‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 49 sur 57 · LE GRÈS DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LE GRÈS DE LUXEMBOURG

«MNSmOll CÉStMLE

VAB M. J. UBTAUiOIB.

La question ds gris éCHettanffe est controversée depois plus de vingt ans. Les ans le GOfiâdérent oomme représentant le gria infra-Hasiçue qoi forme, au-des* sous da calcaire à €hyphées arçuéea, no horizon bien constant en Lorraine comine en beaucoup d^autres contrées. Les autres leplacent) au contraire, plus haut que le calcaire à Gryphées arquées, en le considérant comme subordonné dans le puissant dép6t marneux, marnes à Bélemniies, marnes brunes, qui forme la partie supé-

rienre da liaS) et que j^appelle, pour cela, marnes «t#* pra^lkuiques.

Après avoir visité les lieux à plusieurs reprises, je me suis prononcé pour cette dernière opinion, dans mon Aperçu de la eatèHUuiion gietogique du diparteniefU de\ la Mewrihe (i) ; et H.'Buvignier est venu (t) la eiM-« roborer pour la seconde fois du poids de son (dMervation, en répliquant aux remarques de K. Térquem (5). H. Buvignier, suivant moi, a parfaitement réfiité ces remarques ; et je suis d^autant plus autorisé à porter ce jugement,-que la localité de Boost, que dte cet observateur, est celle-là même que j'avais visitée en 1846, et dont Tétode avait dissipé mes derniers doutes.

Le village de Boust, en effet (à 4 Idlométres vers le nord d^Hettange), repose sur un grés identique avec celui des carrières de ce nom, occupant là un plateau qui se rattacbe par le sud à ces carrières, et qui s^étend ensuite dans la direction IT.-7T.-B. Un petit vallon limite ce plateau au sud et montre à nu , au-dessous du village, un escarpement de grés de 40 mètres environ de hauteur, pendant que le fond du vallon est constitué par .des marnes gris-Ueuàtres, schistoïdes, renfermant de gros o^oifdea et des spbérosidérites, et qui sont bien connues des

(1) AwMUt da mjjief, 4* série, t. XIX, 3« limison (jaillet 1851), p. 655.

(2) BtdkUlKH de la Soe. géoïog., S* série, t. IX, jpage %b.

(3) ButteUn de la Soc. géohg.f ^^ série, t. IX, paB<^ 'l^ .

géologaes lorrains pour être de beaucoup flopërienres au calcaire à Gryphées arquées. C'est dans ces mameslâ, an lafoir de Boost^ que H, Burtgnier a trouvé le Beimnniiu eltmgahu et VÀmmùnlUs.fkmico^a, fossi** les qui sont bien considérés aussi conraie postérieurs à la Gryphœa arcuaia. JPajoute que des relayons géolo» gîques toutes pardlles s^obsenrent dans la partie du plateau qui s^étend vers le N.<-N«*B. de Bonst, jusqn^à BreistrofF-la-Grande, sur les flancs du vallon oA sont situés les villages de Hante et do Basse-Parthe, et que partout la ligne de séparation du grés et des marnes est accusée par un niveau de sources trés-abondantes.

Hais les fiiits se présentent encore plns^ concluants à Uesselldrcb^ église isolée qui se trouve sur le plateau, i Pest de Boust et à 3 kilomètres; car là ce n'est pas seulement dans le fond du vallon que Ton voit les marnes à ovoïdes (I) : elles constituent la bauteur mtière de la colline (35 métrés), en venant percer le plateau luimême au«deS8oos du grés, laissé à Touest* Et cela résulte tout naturellement de cette doid>le circonstance : d^abord qu^Uesselkircb étant situé en dehors de la ligne de faite, le plateau se trouve abaissé déjA, en ce pointlA, de 50 mètres environ au-dessous du niveau du village de Boust, et ensuite qu^en Lorraine,, comme on le sait, les coucbes se relèvent du côté de Test, en sorte qq^on

(i) L*on de ces ovoïdes n^était qu^oa agrégat de Spirifères» de l'espèce S, roêlratut.

doit rencontrer des assises de plus en (lias anciennes A mesure qu^on avance dans cette direction. Yoilàles rapports de superposition qu^on observe aux environs de Boust (ils sont bien rendus dans la coupe qa^a donnée H. Bnvignier), et ce qui nié faisait écrire, en 1849, que, dans cette localité- là, le grés d'ttettang^e repose ser les marnes supra-*liasiques, tout aussi bien qtie le deuxième étage d^une maison repose sur le premier.

Cependant H. Desbayes^ qui défend avec M. Terquem Topinion contraire , a annoncé , dé la part de H. le colonel Hennoque (1), des conclusions totit aussi tranchées dans un sens dîamétralemeiit opp<Mé. Sans connaitreles observations surlesqudies elles s^appuient, je puis au moins assurer que ces observations n^ont point été faites à Boust, en sorte qu^elles ne pourront pas détruire les £aiits qui sont si évidents en ce point*lâ. Mais elles n^en fourniront pas moins une pièce impor-* tante de plus dans ce procès difficile à juger, comme on le voit, et qui serait tout à fait digne d'occuper la Société géologique dans les assises qu^elle va tenir annuellement hors de Paris. Je m^estimerais heureux si je pou-» vais éclairer la cause, en précisant bien Tétat de la question.

Ce qui fait tout A la fois la difficulté et Tintérét qui s^attachent au grés d^Hettange, c^est que rien de pareil à ce grés ne s^est encore présenté à Pobservation quand on

(1) Bulletin de lu Soc. géolog., 2" série, t. IX, page 288.

vient du sud, da ç6té de VetZ) par exemple ; de manier» qu^arrivé de?ant rescarpement des earriôres d^Hettange^ on se trouve brusquement en ftee d'une minéralogie toute nouyelle. Bien de pareil non plus du côté de Test ni du çùié de Ponest où se dresse la côte oolithiqne. Et cela est d'hantant plus à remarquer, quant à ce côté de Touest, que le coteau d'Hettange est éloigné de 4 kilomètres seulement de la eMe ooHthique, et que celle-ci le domine de 180 métrés environ; en sorte qu'au premier abord et en ne consultant que Forographie, il serait na* turel de considérer le coteau d'Hettange comme un témoin détaché de la grande c6te. Cependant, rien dans, les couches supra-liasiques qui affleurent sur le flanc de cette côte, au-dessous de son couronnement d'oolithc ^ rien qui rappelle le grés d'Hettange.

A défaut de cette identilé saisissante qui dispense de toute analyse, il faut donc, pour parvenir à classer le grés d'Hetlange dans la série des couches liasiques, Tétudier minutieusement sous les divers rapports : stratigraphique, palëontologique et pétrographique. Mais où prendre la série liasique qui servira d'échelle de comparaison ? Je crois que ce serait entrer dans une voie d'étude aussi peu féconde que peu naturelle, que d'aller emprunter cette échelle aux terrains de l'Angleterre ou du Calvados décrits par les auteurs, en enjambant pardessus tous les intermédiaires, et que la méthode vrai* ment rationnelle consiste à comparer le terme inconnu au terme connu qui en est le plps rapproché géographi-

'queoaent ; à comparer, au cas particulier, le grès d^HeU 4aDge aux couches liasiques qui .sont si développées en Lorraine au sud de cette localité, avec le caractère normal propre à ces couches.

Or voici, diaprés les éludes auxquelles je me suis livré, pendant prés de vingt ans, sur la géologie des départements de la Heurthe et de la Moselle, comment on peut représenter la composition générale du terrain liasique 4ans cette partie de la France.

( 462 ) Composition du lias dans le d^€itteme»t

DiFAlTKMBNT

DIS ARDBNICBS.

un SAiTTAosmBVTiavixm

LUXSMBOORG BfiLGI. (m. ajim* »iriio«T )

HETTAIIGE.

DÉPAnTBMBHT DE LA MOSELLE.

(k* rtexoM. snov, i836 )

Oolithe inférieur.

Calcaire de Longwy.

Calcaire ferrugincui.

Maroes snpérieures.

Grès sopra-Iiasique.

Oolithe ferrugineuse du mont Saint-Martin.

Psammite argileux du mont Saint-Martin.

(M. Dnmont n'en fait pas un étage à part ; il le classe à la partie inférieure do son oolithe fermginease.)

Schiste bitumineux

et Marne de Grandcourt.

Calcaire fermgiaeax

Schiste 1

et

macigno

d*Aubangé.

Grès d*HetUnge.

Marnes micacées, grises, siHcenses.

Marnes moyennes ë ovoïdes.

Marnes à ovoïdes. .

Marnes k ovoïdes.] .g

Js

Marnes bleues /|

ou brunâtres \s

feuilletées. J '

Calcaire sableux.

Sables et grès

de Luxembourg;

calcaire argileux

et marne de Strassen.

Calcaire à Bélemniles.

Calcaire à Gryphées arquées.

Calcaire argileux et marne de Jamoigne.

Calcaire à Gryphées arquées.

Grès infra-liasique.

Sable, cailloux et grès de Marlinsart.

MiaNKS nusiis |

c ^63 ) de la Bteurthe et dans les contrées voisines*

DiPÀRTBMRNT DB LA MEURTBB.

BHTIROlfS

DB IfBUFCHATBAU

BT DB LANGBBS.

flf. KUI DB BSAIIMOVT.)

▼ASST (tORNB).

{m. iUM sa SBAVMOVT.)

olilhe inférieare proprement dite.

Calcaire k Ëntroqaes, de M. de Bonnard.

Calcaire à Entroques.

Marnes SDpérieores.

Marnes brunes feuilletées

Marnes brunes d.

Militai oolitiqae.

Grès snper-liasiqne

{Marly-Sandstone

des Anglais).

Marnes

moyennes,

schisto-

bitamineuses ,

Posidonîes*

Lias infér | Marnes supra-liasiques à Bélemnites.

Grès médio-Iiasiqae

(grès d'Agincoart).

AvietUa inœquioal-

vii{SoYr.)yPlicaiula

gpinosa (Sow.), ^m-

numiteê spinatus

(firng,),Terebratula

tripUeata (Phil.).

Calcaire noduleux J'b.

Ciment romahi

dit

de Vassy

Marnes à ovoïdes Peeten œquivaltni.

Marnes brunes

Marnes k Posidonies

Marnes inférieures.

Calcaire ocrenx.

Grypkea aymbium.

Calcaire Bodoleux a

(calcaire à GryphcBa

cymbium

de M. Moreau).

Marnes

Hippopodium ponde-

roffum (Sow^.

Marnes à Sepiaria (de M. Moreau).

Marnes à BelemnitesclavaiUB

(deM. Momm).

Calcaire ^ Gryphées arquées*

Calcaire à Gryphées arquées.

Calcaire à Gryphées arquées.

Grès infra-Iiasiqae.

. ou KBUPl

ta.

J'^ai constaté d^ailleurs, en poussant mes étades jusque dans le département des Vosges, que la même composi* tion se retrouve dans ce département. Elle se retrouve anssi dans les départements de la Haute-Marne et de la C6te-d^0r, ainsi que j^ai pu m^en convainere e& rapprochant mes observations de celles qui sont consignées dans V Explication de la carte fféohgiçue delà France^ et surtout en comparant les échantillons à Tappui de cette carte, qui sont conservés à TEcole des mines, avec ceux de mes propres collections. Enfin je me suis assuré par mes yeux, dans une exploration fiiite aux environs d^Avallbn (Yonne), de Tidentilé en ce point là et en Lorraine de quelques-uns des termes principaux de la série liasique. Ainsi, à partir d^Aval^n jusqu'à Thionville, cette série est uniformément composée ; et comme, d^un autre e6té, le gré^ d^Hettaoge se lie nécessaif ement

aux dépôts sableux qui tiennent une si grande place dans

le lias du département des Ardennes, et dont la succession a été décrite par MM. Sauvage et Buvignier, il s^ensuit quMl suffirait d^avoir montré comment le grés d^Hettange se raccorde avec la série liasique de la Lorraine, exprimée par le taideau ci-dessus, pour que ce tableau représentât comme la formule générale du lias depuis le Morvan jusqu^à TArdenne (1).

(1) C'est ce qoe j*ai essayé de figurer en mettant en parallèle, synoptiqaement, avec la coupe da lias de la Lonraine, les différentes coapes connaes da lias depuis le Morvan jiisqft*àrArdenae.

revenons en Lorraine*

On sait que tes diffi^enles couches ^sèdimentaires qut constituent le sol de cette partie de la France y forment des bandes parallèles se dirigeant dn nord un peu est au sud un peu ouest) et se recou^n^ant, à niveau légèrement décroissant, en allant de Test à Touest ; et Ton comprend bien ^u^nne telle UA impose aox nfieurements divers, selon qu'ils appartimaént â teite eu telle couche, de certaines relations géograpUques et orographiqnes dont il est essentiel de tenir le plus grand compte pour la s(h iution du problème qui n<Mis occupe» Sdon nous, il n'a pas été tenu assez de coiiipte de ces teietions par nos contradioteufS.

Or, parmi ces lignes d^aflBeurements parallèles, il n'y en. a pas de plus nettement accusée, dans les enviroi» d^Hettange, que celle qui est traèée " par Péscarpement de Toolithe inférieure, qui suit là une direction rectiligne (K. 30® IL) sur une longueur de prés d'un myriamétre ; de telle sorte qu'en suivant, â partir de l'escarpement, une ligne menée veirs Test perpendiculairement à sa direction, on içencontrerait toute la série des couches liasiques au moindre intervalle possible les unes des autres. Qu'on imagine dodc une pareille ligne passant par Hettange qui est distant de l'escarpement de 4 kilomètres, ainsi qi^'OQ l'a dil plus haut ; elle va prédsément passer, à 17 kilQmétreii plus loin, par le village de Kédange, $iiué sur la petite rivière de la Canner, gisement des mieai^ caractérisés pour le grès infra-4iasiçue, lequel

( 406 ) est là dans sa position tout à fait aormde, reposant snr les marnes irûées. Comment concilier, si le grés d'Hettange devait être rapporté an grés infira-liasique dont il diflére d'ailleurs complètement, au point de vue pétrographique, comment concilier Texistence de ce grés en deux points à la fois distants entre eux de 1 7 kilomètres sur la ligne de pente des couches ? Biais il y a plus : c'est que le plateau qui s'étend au nordrouest vers Hettange, et où se trouve Distroff avec ses nombreux fours à chaux, est oecMpé par le calcaire à Gryphéea arguées ,{jpiè&«ar* tant là son caractère type le moins récosable) distinctement appliqué sur le grés, et qui disparait ensuite luimême un peu plus à Pouest, pour ne plus se montrer.

Ooeii.

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