‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 55 sur 98 · DE LA LORRAINE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

DE LA LORRAINE ALLEMANDE

Par m. .1. NICKLÈS.

Dans sa clironiquc des ducs d'Auslfasic (1), Volcyr, riiistoriographc d'Antoine de Lorraine raconte que son maître, ù Tépoque où il était encore « En la cour du

(t) Cronicqac abrégée par pcl ils vers huylains des Empereurs, Roys et Dacz d*ÂuMrasie avec le qaintemier et parlicularitcz do parc d'honneur par Nicole Volcyr de SérouYÎlle, secrétaire ordinaire et historien de très hault et puissant prinee, monseigneur le doc de Lorraine. Année 1530; feuillet du chapitre VII inlitolé • la monlaignc d'aznr cl antres couleurs du dit parc. •

trcs cbrestien roy de France Loys XIJ, à son retour de Gcnne et Venise, rencontra plusieurs marchands parmis les Alpes et plaines dlialie, parlans le langaige de son territoire et domaine, leur demandant ce quils menaient par gros fardeaux et pacquets et de quel pays ils eUiient ; lesquels répondirent qu'ils transportaient de Fazur venant des mines de Lorraine auprès de Walderfang, où les habitants parlent communément allemant, romant ou besin, dont se donna merveille ë cause qu il n*en avait encore eu la cognoissance, estant pour lors constitué en jeune &ge de adolescence... n

Cest ce gisement de minerais assez riche en cuivre qu il s'agit de remettre en valeur.

Walderfang, devenu Valderrange, puis Vaudrevange, était le siège des Assises souveraines de la noblesse, pour la partie septentrionale des Eiats Lorrains. Devenu officiellement français en 1766, lors de la réunion de la Lorraine h la France, il ne Test resté, à la rigueur, que pendant quarante-neuf ans, nous ayant été enlevé par les traités de 1815 ; mais, malgré ses origines germaniques, ce pays a gardé les habitudes françaises, parce qu*ellcs étaient celles de Nancy, ville qu'il avait eue pendant cinq cents ans pour capitale.

Ccst chose curieuse h voir que la manière dont la France se trouve limitée au nord-est vers la Moselle ; cl cependant les frontières naturelles n'y font pas défaut. Le pays est coupé par des rivières et de nombreux cours d'eau ; mais la Sarre clle-mèrae, qui prend sa source

ilnns les Vosges, et qui avait donné son nom & un de nos clé|>arienienls, cesse dïMrc française h quelque distance de Sarreguemincs ; et quand elle arrive à Sarrelouis, ville rorlifiée parVauban^ elle roule depuis longtemps ses flots en pays éu-angir.

Sarrclouisy au reste, n*est pas le seul nom qui rappelle, sur la rive gauche de la Sarre, Pinfluence de la domination française. Sans parler de Vaudrevange, on rencontre a chaque pas une localité dont le nom jure avec la langue germanique. Tantôt c*est le hameau de Ste-Barbe, tantôt celui de Picard, et tantôt le village de Beaumarais : noms aujourd'hui germanises, et prononcés Dieu sait comment. «

Nous reviendrons h une autre occasion sur cette frontière, si singulièrement circonscrite et si mal défendue ; ei nous verrons que les motifs de cette délimiUilion surprenante sont à chercher moins encore dans des considérations politiques que dans la constitution du sol, c'est-à-dire, dans la géologie.

A Vaudrevange, le cheMieu de l'un des trois grands bailliages de la Lorraine, on exploitait depuis très-longtemps des minerais de cuivre. Les Romains, qui savaient se servir du bronze, y avaient cherché la matière première de ce précieux alliage. La preuve n'en est pas seulement dans l'étendue des travaux abandonnés, elle se trouve dans une inscription tracée sur un banc de grès, le long d'un petit sentier qui se dirige du hameau de Stc-Barbe vers l'entrée de la mine de ce nom. Indi-

calion» sans doute, de renlréc d'une gakrie dont Touverture est masquée par des cboulis de sable, ces ligues rappellent^ dit M. Jacquot (1), les inscriptions que Ton a coutume» encore oujourd'liui, de graver sur les voies d'une certaine importance qui donnent accès dans des travaux souterrains ) elle porte en caractères trèsdistincts

liNCEPTA OFFI CliXA EMILIANA NONIS BÏART.

On sait^ du reste» par des découvertes récentes» que les Romains avaient eu un éUiblissement h Vaudrevange. Faites seulement en 1851, elles se trouvent exposées et Irrites avec soin par Un membre de TAcadémie de Metz, M. Victor Simon (3). Ce sont des épées, des lindies» des boucliers, des bracelets, des anneaux, des torsades, des ornements de toutes sortes, le tout en bronze. Bien qu'on ne puisse pas affirmer que ces objets aient été fabriqués sur les lieux mêmes, avec les minerais de enivre de la localité, tout porte 5 croire qu'il y avait là un établissement métallurgique à I!usage des conquérants de la Gaule. C'est, au surplus, ce qui parait résulter d'un bas relief, sculpté slir un des rochers des environs de Vaudrevange, lequel représente plusieurs personnages romains.

(f ) Mémoires de rAcadcmie de McU, années }887-IS!SS, p. 5â2. (9) MéiMOirtiS de rAcudémie de Metz, aonccs t$jl-l8d;2, p. 251-

Quoi qu'il en soit, rcxploitation de ces mines à dû cire, jadis, ircs-considérable, ear on compte les vieux puils par centaines, et les galeries a Tinfini. La profondeur des puils dépasse généralement 40 mètres ; ils sont de forme cylindrique, d*un mètre de diamètre, et ne sont le plus souvent éloignés Tun de Tautre que do 10 mètres. Les galeries ont été pratiquées avec le fer, probablement même depuis Tinveniion de la poudre, qui parait n'avoir été employée là qu*en dernier lieu.

On sait peu <le chose de positif sur le régime de ces mines au moyen âge, et ce n'est qu'en 1500 que Ton voit apparaître des docimients authentiques. A partir de cette année, les comptes des receveurs et des trésoriers généraux de Lorraine enregistrent les revenus que les raines de Vaudrevange ont procuré au domaine ducal. On peut voir dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas de 1851, p. 578, un tableau dressé par M. IL Lepage, d'après les papiers conservés aux Archives, et qui embrasse les revenus de 37 années, de 1500 h 1537. Ces revenus ne dépassaient pas annuellement 2000 francs de notre monnaie, et sont, par conséquent, de beaucoup inférieurs à ceux que le domaine ducal relirait des mines de la Croix. Aussi furent-elles négligées, et abandonnées peu b peu dès le commencement du xvi* siècle. Leur abandon, toutefois, ne fut pas de longue durée, et la reprise des travaux coïncide avec l'avènement d'un nouveau duc.

Ce nouveau duc fut Antoine, dont nous connaissons

— G — déjà la sympathie pour les minières (1) : se souvenant de la rencontre qu'il avait faite dans les Alpes, Antoine, devenu duc de Lorraine, s'occupa activement des mines de Vaudrevange, el en fit, à la date du 12 novembre 1630, Tobjet d'un règlement particulier, dont Toriginal est perdu.

Malgré cette mesure, il ne parait pas que l'exploitation ait cic reprise avec beaucoup de succès depuis ; cependant il est certain qu'il exisuiit vers le milieu du xvu' siècle à Vaudrevange un moulin à azur, appartenant au domaine, el dans lequel on adinait les matières qui étaient tirées des mines (2).

A l'exploitation de ce gisement se rallacliait celle du Bleyberg ainsi que celles do Falk et de Hargarten-aux- Mines, connues au moyen âge sous les noms de St-Jacque el St-Jean.

En cette même année 1620, qui marque une ère nouvelle pour Vaudrevange, le gouvernement ducal s'occupa aussi de Falkel de Hargarten, et soumit les ouvriers mineurs aux mêmes règlements que ceux des mines du Tliillol, règlements assez libéraux pour Tépoque, et conçus u Afin de donner plus grand courage el moyens

(1) Voir Mineê de la Croix ele. dans la Revue des 9oeiéié$ gavantes, i8S>9, n^ de mai, page 647.

(2) La majeure parlic des docomcnls qui vodI suivre sont cmprttnlcs aux recherches sur l'industrie en Lorraine par M. H. L«page. Mémoires de TAcadémic de SCaaislas, année 18S1, liages 240-

il ceulx qui voudraienl labourer en nos dictes mines (1). ^

En 1740 les mines deFalk onlélérobjet d'une grande entreprise de la part d*un industriel, autorisé par le roi Stanislas. Au rapport de Dielrich, on y fondait par an plusieurs milliers de plomb et quelques centaines de quintaux de cuivre. Les travaux, ajoute Dietricb, qui écrivait en 1787, sont abandonnés parce que depuis longtemps il ne donnent plus de minerais (3).

En 1785, il y avait environ 30 personnes attachées à Texploitation du Bleyberg; en 1786, il n*y avaitplus que 7 ouvriers travaillant aux mines et un seul homme préposé à la garde des lavoirs et des fonderies. Elles coûtaient alors beaucoup plus qu elles ne rapportaient.

Les travaux ont été repris à Falk en Tan irde la République, mais sans succès.

Les mines de Falk, ainsi que celles de Hargarten et du Bleyberg, appartenaient au même gite que celle de Vaudrcvange ; elles sont situées, les unes et les autres, à la partie supérieure du grès vosgien, cette grande formation qui, contemporaine du soulèvement de la chaîne

(1) Les mines du Thillot faisaient parlie de celles de Bossang aujourd'hui complètement abandonnées, mais qui devaient être en pleine exploitation vers la fin du xvi<^ siècle si Ton en juge par ce passage du journal de voyage de Montaigne en Italie en 1580: • Bussang, petit méchand village ou HBf . d'Ëstissac et de Montaigne, revêtus de sousguenies de toile qb*0D leur prêta, allèrent voir des mines d'argent que M^" de Lorraine a Ik, bien deux milles pas dans le creux de la montagne. •

(2) M. n. Lepage, loc. citai., page 303.

DE

3tÉ.V0lliES DOKT LA SOCIÉTÉ A VOTÉ l'j.VPnCSSlOy.

Page 1