YOGA DE LÀ SCIENCE RATIONNELLE
Tandis que, troublé par la pitié et les yeux pleins de larmes, Arjuna se sentait défaillir, le meurtrier de Madhu lui dit :
Mie Blenheareox KrisliBA.
D'où te \ient, dans la bataille, ce trouble indigne des Âryas, qui ferme le ciel et procure la honte, Arjuna?
Ne te laisse pas amollir ; cela ne te sied pas ; chasse une honteuse faiblesse de cœur, et lèvetoi, destructeur des ennemis.
Arjona.
0 meurtrier de Madhu, comment dans le combat lancerai-je des flèches contre Bhtsbma et Drôna, eux à qui je dois rendre honneur?
Plutôt que de tuer des maîtres vénérables, il vaudrait mieux vivre en ce monde de pain mendié ; mais si je tuais même des maîtres avides, je vivrais d'un aliment souillé de sang4
Gatâsùn agatâsûnçéa
na anuçôéanti panditÔM. * * •
Na tw êva aham jàtu na àsam ,
na twam , na imêjanâilipaM ; Na ca éva na Bavist/âman
sarvé vayam atanparam. **•
Déhinô 'smin yaïâ déhé
ksomàram , ysovanam , jarâ , Taïâ déhântaraprâptir ;
diras tatra na muhyati. *3.
Mâtrâsparçàs tu , Ksojitêya ,
çtta-uina-suKa-dnaKadâii , Âgamâpâyinô 'nityâs :
tan s fit lias wa , Fârata. i*.
Yam ht na vyaïayanty été
piirusam , purusarèaSa , Sama'duHk'asitk'am , dîram ,
sô 'mpatwàya kalpaté. i^-
Na asatô vidyaté Sâvô ,
na adâvô vidyaté satan ; USayôr api dfstô 'ntas
tw anayôs tattwadarçidiH . 16.
Avinâçi tu tad viddi
yéna sarvam idam tatam ; Vinâçam avyayasya asya
na kaçéit kartum ar/iati. i7.
Antavanta imê déhâ
nityosya iiktân çarfrinân ,
sagesse. I^s sages ne pleurent ni les vivants ni les morts ;
Car jamais ne m'a manqué Texistence, ni à toi non plus, ni à ces princes ; et jamais nous ne cesserons d'être, nous tous, dans Tavenir.
Comme dans ce corps mortel sont tour à tour Tenfance, la jeunesse et la vieillesse ; de même, après, Tâme acquiert un autre corps ; et le sage ici ne se trouble pas.
Les rencontres des éléments qui causent le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, ont des retours et ne sont point éternelles. Supporte-les, fils de Kunti.
L'homme qu'elles ne troublent pas, Thomme ferme dans les' plaisirs et dans les douleurs, devient, ô Bhârata, participant de l'immortalité.
Celui qui n'est pas ne peut être, et celui qui est ne peut cesser d'être; ces deux choses, les sages qui voient la vérité en connaissent la limite.
Sache-le, il est indestructible. Celui par qui a été développé cet univers : la destruction de cet Impérissable, nul ne peut l'accomplir ;
Et ces corps qui finissent procèdent d'une Ame
Anàçinô, 'praméyasya;
tasrnâd yuâyaswa, Bârata. *8.
Ya énàm vitti hantàram ,
yaç ca énam manyaté hatam , Uda> tso na vijànîtô ;
na ayam hanti, na hanyaté. 4^- Najàyaté mfyaté va kadâéin ;
na ayam Mtwâ , ^avitâ va na Myaa ; Ajô, nityaa . çdçwatô 'yam , purânô,
na hanyaté hanyamâné çarîré. «).
Véda avinâçmam , nityam ,
y a énam, ajam, avyayam, Kaïam sapumsaH, Parla ,
kam gàtayati , hanti kam ? ** •
Vàsânsi jîrnâni yalâ vihàya
navâni gfhnâti narô 'parant, Tatd çarîràni vihàya jîrnâny
anyàni sanyàti navâni déhî. ».
Na énam cindanti castrant,
na énam dahati pâvakaH , Na ca énam klédayanty àpô,
na çôèayati mârutan. * 23.
Acédyâ 'yam, addhyâ 'yam ,
aklédyô, 'çôiya éva ca, NîtyaH , sarvagataH , stâmr ,
acalô 'yam , sanâtanon , 2^.
Avyaktô ^yam, acintyô 'yam,
avikâryô 'yam ucyatê ;
éternelle, indestructible, immuable. Combats donc, 6 Bhàrata.
Celui qui croit qu'elle tue ou qu'on la tue, se trompe : elle ne tue pas, elle n'est pas tuée,
Elle ne naît, elle ne meurt jamais ; elle n'est pas née jadis, elle ne doit pas renaître; sans naissance, sans fin, éternelle, antique, elle n'est pas tuée quand on tue le corps.
Comment celui qui la sait impérissable, éternelle, sans naissance et sans fin, pourrait-il tuer quelqu'un ou le faire tuer?
Comme l'on quitte des vêtements usés pour en prendre de nouveaux, ainsi l'Ame quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps.
Ni les flèches ne la percent, ni la flamme ne la brûle, ni les eaux ne l'humectent, ni les vents ne la dessèchent.
Inaccessible aux coups et aux brûlures, à l'humidité et à la sécheresse, éternelle, répandue en tous lieux, immobile, inébranlable,
Invisible, ineffable, immuable, voilà ses attri-
Tasinâd êvam viditwà énam
na.anuçôéitum arhasi. ^^'
Aîa ca énam nityajàtam
nityam va manyasé mpam , Talà api twam , mahâvàhô ,
na énam çôcitum arhasi. ^•
Jâtasya hidnwô mpyiir,
âruvam janma mpasya ca ; Tasmàd aparihàryé 'rlé
na twam çôcitum arhasi. *^-
Avyaktâdini Bùtâni,
vyaktamadyâni , Bârata , Avyaktaniâandny éva :
iatra kâ paridévanâ ?
Âçcaryavat paçyati kaçcid énam ;
dçéaryavad vadaii talà éva ca anyan ; Açéaryavac ca énam anyan çfnôti;
çrutwâ apy énam véda na ca éva kaçcit. Déht nityam avaâyô 'yam
déhé sarvasya, Vârata ; Tasmât sarvâni Butâni
na twam çôcitum arhasi. ^o.
Swadarmam api ca avéxya
na vikampitum arhasi ; Darmyâd ai yuddâc créyâ 'nyat
Xatriyasya na vidynté. ^i .
buts : puisque tu la sais telle, ne la pleure donc
Quand tu la croirais éternellement soumise à la naissance et à la mort, tu ne devrais pas même alors pleurer sur elle :
Car ce qui est né doit sûrement mourir, et ce qui est mort doit renaître ; ainsi donc ne pleure pas sur une chose qu'on ne peut empêcher.
Le commencement des êtres vivants est insaisissable ; on saisit le milieu ; mai^ leur destruction aussi est insaisissable : y a-t-il là un sujet de pleurs ?
Celui-ci contemple la vie comme une merveille ; celui-là en parle comme d'une merveille ; un autre en écoute parler comme d'une merveille : et quand on a bien entendu, nul encore ne la comprend.
L'Âme habite inattaquable dans tous les corps vivants, Bhàrata ; tu ne peux cependant pleurer sur tous ces êtres.
Considère aussi ton devoir et ne tremble pas : car rien de meilleur n'arrive au Xatriya qu'une juste guerre;
Yadfccayà éa upapanuam
swargaâwàram apâortam SuKùiaH XatriyâH, * Parla,
làSanté ynddam îdfçam. 32.
Ata cet twam imam darmyam
saygràmam na karisyasi, TataH swadarmarn kîrtim éa
hitwâ , pâpam avâpsyasi ; ^ •
Akîrtim éa api Bûtâni
katayisyanti té 'vyayâm ; SamSdvitasya éa aktrtir
rnaranâd atiriéyaté. 3*-
Ray M ranâd uparatam
mansyantê twâm mahâralân , Yéédm éa twam bahumatô
Sùtwâ yâsyasi tdgavam ; ^^
AvàéyavAda'Aç éa bahûn
vadièyanti tava ohitdH , Nindantas tava sdmartyarn ;
tatô duHKataram nu kim ? 56.
Hat6vdpi'dpsyasi$wargam\
jitwd vd Sôxyasé mahîm ; Tasmdd iittiita , Ksontéya,
yiiddàya kftaniçéayas. 5^-
SuKûduaKê samé kpwd,
lâSâlâSdo , jayâjayio , Tatô yudddya yujyaswa ;
na êvampdpam avâpsyasi. 58.
Par un tel combat qui s'offre ainsi de luimême, ]a porte du ciel, fils de Prithà, s'ouvre aux heureux Xatriyas.
Et toi, si tu ne livres ce combat légitime, traître à ton devoir et à ta renommée, tu contracteras le péché ;
Et les hommes rediront ta honte à jamais : or, pour un homme de sens, la honte est pire que la mort.
Les princes croiront que par peur tu as fui le combat : ceux qui t'ont cru magnanime te mépriseront;
Tes ennemis tiendront sur toi mille propos outrageants où ils blâmeront ton incapacité. Qu'y a-t-il de plus fâcheux?
Tué, tu gagneras le ciel ; vainqueur, tu posséderas la terre. Lève-toi donc, fils de Kunti, pour combattre bien résolu.
Tiens pour égaux plaisir et peine, gain et perte, victoire et défaite, et sois tout entier à la bataille : ainsi tu éviteras le péché.
Ééâ té 'Bihîtd sà/yk'yê
buddir; yûgé tw mâm çfnu, Buddyâ yuktô yayâ , Parla ,
karmabanâam prahâsyasi. '^ •
Na iha aBikramanâçô 'sti,
pratyavâyô navidyaté; Stvalpam apynsya darmasya
trâyatê tnakatô Bayât. ^•
Vyavasâyâtmikâ buddir
ékâ iha , Kurunandana ; BahuçàKà hy anantâç ca
buddayô 'vyavasâyinâm . ^' •
Yâm imâm puépitâm vâcam
pravadanty avipaçéitan , VédavâdaratâH , Pârîa,
na anyad asti iti vâdinan , ^2-
KâmâtmânaH , swargaparâ
janmakarmap'alapradârn , Kriyàviçêsabahulâm
Bôga-îçivaryagatim prati ; ^•
B'ôga-îçwaryaprasaktânâm ,
tayâ apahpaéêtasâm , Vyavasâyâtmikâ buddiH
samâdo) na vidiyaté. ^*-
Je f ai exposé la science selon la Raison (Sankhyà) ; entends-la aussi selon la doctrine de rUnion (Yoga). En Vy attachant, tu rejetteras le fruit des œuvres, qui n'est rien qu'une chaîne.
Ici point d'efforts perdus, point de dommage ; une parcelle de cette loi délivre l'homme de la plus grande terreur.
Cette doctrine, fils de Kuru, n'a qu'un but et elle le poursuit avec constance; une doctrine inconstante se ramifie à l'infini.
Il est une parole fleurie dont se prévalent les ignorants, tout fiers d'un texte du Vèda : « Cela suffit » disent*il6.
Et livrés à leurs désirs, mettant le ciel en première ligne, ils produisent ce texte qui propose le retour à la vie comme prix des œuvres, et qui renferme une abondante variété de cérémonies par lesquelles on parvient aux richesses et à )a puissance.
Pour ces hommes, attachés à la puissance et aux richesses et dont celte parole a égaré l'esprit, il n'est point de doctrine unique et coi)stante ayant pour but la contemplation.
Trœgunyavièayâ Yêdâ;
nistrsagunyô Bava, Arjuna; Nirdwandwô , nityasattwaslô ,
niryôgaxéma àtmavân. ^o.
Yâvân aria udapânê
sarvatoH samplutôdaké , Tâvàn sarvééu Vêdêèu
brâÂmanasya vijânataa. ^•
Karniany éva ââikâras lé ,
ma p'alêéu kadâcana ; Ma karmap'alahéiur Sûr,
ma té safgô 'stw akarmani. *7.
YôgahïaH kum karmâni
sa^gam tyaktwâ, dananjaya ,
Sidây-asiddyôH samô Bûttvâ ,
samatwam yoga iiéyaté. ^.
Dùrêna hy avaram karma
buddîyôgâd, dananjaya :
Buddso çaranam anwicca;
KfpanàH p'alahétavaH. ^•
Budâiyvktô jahéUi iha
uSé sukftaHiuèkfté.
Tamàd yôgâya yujyaswa ;
yôgan karmasu ksoçalam. »o.
~ 49 — On trouve les trois qualités dans le Vôda : sois exempt des trois qualités, Ârjuna; que ton âme ne se partage point, qu'elle soit toujours ferme ; que le bonheur ne soit pas Tobjet de ses pensées ; qu'elle soit maîtresse d'elle-^méme.
Autant on trouve d'usages à un bassin dont les eaux débordent de tous côtés, autant un brahmane en reconnaît à tous les Vèdas.
Sois attentif à Taccomplissement des œuvres, jamais à leurs fruits ; ne fais pas Tœuvre pour le fruit qu'elle procure, mais ne cherche pas à éviter l'œuvre.
Constant dans l'Union mystique, accomplis l'œuvre et chasse le désir ; sois égal aux succès et aux revers; l'Union, c'est l'égalité d'àme.
L'œuvre est bien inférieure à cette Union spirituelle. Cherche ton refuge dans la méditation. Malheureux ceux qui aspirent à la récompense !
L'homme qui s'applique à la méditation , se dégage ici-bas et des bonnes et des mauvaises œuvres : applique-toi donc à l'Union mystique ; elle rend les œuvres heui;puses.