‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 48 sur 57 · DERNIÈRES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES OBSERVATIONS

PA« M. DE BALDAT.

Il est bien difficile de décider si les préjQgés sont plas nuisibles à la science qa^à Tordre social ; ce que je me propose, ce n^est pas d^ezaminer une question si importante, mais àe réfuter de nouveau, et pour la dernière Ms, des assertions vaguesy dénuées de preuves et priTëes de Pappui des expériences qui sont les bases indispensables des théories physiques. GVst ici une de ces questions, heurenseniMit rares, où la prévention décide souverainement depuis un temps déjà fort éloigné : il «''agit de Taccommodation de Tcnl aux distances.

Un physicien, frappé sans doute de la nécessité où aous sommes de donner aux lunettes de' longueur le moyen de s'accommoder aux distances, a imaginé qu^il était nécessaire d^attribuer aussi à notre ml un métcanisme propre A s^ascommoder à la distance des objets dont on veut avoir la vision distincte, quoique ces deux

instromente ne puissent être comparés, Tenl étant tout simplemept une chambre obscure bien diffirente de la lunette par son mécanisme et par la marche qu^elle imprime aux rayons lumineux. Afin de prouver celte accommodation, ce physicien a imaginé une expérience connue depuis sous la dénomination d^expérience des deux épingles, parce qn^elie se fiiit avec deux pièces de cette espèce qu^on plante à dislance Tune de Tautre sur une régie de* bois, et dont on peut faire tomber les images Tune sur Pautre. Ces images, selon Passertion de Tauteur, disparaissent alternativement, selon que Ton fixe le regard de Tœil sur les tètes de Tune ou Tautre de ces épingles. Cette alternative disparition des deux épingles, adoptée par tous ceux qu'un avenue préji^ a entraînés, c^est*à-dtre , par le plus grand nombre des écrivains, mais repoussée par ceux qui Tout répétée et qui en ont discuté les conditions, est néanmoins restée dans le domaine commun, par habitude autant que par paresse. Je Fai examinée dans nos mémoires ; j^en ai prouvé Pinexactitude, et par conséquent ceHe de la théorie établie sur cette base fragile ; mais les preuves inattaquables, selon moi, que f ai données -dans mon •traité de la formation de rknage oculaire, et .qui ont reçu l^ssentiment d^un grand nombre de savants, contre toute modification dans la forme du gld^ oeulaire ou dans la situation du cristallin, n^ont pas empêché des émvains didactiques de reproduire une opinion qui n^a pour elle que le nombre de ses adhérents.

En dernier lien, un tréi-savant physiologiste, sur la foi d^un physicien fort savant aussi, mais étranger à la science qui a la vie pour objet, Ta admise dans son traité de physiologie ; on a loué mon explication, mais on est retombé dans la théorie de Taccommodation, fondée sur les deux épingles; on a même été, en dis^ cutant avec moi cette théorie, jusqu'à m'i^mer qu^on peut voir un objet ou ne pas en avoir la vision, lors même quHl est parfailement distinct, selon que Ton veut ou que Pon ne veut pas. Une pareille assertion m^a indigné, rdativement à une science que j^ai cultivée toute nia vie, et qui sera toujours le sujet chéri de mes mér ditatioi» habitudles; mais je ne suis qu'Hun. provincial,

contre qui toute opposition est valable.

La production contre laquelle je renouvelle mon opposition, est on article inséré dans les comptes rendus de TAisadémie des sciences. Après avoir lu cet artiste) ^n doit être persiiadé que j^aurais pu me dispenser de relever un gant si peu sérieusement jeté* Comme on a tout imnnement affirmé que la formation de rimajge eet modifiée par celle de la forme dp gl(^e, c^est*à-dife, par la contraction des muscles, quoique {rfusieurs de nos savants aient reconnu Pimpuissance de ces musclesà moêlAet la ferme du globe oculaire, je me suis attaché é prouver Pexactitude de cette dernière opinion,, par rapprédatîon de la force intrinsèque de ces muscles et la disposition peu favorable de leur insertion ; de sorte que, si ces muscles jouissaient de la force qu^on leur

( AWï )

'attribue^ et qai serait nécessaire poar opérer Taltération de la forme da globe, eUe apporterait le plus grand obstacle à la netteté de la yision, â raison de la dtemiopacité de la cornée transparente qu'elle prodo&raàt né^ cessairement. J*ai pronté Vimmobiltté relative dn cris*lalSn et rinaltérabIHté de sa forme par la compression 'des liquides dans lesquels il est contenu* La fiMsulté de s'^accommoder aux distances, résultat de sa ccmstitntion et de son organisation, pour être environnée de quelque obscurité, n^en est pas moins prouvée, comme Ta admis m. PouiHet, et comme je Tai démontré par une multitirie d^expériences dont les résultats sont à Tabri de toute illusion, et à la répétition desquelles j^i consacré un instrument (l)'qnilejB rend aussi sûres que commodes*

Tki déterminé la cause do raccourdssement dafoyer cristallin, que M. Vallée appelle accumination ; ayant ainsi examiné et caractérisé les fonctions de tontes hs "parties de Torgane qui coopèrent à la formation de limage, cause de la vision, j^ai cru avoir complété la ihéoyie de sa fonction dans Facte de la vision, si Icnigtemps mal expliquée ; maiis cela n'a pas empêché ta reproduction d'assertions vagues, dénuées de preuves, et cependant données comme d'infaillibles théories.

En répondant au Mémoire contre lequel je viens de 'rapporter les arguments principaux, qui servent de base à mon traité de la formation de l'optique oculaire, je ne

(1) On le trouve cbez M.T^ub^sq, rure de rOdéon, à Paris*

C 3W ) ne bornerai pat aux preuves qu'on peut en tirer ; j^opr poserai de nouvelles expériences à celles que j'^ai déjà. tdonnées de rînaltérabilité de rimage par les causes mécaniques qui agissent sur la suiCice du globe. Je les ai divisées en deux séries : les unes sent destinées à pro** dnire une altération dans les humeurs du globe par une action mécanique, dirigée du dehors au dedans, ou de la surfiau» vers Tii^érieun Pour cela, un osil de bœuC préparé a été adapté à m4>n ophthalmoscopei apfés avoir été privé de la partie postérieure du centre, dans Téten?. due d^un centimètre, en observant d^ailleurs toutes les ppécautbns usitées en pareil cas. Profitanl alocs de cette disposition d^ouvertnre, j^iû successivement com-^ primé, avec une petite spatule, quatre points, dans la direction des muscles droits, de manière à. &ire cei^er dan&rintérienr du globe une partie notable de sa paroi, et d^n altérer considérablemeni la forme ; or, limage observée par une personne qui jouit d^une excellente vue, n*a présenté aucune altération. La môme opération a été i^atiquée sur. les autres parties correspondantes; on- a comprimé à la fois ces quatre autres points et llmi^ est demeurée constante dans sa forme, et dans ses dimensions. J^ai iù, conclure de là que les modifia cations delà forme du globe oculaire, lors même qu^dles sont d^une certaine importance, ne peuvent en rien altérer l'image formée sur la rétine.

La seconde série d^'expériences s^est opérée par des procédés inverses, cVst-à-dire, en tirant de dedans en

dehors les parois de Tœil dams* les points eorrespondanU aux insertions des muscles. Ces expériences ne poaTaiit être exécatëes qu^avec les yeux d^un animal dont la télé flÉt fortement aplatie, nous atons choisi an lapin, animal chez lequel les deux yeux se Irontent placés dans nn plan vertical, et paYalléle au [rfan pérpendicalaire qui passe par l'axe da tronc. La tète étant fendne dans on plan T^ical, les deux glohes oculaires se montrent en dédans par leur hémisphère postérieur et peuvent être facilement soumis aux tractions dont j^ai parlé plus haut. Mon aide et moi nouk les avons exercées, au moyen de trés-minees hérines, qui, fixées aux divers points de la surface du globe» correspondaient aux insertions. Or, les tractions opéréea sur la cornée opaque, quoique foitès avec force, n^ont imprimé au globe qu^une légère modification dans sa forme, et par conséquent n^ont pu produire les altérations que des hommes peu exercés à ces sortes de travaux ont imaginées* Ces tractions, que Ton pourrait supposer devoir former des capacités coni* ques, déterminaient des enfoncements de dedans en de-' hors, C9 qui exigerait de très-grandes forces pour vaincre la pression atmosphérique, si Ton supposait deux des points opposés soumis à ces violences. D^oA il résulte que les actions mécaniques extérieures ne peuvent imprimer aucune variation à la forme des images; et que Fextension et la contraction de la capacité du globe sont inadmissibles. Ce qu^on nomme adaptation n'est donc qu^une hypothèse dépourvue de preuves, et sans autre base que Tirréflexion de ses partisans.

( ^S5 ) Diaprés ces objections contre les altérations de la forme da gbbe oculaire, puis«je croire avoir réformé une erreur depuis si longtemps répandue, et partagée par tant de personnes ? Non, assurément ; je sais trop cOTiMeft eerlaius préjugé» sont enracméa.4^s la tête des démina? anis, et decmix qui^ satis£atits deskj^potbises les plus faciles à comprendre, s'j attachent avec une incroyable opiniâtreté. Je pense donc quece système ne .sera abandonné que quand quelques savants, d'une haute réputation^ après avoir examiné mon opinion, lui obtiettdra la sanction de la renommée pansienne.

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