‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 79 sur 98 · SUR UNE MODIFICATION · texte numérisé non relu

SUR UNE MODIFICATION

Lk PIPETTE GRADUEE DE MOHR

PAR M. BLONDLOT.

L'analyse par les volumes, ou autrement dit, par les liqueurs titrées, imaginée d^abord par Descroizilles, élenduc, perrectionnée par Gay-Lussac, puis par MM, Pelouze, Marguerite, Bunsen, et surtout par M. F. Mohr (1), Tait chaque jour de nouveaux progrès et tend à se substituer, àans la plupart des cas, à Tanalyse par les pesées ; car elle réunit à une grande promptitude dans Texécuiion, une extrême précision dans les résultats.

Cette méthode nécessite des vases gradués de plusieurs dimensions et de différentes formes, dont le plus

usité est un tube de verre plus ou moins long, terminé inférieurement par un orifice étroit, qui porte le nom de pipette.

M. Mohr a apporté à cet instrument une heureuse

(1) Voir son Traiii ér analyse chimique à Paide dei Uqueur$ tiiréeê, traduit par M, Forthomme, professeur aa lycée impérial de ^ancy.

modification, qui consiste à adapter son extrémité inrérieure à un petit tube d'écoulement, par rintermédiaire d*une virole flexible en caoutchouc, laquelle, comprimée dans rintervalle des deux tubes, par une pince d*ane Tonne particulière, laisse échapper le liquide de la pipette à volonté, soit par jet continu, soit goutte à goutte, selon que Ton comprime plus ou moins le ressort de la pince. Cet appareil, très-simple, est généralement apprécié pour sa commodité. Toutefois, on lui a adressé le reproche de ne pouvoir être employé dans tous les cas, le caoutchouc étant attaqué par certains liquides tels qœ les acides minéraux à Tétat de concentration, et surtout par le permanganate de potasse, dont on Tait un si fréquent usage dans les analyses volumétriques.

Pour remédier à cet inconvénient, M. Mohr lui-même avait eu la pensée de retourner Tappareil et de placer à sa partie supérieure le caoutchouc avec sa pince, tandis que Textrémité inférieure était terminée en pointe, comme les pipettes ordinaires. Du reste, rinstrumeot pouvait s*emplir soit par aspiration, soit en le plongeaDt en partie dans la liqueur titrée, la pince étant ouvale. Cette disposition est même figurée dans son traité d'analyse. Mais Fauteur ne la trouve pas commode et lui reproelie de ne pas permettre à Topérateur de. graduer réooulement & volonté, u 11 est difficile, dit*il, quelque faible que soit la pression, de ne faire couler que des gouttes ; trés-sottvent le liqw'depart en jet continu, sans qu'on Tait voulu. Ajoutons que, même avec la meilleure

fermeture, le liquide suinle constamment, de manière que la pipette ne tarde pas 5 se vider d*elle-méme. n Ces inconvénients sont irès-réels, ainsi que je m*en suis assuré moi-même. En cherchant à m*en rendre compte, j*ai reconnu que ce résultat dépendait de plusieurs causes, que je vais faire connaître* en même temps que les modifications propres à les éviter.

J*ai d*abord constaté que les tubes en caoutchouc volcanisés, les meilleurs et les plus souples, lorsqu'ils ne sont pas mouillés intérieurement, livrent issue aux gaz, alors même que ces tubes sont soumis à une compression beaucoup plus forte que celle qui met obstacle b récoulement des liquides ; ce qui, par rentrée de Tair, permet à rinstrumenl de se vider contre le gré de l'opérateur. En conséquence, je mouillai d'abord mes tubes avec de Teau ; mais, celle-ci s*évaporant plus ou moins rapidement, je la remplaçai par un corps gras quelconque, dont j'enduisis légèrement les parois intérieures du caoutchouc. Cela suffit pour empêcher Tair de pénétrer dans la pipelfe,qui dès lors tint parfaitement son liquide.

En second lieu, les pinces de Mohr, qui offrent certains avantages lorsque le caoutchouc occupe le bas de la pipette, ne les présente plus dans la disposition inverse ; dans Tun et l'autre cas, elles ont un inconvénient qui tient à leur nature même. En effet, si le ressort en est faible, elles compriment mal, et le liquide s'écoule sans qu'il soit possible de l'en empêcher ; s'il est trop fort, elles fatiguent promptement la main qui le presse,

et, à moiiss d^uiic irès-grande habitude, il devient dilScile d*en modérer rnctiôn, de manière k n'obtenir que des gouttes, lorftqu il d*agit de terminer le dosage. J*ai donc cru convenable de les remplacer par une pince mieux appropriée'à sa dt>stination, et, du reste, fort simple. Ce n*est, en effet, autre chose que les pinces en hois drs supports 5 cornues dont on se sert dans les laboratoirc*s ; à cela près, qu'elles sont plus petites, que les mâchoires en sont dépourvues des échancrures destinées à loger le col des cornues et qu*enfln, à la vis en hois, dont les pas sont trop espacés et qui joue diflSeilemerit, je substitue un petit boulon en Suivre muni d'un écrou à oreille. La pression du caoutchouc à Taide d*unc vis, au lieu d*un ressort, permet d obtenir plus racîlemehtsoit une occlusioh absolue soit un écoulement Atissi gradué que p'ossîble; De plus, la nouvelle pince pouvant s*adapter, au moyen d'un tourillon, sur Une tige verticale en bois munie de trous à diverses hauteurs, on a ainsi Tûvantage d*av6ir en même temps an support qui dispensée de tenir consumment Tinsirument ii la tnrin. Il suffit de jeter les yeux stn* la figure ci*Jointe pour se rendre compte-de ces dispositions.

li est encore une modification qui, sans étreindispensabïe, m^a semblé offrir de l*avanlage pour régler l*écouleioeDl, vers la fin de Topératioii, en permeltaol

F est use foarchelte eo «nivre destinée k empêcher la pipette de vaciller. Elle se fixe, aa moyen d*an bouchon, dans Ti» des troas dn support.

d^obtenir plus faeilement des gouttes, au lieu d*un jet continu, qui tend d'autant plus à se produire qu'on desserre la pince plus brusquement : c'est, au lieu d'effiler la pipette à sa partie inférieure, comme cela se pratique ordinairement, de la terminer, par une extrémité plus ou moins arrondie, de manière que l'ouverture, qui doit toujours être très-étroite, étant en quelque sorte percée en minces parois, produise une contraction de la veine fluide qui ralentisse la vitesse de l'écoulement (1). Au surplus, si, malgré ces précautions, l'on craignait

(1) La coofecUoD de celle pipeUe présente ée prime abord quelque difOcalté, poor donner k son eilrémilé inférienre une fome parfaitemenl convexe, par Tinsaflalion, tooteny ménageant un pertois étroit. J'ignore comment des artistes exercés à travailler le verre pourraient s*y prendre pour atteindre ce résultat ; je vais indiqoer, pour les personnes qoi voudraient confectionner elles-mêmes Tioslrument, comment je suis parvenu k tourner la diflBculté.

Après avoir choisi un tube convenable, je le ramollis à la lampe et je rétire un peu brusquement. J'obtiens ainsi une extrémité eflfilée, dont je brise la pointe. Cela fait, je prends une épingle ayant la grosseur que je veux donner à l'ouverture d'écoulement de ma pipette, et je la coupe k quelques millidlètres de la tête. La partie qui porte celleci est alors introduite dans le tube, de manière que ce dernier étant tenu perpendiculairement, la tige de l'épingle s'engage dans la partie effilée, que sa^éte l'empêche de franchir. Je chauffe le tout dans cette situation, et le verre ramolli ne tarde pas k étreindre la petite tige métallique. L'ouverture étant ainsi fermée, il ne reste plus qu'k en arrondir l'extrémité par l'insuflation, comme s'il s'agissait d'no lube fermé ordinaire. Après le refroidissement, quelques gouttes d'acide azotique introduites au fond du tube dissolvent le fil de enivre, en laissant libre l'ouverture qu'il remplissait.

^ 275 — encore de dépasser le terme de la saturation, alors qu'il ne faut plus que des gouttes ou des demi-goultes, il y aurait un moyen bien simple d*obtenir à coup sûr ce résultat : ce serait d'appliquer légèrement la main sur la partie supérieure de la pipette , qui contient de l'air emprisonné ; le gaz ainsi dilaté comprime le liquide, qui s*échappe alors par gouteicttes aussi espacées qu on peut le désirer.

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