‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 61 sur 98 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Karmajam budâiyuktà hi

palam tyaktwâ manféinan, JanmabanâavinirmuktdH ,

padam gaccantij anâmayam . ^•^

Yadà té môhakalilam

buddir vyatitarisyati ^ Tadâ gantàsi nirvêdam

çrôtavyasya çmtasya ca. *2.

Çrutivipratipannâ té

yadâ sïâsyati niçeald , SamâMvàéald budâis ,

tadâ yôgam avdpsyasi. ^3.

Arjnna UTâca i

Stitaprajnasya kâ Bàéà

samâdùlasya , Kéçavaî StitadÎH kimpraSâàêta»

km àstta , vrajéta kim f w.

ÇrtbagmTân nTâcm x

Prajahdti yadâ kâmân

sarvân, Pârïn, manôgatân, ktmany éva âttnanâ tuétaH,

sîitaprajnas tadâ ucyaté. 55.

DuaUéèw anudvignamanaH ,

suk'éèu vigataspfhaH ,

Les hommes d'intelligence qui se livrent à la méditation et qui ont rejeté le fruit des œuvres, échappent au lien des générations et vont au séjour du salut.

Quand ta pensée aura franchi les régions obscures de Terreur, alors tu parviendras au dédain des controverses passées et futures ;

Quand détournée de ces enseignements, ton âme demeurera inébranlable et ferme dans fa contemplation, alors tu atteindras TUnion spirituelle.

Quelle est, ô prince chevelu, la marque d'un homme ferme dans la sagesse et ferme dans la contemplation? Comment est-il, immobile dans sa pensée, quand il parle, quand il se repose, quand il agit?

lie Blenhenrens»

Fils de Prithà, quand il renonce à tous les désirs qui pénètrent les cœurs, quand il est heureux avec lui-même, alors il est dit ferme en la sagesse.

Quand il est inébranlable dans les revers,

Vîtarâga-Uaya-krôdan ,

stitaâîr munir myaiê.

YaH sarvatra anaUisnêhas ,

taî tat jwâpya çuSa-açuUam Na aHinandati , nadœêsti,

tasya prajnâ pratisîitâ. ^^ •

Yadâ sanharatê éa ayam ,

kurmô 'ygâni iva sarvaçan, Indriyâni indriyarîêSyas ,

tasya prajnâ praiièlitâ. '^ •

Visayâ vinivartantê

7iirâhârasya déhinan ; Rasavarjam rasô 'py asya

param dfstwà nicartatê.

Yatati hy api, Ksontéya,

pûmsasya vipaçéitan ; Indriyâni pramâïini

harànti prasaSam manan ; Tâni sarvâni sanyamya,

ynkta àsita matparaa ; Vaçê hiyasya indriyâni

tasya prajnâ pratisïitâ. ^* •

Dyâyatô visayân puûsan

saygas têèu upajâyatê ; Saygât sanjâyatê kâman ,;

kâmât krôdô 'Uijâyatê ; ^2.

Krôââd Savati sammôhaa ;

sammôhât smpivibramaH ;

Îi9.

exempt de joie dans les succès, quand il a chassé les amours, les terreurs, la colère, il est dit alors solitaire fei*me en la sagesse.

Si d'aucun point il n'est affecté ni des biens, ni des maux, s'il ne se réjouit ni ne se fâche, en lui la sagesse est affermie.

Si, comme la tortue retire à elle tous ses membres, il soustrait ses sens aux objets sensibles, en lui la sagesse est affermie.

Les objets se retirent devant l'homme abstinent ; les affections de l'âme se retirent en présence de celui qui les a quittées.

Quelquefois pourtant, fils de Kuittî, les sens fougueux entraînent par force l'âme du sage le mieux dompté :

Qu'après les avoir dominés, il se tienne assis, l'esprit fixé sur moi ; car, quand il est maître de ses sens, en lui la sagesse est affermie.

Dans l'homme qui contemple les objets des sens, naît un penchant vers eux ; de ce penchant naît le désir ; du désir, l'appétit violent ;

De cet appétit, le trouble de la pensée ; de ce trouble, la divagation de la mémoire ; de la ruine

SmfiiBrançâd budâinûçô ;

buddinâçât pranaçyati. ^ •

RâgaHlwêkaviyukta&s tu

vikayân indnyvdç caran, Âimavaçyœr, vidêyàimâ,

prasâdcmi adigaccati; ^'

Prasâdê sarvadwKânàm

kânir asya upajâyatê ; Prasarmacêtasô hy âçu

buddiH paryavatistatê. ^^ •

Na asti buddir ayuhtasya,

na ca ayuktasya Bâvanâ ; Na ca aBdvayatan çàntir;

açdntasya kutan suUam ? ^ •

Indriyânâm hi éaratàm

y an manô 'nuvidiyatê, Tad asya harattprajnâm,

vâyur nâvam iva amSasi ; ^7 .

Tasmâdyasya, mahâvâhô,

nigf'hitâni sarvaçaH Indriyâni-indrtyârtéSyas,

tasya prajnàpratistitâ. ^^

Yà niçâ sarvaBûtânâm,

tasyâm jâgarti samyamî ; Yasyàm jâgrati Sutâni,

sa niçâ paçyatô muncH. c^-

de la mémoire, la perte de la raisoD ; et par cette perte, il est perdu.

Mais si un homme aborde les objets sensibles, ayant les sens dégagés des amours et des haines et docilement soumis à son obéissance, il marche vers la sérénité ;

De la sérénité nait en lui Téloignement de toutes les peines ; et quand son âme est sereine, sa raison est bientôt affermie.

Uhomme qui ne pratique pas FUnion divine, n*a pas de science et ne peut méditer ; celui qui ne médite pas, est privé de calme; privé de calme, d'où lui viendra le bonheur?

Car celui qui livre son âme aux égarements des sens, voit bientôt sa raison emportée, comme un navire par le vent sur les eaux.

Ainsi donc, héros au grand char, c'est en celui dont les sens sont fermés de toute part aux objets sensibles, que la sagesse est affermie.

Ce qui est nuit pour tous les êtres, est un jour oii veille Thomme qui s'est dompté ; et ce qui est veille pour eux, n'est que nuit pour le clairvoyant solilahe.

Àpùryamânam acalapratiètam

samudram âpan praviçanti yadvat, Tadvat kâmâ yam praviçanti sarvé

sa çdntim Apnôti; na kdmakâmî. 70,

Vihâya kâmân y an sarvân

pumânç carati ninsp^kan, Nirmamô, nirahaykâran,

sa çâniim aâigaécati. 71.

Èkâ brâhmî slitin, Pârîa ;

na énâmprâpya vimuhyati ; Sliiwâ asyàm antakâlé 'pi,

brahmanirvânam fécati. 72.

/// ÇriBagavadgitâH...., sâfUyayôgô nâma, diviltyô 'dyâyan.

jyâyasî cet karmanas té

mata budâir, Janârdana^ 2^at kini karmani yôrê mâm

niyôjayasiy Kécava ?

Vyâmiçrêna êva vâkyêna

buddim môhayasi iva mê , Tad ckam vada niçcityam

yêna çréyô liam âpnuyâm.

Dans rinvariable Océan qui se remplit toujours viennent se perdre les eaux : ainsi rhomme en qui se perdent tous les désirs, obtient la paix ; mais non riiorarae livré aux désirs.

Qu'un homme, les ayant tous chassés, marche sans désirs, sans cupidité, sans orgueil ; il marche à la paix.

Voilà, fils de Prilhà, la halte divine : Fàme qui Ta atteinte, n'a plus de troubles ; et celui qui s'y tient jusqu'au dernier jour, va s'éteindre en Dieu.

YOGA DE L'OEUVRE.

Arjana.

Si à tes yeux, guerrier redoutable, la pensée est meilleure que l'action, pourquoi donc m'engager à une action affreuse ?

Mon esprit est comme troublé par tes discours ambigus. Énonce une règle unique et précise par laquelle je puisse arriver à ce qui vaut le mieux.

ÇriteiraYâB «Tac» i

Lôkê 'smin dwiviâd m'àîd

purâprôktàmayà, anaya :

jnânayôgéna safKyânâm,

karmayôgêna yôginàm.

Na karmanâm anâramSân

ndeikarmyampuruèô 'çnuiê ; Na ça sannyasandd éva

sidâim samadlgaccati.

Na hi kaçéit xanam api

jâtu tislaty akarmakft ; KAryaté hy avaçan karma

sarvaH prakpijser gunœn.

Karmêndriyâni sanyamya

ya âslé, manasâ smaran Indriyârïân, vimudàtmà,

milyâcâraH sa ucyatê.

Yas tw indriyâni manasâ

niyamya âraBaté, 'r/tma, KaîTnéndriyœH karmayôgam,

asaktan, sa viçikyatê.

Niyatam kuru karma twam :

karma jàyô hy akarmanan ; Çarirayâtrâ api ca té

na prasiàyêd akannanan.

lie Bleahearenx.

En ce inonde, il y a deux manières de vivre ; je te l'ai déjà dit, prince sans péché : les rationalistes contemplateurs s'appliquent à la connaissance ; ceux qui pratiquent l'Union s'appliquent aux œuvres.

Mais en n'accomplissant aucune œuvre l'homme n'est pas oisif pour cela ; et ce n'est pas par l'abdication que l'on parvient au but de la vijs ;

Car personne, pas même un instant, n'est réellement inactif; tout homme malgré lui-même est mis en action par les fonctions naturelles de son être.

Celui qui, après avoir enchaîné l'activité de ses organes, se tient inerte, l'esprit occupé des objets sensibles et la pensée errante, on l'appelle faux-dévot ;

Mais celui qui, par l'esprit, a dompté les sens et qui met à l'œuvre l'activité de ses organes pour accomplir une action, tout en restant détaché, on l'estime, Arjuna.

Fais donc une œuvre nécessaire ; l'œuvre vaut mieux que l'inaction ; sans agir tu ne pourrais pas même nourrir ton corps.

Yajnârïât kaimanô *nyatra

lôkô 'yam karmabandanan ; Tadartam karmas Kaontêya,

rnuklasa^gaH samâcara. ^•

SahayajnâH projâH sfstwâ

piirâ uvâca Prajâpatia :

« Anéna prasavisyaâvam ;

êsa vô 'stw istakâmaâuk ; *<^-

» Dêvân Sâvayata anêna :

te Dêvâ Mvayantu van ; » Parasparam MvayantaH

çfêyaH param avâpsyala. * * •

» lètân Sôgân hivô Dêvâ

dâsyantê yajnaMvitâa :

» Tœr dattân apradâya êbyô

y 6 duykté, stêna êva san ; ^2.

» YajnaçistâçinaH santô

muéyanté sarvakîlvièœH ; » B'unjatê tê tw agam papa,

yêpaéanty âtmakâranât. » *^-

Annâd Sava?ifi Sùtâni,

parjanyâd annasamSavan :

Yajnâd Bavati parjanyô,

yajnan karmasamtrdSavafi ; **•

Karma Brakmâd Uavam vidai;

Drahmà axarasamudSavam :

— Gl —

Uormis l'œuvre sainte, ce monde nous enchaîne par les œuvres. Celte œuvre donc, fils de Kuntî, exempt de désirs, accomplis-la.

Lorsque jadis le Souverain du monde créa les êtres avec le Sacrifice, il leur dit : «Par lui multipliez ; qu'il soit pour vous la vache d'abondance ;

Nourrissez-en les dieux, et que les dieux soutiennent votre vie. Par ces mutuels secours, vous obtiendrez le souverain bien ;

Car, nourris du Sacrifice, les dieux vous donneront les aliments désirés. Celui qui, sans leur en offrir d'abord, mange la nourriture qu'il a reçue d'eux, est un voleur.

Ceux qui mangent les restes du Sacrifice sont déliés de toutes leurs fautes ; mais les criminels qui préparent des aliments pour eux seuls, se nourrissent de péché. &

En effet, les animaux vivent des fruits de la terre ; les fruits de la terre sont engendrés par la pluie ; la pluie, par le Sacrifice ; le Sacrifice s'accomplit par l'Acte.

Or, sache que l'Acte procède de Brahma, et

. Tasmât sarvagatam Brahma

nityam yajnê pratièîitam . * •' -

Êvampravartitam cakram

na anuvartayati iha y an Agàyur, tndriyârâmô,

môgam , Parla, sa jivati. * ^ •

Yas tw Atmaratir éva sydd

âtnialfptaç éa mdnavaH Àtmany éva éa santuitas,

tasya kâryam na vidyatê ; ^^ •

Na éva tasya kfiéna arïô

na akfténa iha kaçcana; Na éa asya sarvaBûiéèu

kaçéid arta vyapâçrayan. * ^ •

Tasmâd asaktan satatam

kâryam karma samâcara ; Asaktô hy âéaran karma

param âpnôttpûruiaii. * ^ •

Karmanâ éva hisansidâim

âsïîtâ JanakâdayaH.

Lôkasaygraham éva api ^

sampaçyan hartum arhasi. ^•

Yadyad àéarati çrééïas,

tatiad éva itarô janan :

Sa yaipramdnam kuruté,

lôkas tad amwartaté. 2* •

Na mé. Porta, asti kartavyam

trièu lôkésu kinéana^

et que Brahroa procède de rEterneL Cest pourquoi ce Dieu qui pénètre toutes choses est toujours présent dans le Sacrifice.

Celui qui ne coopère point ici-bas à ce mouvement circulaire de la vie et qui goûte dans le péché les plaisirs des sens, celui-là, fils de Prilhà, \it inutilement.

Mais celui qui, heureux dans son cœur et content de lui-même, trouve en lui-même sa joie, celui-là ne dédaigne aucune œuvre ;

Car il ne lui importe en rien qu'une œuvre soit faite ou ne le soit pas, et il n'attend son secours d'aucun des êtres.

C'est pourquoi, toujours détaché, accomplis l'œuvre que tu dois faire ; car en la faisant avec abnégation, l'homme atteint le but suprême.

C'est par les œuvres que Janaka et les autres ont acquis la perfection. Si tu considères aussi l'ensemble des choses humaines, tu dois agir.

Selon qu'agit un grand personnage, ainsi agit le reste des hommes ; l'exemple qu'il donne, le peuple le suit.

Moi-même, fils de Prithà, je n'ai rien à faire

Nu anavaptam avâptavyam :

varia êva ca kannani. 22

Yadi hy aham na vartêya

jâtu karmany aiandn'iaH, {marna vartma amwarianté

mamièyÛH, Pârta, sarvaçan)^ ^' Utsîdêyiir tmê lôkâ,

na hiryâm karma céd aham ; Saykarasya ca kartâ syâm,

ypahanyâm imâHpraJâH. ^i-

SaktaH karmany avidvânsô

yalâ kurvanti, B'ârata, Kiiryâd vidvâns taïâ asaktaç,

cikirsur lôkasaygraham ; 2:».

Na buddiliêdam janayêd

ajnànâm karmasaygmâm :

Jôèayêt safrakarmâni

vidwân, yuktan, samâcaran. 2g.

PrakrtéH kriyamânâni

ffimœn karmàni sarvaçan ; Aliaykâravimùââtmâ

« kartâ aham y> iii manyatê ; 27.

Tattwavit tu, mahâvàhô,

gunakaiTnamMgayôH « Gunâ gunêsu vartanta »

/// matœâ na snjjafê. 28.

dans les trois mondes, je n'ai là aucun bien nouveau à acquérir ; et pourtant je suis à Tœuvre.

Car si je ne montrais une activité infatigable, tous ces hommes qui suivent ma voie, toutes ces générations périraient ;

Si je ne faisais mon œuvre, je ferais un chaos, et je détruirais ces générations.

De même que les ignorants sont liés par leur œuvre, qu'ainsi le sage agisse en restant détaché, pour procurer Tordre du monde.

Qu'il ne fasse pas naître le partage des opinions parmi les ignorants attachés à leurs œuvres ; mais que s'y livrant avec eux, il leur fasse aimer leur travail.

Toutes les œuvres possibles procèdent des attributs naturels (des êtres vivants); celui que trouble l'orgueil s'en fait honneur à lui-même et dit : «j'en suis l'auteur ; »

Mais celui qui connaît la vérité, sachant faire la part de l'attribut et de l'acte, se dit : « les attributs de Fâme se rapportent aux attributs de la matière » et il reste détaché.

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