‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 78 sur 98 · DE UAGIER ET DE LA FONTE DE FER · texte numérisé non relu

DE UAGIER ET DE LA FONTE DE FER

PAR II. BLONDLOT.

Le sujet de celle note ii^*ayant été fourni par le hasard et sortant de mes éludes habituelles, je me contenterai d'exposer brièvement les faits (pie j*ai été k même do constater, laissant à d'autres le soin de leur donner le développement qu'ils comportent.

Il s'agit de la trempe de l'acier. Chacun sajl (me l'acier ehaqffé au rpuge, puis refroidi subitement, se durcit d'autant plus, toutes choses égales d'ailleurs, qf^e la transition est plus brusque, c'est-à-dire que, d'une p^rl, Tacier est porté & une température plus élevée, et que, de l'autre, le refrQidissemepl en est plus subit. Généralement cet efiet s'obtient en immergeant Tacier rougi dans un liquide quelconque, mais le plus souvent dans l'eau, quelquefois dans l'huile ou les résines fondues, plus rarement encore daps le i;nercure. De ces trois liquides, le dernier est celui qui produit la trempe la pju3 dure, pjuis vient l'eau, p\m enfin les graisses et les résines : ce qui Il 18

csl en rapport avec le plus ou le moins de cooduecîbîlité de ces divers liquides, et, par suite, avec la rapidité du refroidissement. Du reste, la température de ceux-ci étant la même au moment de Timmersion, la diffièreoce dans le degré de durcissement qu'ils produisent est en réalité peu considérable. Il résulte de là que les modifications que Tacier éprouve par le trempage, dans sa constitution moléculaire, sont le résultat d*un eiïet tout physique^ dans lequel la nature chimique du liquide qui constitue le bain n*exerce directement aucune influence appréciable. Telle est la manière de voir qui est généralement admise, et que je partageais moi-même , lorsque le hasard me fournit un fait assez singulier qui semblerait le contredire.

Voulant tremper un instrument d*acier, après Tavoir fait rougir au feu, je le plongeai dans une capsule contenant de Tempois assez clair, qui se trouvait sous ma main. Je fus bien surpris en voyant que, loin d*avoir acquis la dureté de Tacier trempé, il se trouvait aussi tendre, pour le moins, que Tacier le mieux recuit. L'expérience répétée un grand nombre de fois ayant toujours donné le même résultat, j'essayai l'action d'autres substances analogues par leur constitution chiiïiique, et je trouvai que la dextrine, les mucilages végétaux et surtout la gomme produisaient un effet semblable.

Quelle peut être la raison de ce phénomène? j'ai remarqué, il est vrai, que l'acier plongé dans les liquides ei-desstis restait rouge un peu plus longtemps que lors-

qu*îl esi immergé dans Teau, à égale température, et il semblerait d*abord que ce léger retard dans le refroidis-* sèment contribuât plus ou moins à empêcher le durcissement (1). Mais alors la difficulté ne serait, pour ainsi dire, que reculée; caril resterait à savoir pourquoi les dis-* solutions en question produisent un tel retard ; tandis que d'autres, d*une densité égale ou même supérieure, ne déterminent rien de semblable. Ainsi le sirop de sucre du Codex, qui marque 30 degrés à Taréométre, loin d*adoucir la trempe, semble au contraire la rendre plus dure que Teau simple : tandis qu'une dissolution de gomme, qui ne marque que 20 degrés^ la rend aussi tendre qu*un recuit prolongé. Il y a plus, c*est que l'addition d*une certaine proportion de sucre à la gomme suffit pour annihiler complètement Finflucnce de cette dernière ; c*est ainsi que le trempage dans le sirop de gomme du Codex donne à Tacier è peu près la même dureté que le trempage dans Feau ordinaire. Et pourtant, dans ces différents cas, Tacier met h perdre la couleur rouge, sensiblement le même temps que lorsqu'il est plongé dans une dissolution de gomme ou de dextrine. Du reste, le glucose produit le même effet que le sucre ordinaire. La fonte de fer ne différant essentiellement de Tacier

(i) Il est digne de remarque qae la couche la plos superficielle du métal, qui a été saisie la, première par le refroidissement» esl toujours pi as ou moins durcie ; aussi, pour que Texpérience réussisse, ne faut-il pas employer des parties très-minces, qui seraient, pour ainsi dire, tout en surface.

que par une plus forte proportion de earbone, el étant nussi susceptible d*un certain degré de durcissement par le trempage, j*ai été curieux d'en faire Tessai ; or, j'ai obtenu des résultats semblables. Ainsi, de la fonte grise de bonne qualité trempée dans de Teau ordinaire, eu dans une solution concentrée de sucre, devient dure aa point de ne pouvoir plus être entamée que très-difficile* ment par la lime; tandis que, trempée dans de Tempois, dans une solution de gomme ou de dextrine, die devient plus tendre qu'auparavant. J*ai même pu, par ce moyen, adoucir de la fonte blanche, non magnésiiere, au point de la rendre susceptible d'un oeruin travail.

Quelle est la raison de ces faiu? Je Tignore; oa, du moins, je ne puis y voir qu'une de ces influences catalytiques ou de contact, qui jouent un si grand r6!e dans certains phénomènes chimiques. Quoi qu'il en soit, j*ai pensé que ces résultats étaient dignes d'intérêt, et pouvaient rendre quelques services a l'industrie métaliurgi' que ; ce qui m'a engagé à les Taire connaître.

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