presque, le blessaient presque; la chaude haleine de ses narines brûlait les mains de Hudjekeewis, tandis qu*il tirait le baudrier de Wampum par-dessus les rondes oreilles qui n'entendaient pas, par-dessus les petits yeux qui ne voyaient pas, par-dessus le long nez et les narines, les narines de ce noir museau d*où sortait une épaisse baleine qui brûlait les mains de Mudjekeewis (1).
n Alors il éleva bien haut sa masse de guerre, il poussa haut et longtemps son cri de guerre, et il frappa au milieu du front le puissant Mishe-Mokwa ; droit entre les yeux, il le frappa.
fi Etonné par ce coup terrible, se leva le grand ours des montagnes; mais ses genoux tremblaient sous lui, et il se plaignait comme une femme, tandis qu'il chancelait et retombait en avant, tandis qu il s'affaissait sur ses hanches ; et le puissant Mudjekeewis se tenant sans crainte devant lui, le railla par une amère moquerie, lui parla de cette manière méprisante.
«1 Ecoutez, ours, vous êtes un couard, et non un
(1) Voir les ouvrages de M. Schoolkraft intilolés, jÊlgic regearcheê, vol. i, p. t3i el History, condition, andproipeetê oftke indian Iribes in the United State»,
brave comme tous le prétendiez ; autrement vous ne crieriez pas, vous ne gémiriez pas eomme une femme* Oars, vous savez que nos tribus sont ennemies, et longtemps se sont fait la guerre. Maintenant vous découvrez que nous sommes les plus forts, et vous allez vous cacher dans les montagnes. Si vous m*aviez vaincu dans les combats, je n aurais pas poussé un gémissement; mais vous, ours, vous restez là et gémissez; vous déshonorez votre tribu en criant comme un misérable lâche, eomme une peureuse vieille femme (1).
n Alors de nouveau, il leva sa masse de guerre et frappa de nouveau le Mishe-Mokwa au milieu du front, brisa son cr&ne comme on brise la glace lorsqu on veut pécher en hiver. Ainsi fut tué le grand Mishe-Mokwa, lui, le grand ours des montagnes, lui, la terreur dos nations.
n Honneur h Mudjekeewis, s'ccria le peuple avec une grande clameur ! honneur à Mudjekcewis ! désormais il sera lèvent deTOuest, et désormais il aura élernellemcnt le souverain empire sur tous les vents du ciel. Ne l'appelez pas Mudjekeewis, appelcz-Ie Kabeyun, le vent de rOuest.
n Ainsi Mudjekcevis fut choisi pour être le père des
(1) Les Indiens sont toajoars persuadés qne Tours comprend les njures qa'on lui adresse et en est humilié. Trantactionê o{ ihe omerican phiioMopkicat Moeiety, vol. i.
Le même ouvrage rapporte que celle tradilîon de Tours dos mou- <Hnc8 existe (jarmi les Mohicaiis cl les Dela^'ares.
vents du ciel. Pour lui-même, il garda le vent de TOuest, il donna les autres à ses enfants ; à Wabum, il donna le vent de l'Est, à Shawondasee le vent du Sud, au farouche Kabibonokka le vent du Nord, sauvage et cruel.
n Jeune et beau était Wabum. Cétait lui qui amenait Taurore; c*était lui dont les flèches d*argent chassaient les ténèbres par-dessus la montagne et la vallée. (Tétait lui dont les joues étaient colorées des plus brillantes teintes du vermillon, dont la voix éveillait le village, appelait le daim, appelait le chas^ieur.
n Seul dans le ciel était Wabum ; bien que les oiseaux chantassent gaiment pour lui, biep que pour lui les plantes sauvages de la prairie remplissent Tair de leurs parfums, bien que les forêts et les rivières flssent entendre, quand il venait, des chants et des acclamations, cependant son cœur était triste en lui, car Wabum était seul dans le ciel.
n Mais un matin, comme il regardait versia terre pendant que le village dormait encore, et que le brouillard reposait sur le fleuve, pareil au fanlAme que chasse le soleil levant, voici que Wabum aperçut une jeune fille se promenant toute seule dans une prairie, cueillant des glaïeuls et des joncs au bord d*une rivière, dans la prairie.
n Chaque matin, regardant vers la terre, il y voyait toujours la même jeune fille, dont les yeux bleus lui semblaient comme deux lacs bleus parmi les joncs ; et il ai-
mait la jeune fille solitaire qui attendait ainsi sa venue» car l'un et Fautre étaient seuls, elle sur la terre el lui dant le ciel.
n Et il la courtisa avec des caresses ; il la courtisa avec son sourire brillant comme celui du soleil ; il la courtisa avec son langage flatteur, avec ses soupirs et ses chants, murmures si aimables ë travers les branches, musique si douce, odeurs si suaves ; tellement qu'enfin il l'attira dans son sein, il l'enveloppa dans son manteau d'écarlate, la changea en une étoile qui toujours tremble sur son sein, et dans le ciel, on voit marchant à jamais ensemble Wabum et Wabum-Ânung, Wabum et l'étoile du matin.
n Quant au Tarouche KabibonokLa, il avait sa demeure parmi les montagnes de glace, parmi les éternelles couches de neige, dans le royaume de Wabasso, dans la terre du lapin blanc. Cétait lui dont la main, quand venait l'automne, peignait tous les arbres en écarlate, tachait les feuilles de rouge et de jatine; c'était lui qui envoyait les flocons de neige serrés et sifflants à travers la forêt, qui gelait les étangs, les lacs, les rivières, qui chassait vers le sud le loon (1) et la mauve, qui chassait le cormoran et le héron vers leurs nids de carex et de séatang (2), dans les royaumes de Shawondasee.
n Un jour, le fier Kabibonokka quitta son repaire de
(1) Oiseau de mer non déterminé, mot I mot \tgaloppin,
(2) Piaule marine et épineuse, sans doute l'ajonc.
neiges, sa maison située au milieu des montagnes de glace ; et sa chevelure toute arrosée de neige ruisselait derrière lui comme un fleuve, comme un fleuve noir d*liiver, Uindis qu'il rugissait et se ruait vers le Sud, par-dessus les lacs glacés et les steppes marécageuses.
n Là, parmi les roseaux et les joncs, il trouva Shiogebis le plongeur qui derrière lui tirait des cordes diargées de poissons, b travers les marais et les landes, et toujours s'arrêtait parmi les landes, bien que sa tribu fût depuis longtemps partie vers la terre de Shaveondasee.
ff Le farouche Kabibonokka s'écrie : qui donc ose ainsi me braver ? qui ose s'arrêter dans mes domaines lorsque le wawa est parti, lorsque Toie sauvage est allée vers le Sud, lorsque le héron, le suh-suh-gah est depuis longtemps envolé vers le Sud ? Je vais entrer dans son wigwam, et j'en chasserai son feu à la vapeur suffocante.
ti Et quand vint la nuit, farouche et gémissant, Kabibonokka se rendit h la hutte ; autour, il amasse la neige en nappe épaisse; il hurle à travers la cheminée ; dans sa fureur il ébranle les poteaux de la hutte ; il bat la cloison de la porte. Shinghebis le plongeur ne craint rien, Shinghebis le plongeur ne s'inquiète pas.
n Car pour alimenter son feu, il avait quatre grandes bûches, une pour chaque lune de l'hiver, et les poissons lui servaient de nourriture. Il était là, près de son àtre flamboyant, assis bien chaudement et joyeux, mangeant,
riant» et chantant ces mots : OKabibonokka, vous n*étes qu*un mortel comme moi !
ft Alors Kabibonokka entra, et bien que Sliingcbis le plongeur sentit sa présence au froid qui lentoura, sentit sur la peau son souffle glacé, cependant il ne cessa point de chanter, cependant il ne renonça point à rire ; seulement il tourna un peu la bûche ; seulement il 6t jeter au feu une flamme un peu plus brillante, il fit envoler les étincelles à travers la cheminée.
n Du front de Kabibonokka', de ses tresses arrosées de neige, des gouttes de sueur tombaient drues et lourdes, creusant des trous dans les cendres. Ainsi du toit des huttes, ainsi des rameaux inclinés des pins, tombe goutte i goutte la neige qui se fond et creuse des trous dans les couches de frimats.
n Enfin il se leva vaincu, incapable de supporter la chaleur et les rires de son adversaire ; incapable de supporter ses chants joyeux : par la porte il s*élança à corps perdu, foula sous ses pieds la nappe de neige durcie, foula aux pieds les lacs et les rivières, sur eux rendit la neige plus dure, sur eux rendit la glace plus épaisse; puis il invita Sbingebis le plongeur à sortir et à lutter avec lui, à sortir et à lutter nu sur les marais gelés et les landes.
n II sort, Sbingebis le plongeur; il lutte toute la nuit avec le vent du Nord ; il lutte nu sur les landes marécageuses avec le farouche Kabibonokka, tant qu*enfin le
souffle haletant de celui-ci devient plus difficile , tant qu*enfin son poignet glacé devient plus foîble, tant qu*enfin il chancelle et s^affaise en arrière, et se retire déçu, vaincu, vers le royaume deWabasso, vers la terre du lapin blanc, entendant toujours le rire de Shingebis le plongeur, Tentendant qui chantait : 0 Kabibonokka ! Vous n*étes qu*un mortel comme moi.
ti Cependant Shawondasee, gras et paresseux, avait sa demeure au loin, vers le Sud, dans les régions du soleil, région du repos et des songes, dans le pays de Tété sans fin ; c*était lui qui nous envoyait les oiseaux des bois, qui envoyait Topechée (le robin), qui envoyait l'owaissa (l*oiseau bleu), qui envoyait le shawshaw (l'hirondelle), qui envoyait vers le Nord le wawa (foie sauvage), qoi envoyait les melons et le tabac et les raisins aux grappes rouges.
n La fumée de son calumet, montant en Tair, remplissait les cieux de vapeur et de brume, remplissait Fait d*une douceur assoupissante, donnait à Tonde des reflets phosphorescents, caressait délicatement les rudes montagnes, et amenait le mol été indien pendant cette lune dont les nuits sont les plus brillantes, pendant cette liDae des souliers de neige si favorable aux rêves (I).
n Nonchalant, insouciant Shawondasee ! dans sa vie il n*cut qu'une seule ombre, dans son cœur il neot
(1) Notre lexlc porle dreary, trUte, nous croyons qa'il faut lire dreamy.
qu'on chagrin. Une fois comme il regardait vers le Nord au loin sur la prairie, il vil une jeune fille se tenant debout ; il vit une grande et svelle jeune fille toute seule dans une prairie. Tous ses vêtements étaient du plus beau vert, et sa chevelure avait Téclat du soleil.
n Chaque jour, il la contemplait, chaque jour il soupirait avec ardeur, chaque jour en lui son cœur s'enflammait davantage d-amour et de passion pour la jeune fille aux tresses blondes. Mais il était trop gras et trop paresseux pour se remuer et la courtiser ; oui, trop indolent et trop ami de ses aises pour la poursuivre et la persuader. Il se contenttît donc de la regarder ; rester assis et soupirer avec passion pour la jeune fille de la prairie lui
n Jusqu'à ce qu'un matin, regardant vers le Nord, il vit ses blondes tresses toutes changées et couvertes de blanc, couvertes de ce qui semblait des flocons de la plus blanche neige : Ah 1 mon frère de la terre du Nord, du royaume de Wabasso, de la terre du lapin blanc, vous m'avez ravi la jeune fille, vous avez mis voire main sur elle ; vous avez courtisé et conquis ma jeune fille avec vos histoires de la terre du Nord.
n Ainsi le malheureux Shawondasee exhalait son chagrin dans les airs ; et sur la prairie errait le vent du Sud tout enflanAné des soupirs brûlants, des soupirs de Shawondasee ; tant qu'enfin l'air sembla rempli de flocons de neige, et la prairie pleine de duvet de chardon. El la
jeune fille, avec sa chevelure pareille à la lumière du soleil, s'évanouit pour toujours à la vue. Jamais plus Shawondasee ne vit la jeune fille aux tresses blondes.
n Pauvre et crédule Shawondasee t ce n*était pas une femme que vous regardiez; ce n'était pas une jeune fille pour qui vous soupiriez ; c'était la dent-de-iioo de la prairie que, pendant toute la nonchalante saison de Télé, vous aviez regardée si amoureusement, vous aviez poursuivie de vos soupirs si passionnés, et pour toujours balayée, dispersée dans les airs en soupirant de la sorte. Ah i crédule Shawondasee !
ft Ainsi les quaU'e vents furent distribués. Ainsi les fils de Mudjekeewis eurent leurs demeures dans le ciel, aux quatre coins du cid. Pour lui seul le puissant Mudjekeewis garda le vent de TOuest. n
Nous avons cru devoir reproduire intégralement ces chants préliminaires, voulant dès le début faire comprendre au lecteur par un spécimen étendu, le style, le rhythme, et la nature d'idées que présente le poème d*Hiawatha ; mais nous ne pourrons toujours, à cause de la longueur de l'œuvre, respecter aussi religieusement le texte, et il nous arrivera souvent de substituer l'analyse à la traduction.
lU.
tt En ces jours qui sont oubliés, en ces temps qu*on ne se rappelle plus, à travers le crépuscule du soir, de la pleine lune tomba Nokomis, tomba la belle Nokomis, alors femme, mais non encore mère.
n Elle jouait avec ses compagnes, se balançant sur une escarpolette de pampre, lorsque sa rivale dédaignée, pleine de jalousie et de haine coupa Tescarpolette, coupa en deux les pampres tressées ; et Nokomis tomba à travers le crépuscule du soir sur la savane, sur la prairie émaillée de fleurs. Voyez, une étoile tombe, disait le peuple ; du ciel tombe une étoile !
n Lé, *parmi les fougères et les mousses, là parmi les lis des prairies, sur la savane, au clair de la lune et des étoiles, la belle Nokomis enfanta une fille, et elle la nomma Wenonah ; parce qu*elle était la première née de ses filles. Et la fille de Nokomis grandit comme le lis des prairies, devint une grande et svelte jeune fille, belle comme la lumière de la lune, belle comme la lumière des étoiles.
n Et Nokomis Tavertissait souvent, lui disant souvent, souvent lui répétant: Oh 1 prenez garde à Mudjekeewisl n*écoutez pas ce qu*il vous dira. Ne vous couchez pas sur
— SM — la prairie, ne vous reposez point parmi les lis, dans la erainle que le vent de TOuest ne survienne et ne vous soit fatal.
i« Mais elle n*écouta pas cet avis, elle n*écouta pas ces sages paroles ; et le vent de TOuest vint un^soir, marchant léger sur la prairie» pariant bas aux feuilles et aux plantes, courbant les Qcurs et le^ herbes. Il trouva la belle Wenonah étendue parmi \efi lis ; il la coi^rtisa avec ses paroles pleines de douceur ; il la courtisa avec ses tendres caresses ju$qu*à ce qu*eUe enfantât uo fils d*amour et de douleur.
n Ainsi naquit mon Hia¥ratha, ainsi naquit Tenfant miraculeux; mais la fille de Nokomis, laimable mère d'Hiaviratha mourut dans son angoisse, abandonnée par le vent de TOuest, faux et sans foi, par le sans^omur Mudjekeev^is.
n Pleurant sa fille» longtemps et avec de grands cris se lamenta la triste Nokomis: Oh ! que ne suis-je morte, murmura-t-elle! Oh que ne smVje morte, comme tu Tes ! plus de peine alors 1 plus de larmes! Wabonomin ! Wabonomin i
n Sur les rives du Gitche Gumée, près des eaux limpides du grand lac était le wigv^am de Nokomis^ deTlokomis, la fille de la lune ; sombre, derrière le wigwam, s*élevaii la forêt» s*élevaient les pins noirs e( lugubres, s'élevaient les sapins avec leurs, pommes en forme de etees: brillante, devant le wigwam j se brisait Tonde,
se brisait l'onde claire et dorée pw le soleil, se brisait le grand hc étinoclant. n
Après cette exposition Vient ie tableau de VènTance d*Hiawatha et de son ëducs^on par la vîeiDe Nokomis. Hiawatba est désireux d^apprendre : les phénomènes de la nature le préoccupent surtout, et il en demande Texplicauon à sa grand*mère. Les réponses de cetic-ci àontelles de ces contes ridicules qu*en tout pays les nourrices font aux enfants pour amuser leur jeune imagination ? ou bien reiracenl-elles les idées des indiens relativètoyeni aux phénomènes célestes et terrestres? H nous est diffi-^ cilede prononcer là-dessus. Plus âgé, Hiawatba s'intéresse beaucoup aux animaux, quadrupèdes ec oiseaux ; il étudie leurs mœurs et leur langage. Un jour enfin, n lagoo le grand hâbleur (thegrwi hoasler)^ le conteur d'histoires merveilleuses, le voyageiir et le causeur, Tami de la viçilte Nokomis, fit un arc pour fliawalha. Il le fit d*ane branche de frêne; d*un rarnébu de cbéne il fit les flèches ; ii les arma die pointes aiguës, les enifteona de plumes: -avec de la peau de daim, il fil la corde.
n Puis il dit à Hiâwatha : YA, mon fib, dans la tbrél où les daims rouges marchent en troupeau, tue^nous un beau chevreuil ; tue-nous un daim avec ses andouillers.
n Aussitôt, tout seul dans la forêt s*enfonça fiéreiUent
— M — Hkiwatha avec son arc et ses flèches, et les oiseaux chantaient autour de lui, au-dessus de lui : Ne nous vise point Hiawatha, chantait Topechée (le robin), chantait Towaissa (roiseau bleu), ne nous vise point, Hiawatha.
n Tout auprès de lui, au sommet d*un chêne, parmi les branches et en dehors des branches sautait Âdjidaumo, récureuil. Il jacassait, caquetait au sommet du chêne, riant et disant à travers ses rires : Ne me vise pas, Hiawatha.
n Et le lapin sauta de côté, hors de sa route ; il se tint à distance et debout sur ses hanches, à moitié effrayé, à moitié gambadant ; et disant au petit chasseur : Ne me vise pas Hiawatha. n
Le poème nous montre celui-ci restant insensible i toutes ces agaceries, et suivant la trace des daims jusqu'à la rivière. Là, u caché dans un buisson d'aunes, il atiendaitle moment où surviendrait un daim, le moment où il verrait se dresser deux andouillers, où il verrait deux yeux regarder hors des buissons, où il verrait deux narines flairer le côté du vent. Enfin, au bas du sentier, se présenta un daim sur lequel jouaient lombre des feuilles et la lumière. Dans la poitrine d*Hiawatha palpita son cœur ; il trembla comme au-dessus de lui tremblaient les feuilles, il trembla comme frémissait la feuille du bouleau au moment où le daim se montra au bas du sentier.
n Alors se dressant sur un genou, il ajusta une flèche; i peine son mouvement fit-il mouvoir un roseau, & peine une feuille bougea-t-elle, ou frémit-elle ; mais le chevreuil vigilant tressaillit, frappa la terre de tous ses pieds i la fois, écouta avec une patte en Tair, et bondit comme au devant de la flèche. Hélas 1 la flèche sonore et fatale siffla et le perça comme une guêpe.
n II gisait là mort, dans la forêt, sur le gué en travers du fleuve ; son cœur timide ne battait plus ; mais le cœur d*Hiawatha palpitait ; poussant des cris de joie, et bondissant, Hiawatha portait le daim fauve à sa demeure ; lagoo et Nokomis accueillirent sa venue avec des applaudissements.
n De la peau du daim fauve, Nokomis fit un manteau pour Hiawatha ; de la chair du daim fauve, Nokomis fit un banquet en son honneur. Tout le village vint et fit bonne chère ; tous les hôtes louèrent Hiawatha, rappelèrent Cœur-Vaillant (Soan-ge-taha), rappelèrent Cœur*- Hardi (Mahn-go-taysee). «
Cependant Hiawatha était devenu un homme ; il était orné de talents merveilleux que le chantre indien détaille avec enthousiasme : art de la chasse, science des vieillards, jeux et passe- temps de la jeunesse, il possédait
était jsi vjgour^u^ qu*il pouvait .iirer 4ix flèches de.sute» assez rapiilemeol pour que la première oe fui pas encore retombée quand la ,dernière quittait Tare. Il avaîfl 4e$ gantele.ts magiques de peau de daim appelée mi^jekakmy avec ]e3qMeb il pitlyérisatt les rocs. U «vait dies iQoeassins enchantés, faits aussi en peau de daim, et avec lasquels il mesurait un mi]le k chaque pas.
U questionnait toujours la vieille NoLomisfiiir son père Mudjekeei^'is. Quand il apprit d*elle la fatale histoire 4e la beauté de sa mère et de la perfidie de son père, ¥ soa cœur devint brûlant dans sa poitrine : comme un ^cfaarbon ardent devint son cœur. Alors il dit à la vieille Nokomis^je vais aller ver; Mudjekeewis, voir cpmmeot se porte ^on père ; je vais aller «u berceau du vent de rOuesty à la porte du soleil.
Bientôt il sort de sa butte dans tout raltirail d*un voyageur et d'un chasseur indien, attirail scrupuleusement détaillé par le poëte. Il avait ses gants nommés flunjckahun, et ses mocassins enchantés.
La vieille Nokomis lui dit : u Ne partez pas, ô Hiawadia, pour le royaume du vent de TOuest, pour le royaume de Mudjekeewis, de peur qu*il ne vous nuise avecsa magie, qu*il ne vous tue avec ses ruses.
n Mais le hardi Hiawatha n*écouta pqint le conseil de In vieille femme ; il s'enfonça dans la forêt, mesurant un
miil6iii«tMM|qe jpaa. Auniesaus de'luî le ciel paraissait tout livide, sous 4iit 4a lerre 'paraissah dôme livide ; au** tour de lui rairélait«haud et siMbcaiU, rempli de fiimée et de vapeurs Aivdeoles, coonnie eeUee iqu*exhalent des bois'et des prairies îneendiés ; car son eœur était brMaitt dans sa poitrine, comiae un charbon ardent était son cœur« n
Le jeune héros voyagea ainsi toujours vers rOuest,et traversa bien des contrées dont nous épargnerons les noms au lecteur ; enfin il parvint aux Montagnes rocheuses, dans le royaume du vent dcFOuest, où, sur des sommets battus par la tempôle, siégeait TEole indien.
Hiawalha fut frappé derespeet è la vue de son père. La chevehirq de celui-ci, tout enveloppée de nuages, Qottait et ondulait tumultueusement. Elle avait T^at d une nappe de neige; elle brillait comme Ishkoodah (a comète, eomme Tétoile aux tresses enflammées.
u Plein de joie fut Mudjekeewis, lorsque ses regards torobèrem sur Hiairatha, lorsque devant lui il vit apparaître sa propre jeunesse sous la figure d*Hiawatha, lorsqu'il vit la beauté de Wenonah apparaître devant lui coQune sortant du tombeau.
n Soyez le bien-venu, Hiawatba, (Ut^il, dans le royauté du vent de TOueat. Longtemps je vous ai attendu I La jeunesse est aimable, la vieillesse est soliuiire ; la jeu-
— J6 — nesse est bouillante, la vieillesse est glacée ; yousme ramenez les jours passés ; vous me ramenez ma jeunesse pleine de feu et la belle Wenonah ! «
Pendant plusieurs jours ils conversèrent ensemble, questionnèrent» écoutèrent, répondirent. Le puissant Mudjekeeu'is paria beaucoup de ses anciennes prouesses, de ses dangers, de son courage indomptable. Hiawatba restait paisiblement assis, écoutant les vanteries de son père ; il écoutait avec un sourire sans proférer aucune menace. Point de mot, point de regard qui le trahit, u Mais son cœur était brûlant dans sa poitrine. Gooiine un charbon ardent était son cœur, n
Enfin il dit : u 0 Mudjekeewis, n*y a-t-il rien qui puisse vous nuire, rien qui puisse vous effrayer ? Et le puissant Mudjekeewis, grand et gracieux dans son orgueil, lui répondit : Rien ne le peut, si ce n'est le roc noir de là-bas ; rien, si ce n*est le fauil Wawbeek.
n Puis, il regarda Hiawatha avec un œil serein et bienveillant, d'une manière toute paternelle ; il regarda avec orgueil la beauté de sa haute et élégante personne, et dit : 0 mon Hiawatha, n'y a-4-il rien qui puisse vous nuire, rien qui puisse vous effrayer? n
Après avoir comme hésité pendant qudqoe temps, le prudent Hiawatha répondit : u Rien ne le peut, excepté le jonc qui est là-bas ; rien , excepté le grand Apukwa. Et comme Mudjekeewis, se levant, étendait le
bras pour arracher le jonc, Hiawalha «'écria avee une terreur bien jouée : Ah ! n*y touchez pas, n*y touches pas ! Non vraiment, dit Mudjekeewis, non, en vérité, je n y toucherai pas. n
Alors tous deux se mirent à parler de divers sujets ; d*abord, de leurs parents, u ensuite de la mère d'Hiawatha, de la belle Wenonah ; de sa naissance sur la prairie et de sa mort, comme les avait rappelées et racontées la vieille Nokomis.
n Et Hiawatha dit : 0 Mudjekeewis, c*est vous qui avez tué Wenonah, qui avez pris sa belle vie et sa beauté, qui avez brisé le lis de la prairie, qui Tavez foulé sous vos pas. Vous Tavouez ! vous Tavouez ! Et le puissant Mudjekee^'is secoua vers TOuest sa chevelure grise, inclina douloureusement sa tête grisonnante, et fit en silence un signe d'assentiment. ti
Alors Hiawatha bondit ; avec un regard plein de menace, il pose sa main sur le roc noir, sur le fatal Wawbeek; avec ses gantelets, il le brise et le met en pièces, et en lance les fragments contre son père, contre le repentant Mudjekeewis ; u car son cœur était brûlant dans sa poitrine ; comme un charbon ardent était son cœur.
u Mais celui qui gouverne le vent de TOuest repoussa loin de lui les fragments de roc avec le souffle de ses narines, avec Touragan de sa colère ; il les repoussa contre son agresseur; puis il saisit le grand jonc, TApukwa, Tar-
radia èet bords de la prairie avec aa tige «t te» raenies; de la vase, il arrache le gigarnlest^ue jonc : fiiawadNi pousse un long et bruyant éclal de rire.
n Alors, à travers les montagnes, mavn oofitre main, commença le terrible combat. Du haut de son aire, Taigle, (le keneu), le grand aigle de la guerre poussa i des cris; (l) il allait, se perchant sur les rocs qui entouraient les lutteurs ; au-dessus d^eux il battait des ailes en tournoyant.
11 Gomme un grand arbre dans la tempête s^inclinait et s*agitait le jonc colossal. Se brisant en blocs immenses et lourds, s^écroulait le fatal Wawbeek ; tellement que la terre trembla sous le tumulte et la confusion de la bataille, tellement que Tair fut rempli de clameurs, et que tressaillant, le tonnerre des montagnes répondait : Baim-Wawa!!
tt En arrière se retira Mudjekecwis, se précipitant vers rOucsl par-dessus les montagnes, roulant vers rOucst sur la pente des montagnes. Pendant trois jours entiers, combattant sans relâche, poursuivi par Hiavvatha, il se retira vers le berceau de TOuest, vers la porte du soleil couchant, cette dernière limite du monde où dans les espaces vides descend le soleil, comme on voit le flammant s*enfoncer dans son nid à la nuit tombante, au milieu des marais mélancoliques.
(1) Cet oiseaa est rare et estimé à caase de ses plames qni servent à décorer les ^oerriers illaslres.
n Arrécez, cria enfin Mudjd^eewÎB,. arrêter naon fils, won Hifiwadia* li vous est impossible de im tuer; car WU8 ne pauvez tuer un iramoneL. Je vous ai mis à i épreuve seulement pour eonnain^e et tenter votre cou-rag9* Mtintenaqt recevez le prix de voire valeur.
n Beteumez vers votre demeure et vers vos peuples ; viv^ parmi eux ; travaillez parmi eux; purgez la terre de tout ce qui la souille; nettoyez les rivières et les eaux poissonneuses ; tuez tous les monstres et tous les magiciens, tous les gcantSi et tous les reptiles, comn^ je tuai Mishe-Mokv^a, comme je tuai le grand ours ^es aïontagnes.
n El eofin, lorsque la mort s'approchera de vous, lorsque 1^ yeux terribles de PangukbriUeront sur vous dans les ténèbres, je partagerai mon royaume avec vous. Vous serez dés lors le maitre du vent du Nord^Ouest» de Keewaydin, deKeev^aydin, le vent de la patrie.
n Ainsi fut livré ce fameux combat, dans les terribles jours de Shah*Shah, dans ces jours depuis longtemps passés, dans le royaume du vent de TOuest. Le chasseur en voit encore les marques éparses au loin sur les montagnes et les vallées ; il voit le jonc colossal croissant dans les marais et les cours d'eau, il voit les blocs de Wawbeek gisant encore dans chaque vallée.
n Ensuite, Hiawatha retourna vers sa demeure. Autour de lui souriait le paysage, au-dessus de lui, Tair souriait; car Tamerlume de la colère était entièrement éteinte en
hilUe ; il se b&lit un Avîgwam dans la forêt, auprès du grand lae limpide, à Tépoque de raknable et jojeux printemps; il le bMit à Tépoque de la lune des fewlles ; puis, visité par des songes et des visions diverses; il jeûna durant sept jours et sept nuks entièrea.N
La légende indienne nous montre, pendant' les* trois premiers jours» Hiawatha erranldans les forêts et an bord des rivières, considérant les quadrupèdes, les oiseaux, les fruits, les poissons, et se disant avec tristesse à la fin de chaque journée et de chaque exploration : Maître de la vie, faut-il que notre vie dépende de choses pareilles ! Enfln, le quatrième jour, comme il gisait épuisé dans sa hutte, u les yeux à moitié ouverts, et la tête pleine de songes et de visions, contemplant le paysage qui vacillait et ondoyait, contemplant Téclat des eaux et la splendeur du soleil couchant, Hiawatha vit un jeune homme s*approcher, avec des vêtements verts et jaunes ; il venait à travers le rouge crépuscule, à travers les splendeurs du soleil couchant. Des plumes vertes se'balançaient sur sa tête, et sa chevelure était soyeuse et doréç.
n Se tenant debout sur le seuil de la'porte ouverte, il regarda de loin Hiawatha ; il le regarda avec des yeux de compassion ; il regarda son corps et ses traits épuisés ; et d'une voix semblable aux soupirs du vent du Sud dans le sommet des arbres, il dit : 0 /non Hiawmha 1
toutes voB prières ont été entendues dans le ciel ; car TOUS ne priez pas comme les autres pour obtenir plus de taieot à la chasse^ pour obtenir plus d'babtieté h la pèche, pour obtenir plus de victoires dans les combats, plus de renom parmi les guerriers, mais pour rutililé do peuple, pour Tavantage des nations.
it Quittant le maître de la vie, je suis descendu, moi, Mondamin, Tami deThomme, pour venir vous apprendre et vous enseigner comment par la lutte et le travail, vous obtiendrez ce que vous avez demandé dans vos prières. Levez-vous de votre lit de feuillage ; levez-vous, ô jeune homme, et luttez avec moi.
n Bien qu*épuisé par la faim, Hiawatha 8*élança de son lit de feuillage ; passant de Tobscurilé de son wigwam dans l'atmosphère enflammée du soleil couchant, il lutta avec Mondamin. A son contact, il sentit un nouveau courage jaillir dans son cerveau et dans son cœur ; il sentit une nouvelle vie ; il sentit Pespérance et la vigueur parcourir chacun de ses nerfs, chacune de ses fibres.
n Ils luttèrent ainsi Tun contre Taulre au milieu des splendeurs du soleil couchant ; et, plus ils luttaient, plus ils combattaient, plus Hiawatha acquérait de force. Enfin, autour d*eux, descendirent les ténèbres; et le shuh-shuh-gah (le héron), du fond de sa retraite, au milieu des marais, poussa un cri lamentable, poussa un cri de souGTrance et de faim.
n Cest assez, dit Mondamin, souriant à Hiawatha ;
demain, au coucher du soleil, je viendrai de nouveau me mesurer avec vous ; puis il s'évanouit et ne se montra plus ; soit qu*il se fût enfoncé dans le sol comme s*y enfonce la pluie, soit qu'il se fût élevé dans l'air comme siélève le brouillard, Hiawatba ne vit rien, ne comprit rien ; il ne vit qu'une chose, c'est que Mondamin avait disparu, le laissant seul et épuisé, avec le lac hrumeux au-dessous de lui et les étoiles scintillantes au-dessus de lui.
n Le lendemain, et le jour suivant, lorsque le soleil s'abaissant, descendait dans les ondes de TOuest, pareil à un charbon rouge et ardent qui se détache du foyer du Grand-Esprit, Mondamin vint pour éprouver Hiavralha et lutter contre lui. Il vint, silencieux comme la rosée qui nait de l'air vide, qui rentre dans l'air vide, prenant une forme lorsqu'elle touche la terre, mais invisible à tous quand elle vient et quand elle s'en va.
N Trois fois ils luttèrent ensemble au milieu des splendeurs du soleil couchant, jusqu'à ce que les ténèbres descendissent autour d'eux, jusqu'à ce que du fond de sa retraite, au milieu des landes marécageuses, le shuhshuh-gah, le héron affamé, poussât son cri perçant. Alors Mondamin s'arrêta pour écouter.
ti II était là, grand et beau dans ses vêtements verts et jaunes. Sur sa léte, tandis qu'il respirait, ses aigrettes se balançaient et s'inclinaient d'un côté et de l'autre ; et la sueur de la lutte brillait sur lui comme des gouttes de rosée.
— SS- II Et il s*écria: 0 Hlawatlia, vous avez bravement lutté contre moi. Trois fois vous avez vaillamment lutté contre moi ; et le maître de la vie qui nous voit, vous donnera la victoire.
n Puis il sourit et ajouta : Demain est le dernier jour de votre combat, le dernier jour de votre jeûne ; vous me vaincrez et triompherez de moi. Faites un lit pour que je m*y étende, un lit où la pluie puisse tomber sur moi, où le soleil puisse venir et me réchauffer. Arrachezmoi ces vêtements jaunes et verts; arrachez-moi ce panache flottant. Couchez-moi dans la terre, et rendezla douce, et friable, et légère sur moi.
n Point de main qui trouble mon sommeil, point d*herbe ou de ver qui me tourmente : que Kahgahgee (le corbeau) ne vienne pas m*importuner de sa présence el me nuire. Seul, venez pour veiller sur moi, jusqu'à ce que je renaisse, me soulève et m*anime, jusqu'à ce que je me dresse à la clarté du soleil, n
Le lendemain, arrive la vieille Nokomis avec des aliments ; son petit-fils jeûnait depuis six jours entiers. Celui-ci néanmoins s'obstine à refuser toute espèce de nourriture ; la vieille grand'mère se désole. Nous omettons cette scène. Nokomis regagne son wigwam sans avoir pu fléchir le jeune homme.
u Cependant Hiawatha assis et languissant attendait rarrivéede Mondamin. Il attendit jusqu'à ce que les om-
-Sobres, se dirigeatil ven TEst^ s'atlrageassent sar les plaines et les forêts, jusqu'à ce que le acieil, desocidanl doeiel, floiiàt sur les ondes de TOuest, comme tm aatomne h feuille rougie tombe et flotte sur les eaux, tombe et s'enfonce dans leur sein»
n Aussitôt le jeune Moodaoïin ayee ses tresses soyeuses et brillantes, avec sçs véteroenta jaunes et Yerts, a?ee son panache long et lustré, se présente k la porte et fait signe & tliawatba. Pareil à Thomme qui marehe pendant son sommeil* pâle et hagard, mais indompté, eelui-^ sort de son wigwam et lutte avec MondaoMQ.
n Tout autour de lui» Qodulait le paysage. Le cîel et Is terre chancelaient tous deux, et son ccour vaîUaDt bondissait dans sa poitrine comme Testurgeon bondit et lutte dans un filet pour en briser les mailles. Auiourde lui, tel qu'un cercle de feu, brillait et flaoïboyaiile reuge horizon, etuneeenuine de soleils semblaient oontempler le combat des deux luttetvs.
n Tout à coup , Hiawatha se trouva seul debout sur le vert gazon, tout pantelant des terribles efibrts qu'il venait de bir^^ toul palpitant de la luue qift*il venait de livrer; et devant lui, sans respiration et sans vie, gisait le jeune bomm^ avec sa chevelure en désordre, son panache arraché, ses vétemeois déchirés. Il gtsaîilà mort,, sous k soleil couchant*
n Le victorieux Hiawatba cueusa le tombeau eonnne il en avait reçu Tg^re; il dépwiUa Mondunin de ses vétemmts» lui ôta son p^a^he fracassé ; il le dépo8t
dans la terre, et la rendit douce, friable, et légère sur lui ; et aiwh-ahub-gih (te héron) du fond des marais mélancoliques poosaa un cri de lamentation, poussa un cri de peine et d'angoisse.
n Alors Hiawatba regagna sa demeure, la butte de la vieille Nokomis ; car les sept jours de son jeâne étaient révolus et accomplis. Mais elle ne fut pas oubliée la place où il avait lotie avec Mondamin : il ne fut ni oublié ni négligé le tombeau où Mondamin reposait, dormant à la ploie et au soleil, où ses plumes et ses vêtements dispersés se fanaient à la pluie et au soleil.
n Chaque jour Hiawatba allait le visiter et te surveiller. Sur lui, il rendait plus molle la terre noirâtre ; H la purgeait d*hert)es et d'insectes, et, avec des éclats de voix et des cris, il en chassait Kabgabgee, le roi des corbeaux.
n Enfin un petit panache vert sortit lentement du sol, pois un autre, puis un autre. Et, avant la fin de Tété, s*élevait le maïs dans toute sa beauté, avec ses enveloppes vertes qui Tentouraient , et ses longues et soyeuses tresses jaunes ; et Hiawatba s^écria dans son ravissement : Yoilii Mondamin, oui, voilà Mondamin, l'ami derhomme(l)!
(!) hei Appâlltehient, triba voisine do Ifîuissipi éi de II iVoafeHe-OrlétnSf eamiiiisileal, avial l'arrivée dei Boropéeas, m aioda fort grossier de ealtiver le maïs, il en était de même des Iroqnois. (Rêvue dô$ Dûua-Mwdêt d'aTril 1858, arlicle de M. Armand Mondot.)
Mon-da-mia, dani le langage des Odjibwn-Algonqtûns, signifie la
n Alors il appela la vieille Nokomis, et lagoo, le grand hâbleur ; il leur montra Tendroit où le mais croissait, il leur raconta sa merveilleuse vision, ses luttes et ses triomphes, et ce nouveau présent qui pour toujours devait être leur aliment.
tf Et plus tard, lorsque l'automne teignit en jaune les feuilles longues et vertes du mais, et lorsque ses grains sucrés et moelleux devinrent jaunes et durs comme le wampum, alors Hiawalha recueillit les épis mùrs« il les dépouilla de leurs enveloppes flétries comme naguère il avait dépouillé le luiteur, puis il donna la première Tète de Mondamin, et fit connaître à tout le peuple le nouveau don du Grand-Esprit.
n Hiawatha avait deux bons amis qu*il chérissait entre tous les autres, et qui lui étaient unis par la plus étroite liaison; dans la joie comme dans le chagrin, il leur donnait la main droite de son cœur. Celaient Ghibiabos le musicien, et Kwasind Thomme très-robuste.
n Entre leurs demeures passait un étroit sentier, et jamais Therbe ne poussait dessus. Les oiseaux chanteurs
grnine de t'êiprit, et ils racoBlenl aa sujet de cette céréale la lé* gende que Loog-Fellow a mise en yen d'après le récit de M. Schoolertft.
— S9 — qui profèrent des mensonges, les faiseurs de eontes, el les trouble-fétes, ne trouvaient chez les trois amis aucune oreille pour les écouter ; entre eux, ils ne pouvaient fomenter aucune brouille, car chacun d*eux prenait conseil des autres. Us causaient ensemble à cœur ouvert. Ils méditaient beaucoup, et songeaient beaucoup aux moyens de rendre les tribus heureuses.
n Hiawatha chérissait Faimable Ghibiabos, Ghibiabos le meilleur de tous les musiciens, le plus harmonieux des chanteurs. Ghibiabos était beau, simple comme un enfant, brave comme un homme, doux comme une femme, souple comme une branche de saule, majestueux comme le daim avec ses andouiliers. n
n Hiawatha aimait beaucoup aussi Kveasind, Thomme très-robuste, le plus robuste de tous les mortels, le plus fort parmi beaucoup; il Taimait pour sa force même, pour sa force alliée à la bonté.
n Dans sa jeunesse, Kwasind était ami de Toisiveté ; insouciant, lourd et rêveur, jamais il ne jouait avec les autres enfants, jamais il ne péchait, jamais il ne chassait ; il ne ressemblait pas aux autres enfants, mais on le voyait jeûner rigoureusement, s'entretenir souvent avec son manitou, supplier souvent le Grand-Esprit.
n Paresseux Kwasind, lui disait sa mère, jamais vous ne m*aidez dans mes travaux. Pendant Tété vous allez en fainéant r6der dans les plaines et les forêts. En hiver,
vous restez tccro«pi sur les cendres dans le wigwam. Aux jours les plus froids de Thiver il me faut briser la glaee pour pécher. Vous ne venez jamais m*aider à ranger mes filets. Us sont % suspendus à la porte, tout mouillés, tout lourds d*une eau gelée ; aUez et tordeirles, bon-à-riea! allez et faites-les ^her aux rayons du soleil.
n Lentement Kwasind se levait, quittant le foyer; mais il ne répondait rien qui sentit la colère. 11 sortait de la hutte en silence, prenait les filets qui étaient suspendus ensemble, tout mouillés, tout lourds d*eau gelée. Il les tordait comme une poignée de paille, il ne pouvait les tordre sans les rompre, tant il avait de vigueur dans les doigts.
n Paresseux Kwasind, disait son père ; à la chasse jamais vous ne m*aidez, chaqite arc que vous touchez est rompu, chaque flèche est brisée en deux. Cependant venez avec moi à la forêt, vous rapporterez le gibier à la maison.
Il Os s*engageaieDt dans le fond d*un étroit défilé, et s*avançaient guidés par le cours d'im ruisseau ; les traces du daim et du bison en marquaient la rive molle et vaseuse. Puis ils trouvaient toute issue fermée devant eux, solidement obstruée par des troncs d*arbres déracinés, gisant en long ou en U'avers, et qui empêchaient d*aller au delà.
n II nous va falloir retourner sur nos pas, disait alors le vieillard ; nous ne saurions franchir ces troncs d*arbres.
Une marmotte ne pourrail passer au travers, un éeureuil ne pourrailles escalader. Gela dil, allumani son calumet, le bonhomme s^aaseyait pour fumer et pour réfléchir, mais avant que son calumet ne (àx achevé, voHà que le sentier était déblayé devant lui. Kwasind avait relevé tous les troncs d'arbres à droite et k gauche, il avait fait voler les sapins aussi vite que des flèches, il avait kneé les cèdres aussi facilement que des javelots, n
La légende indienne raconte encore, et non sans un certain comique, plusieurs preuves de Tinsouciance, de la vigueur et de la soumission de Kwasind. Hiawalha fit bientèt lui-naéme respérience de eette force et de cette patience. Un jour, en effet, il construisit un canot dont le poème décrit longuement et minutieusement toutes les parties. Pour le hire, il s'adressa ii chaque arbre de la forêt, et lui demanda une portion de son bois» de son feuillage, de ses racines ou de son suc, en sorte que, • son esquif renfermait toute la vie de la forêt, tous ses mystères, toute sa Hiagie, toute la légèreté du bouleau, toute la dureté du eèdre, toutes les racines flexibles du mélèze, et qu'il flottait sur la rivière, comme la feuiUe jaunie en automne, comme la feuille jaunie d'un lis d*eau. s Pour conduire ce canot, Hiawatha n'avait pas de ranEies; sa pensée et ses désirs lui suffisaient.
Son œuvre achevée, il dit à Kvi^asind : n Aide- moi à oetlayer la rivière des tironcs d'arbres et des bancs de
— tt —
sable qui en eneombrenl le fond, ti Se jetant bravenoent dans Peau» Kwasind commença ce travail, qui rappelle les travaux d*Hereule, et suivant les expressions mêmes du poSme, n il rendit le cours du fleuve sûr et libre, il en fit une voie pour son peuple, depuis la source, au milieu des montagnes, jusqu*aux ondes de Pauwating, jusqu'à la baie de Taquemewav^. n